6 raisons pour arrêter de boire de l’alcool
5 avril 2019

Un matin, il n’y a pas si longtemps, je me suis levé et j’ai jeté tout l’alcool qui était dans mon appartement. J’ai décidé que c’était assez. Terminé. Vu de l’extérieur, ça semblait assez radical et soudain, et on aurait pu douter de ma capacité à respecter cet engagement. Mais c’est un engagement qui a été respecté et qui le sera encore dans le futur. Pourquoi en suis-je si certain ? Parce que j’ai décidé de vivre de manière plus rationnelle et que c’est la seule manière cohérente de vivre.

Pensons-y un instant. On s’attache en auto pour éviter les accidents, on ne fume pas pour éviter le cancer des poumons, on fait de l’exercice pour son cœur, on mange santé, on consulte un planificateur financier pour sa retraite, on se plaint de la pollution, on parle de santé mentale, on prend du soleil mais pas trop, on… Puis on ingère un produit cancérigène, toxique, et qui coûte très cher. Logique, SVP ?

Voici les principales raisons qui m’ont convaincu d’arrêter de boire de l’alcool :

1. LA SANTÉ

L’alcool est un cancérigène avéré du groupe 1, selon le CIRC. Le groupe 1, ce n’est pas la catégorie du « peut-être » ou du « possiblement ». Il s’agit du groupe où se situent des agents cancérigènes aussi sympathiques que l’amiante, l’arsenic ou le gaz moutarde. Boire de l’alcool augmente significativement le risque de contracter un cancer de la bouche, du larynx, du pharynx, du foie, du sein ou colorectal. Une étude a également démontré que la consommation régulière de bière accentue les risques d’avoir un cancer de la prostate. Il est possible, si on a l’estomac assez solide, de trouver des images de ces cancers pour se convaincre qu’il ne s’agit ni d’une partie de plaisir ni d’une simple statistique.

Source de l’image

Même si la possibilité d’attraper un cancer augmente en fonction du nombre de consommations d’alcool et de la régularité de l’ingestion, une seule consommation est suffisante pour augmenter les risques. L’alcool serait responsable de près de 11% des cancers chez les hommes (4,5% chez les femmes) et une consommation régulière, même modérée, réduit l’espérance de vie.

Outre le cancer, l’alcool augmente le risque d’hypertension, d’arythmie cardiaque, de cirrhose du foie, d’hémorragie cérébrale et de troubles cognitifs. L’alcool constitue également un facteur de corrélation avec de nombreuses maladies mentales.

2. Le sommeil

Putain de sommeil. Oui, ce sont les mots que j’employais vers la fin. M’endormir, aucun problème, mais peu importe ce que je faisais, ou presque, je me réveillais six heures après ma dernière gorgée, vers 3h00 du matin, bien alerte, le cœur battant la chamade, et incapable de me rendormir. Suivaient une douche, puis quelques heures de lecture, et avec un peu de chance j’arrivais à m’assoupir avant que n’arrive le matin. Pas besoin de dire que ma journée du lendemain était très ordinaire…

Pourtant, l’alcool endort. Le problème, c’est qu’il réveille plus tard dans la nuit et compromet le sommeil paradoxal, qui constitue la phase du sommeil la plus réparatrice. Le sommeil paradoxal augmente normalement en durée tout au long de la nuit ; la première phase peut durer dix minutes tandis que la dernière peut durer une heure. Une nuit normale de huit à neuf heures peut comporter quatre ou cinq phases de sommeil paradoxal. Le sommeil paradoxal est très important notamment pour consolider les apprentissages et pour la maturation du système nerveux. Un manque de ce type de sommeil peut nuire à la concentration.

En outre, l’alcool interfère avec le rythme circadien et il affecterait certaines hormones permettant le sommeil. C’est pourquoi non seulement il y a manque de sommeil paradoxal dans la seconde partie de la nuit, mais également on se réveille plus souvent. Le lendemain (et les jours suivants, quand on commence à vieillir et à récupérer plus lentement), on est fatigué et on a de la difficulté à se concentrer. La productivité au travail chute, la patience est moindre, les risques d’accidents automobiles augmentent et l’humeur est moins bonne.

La consommation d’alcool peut également mener à de l’insomnie chronique et exacerber des problèmes de ronflement ou d’apnée du sommeil.

3. L’argent

On a tendance à sous-estimer l’impact que peuvent avoir de petites décisions sur nos finances. Par exemple, imaginons le cas d’une personne dépensant environ 35$ par semaine en alcool. Ce n’est pas beaucoup ; on parle ici de l’équivalent de deux ou trois bouteilles de vin par semaine. Hé bien, si ce 35$ par semaine était mis de côté, il monterait à 1820$ au bout d’un an. Or, tant qu’à le mettre de côté, pourquoi ne pas l’investir ? Le marché, dans son ensemble, a donné un rendement approximatif de 7% par année depuis plusieurs décennies. Combien font 35$ par semaine à 7% de croissance pendant dix ans ? 26 000$. Et pendant vingt ans ? 79 000$. Et trente ans ? 186 000$ ! Si deux jeunes personnes faisaient le choix pour le reste de leur vie l’une de ne pas boire d’alcool et l’autre de dépenser 35$ par semaine, la différence, au bout, de cinquante ans, se chiffrerait à 834 000$ !!

Pour une personne qui dépense davantage, les économies seraient encore plus intéressantes. Prenons le cas d’un buveur qui dépense 70$ d’alcool par semaine, soit environ trois bières par jour et deux bouteilles de vin la fin de semaine, avec une sortie occasionnelle dans les bars. Un scénario plausible. Cette personne économiserait 52 000$ après une décennie, 159 000$ après vingt ans et 372 000$ après trente ans !

On appelle cela : la magie des intérêts composés. L’argent qui crée l’argent. De petits changements d’habitudes qui ont de grandes conséquences.

Arrêter de boire peut ainsi permettre de se payer un rêve dans quelques années, ou bien d’améliorer dès maintenant sa qualité de vie. Un buveur léger pourrait ainsi se payer de très belles vacances annuelles tandis qu’un autre pourrait carrément mettre une mise de côté pour l’achat d’une maison.

4. La perte de poids

Il est difficile de perdre du poids quand on boit de l’alcool. Par exemple, une seule bouteille d’un vin rouge sec contient autant de calories que trois beignes ! De plus, l’alcool donne faim : il active dans le cerveau des zones qui favorisent la prise alimentaire. Une personne prenant dans sa soirée une bouteille de vin aura donc ingéré l’équivalent de trois beignes additionnés possiblement d’un repas supplémentaire. Comment espérer perdre du poids de cette façon ? Sans parler que l’alcool donne rarement envie de manger de la salade…

5. sautes d’humeur

L’alcool cause des sautes d’humeur, principalement, dans mon cas, dans les jours suivants l’ingestion d’alcool, cet interstice entre deux beuveries. Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres aux dérèglements de la sérotonine, et ces sautes d’humeur peuvent causer beaucoup de dommages aux proches qui les subissent. Elles peuvent mettre en danger des relations, un emploi, ou bien davantage. Je ne saurais juger moi-même de tout ce qui a été détruit par mon humeur changeante, mais j’ai choisi d’agir de manière à réduire les risques.

6. Temps libre

On ne pense pas à l’ampleur du temps que fait perdre l’alcool. Il ne s’agit pas seulement de l’acte de boire lui-même, qui pouvait, pour moi, aller de 16h00 à 21h00 environ quelques jours par semaine. Il faut aussi considérer le temps perdu pour penser à l’alcool, pour aller acheter l’alcool, le sommeil perdu (voir le point 2), la perte de productivité les jours suivants, etc.

Quand on arrête de boire, on se retrouve soudainement avec beaucoup de temps libre. Il s’agit du moment idéal pour se (re)découvrir une passion, pour se développer, pour faire du sport, pour écrire, pour s’activer autrement, pour éviter la passivité.


Il y a probablement autant de raisons d’arrêter de boire qu’il y a de personnes qui boivent. Ces six raisons sont les miennes, mais d’autres personnes pourraient en ajouter d’autres :

  • Meilleure vie sexuelle;
  • Plus belle peau et apparence plus jeune ;
  • Plus grande confiance en soi ;
  • Moins d’impulsivité;
  • Sentiment d’abandonner une béquille.

Vivre rationnellement

Au final, le choix se résume entre deux options : veut-on vivre de manière rationnelle ou non. Veut-on agir comme un être humain doté d’un cerveau et capable de faire des choix selon les conséquences de ces choix, ou désire-t-on agir comme un animal suivant ses pulsions et ses désirs immédiats ?

La Prière de la Sérénité, lue chez les Alcooliques Anonymes, dérive du stoïcisme. Plusieurs l’ont attribué (possiblement faussement) à l’empereur Marc-Aurèle, un des Stoïciens les plus connus, mais peu importe ce qui est vrai ou non dans cette paternité, l’idée de base des Stoïciens y est : on ne contrôle pas la partie animale qui est en nous, mais seulement la partie rationnelle, et il faut se donner le défi, en tant qu’humain, de contrôler ce qui peut être contrôlé et d’accepter ce qui ne le peut pas.

Or, quand on se soumet volontairement à l’alcool, quand on décide de s’imposer une telle béquille, vit-on à la hauteur de ce que doit être un être humain ? Un autre Stoïcien, Épictète, écrivait :

« Ce n’est pas par la satisfaction du désir que s’obtient la liberté, mais par la destruction du désir. »

Ce désir de boire de l’alcool, il peut être détruit.

Au-delà des effets positifs sur la santé, le sommeil, l’argent, la perte de poids, l’humeur et les temps libres, il y a la satisfaction de devenir véritablement libre, de placer son bonheur non pas dans une substance toxique et nuisible, mais dans soi, c’est-à-dire la seule chose sur cette Terre sur laquelle on a un véritable contrôle.

La mort de Jade Goody
9 mars 2009

Cancéreuse et mourante. Blême comme un suaire, chauve, d’énormes poches sous les yeux. Elle se marie, exige 800 000 livres (1,4 M$) pour publier ses photos. Elle a une grande gueule, un physique plus que particulier avec ses énormes seins comme deux dangereux obus et son sourire parfois charmant, souvent menaçant. Son père était un braqueur mort d’une surdose, sa mère une lesbienne manchote, et son petit ami vient de sortir de prison. Elle est la reine de la télé-réalité britannique et elle va maintenant mourir en direct, ou presque. Jade Goody.

D’ordinaire, je ne suis pas un fan de ce type de faits divers et de « célébrités » qu’on crée de toutes pièces pour noircir les pages des magazines. Ce qui me touche dans ce cas, cependant, c’est la cohérence et les convictions de Jade Goody, qui est prête à jouer son rôle d’enfant terrible des médias jusqu’à la toute fin. On peut être d’accord ou non avec les actions ou les croyances de quelqu’un, mais comment ne pas respecter un individu qui est cohérent avec lui-même jusqu’à son dernier souffle?

mort-jade-goody

Source de la photo

Outre son histoire familiale particulière, la vie semble s’acharner contre elle. En 2002, à 21 ans, juste avant son passage à l’émission Big Brother 3, elle reçoit un Pap test lui révélant des cellules anormales. Elle obtient par la suite un diagnostic de cancer des ovaires en 2004 et de cancer des intestins en 2006, dont elle sort victorieuse. En août 2008, elle retourne à l’hôpital pour un quatrième cancer – de l’utérus celui-là – qui lui sera fatal d’ici quelques semaines.

Malgré tous les obstacles, elle a foncé dans la vie, participant à Big Brother 3, à Celebrity Big Brother, puis à Big Boss, la version indienne de l’émission de télé-réalité. On l’a vu sur les plages, dans les bars, elle a animé la controverse avec ses déclarations et ses excès.  Elle a participé au marathon de Londres en 2006 même si elle savait qu’elle risquait de s’effondrer (ce qui s’est produit). Elle a vécu en cohérence avec ce qu’elle est et malgré les difficultés. C’est pour cette raison que son histoire touche autant les Britanniques. Et c’est pour cela que sa mort prochaine m’émeut.

En effet, nous vivons dans une société aseptisée. Température du logement: 21,4 degrés. Frigo: 2,5 degrés. Nous mangeons des oméga-3 pour le coeur, des fibres pour la régularité. Nous faisons notre exercice quotidien, nous prenons congé du travail pour un rhume, nous allons voir le médecin pour une grippe. Nous avons peur du sang, peur de la mort,  peur de la pauvreté, peur des étrangers, peur du manque, peur de la vieillesse, peur de vivre parfois aussi. Nous avons des médicaments pour l’insomnie, la digestion, le mal de tête, la diarrhée, la gastro. Nous sommes prêts. Prêts à quoi, au fait? Prêts à refuser l’inéluctable: nous allons tous mourir.

En fait, ce qui frappe tant les esprits dans l’histoire Jade Goody, c’est peut-être surtout la rapidité de sa dégénérescence. Elle n’a jamais atteint cette zone-tampon de la vieillesse, cet âge de l’abandon où l’on devient souvent de vieux croulants sans intérêt pour les médias et où la mort peut calmement entourer ses serres autour de soi dans l’indifférence la plus totale. Jade Goody était au top malgré ses difficultés et il n’aura fallu que quelques mois pour la voir passer de la vie active à la mort. On n’a pas eu le temps de l’oublier. Elle n’a jamais accepté de s’isoler et de mourir en silence. Elle meurt dans un bruit assourdissant, comme un avion à réaction brisant le mur du son dans un après-midi d’été tranquille. Elle a violé le dernier des tabous: elle n’a pas accepté cette règle implicite de la vie demandant au malade de se retirer afin de ne pas rappeler aux bien-portants qu’ils y passeront tous.

Elle a vécu sa vie d’adulte devant les médias, et c’est ainsi qu’elle se dirige vers la mort. Elle a enrichi nombre de publications avec ses frasques et elle demande maintenant qu’on la paie pour la voir dans ses derniers retranchements. Dans un jeu où la plupart quitte avant la fin, elle a été jusqu’au bout de l’inhumanité d’un système de vedettariat nous faisant vivre par procuration toutes les étapes d’une vie pleinement savoureuse et remplie en accéléré.

Elle est cohérente avec elle-même et le message qu’elle lance à tous est criant de vérité: « regardez-moi, car vous allez tous y passer ».

Dans un monde de beautés siliconées et de triste perfection, elle a ouvert la porte à une mort qu’on refuse trop souvent d’accepter. Elle est ce fantôme qui nous fait prendre conscience de la précarité de la vie et qui nous incite à nous questionner sur ce qu’on en fait et sur ce qui doit rester de nous après notre mort.

Y a-t-il question plus angoissante?

À la vie comme aux échecs
18 décembre 2008

Mercredi matin, il neigeait modérément sur la région montréalaise, recouvrant d’une couche supplémentaire mes espoirs déçus d’un hiver tardif. J’apprécie la saison froide, ses paysages féériques et le confort douillet qui s’installe dans nos chaumières fumantes, mais étant obligé d’utiliser ma voiture pour aller gagner ma croûte – merci au transport en commun déficient – j’ai été pris dans des bouchons de circulation monstres qui ont plus que triplé mon temps habituel de voyagement. Malgré tout, les choses auraient pu être pires.

En effet, plus j’observais le comportement de plusieurs de mes compagnons d’infortune plus je réalisais qu’il y a pire dans la vie qu’être immobilisé dans le trafic; j’aurais pu en souffrir autrement.

Il y avait d’abord ces automobilistes changeant constamment de voies, espérant se faufiler afin de gagner peut-être une ou deux minutes. Le jeu en valait-il la chandelle? Calculons. Ils se stressaient sérieusement, risquaient un accident à chaque traversée impulsive des ornières de neige séparant les voies et mettaient donc en jeu leur vie et celles des autres. Tout ceci pour quoi? Pour quelques petites minutes qui serviront à quoi, au fait, sinon à se déstresser?

Il y avait aussi ceux qui gardaient leurs voies respectives mais qui se faisaient un devoir de coller la voiture les précédant (vraisemblablement pour bloquer le passage à ceux qui changeaient de voie, comme si on pouvait se faire « voler une place » dans le trafic), n’hésitant pas à utiliser leur avertisseur si l’autre n’avançait pas à la seconde où un espace de plus de deux mètres se libéraient à l’avant. Je me fait moi-même klaxonner occasionnellement dans ce type de situations, préférant garder une distance respectable devant moi plutôt que de devoir accélérer et freiner constamment, et je sors généralement la main de ma vitre en ouvrant les doigts: « Et où veux-tu que j’aille, le clown? » Ceux-là étaient encore pires que les premiers: non seulement se stressaient-ils inutilement et énervaient les autres automobilistes, mais ils n’avançaient pas plus vite que moi.

Un sage a dit: « change ce que tu peux changer et accepte ce que tu ne peux pas changer ». Pourquoi s’impatienter? La vie n’est-elle pas déjà parfois assez difficile?

Peu importe la platitude du moment actuel, nous avons toujours le choix d’en tirer le maximum. Pour ma part, quand je suis dans le trafic, je mets mes CD préférés et je chante. Je libère mon énergie négative puisque de toute façon, peu importe ce que je peux faire, je vais probablement être en retard. Je dois accepter cette fatalité et profiter de la situation autant que possible en réduisant mon niveau de stress.

Au fait, qu’est-ce que le stress, sinon cette petite goutte qui tombe dans la grande jarre du cancer? Pensez-y. À chaque fois que vous êtes stressés, votre corps ne fonctionne plus harmonieusement et c’est de ce genre de dysfonctionnement que se nourrissent les maladies.

En outre, le corps ne fait pas la distinction entre le réel et l’imaginaire. Si vous entretenez des pensées stressantes, vous demandez à votre corps de se mettre dans une position de combat ou de fuite: votre pouls s’accélère, vos muscles se tendent, vous recevez des décharges d’adrénaline. Cette réaction s’avérait essentielle quand nous vivions dans des cavernes et devions faire face à des bêtes sauvages.

Or, aujourd’hui, que ce soit dans un champ de morceaux de tôles quasi-immobiles ou dans n’importe quelle autre situation stressante, cette réaction n’a plus la même utilité. Vous ne devez ni combattre ni fuir et vous ne faites qu’accentuer l’impression d’impuissance qui vous accable et qui contribue à augmenter votre niveau de stress, créant un véritable cercle vicieux.

Détendez-vous! Respirez lentement! Vous ne pouvez rien changer à la situation extérieure; vous n’êtes pas en danger mortel, relaxez et dites-vous que votre santé à long terme en dépend. Ne vous culpabilisez pas de ne pas avoir fait ceci ou cela, mais acceptez la nouvelle situation telle qu’elle est, car si vous ne pouvez changer le passé vous avez du pouvoir sur le futur et vous devez vivre en harmonie avec la nouvelle donne, que vous soyez d’accord avec elle ou non.

Nous faisons tous partie d’un Tout et avons le devoir de prendre soin de nous-mêmes et des autres. En réduisant notre niveau de stress, nous améliorons non seulement nos vies, mais également celles de nos concitoyens, que ce soit dans le trafic, dans un commerce, dans la rue ou dans n’importe quelle autre situation.

Au lieu de remâcher nos vieilles idées noires et de nous faire du tort à propos de choses qui ne peuvent plus être changées, ne serait-il pas plus intelligent de se libérer de cette énergie négative et de se recentrer sur le futur en tant que conséquence du présent actuel plutôt que sur le futur conditionnel d’un passé qui n’existe plus? Nous avons choisi un embranchement dans l’arbre des possibles et nous devons accepter la suite des choses.

À la vie comme aux échecs, quand le coup est joué, on doit l’oublier et regarder vers l’avant.

De l’utilité sociale de la pédophilie
28 octobre 2008

Je lisais cette nouvelle où on apprend qu’une fillette de sept ans a été enlevée, violée, puis ramenée simplement une heure plus tard à son école. J’entends déjà en sourdine l’écho plaintif des faiseurs d’opinions réclamant davantage de répression et la fin des sempiternelles « sentences-bonbons ». Et si la vérité était ailleurs. Pire, ou mieux, et si les pédophiles avaient une utilité sociale?

On s’entend, personne ici ne va approuver la pédophilie. S’en prendre à un être sans défense, qui commence dans la vie, et le handicaper durablement en lui faisant connaître ce qu’il est trop jeune pour avoir besoin de connaître, c’est purement mal. Mais le mal peut-il être utile?

Par exemple, si personne ne souhaite avoir un cancer, sans l’explosion des cas de cancer depuis plusieurs décennies on fumerait toujours la cigarette dans les écoles. Sans l’accroissement des crises cardiaques et de l’obésité morbide, on n’aurait pas commencé à limiter la malbouffe. Sans Tchernobyl, aurait-on entrepris de mieux sécuriser l’énergie nucléaire? Mais encore: sans les épidémies de pestes buboniques, aurait-on commencé à appliquer de meilleures règles d’hygiènes? Et sans nos ancêtres préhistoriques qui ont brûlé vifs lors d’un incendie de forêt, aurait-on découvert la maîtrise du feu?

Ce que je dis ici, c’est que de tout événement négatif naît la possibilité d’un résultat positif. L’événement négatif ne peut être blâmé sans cesse pour ce qu’il est, mais plutôt acclamé pour les changements qu’il nous force à apporter.

À quoi aurait-il donc servi à nos prédécesseurs de blâmer le feu qui les brûle ou plus tard la maladie qui les frappe, à sacrifier des moutons ou des sorcières pour apaiser les Dieux en furie et faire couler la pluie ou arrêter l’épidémie par chance? À rien. L’eau qui épuise l’incendie et le force en retraite n’empêche pas le feu de revenir, pas plus que la fin d’une épidémie ne conjure le retour d’une autre.

L’Homme doit apprendre à s’adapter et à changer ce qu’il le rend vulnérable aux périls.

Ainsi, la solution au problème de la pédophilie n’est peut-être simplement pas d’emprisonner les pédophiles. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Il faudrait possiblement comprendre en quoi nos enfants sont devenus plus vulnérables qu’ils ne l’étaient autrefois, si tel est effectivement le cas.

Par exemple, autrefois, dans nos campagnes, les enfants étaient beaucoup plus souvent à la maison ou chez des proches. Ils aidaient pour les travaux avec la famille, les garçons avec leur père, les fillettes avec leur mère, et les sorties étaient plus encadrées, ou du moins elles avaient lieu dans un univers moins spacieux, plus simple. Les enfants avaient leurs moments de liberté, mais celle-ci s’exprimait dans un contexte où les gens se connaissaient davantage.

Aujourd’hui, par contre, c’est l’époque de la clef dans le cou, de l’autobus jaune ou bleu, des inconnus hasardeux qu’on aperçoit subrepticement derrière une triste clôture argentée. Plus personne ne se connaît, plus personne ne se parle. Un inconnu peut arrêter sa voiture, embarquer une fillette de sept ans, lui mettre son pénis dans la bouche ou à d’autres endroits infâmes et la laisser partir une heure plus tard pour aller chez une amie en lui disant « salut ma lolotte oublie-pas de te laver la figure » et personne ne se rend compte de rien. Nous sommes étrangers les uns pour les autres. Et c’est grâce à notre désunion et notre indifférence que peuvent prospérer de telles violences.

Conséquemment, avant de réclamer des peines toujours plus sévères pour les pédophiles comme d’autres ont brûlé des sorcières contre la peste, il faudrait peut-être mieux se regarder soi-même, passer davantage de temps avec nos enfants et leur offrir un futur où ceux-ci puissent se sentir en confiance toute la journée.

Car on aura beau arroser le feu, le piétiner, lui lancer de la chaux, l’insulter, lui cracher dessus, mettre de la terre sur lui, l’isoler ou lui couper l’oxygène, il reviendra toujours. Le problème n’est pas la pédophilie, mais notre mode de vie. Et y a pas de peines plus sévères, de castration, de registre public ou d’affichage de photos qui pourront régler ça.

Se choquer et s’indigner devant l’inacceptable, c’est facile. Se remettre en question, et essayer de changer un quotidien un peu trop impersonnel et compliqué qui nous rend vulnérables, voilà un défi plus épineux.

Deux milles dollars de l’heure
10 septembre 2008

On entend souvent la droite nous parler du système de santé étatsunien comme si c’était la panacée. Moyennant quelques milliers de dollars (en fait, 2000$/heure aux soins intensifs) on obtiendrait les meilleurs soins de santé au monde.

Bullshit.

Mon père a fait le tour de l’ouest des États-Unis en moto au mois de mai. La route 66, le Grand Canyon, la Californie, et tout le tra-la-la. Le voyage de sa vie, qu’il voulait faire à cinquante ans mais qu’il a dû reporter de deux ans. Un vrai beau voyage, qui a cependant été assombri par un voyage à l’hôpital et un contact on-ne-peut-plus-brutal avec le système de santé étatsunien.

Il ne se sentait pas bien depuis plusieurs jours, ne mangeait plus, avait de la fièvre et des frissons. On l’a placé aux urgences, et on lui a détecté une violente bactérie aux reins. Il a passé dix heures aux soins intensifs (heureusement il avait une assurance; un luxe que ne peuvent se permettre 45 millions d’Américains) et pendant qu’il était là on lui a fait passer une radiographie complète.

Vers la fin de son séjour à l’hôpital, un médecin est venu le voir avec une radiographie et lui a demandé: « Avez-vous mal aux poumons? »
– Non.
Il est reparti. Puis, un peu plus tard il est revenu:
« Crachez-vous du sang? »
– Non.
Nouveau départ. Mais le médecin est revenu une troisième fois:
« Vous sentez-vous constamment essoufflé? »
– Non.

Et ce fut tout. Bonne journée monsieur, à la prochaine si Dieu le veut! Prenez vos choses et partez; si vous restez on va vous charger la nuit. Et mon père est parti, son éternelle cigarette aux lèvres.

Depuis son retour au pays, il n’avait cessé d’être intrigué par le comportement du médecin aux États-Unis. Voulant en avoir le coeur net, il a été voir un médecin. Nouvelles radiographies. Et des doutes. On l’a donc envoyé voir un pneumologue. On lui a fait passer une batterie de tests, des radiographies, des résonances, on lui a rentré des tubes dans le nez, etc. Et le diagnostic est tombé il y a quelques jours: une tumeur au poumon. Une tumeur qu’on lui enlèvera dans deux semaines.

Il a eu de la chance dans sa malchance. N’ayant pas le moindre symptôme, on n’aurait jamais découvert cette tumeur s’il n’avait pas eu cette bactérie aux reins. Mais une question demeure: comment se fait-il que le médecin américain, dans son soi-disant super-hôpital osant charger 2000$ par heure pour la misère du triste monde, ait laissé partir mon père après quelques petites questions, sans lui faire passer d’autres tests? Peut-être que son assurance ne couvrait pas tous les traitements…

Car le spécialiste qui l’opérera bientôt a observé les radiographies et il a affirmé que c’était impossible de ne pas avoir vu que quelque chose clochait. Le médecin aurait dû le voir, et aurait dû lui faire passer d’autres tests. Il aurait peut-être pu être opéré beaucoup plus tôt si celui-ci avait été compétent et si, qui sait, on ne faisait pas passer les profits avant les gens.

Mon père, il devrait s’en sortir. On ne l’a pas fait attendre pendant des mois, voire des années. On va lui enlever sa tumeur de cinq centimètres carrés, on va lui couper puis lui revisser les côtes. Il va souffrir le calvaire pendant les mois suivant l’opération, mais il va survivre. Il va s’en sortir. Il sera encore là l’an prochain, dans cinq ans, dans dix ans. C’est un battant: il va survivre.

Mais combien de personnes aux États-Unis sont-elles victimes de ce système tiers-mondiste pourri? Combien d’Américains sans assurances vont-ils mourir? À combien n’oseront-on pas offrir tous les tests possibles pour des raisons de manque de fonds ou d’incompétence?

Encore une fois, c’est dans l’adversité qu’on reconnaît les meilleurs.

Système de santé québécois: 1
Système de santé des États-Unis: 0

Sur un plan plus personnel (et je peux l’écrire car je ne crois pas qu’il me lise), je lui ai dit que ça irait bien, que c’était juste une petite tumeur de rien, qu’il n’avait pas encore de symptômes et que c’était bon signe, que le médecin est un pro, et qu’il aura de la médicamentation pour endurer la douleur post-opératoire.

N’empêche, j’ai peur. Sûrement rien à côté de la sienne, mais quand même. J’aurais pu rester là au téléphone à pleurer, mais j’ai préféré lui donner l’impression que c’était deux fois rien ce truc. Et puis, c’est rien que ça, non? Deux-trois petits coups de scalpels, on referme et on repart la musique, non?

Jack the Munt et l’éléphant francophone
9 juin 2008

Aujourd’hui je pourrais vous parler du cancer de Claude Béchard (le sort s’acharne sur lui on dirait), de l’à -plat-ventrisme pathétique de Stéphane Dion et de ses Libéraleux qui permettent encore une fois au Parti Conservateur de faire la pluie et le beau temps à Ottawa ou même du prix du litre d’essence à 1,51$, une énième étape vers les 3-4$ le litre, inévitable considérant le pic pétrolier.

Mais non, ça ne me tente pas. Aujourd’hui, je vais vous parler de ma visite au zoo.

Le belz-couple est donc allé faire sa visite au zoo de Granby, en cette chaude journée où les visiteurs étaient presque absents (après midi il y avait peut-être cinquante ou cent personnes dans tout le parc), et a donc pu voir les animaux de près. Une aventure banale? Pas du tout! Plusieurs choses nous ont émerveillés. En voici deux.

D’abord, notre ami Jack the Munt, le petit muntjac perdu au fond d’un sentier et seul dans sa grande cage. Puisque nous étions seuls avec l’animal, j’ai donc décidé de lui faire la conversation, et voir ce qu’il penserait. Mais faut dire qu’à être seul chez soi dans sa grande cage, on développe des routines, et on peut avoir l’air légèrement asocial… J’ai fait un petit vidéo de notre ami:

Après avoir visionné le vidéo à peu près dix fois, je ne suis toujours pas capable de ne pas rire. Le pire, c’est qu’il avait fait ce même parcours à peu près quinze fois de suite avant que je sorte ma caméra! Très sympathique, l’animal!

Voici notre deuxième rencontre marquante. Un vrai éléphant de « cheu nous », comme on les aime, Québécois jusqu’au bout de la trompe. Il a l’air de rien comme ça, mais… Immédiatement après avoir pris cette photo, je me suis approché et j’ai commencé à lui parler: « Salut, ça va mec? » Aucune réponse. Hmm, il ne parle peut-être pas français. « Yo, habla espaà±ol? Como esta? » Il me regarde alors assez furieusement et fait un bruit avec sa mâchoire ou sa jambe (pas clair tellement il est gros). Je me risque alors: « Do you speak english? » Croyez-le, ou croyez-le pas, mais l’éléphant à relevé sa trompe et nous a garoché une roche grosse comme une énorme patate et si nous ne nous étions pas enlevé de là nous l’aurions eu sur la tête!

Voici la pierre qui a failli nous assommer. Nous l’avons remise à deux employés (qui n’en finissaient plus de s’excuser et de dire que c’était la première fois que ça arrivait et qu’il n’y avait généralement pas de roches accessibles pour l’éléphant), mais nous aurions peut-être dû la garder. Honnêtement, vous connaissez beaucoup de personnes qui se sont fait lancer une roche par un éléphant, vous?

En tout cas, moi des éléphants qui se respectent assez pour exiger de se faire parler dans leur langue, ça me donne chaud au coeur. Il y a une profonde source d’inspiration pour nous là -dedans. à€ vos roches!

Je sais pas s’il y a une morale à cette histoire. Mais une petite heure de char, un petit trente dollars et voir un muntjac faire le zouave, se faire lancer une roche par un éléphant, suivre un paon qui se promène un peu partout, passer à quelques centimètres de bébés kangourous en liberté et voir des hippopotames nager, je trouve que ce n’est vraiment pas cher!

En finissant, voici notre coup de coeur des jolies bêtes:

Alors si vous passez par Granby cet été, n’oubliez pas d’aller saluer Jack the Munt, l’éléphant francophone et tous nos nouveaux amis!