La ville est hockey…
19 avril 2008

Le club de hockey Canadien représente très bien Montréal. De moins en moins de francophones, une direction qui se fout des partisans, et de (trop) nombreux joueurs étrangers qui ne sont ici que pour l’appât du gain et qui ne se sente aucunement liés à la ville et à ses habitants.

On a glorifié Kovalev, on a acheté son DVD (très plate, en passant, où la moitié est consacré à son auto-congratulation d’être le plus beau, le plus grand, le plus fin, le meilleur), mais on a oublié que ça faisait trois ans qu’il était un cancer qui rongeait l’équipe en refusant de jouer avec intensité. Cette année il a connu un petit sursaut en saison régulière, fâché d’avoir été écarté de l’équipe d’élite russe aux championnats mondiaux, mais sitôt les séries commencées, c’est le même Kovalev qu’avant: un branleux qui fait dans la dentelle et qui refuse de se salir dans les coins de patinoire.

Je nomme Kovalev, mais je pourrais parler de Plekanec (la fillette), qui a connu ce soir son seul bon match, après cinq parties où il a eu l’air d’une patineuse artistique ayant peur des coins de patinoire. J’aurais pu nommer Kostitsyn, les deux frères, qui sont des joueurs unidimensionnels, juste bons à couper vers le filet en vitesse et allergiques à l’intensité et aux jeux simples qui font gagner une équipe. Ou encore Markov, qui joue comme une lavette. Et de nombreux autres! Qui feront probablement gagner Boston lundi.

« Voici VOS Canadiens », annonce Michel Lacroix. Non, ce ne sont pas MES Canadiens. Oui je m’identifie à Latendresse, à Bégin, à Lapierre, à Bouillon, à Brisebois. Je peux même m’identifier à des Higgins ou des Price. Mais ne me parlez pas de ces Européens qui rêvent déjà à l’élimination de leur club pour aller retrouver les leurs dans leur pays d’origine. Des joueurs de location, qui remplissent un contrat pendant la saison régulière pour ensuite se traîner lamentablement les pieds. Ne me parlez pas de ces joueurs, qui ont fait des Sénateurs d’Ottawa une équipe DOMINANTE pendant six-sept ans en saison régulière avant de les voir s’écraser à chaque printemps.

Ne me parlez pas de ces joueurs étrangers, qui n’ont jamais connu la fierté de porter l’uniforme bleu-blanc-rouge et qui ne sont pas prêt à souffrir – à sacrifier un peu de leur égo surdimensionné – pour gagner.

Mais telle équipe, telle ville? Je les vois aussi, tous ces immigrants, ghettoisés, ici seulement pour leur petite vie à eux, fermés sur leur société d’accueil (au mieux) ou carrément haineux vis à vis de ceux qui les accepte (au pire). Tous ces nombreux immigrants incapables de dire « bonjour » en français, qui ne veulent même pas savoir qui était René Lévesque et qui ne demandent qu’à gagner un peu d’argent pour se brancher au plus vite sur les émissions câblées de leur pays d’origine, ou la dernière crap étatsunienne.

Et c’est cette équipe qu’on appelle Montréal. Et quand le Canadien se fera éliminer lundi, je me dirai que c’est un peu notre ville qui s’est fait surclasser, non pas par des gens plus talentueux, mais par des gens plus motivés, plus cohérents, et ayant envie de vivre ensemble pour atteindre un but commun. Une équipe, une ville, pas un amalgame de petits ghettos individuels.

Au fond, on a peut-être l’équipe qu’on mérite, nous qui refusons depuis tellement longtemps de nous faire respecter. Dans notre langue, et selon nos valeurs.

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