Les subventions à la culture sont rentables
5 septembre 2008

Je dois vous faire un aveu: je lis parfois le Journal de Montréal. Oui, ça m’arrive, au travail, quand quelqu’un laisse traîner une vieille copie datée de quelques jours. Le Journal de Montréal, ça se lit bien en mangeant; le plus souvent c’est tellement vide qu’on n’est jamais rassasié. Sauf que cette fois-ci il y avait un texte plus que consistant et intéressant. Est-ce un hasard quand on affirme que la qualité des pages éditoriales semble s’être améliorée depuis le départ de Nathalie Elgrably?

La chronique de Geneviève Lefebvre portait sur les récentes coupures du gouvernement Harper dans la culture et sur les réactions d’une certaine catégorie de citoyens aux idées plus ou moins organisées qui se réjouissent des souffrances de nos artistes.

Même si je ne suis pas tellement chaud à l’idée de quantifier et de chiffrer la culture, et que ma position se rapproche davantage de celle d’un Bourgault pour qui « la culture est un fourre-tout indescriptible où chacun s’amuse à tenter d’y trouver son compte, à défaut de quoi on peut au moins tenter d’y découvrir son plaisir », je reste sensible aux arguments économiques de Mme. Lefebvre:

Selon le Conference Board du Canada, l’industrie culturelle vaut 7,5 % du PIB. Le rapport stipule qu’en 2007, le secteur culturel canadien a reçu 7,9 milliards de dollars en subventions, mais qu’il a engendré des bénéfices directs et indirects de 84,6 milliards. C’est ce qu’on appelle un excellent retour sur l’investissement.

À l’évidence, un tel argument économique est facile, peut-être un peu trop facile. Mais il reste qu’à long terme il peut être extrêmement rentable de subventionner les artistes. Il faut simplement être en mesure de voir un peu plus loin que le bout de son nez. Grâce au retour sur l’investissement des subventions culturelles, ce sont nos écoles, nos hôpitaux, nos routes qu’on peut se payer. Mme. Lefebvre cite l’exemple du Cirque du Soleil pour démontrer pourquoi il faut penser à long terme:

À ses débuts en 1984, le Cirque du Soleil a reçu un coup de pouce d’un certain René Lévesque avant de s’affranchir totalement de l’aide de l’État en 1992. Son siège social est toujours à Montréal et l’entreprise fait travailler des milliers de gens de chez nous à travers le monde. Créateurs et concepteurs qui payent leurs impôts ici, évidemment. Guy Laliberté n’est pas le seul à vouloir exporter les immenses talents qui sont les nôtres, tout en visant une rentabilité économique. L’ironie, c’est que si la culture engendre des profits pour beaucoup de monde, les artistes, eux, ne sont que 2,4 % à voir leur revenu annuel dépasser la barre des 50 000 $.

Ainsi, si on n’avait pas subventionné le Cirque du Soleil à ses débuts, ferait-il notre fierté aujourd’hui partout dans le monde? Ce petit coup de pouce a été extrêmement rentable pour l’État québécois. Qu’est-ce qui nous assure que ce n’est pas le prochain Cirque du Soleil qu’on est en train d’affamer en s’attaquant aux artistes? Martin Petit l’explique d’ailleurs très bien sur son blogue:

Quand on parle de financer la culture on ne parle pas de donner plus à Céline ou Louis-José Houde. On parle des danseuses des ballets canadien, on vise des entreprises à risque comme le théâtre, la danse moderne, et aussi la formation de la relève culturelle via les coupures à l’INIS et par la bande à la SAT.

En somme, aider les artistes, c’est s’aider soi-même. C’est assurer la capacité de notre culture à rayonner dans le monde et à se projeter dans le temps. Nous sommes minoritaires dans un océan de culture hollywoodienne; sans subventions, nous nous ferions purement et simplement avaler. En ce moment, le monde entier est fasciné devant cette incroyable capacité culturelle de ce petit peuple québécois d’à peine sept millions d’âmes. Nous projetons nos films en masse en France, nos artistes y remplissent des salles ou des stades, nous occupons Las Vegas pendant des mois, voire des années. Nous impressionnons le monde.

Et c’est cela que le gouvernement Harper espère détruire. RadiCarl exprime très bien mes craintes à ce sujet:

Un régime politique qui dénigre l’importance de la culture dans une société, un régime qui vise les intellectuels et les créateurs, chez moi ça sonne les petites clochettes de l’histoire… ai-je vraiment à vous dire que c’est inquiétant?

Au fond, Harper espère peut-être simplement nous imposer « sa » vision de la culture. J’aime bien la conclusion du Québécois déchaîné à ce sujet:

Voulons-nous aller vers une société où l’on prône la culture des moutons lobotomisés avalant sans recul tout ce qu’on nous propose ? Harper veut-il un peuple de Télétubies qui consomment de la culture prémachée et uniforme ? Le monsieur au beau sourire de requin aime la culture mais pas la vôtre, la sienne : la culture de l’argent.

De l’argent qu’on ne va peut-être plus avoir dans une décennie, faute des retombées culturelles et des impôts payés par des artistes très prometteurs qui auront dû renoncer à leurs rêves à cause de ces coupures. Heureusement, il nous restera toujours le Journal de Montréal, quand notre culture se résumera à une peau de chagrin miteuse.

À l’aube d’une campagne électorale, voilà quelque chose à quoi il me semble important de penser, avant de voter pour un parti ne veut pas notre bien..

AJOUT: Je constate avec déplaisir que je me suis trompé: Nathalie Elgrably continue de propager ses idioties dans le Journal de Montréal. À ce sujet, je vous conseille fortement le dernier texte de Jimmy où celui-ci démolit littéralement les arguments de l’ex-présidente de l’IEDM qui affirme qu’en réduisant le rôle de l’État dans l’inspection des aliments on obtiendrait une meilleure inspection des arguments. Au contraire, c’est précisément parce que l’Agence d’inspection des aliments laisse trop de latitude aux entreprises qu’une telle crise de listériose a été possible! Dans tous les cas, allez lire le texte de mon ex-collaborateur. Tiens, je l’aime tellement que je mets un autre lien vers son blogue!

Du canot chez Céline… et autres merveilles
16 juillet 2008

La région de Montréal, malgré son éternelle grisaille et sa pollution qui semble encrasser un peu nos vies, réserve tout de même d’agréables surprises. Il y a bien sûr le parc des àŽles-de-Boucherville, le Mont-Royal, mais qui connaît le parc de la Rivière-des-Mille-àŽles ou celui de l’île-de-la-Visitation?

Hier, Gaby et moi nous avons fait les deux, hé oui! D’abord nous sommes allés jusqu’à Sainte-Rose et avons loué un canot pour visiter de plus près la magnifique rivière des Mille-àŽles. Le temps était exceptionnel; juste assez chaud, un petit vent rafraîchissant et quelques nuages pour ne pas brûler. Nous avons donc ramé entre les canards (qui s’approchaient très près de nous) vers l’île aux Fraises, puis vers l’île aux Juifs, qui n’était pas avare de de petits recoins charmeurs. Le courant était parfois assez fort, et je mentirais si je disais que nous avancions toujours rapidement (et même si je disais que nous avancions toujours), mais ça valait la peine.

Entre autres choses, nous avons vu le fastueux chalet château de Céline Dion, avec sa clà´ture à fils barbelés et son gazon plus vert qu’un terrain de golf. Il y avait même une petite motocyclette pour enfant près du triple-garage, ce qui nous laissait croire que René-Charles n’était pas bien loin. Céline, « notre Ceûûûline à nous », elle en a du foin. Et ce n’est pas l’endroit qui manque dans sa grange pour le ranger.

Bref, ce fût bien intéressant comme sortie. Pas tous les jours qu’on peut allier sortie en pleine nature et mondanités de la haute société.

Et qu’est-ce qu’on a fait par la suite, après une petite visite dans la belle-famille et un agréable resto? Hé oui, on a remis ça, au parc de l’île-de-la-Visitation cette fois-ci. Un parc un peu moins axé sur les sports nautiques que le premier, mais avec de magnifiques sentiers et une éblouissante promenade sur le bord de la rivière des Prairies qui pourrait redonner le sourire à un catatonique sous médicamentation.

Faut découvrir un peu; il y a vraiment des endroits splendides à moins de trente minutes en voiture de Montréal! Et le mieux dans tout cela, c’est que l’accès y est gratuit! Un des derniers vestiges de notre État social-démocrate; profitez-en avant que les chantres du néolibéralisme ne décident d’implanter le concept d’utilisateur-payeur et de nous priver encore davantage des merveilles de notre pays.

Céline Dion pour tous… sauf pour les Montréalais!
21 juin 2008

Nathalie Petrowski ne fait pas partie du club très sélect de ceux et celles que j’aime beaucoup lire. Comment dire… Elle chiâle tout le temps. Et en tant que chiâleux moi-même, ça me tape royalement sur les nerfs. Faut dire, notre domaine est assez limité: il ne peut y avoir qu’une certaine quantité de chiâleux per capita et souvent j’ai l’impression en la lisant qu’elle rend mon travail plus difficile.

Pourtant, cette fois-ci c’est différent. Je m’incline et je lui lance ma casquette délavée des Alouettes en honneur à son excellent billet sur le spectacle que Céline Dion désire offrir aux Québécois… mais pas aux Montréalais!

En effet, n’est-ce pas une honte de savoir que le spectacle « gratuit » (lire: l’organisation est aux frais du contribuable) que Céline Dion doit offrir à Québec est pratiquement inaccessible pour les gens de Montréal? Des billets gratuits à peu près partout au Québec, sauf à moins de 200 km. de Montréal, pour ne pas nuire aux spectacles qu’elle doit offrir plus tard cette année dans la métropole. Ne pas nuire? Mes fesses, oui: les billets sont déjà tous vendus. Et s’ils ne l’étaient pas, est-ce que ce serait plus acceptable?

Certainement pas. Montréal et ses environs, c’est 50% du Québec. La moitié (ou presque) du coût des fêtes du 400e de Québec ont été supporté par des gens de la région métropolitaine. Et on les prive du plus grand événement de l’année, voire de la décennie à Québec? On les force à s’acheter des billets à plus de 100 ou 200$ pour aller la voir enfermés dans cette cage à poulets qu’on appelle le Centre Bell alors qu’on offre aux autres des billets GRATUITS pour la voir en plein air?! C’est quoi cette mauvaise blague?

Je ne sais pas… Je suis trop Montréalais pour ressentir du ressentiment envers Québec. Mais des fois, y a de foutus coups de pieds au cul qui se perdent et si on ne peut en vouloir à Québec on peut très certainement blâmer Céline Dion et les organisateurs du 400e qui se moquent ouvertement de Montréal avec cette décision sibylline.

Si j’étais un amateur de Céline Dion aujourd’hui, je regretterais d’avoir payé pour ses albums et je me rembourserais en téléchargeant son prochain, gratuitement.

Le petit tyran
23 mai 2007

Céline Dion fait de la musique. Oui, oui, c’est ce qu’on a m’a dit. Moi qui croyait jusqu’alors qu’elle ne faisait qu’apposer sa magnifique voix sur des mélodies pré-programmées et sans inventivité, qu’elle chantait des mots vides de sens, des mots dont on a calculé le rendement financier avec précision. J’imaginais déjà René Angélil lui dire: « Rajoutons un petit « love » ici ou un « always' » là, c’est vendeur ». Bref, j’avais toujours considéré que Céline Dion était avant tout une business sans coeur ni âme.

Il semblerait que j’avais raison.

En effet, René Angélil vient de lancer un ultimatum comme lui seul sait le faire: ou bien le comité organisateur des fêtes du 400e anniversaire de Québec se récuse et laisse tomber ses affirmations selon lesquelles Céline ne voulait pas chanter si elle n’avait pas l’exclusivité, ou bien Céline n’ira tout simplement pas chanter à Québec.

Bref, c’est my way or no way, comme ils disent à Las Vegas.

Pourtant, il aurait été possible de continuer à négocier, de laisser parler le comité sans y répondre. Ou même d’avouer que Céline désirait l’exclusivité et d’expliquer pourquoi. Mais non: Angélil, qui fait davantage penser à un petit tyran terrorisant le monde journalistique québécois qu’à un gérant d’artiste, a préféré se lancer dans des accusations selon lesquelles nous prendrions Céline pour acquis puisque nous sommes Québécois, que nous la considérions comme faisant partie des meubles en quelque sorte…

Mais qu’a donc fait Céline Dion pour le Québec, au fait? Elle s’est expatriée aux États-Unis, a renié la langue française en chantant de la muzak d’ascenseur en anglais, et elle vit maintenant au pays de l’Oncle Sam la plus grande partie de l’année. Elle y dépense aussi son argent là-bas. Elle a fait quoi pour nous, la belle Céline?

Dans les faits, c’est René Angélil qui prend les Québécois pour acquis. Il pense qu’il peut indéfiniment jouer les petits tyrans et imposer sa Céline à ses conditions, menacer, intimider. Il croit qu’il peut tout se permettre et que de toute façon les gens continueront d’acheter les disques à sa Céline… « Parce que c’est une petit fille de « cheuuu » nous ».

Parce que tant et aussi longtemps qu’il y aura des Québécois qui achètent de la musique d’ascenseur en anglais sous prétexte que c’est Céline, le petit tyran qu’est son mari pourra continuer de faire régner sa terreur et d’intimider quiconque ne louange pas sa protégée.