Laval
6 avril 2010

« Regarde par la fenêtre: Laval, c’est laid comme ça ». Nous étions assis, ma copine et moi, au Amir du tout nouveau « Quartier Laval », près du métro Montmorency. Devant nos yeux, tout ce qui ne fonctionne pas à Laval. Entre deux bouchées, entre deux couches de peinture au nouvel appartement, nous apparaissait toute la fausseté de Laval.

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D’abord, le « Quartier Laval », sorte de gros centre d’achat extérieur où les boutiques sont agencées pour donner l’impression de rues de village, avec des commerces aux grandes vitrines, les stationnements parallèles et les vastes espaces piétons. Devant nous, d’ailleurs, végétait une vaste place d’une dizaine de mètres carrés avec un immense trottoir menant absolument nulle part. Vous voyez l’idée: vous prenez le trottoir, et rendu au bout, soudainement, il y a de l’herbe à poux, des roches et de la boue. C’est ça Laval.

L’autre côté du boulevard Corbusier, mur de Berlin de six voies de large, on apercevait un autre terrain vague, immense balafre au coeur de ce qu’on voudrait appeler centre-ville. À côté, des condos, des boutiques, encore des boutiques. Et des rues, et du béton. Et des stationnements, que des stationnements.

Carrefour Laval, Place Laval, Centre Laval, Quartier Laval; vu des airs, on dirait que le centre de cette ville qui n’aurait jamais dû en être une est un vaste stationnement. Était-ce l’idée que se faisaient nos élus lorsqu’ils ont fusionné les quatorze municipalités de l’Île-Jésus en 1965? Les meilleures terres arables du Québec couvertes de bitumes, c’était cela, leur rêve?

On appelle cela le progrès. Exactement comme pour le Quartier 10/30, à Brossard, on construit des commerces au milieu des champs et on prétend créer de l’activité économique. Non, pire: on prétend créer de la richesse.

Or, rien ne se perd, rien ne se crée. Ce n’est pas parce qu’on construit deux cents magasins que les gens vont acheter davantage. Ce centre-ville de pacotille que cherche à se créer Laval, il se bâtit sur le dos des boutiques de quartier. Combien de commerces fermés peut-on observer sur le boulevard des Laurentides? Et sur le boulevard Cartier, véritable allée mortuaire du commerce de détail? Le Tim Hortons, fermé. Les centres d’achats sont soit à moitié vides ou sont occupés par des églises évangéliques du genre « on prend le Seigneur pour emporter ».

Avant, il suffisait de marcher pour faire ses courses. Aujourd’hui, il faut prendre la voiture et aller downtown, car c’est bien là la langue utilisée dans ce centre-ville en carton. Avant, l’employé allait travailler à pied; maintenant il faut prendre la voiture. Tout, absolument tout dans ce centre-ville nécessite la voiture. À Laval, si tu n’as pas de bagnole, tu es un sous-homme. Pouvez-vous croire que j’ai vu une Chevrolet Cavalier avec un aileron et un silencieux du genre « je veux qu’on entende mon moteur de souffleuse jusqu’à Chibougamau »? Et tant pis pour la pollution! Et tant pis pour la qualité de vie.

En fait, le gros problème de Laval, c’est que la ville semble encore, quarante-cinq ans plus tard, à essayer de justifier son existence. Elle tente de se donner une image, de se centraliser. Elle ne réalise pas que sa plus grande richesse réside précisément dans ses quartiers, les anciennes villes auxquelles les citoyens sont restés fidèles. Car avant d’être Lavallois, on vient de Sainte-Rose, de Vimont, de Laval-des-Rapides. On n’est pas fier de Laval; on est fier de son quartier.

Au lieu de gaspiller les ressources financières de la ville pour chercher à se créer un centre qui ne pourra jamais véritablement exister autrement que de manière artificielle, la ville ferait peut-être bien de revaloriser ses quartiers, de redévelopper des secteurs qui forment autant de centres-ville naturels qu’on a délaissés pour l’illusion d’une croissance économique factice bâtie sur de fausses promesses et du bitume inutile.

Car dans un futur où le prix de l’essence ne peut qu’augmenter, construire une ville autour de la voiture apparait constituer un choix plus que hasardeux…

Après vingt années avec Gilles Vaillancourt à l’hôtel de ville, du sang neuf serait peut-être nécessaire.

Et si on bâtissait une ville à hauteur d’homme – et non de voiture – dès maintenant?

Dans deux semaines, je serai un citoyen de Laval-des-Rapides. J’espère, un jour, pouvoir être assez fier de ma nouvelle ville pour me considérer Lavallois. Mais quels changements d’ici là!