Michael Sabia à la CDP: le capitaine aussi perdu que son bateau!
14 mars 2009

« Il y a cinq ans, votre entreprise était au bord d’une crise financière ». Voilà ce que lançait Michael Sabia aux actionnaires de BCE en 2007.  Au moment de faire cette déclaration, pourtant, l’institution avait le pire taux de croissance de son secteur, ses employés étaient malheureux et les clients perdaient confiance par milliers. Et c’est cet homme qui est maintenant président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Quelle bourde monumentale!

Quand on choisi un dirigeant, on le veut compétent. Qu’a accompli exactement Michael Sabia, pendant les sept années passées (2002-2008) à la tête de BCE? Et d’abord, est-il l’homme en qui les Québécois auront confiance?

Ça peut sembler un détail, mais Sabia est anglophone. C’est symptomatique ici: dès qu’un unilingue anglophone risque d’accéder à un poste important, que ce soit à la tête de la CDP ou comme entraîneur du Canadien de Montréal, le débat fait rage. Avec raison. L’homme qui dirige la CDP s’occupe de notre argent. Il nous représente. Il doit pouvoir faire face aux caméras et parler directement aux Québécois, les rassurer sur leurs retraites, leur dire que leur argent est entre de bonnes mains. Après seize ans au Québec, Sabia ne baragouine toujours qu’un français très approximatif. Comment peut-on espérer qu’il donne confiance au Québécois?

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Au-delà de la langue, ses propres employés lui ont-il fait confiance alors qu’il était à la tête de BCE? Pas du tout. Les résultats d’un sondage d’entreprise intitulé « Entre nous » et publié le 4 juin 2007 sont éloquents: seulement 38% des employés lui font confiance. Une même proportion d’employés croient en l’honnêteté de la direction. Pire: ils ne sont que 31% à approuver les changements apportés par la haute direction dans les douze mois précédents. ((Économie, jeudi, 12 juillet 2007, p. 26, Ça ne « file » pas chez Bell Canada, La Presse)) Ces chiffres peuvent paraître triviaux, mais ils ne le sont pas.

En effet, un employé heureux et confiant dans sa direction est un employé qui travaille bien et est motivé. Quand un représentant du service à la clientèle de chez Bell est démotivé, il vend moins et n’offre pas la même qualité aux clients. Mais qu’en est-il lorsque l’employé en question est responsable du bas de laine des Québécois? Vous sentiriez-vous confiant de savoir qu’une bande d’employés démotivés gère les 120 milliards $ de la CDP? Pas moi. Les employés d’une entreprise sont les plus grands actifs de celle-ci et les résultats sont souvent à la hauteur de leur désir de surpassement qu’entraîne une confiance en l’entreprise et en sa direction. Sabia a réussi à démobiliser ses employés chez BCE, et l’appréciation des clients a suivi: en 2001, seulement 8% des Québécois avaient une mauvaise opinion de Bell, contre 25% en 2007. Et au printemps 2008, Bell obtenait le pire taux de satisfaction des fournisseurs de service internet au Canada. ((La Presse Affaires, mardi, 17 juin 2008, p. LA PRESSE AFFAIRES, BCE: UN GÉANT DANS L’ATTENTE, Un bateau sans gouvernail, Clients et employés attendent un signal depuis deux ans, Vailles, Francis))

En 2007, Bell avait 40% de plus de clients internet au Canada qu’en 2003. Le problème, c’est que Telus en avait 82%, Rogers 85% et Vidétron 130%! Bell, le fleuron de BCE, a systématiquement sous-performé face à ses concurrents. La situation n’est guère plus reluisante dans le sans-fil: pour les mêmes dates Bell était en hausse de 41%, contre 65% pour Telus et 94% pour Rogers. ((Idem.))

On le constate, les années Sabia ont été marquées par une démotivation des employés et une perte de confiance des clients, deux éléments extrêmement dommageables pour l’entreprise car difficiles à récupérer. Pierre Duhamel résume bien le problème: « Les années Sabia ont été des années d’hésitations et de piétinements parce qu’il n’a jamais eu la moindre idée d’une vision porteuse qui assurerait la croissance et le développement de l’organisation. »

En fait, le seul bon coup de Michael Sabia a avorté: la tentative de vendre BCE à la caisse de retraite des enseignants Teacher’s aurait peut-être permis de relancer l’entreprise. Et Michael Sabia aurait récolté une jolie somme de 24,6 millions $ si la transaction avait eu lieu. ((Économie, mercredi, 15 août 2007, p. 30, Les patrons de Bell empocheront 170 millions $, La Presse))

Les questions demeurent: pour qui travaillera Michael Sabia? Pour les Québécois, ces francophones dont il ne connait pas grand chose et sait à peine baragouiner leur langue? Ou pour lui-même, dont le seul exploit en sept ans de direction de BCE a été une tentative de s’enrichir rapidement d’un 25 millions $ pendant que s’effritait tout le capital de sympathie et la crédibilité de son entreprise?

Le bateau de la CDP est perdu en mer et on a réussi à trouver un capitaine encore plus égaré que lui. On aurait voulu faire pire qu’on n’y serait pas parvenu.

Émission de radio du 6 mars 2009
6 mars 2009

Aujourd’hui à l’émission:

– Retour sur la semaine dernière;
– Jean-François Harrisson et la pédophilie;
– Le scandale de la Caisse de dépôt et placement.

Écouter

La dictature des agences de notation
1 mars 2009

« Nous notons n’importe quelle opération. Quand bien même aurait-elle été structurée par des vaches, nous la noterions », affirmait un analyste de Standard & Poor’s (S&P) ((Les Echos, no. 20229, Marchés, mardi, 5 août 2008, p. 23, Notation de crédit, L’étau se resserre sur les agences de notation, BENJAMIN JULLIEN)) en août dernier. S&P ne constitue pas un cas isolé : ces géants de la notation ont un pouvoir de dictateurs sur nos dirigeants. Québec Solidaire a raison de dénoncer leur influence excessive: elles n’ont pas de leçons à donner au Québec.

En effet, lorsqu’on se permet de critiquer la gestion de la Caisse de dépôts et placement du Québec (CDP) et de donner des conseils au gouvernement comme le faisait S&P il y a quelques jours, on se doit d’être irréprochable, tant au niveau éthique que financier. Dans les deux cas, les agences de notation échouent lamentablement.

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