Le génocide des pauvres
8 mars 2010

Pendant qu’on nous demande de nous serrer la ceinture, de faire des efforts, bref, de nous appauvrir, on apprend aujourd’hui que le Canada est un des pays au monde imposant le moins ses entreprises. Si des pays comme le Japon et les États-Unis – pourtant pas des républiques socialistes – ont des taux d’imposition avoisinant le 40%, le Canada a une cible de près de 25% d’ici deux ans, et le Québec, en gros Wal-Mart de la copie bon marché, offre 11,9%. Et si, en gagnant cette course aux bas impôts, on ne contribuait pas simplement à accepter l’inacceptable?

Source de l’image

En effet, il faudra un jour se poser la question. La logique néolibérale est simple: puisqu’on ouvre toutes grandes les frontières, les entreprises sont en compétition les unes contre les autres. Ainsi, si des pays leurs imposent des normes environnementales, sociales ou financières « trop » sévères, elles quittent pour un endroit plus laxiste. Alors, dites-moi, à quand l’imposition zéro?

Illustrons en exagérant: pourquoi se contenter de baisser un peu les impôts, d’attendre qu’une autre nation les baissent davantage, puis les rebaisser de nouveau? Pourquoi ne pas simplement abolir les impôts des entreprises? On pourrait même imaginer leur offrir de l’argent, des bâtiments neufs, des subventions. Et pourquoi pas des toilettes en or? Puisque l’État est incapable, selon les tenants de la droite économique, de la moindre efficacité, il faut jouer le jeu de la compétition et assurer aux entreprises un cadre financier leur permettant de faire des milliards de dollars sans jamais redonner le moindre sou à la collectivité. Et on appelle cela le progrès? Et on appelle cela « compétitivité »?

En fait, ce n’est pas seulement au niveau des impôts aux corporations que l’État se délaisse de son rôle de redistribution de la richesse. Comme je l’écrivais ici, le Canada a également un des taux d’imposition des particuliers aisés parmi les plus faibles au monde. Seulement 27% d’imposition pour un individu seul gagnant 167% du revenu moyen; des pays comme le Danemark, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas imposent à plus de 40% ces individus qui ont les moyens de payer. Et – surprise, surprise – ce sont également des pays parmi ceux-ci qui ont le plus faible taux de pauvreté des personnes en âge de travailler. Le lien doit être répété: l’impôt permet la redistribution de la richesse; les pays qui imposent moins leur population sont également ceux où il y davantage de pauvreté.

Un génocide des moins-nantis

Avec la pauvreté issue d’un manque de redistribution de la richesse vient, immanquablement, la mort. On savait déjà que le système de santé états-unien, par exemple, qui n’offre pas la moindre protection à plus de 47 millions de personne, entraîne la mort de plus de 101 000 personnes par an. On apprend, aujourd’hui, sur le blogue de Jean-François Lisée, qui cite une étude du British Medical Journal, que c’est plus de 1,4 millions de personnes qui meurent, ANNUELLEMENT, à cause des inégalités sociales, dans les trente pays les plus développés.

Dès que le coefficient de Gini, qui calcule ces écarts, dépasse 0.30, le nombre de morts augmente en flèche. Si 103 personnes meurent de l’inégalité au Canada (Gini 0.301), c’est plus de 11 000 en Angleterre (Gini 0.326), 16 000 en Italie (Gini 0.347), 883 000 aux États-Unis (Gini 0.357) et 425 000 au Mexique (Gini 0.480)! Soyons clair: l’inégalité tue. Tout ce qui permet au coefficient de Gini d’augmenter, que ce soient les baisses d’impôts aux mieux-nantis ou les hausses de tarifs pour la classe moyenne et les plus pauvres, résulte en la mort d’individus.

Or, il n’est que trop facile de se déresponsabiliser du fait que ces morts ne sont pas nécessairement visibles. Si on prenait 1,4 millions d’individus, qu’on les entassait dans des camps de concentration avant de les enfermer dans des chambres à gaz, tout ceci sous la direction d’un seul homme, on descendrait dans la rue, avec justesse, et on exigerait la tête du dictateur. Ce crime-là est inhumain. Tuer 1,4 millions d’individus de cette façon, c’est impensable.

Mais si on tue 1,4 millions de personnes par les milliers de mains d’un système économique bien huilé, personne ne bronche. Quand un homme meurt du cancer des poumons parce qu’il a travaillé dans des mines insalubres pour survivre, personne ne réagit. Quand une femme se prostitue pour payer les comptes, attrape le SIDA ou se fait battre à mort, ce n’est qu’un fait divers. Quand un enfant de douze ans sniffe de la colle pour oublier la tragédie de son quotidien, ce n’est qu’une histoire pathétique de plus, au mieux de la matière première pour journalistes en mal de pipole.

Les mêmes morts; seule la manière de les tuer qui diffère. D’un côté, la mort est organisée, planifiée, voulue, souhaitée, de l’autre elle est le résultat de la soi-disant faiblesse de personnes qu’on a laissé seules à elles-mêmes, des dommages collatéraux dans une société qui, au nom de la compétitivité, a fait de la loi de la jungle sa raison d’être. D’un côté, les morts justes, les victimes d’Holocaustes qu’on célèbre à chaque année avec des fleurs et des minutes de silence; de l’autre, des inconnus, des « faibles » qu’on lance dans la fosse commune de l’oubli.

Pourtant, une mort, une seule mort d’une personne qui a été privée de la chance de voir le soleil se lever un autre matin, est une mort de trop. Qu’on tue avec une machette, dans des chambres à gaz, sur une chaise électrique, avec une cuillère à crème glacée dans l’oeil ou en laissant les inégalités transformer notre société en tombeau des plus démunis, le résultat est le même: on se prive du talent d’un individu, et on laisse les plus faibles crever, comme dans la nature, comme chez les animaux. On commet l’indéfendable; d’un eugénisme à la Hitler ou d’un génocide mécanique des plus démunis, le résultat est le même: l’homme redevient animal, il se saborde, il détruit son âme et sa conscience.

Non, ce refus d’imposer les mieux-nantis, entreprises ou individus, ne constitue pas un fait divers. C’est la prémisse d’un changement de l’ordre social, d’une attaque non seulement contre l’État-providence, mais également contre la civilisation, contre nos valeurs humaines, contre cette conception que la vie est sacrée et que chaque humain a le droit de la vivre pleinement.

Peu importe les discours, peu importe les arguments économiques fallacieux d’économistes à la solde de leurs propres intérêts, et peu importe les manigances et les sermons quant à l’importance du serrage de – notre – ceinture, toute cette mécanique génocidaire et violente débute d’un système qui utilise les humains comme autant de boulons d’une complexe machine alors que ceux-ci devraient constituer, précisément, la finalité de toute entreprise.

Qu’on nous demande, aujourd’hui, d’accepter ces morts, de consentir à la diminution de notre niveau de vie pendant qu’on laisse les entreprises et les mieux-nantis continuer leur party, n’est pas seulement indécent: c’est criminel.

S’il y avait un semblant de justice sur la Terre, ceux qui votent de tels budgets, qui façonnent de telles politiques, et ceux qui en font la promotion, seraient jugés pour crimes contre l’humanité et collaboration à commettre ces crimes.

La pauvreté n’est pas innée ni volontaire; elle est la résultante de choix politiques. Notamment celui de ne pas imposer plus équitablement les entreprises et les mieux-nantis.

Le SISP contre les couilles en or
14 décembre 2009

À chaque fois qu’un Lucide s’exprime, La Presse et autres médias à la solde d’intérêts privés se dépêchent de rapporter ses propos et de les présenter comme étant le « gros bon sens ». Quand le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) donne ses propres solutions économiques, on devient soudainement bien silencieux à l’office de propagande de la rue St-Jacques.

sisp

Source de l’image

Évidemment, je ne suis pas si naïf: la réfutation en règle des propositions du SISP viendra. On ne peut pas laisser impunément des « méchants syndicats » contaminer le débat public en insinuant qu’on pourrait parler d’économie autrement que pour décider de quelle façon on peut convaincre les plus pauvres de s’appauvrir encore davantage.

Pourtant, les suggestions du SISP sont intelligentes et bien équilibrées. Contre la folie du déficit zéro à tout prix, on rappelle la nécessité, pour l’État, de stimuler l’économie et d’assurer ainsi la croissance, comme cela s’est fait notamment aux États-Unis avec le plan Obama, quitte à revenir à l’équilibre budgétaire un peu plus tard. Contre les bouchers ne rêvant que de dépecer encore davantage nos services publics, on rappelle l’importance de les protéger. Contre l’aveuglement de la hausse des tarifs d’électricité, qui pénaliserait les plus pauvres, on suggère l’intensification de la lutte à l’évasion fiscale, une imposition plus équitable des plus hautes fortunes, l’imposition d’une taxe sur les produits de luxe, une augmentation des contributions des sociétés financières, l’imposition d’un impôt minimum aux entreprises rentables et un resserrement des crédits d’impôt et congés fiscaux des entreprises. Contre l’à-plat-ventrisme du gouvernement Charest face à Ottawa, on exige qu’il obtienne une compensation pour l’harmonisation de la TVQ et de la TPS, une mesure qui pourrait rapporter jusqu’à 2,6 milliards de dollars.

Or, ces propositions ne sont-elle pas, précisément, plus lucides et complètes que celles d’une certaine droite à la logique binaire, répétant ad nauseam qu’il n’y aurait de choix économique qu’entre des hausses de tarifs et des coupures dans nos services? Ne sont-elles pas plus complètes, elles qui s’intéressent notamment aux (trop) généreuses baisses d’impôts accordées aux plus nantis depuis une décennie?

Le problème, c’est la crédibilité, ou plutôt l’apparence de crédibilité que certains médias donnent à ce genre de propositions. Quand ce sont des syndicats – des organisations démocratiques au service de leurs centaines de milliers de membres – qui proposent, personne n’écoute. Mais si c’est La Presse, un quotidien à la solde d’intérêts privés et d’une minorité de bien-nantis, qui propage son petit catéchisme depuis 1884, soudainement, cela prend de l’importance. Il s’agit du deux poids, deux mesures typique d’une société de moutons qui en est venue à confondre ceux qui les flattent pour leur bien et ceux qui jaugent de la qualité de leur chair avant de les amener à l’abattoir.

En fait, il semble qu’il y a tout un discours à reconstruire. Il est devenu suspect, dans un Québec habitué à plus de vingt-cinq années de politiques économiques de droite, de vouloir s’attaquer aux privilèges indus et à ceux qui auraient les moyens de contribuer davantage au bien-commun. Avec fatalisme, on regarde une minorité s’enrichir grâce à notre force de travail, grâce à la cohésion sociale offerte par une société ne laissant pas ses plus pauvres à l’abandon, grâce à une éducation de qualité payée à même nos impôts, et on considère cette richesse extravagante comme un dû et cette nouvelle bourgeoisie comme devant être protégée des affres de mesures socialisantes voulant les priver du fruit de leur labeur. En clair: on sait où se trouvent les ressources, mais on préfère se battre entre nous pour les miettes plutôt que d’oser les récupérer. On préfère demander aux plus vulnérables d’entre nous d’écoper plutôt que d’avoir à augmenter les impôts des entreprises ou des mieux-nantis ou de s’opposer aux dogmes d’un libéralisme économique nous ayant conduit à cette crise.

Alors oui, peut-être que les recommandations du SISP sont orientées idéologiquement et visent à protéger les intérêts de leurs membres. Mais je préfère de loin l’idéologie d’une organisation démocratique au service de centaines de milliers de travailleurs et qui s’applique à chercher le véritable bien-commun à celle d’une minorité de propagandistes aux couilles en or qui, bien assis dans leur fauteuil en cuir de la rue St-Jacques, nous répètent que nous devons nous serrer la ceinture.

Ces petits princes de l’opinion se croient bien lucides lorsque vient le temps de nous demander de nous attaquer à nos « vaches sacrées », mais ils ne remettent jamais en question les mamelles privées desquelles ils s’abreuvent et grâce auxquelles ils nous fournissent, semaine après semaine, le même vieux fromage puant d’une servilité n’ayant que trop fermenté dans le vieux lait caillé d’une entreprise ne visant pas l’information des citoyens, mais plutôt son propre profit.

Les jeunes libéraux: reliques du passé?
10 août 2009

L’argent, ça se prend quelque part. Les baisses d’impôts successives des gouvernements du Parti Québécois et du Parti Libéral ont privé l’État québécois des milliards nécessaires pour équilibrer son budget. Et aujourd’hui, maintenant que le rouge s’affiche sur tous les tableaux de bord, propose-t-on de corriger cette erreur? Non, évidemment. Les jeunes libéraux, ces jeunes-vieux ayant un intérêt poussé pour le pouvoir et les idées de droite, sévissent de nouveau en exigeant des hausses de tarifs.

jeunes-liberaux

Source de l’image

C’est presque devenu un rituel. Le Parti Libéral se sert des jeunes Libéraux, année après années, pour tester la réaction de la population à diverses mesures controversées. Baisses d’impôts, hausses des frais de scolarité, péages routiers… Autrefois, on envoyait les jeunes hommes se faire massacrer dans les tranchées; désormais on se sert de leur jeunesse pour donner l’impression d’avoir des idées originales même si celles-ci sont vieilles comme Reagan et ont déjà prouvé leurs échecs à de nombreuses reprises.

Hausser les tarifs, vous êtes sérieux? Je ne vais pas me répéter: le concept de l’utilisateur-payeur profite à la minorité qui possède le luxe de tout utiliser pendant que la majorité en subit les frais. Un petit quatre ou cinq dollars par ci ou par là, c’est du petit change pour celui qui gagne 75 000$ par année, mais c’est le repas du midi pour l’autre qui peine à joindre les deux bouts. Si vraiment on désire imposer le concept de l’utilisateur-payeur, qu’on le fasse en fonction des revenus, comme je le proposais dans ce texte. Tout le monde possède une carte électronique, et le coût d’un service « X » n’est pas en dollars, mais en pourcentage du revenu; ainsi le fardeau pour chaque citoyen est le même. Mais là, attendez, je parle du vingt-unième siècle ici. Les jeunes libéraux en sont encore au dix-neuvième.

Oh, heureusement, ceux-ci jouissent de l’aide de leur grand ami André Pratte, qui nous rappelle à quel point la minorité d’entre nous fut chanceuse d’avoir profité de généreuses baisses d’impôts ayant placé les comptes publics dans l’état précaire actuel. Et Pratte, au fait, reconnaît-il que ces baisses d’impôts furent une erreur? « Augmenter les impôts? C’est la mesure la plus néfaste qui soit pour la croissance économique. » Merci André. Toujours utile d’avoir ton opinion. Je n’aurais jamais deviné que tu allais dire cela.

Et puis, au fait, est-ce qu’un pays comme le Danemark constitue le cancre des pays européens au niveau de sa croissance économique? Il est le pays imposant le plus adéquatement ses citoyens, avec un taux d’imposition de 30,3% pour le salaire moyen d’un célibataire sans enfant et 40% pour ceux gagnant plus de 67% de plus que le niveau moyen. Et la Suède, patauge-t-elle dans la médiocrité, elle qui est souvent citée comme un exemple à suivre? Elle impose à 19,7% son salaire moyen et 32,5% ses plus riches. Le Canada, lui, se contente de 16,2% et 22,3%. (( Statistiques OCDE, Les impôts sur les salaires, 2007-2008, ÉTUDE SPÉCIALE :LES IMPÔTS SUR LA CONSOMMATION,
CHARGE ADDITIONNELLE SUR LES REVENUS DU TRAVAIL )) Il ne faut surtout pas choquer les plus favorisés de notre société, surtout s’ils travaillent sur la rue Saint-Jacques à Montréal…

Or, est-ce que la croissance économique est le seul facteur d’importance? Et si on parlait d’inégalité des revenus? Le tableau ci-bas expose le coefficient de Gini, probablement la meilleure mesure de l’inégalité d’une société, en fonction des pays. Et oh, surprise, le Danemark et la Suède arrivent bon premiers! On le constate, des impôts élevés favorisent une meilleure redistribution de la richesse et assurent une meilleure cohésion sociale en réduisant les inégalités. À l’opposé, serez-vous surpris si je vous dis que le Mexique est le pays de l’OCDE où les impôts sont les moins élevés? 3,7% pour le salaire moyen et 11% pour les plus riches. André Pratte et les jeunes libéraux auraient-ils le courage d’annoncer publiquement que le Mexique constitue leur exemple?

tableau_ocde

Je ne sais pas pour vous, mais je ne veux pas d’une société se gargarisant d’une supposée croissance économique pendant que la majorité de sa population vit dans la misère. Les jeunes libéraux, en prenant la décision d’encourager les hausses de tarifs, participent à la dislocation du tissu social et à l’élargissement de la fracture séparant ceux qui ont les moyens de ceux qui aimeraient les avoir. L’air, l’eau, la santé, l’éducation, les routes, les parcs, l’électricité, ce sont tous des ressources indispensables profitant à l’ensemble de la société. En imposant des tarifs, on pénalise les plus pauvres d’entre nous et on favorise le renflouement des coffres de l’État sur le dos de ceux-ci, augmentant les inégalités.

Je rêve du jour où les jeunes libéraux oseront vraiment donner un bon coup de pied dans les dogmes de leurs aînés et remettre en question leurs vieilles idées économiques créatrices de misère et de désespoir.

Nous sommes au vingt-unième siècle. Quelqu’un peut-il en aviser les jeunes libéraux?

NPD-PLC: la nécessaire union contre-nature
23 septembre 2008

L’annonce de Jack Layton selon laquelle celui-ci considérait une possible coalition avec le Parti Libéral du Canada (PLC) tombe sous le sens: ensemble, les deux partis pourraient empêcher l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, fruit de la division du vote de l’opposition. Ceci dit, il y a pourtant un obstacle majeur à cette union, et il est idéologique: comment le NPD, un parti de centre-gauche, pourrait-il faire alliance avec le PLC, de centre-droit?

En effet, et contrairement aux affirmations – peu étayées – de Patrick Lagacé et de Vincent Marissal, le Parti Libéral du Canada n’est pas et n’a jamais été, du moins dans son histoire récente, un parti de gauche.

En voici quelques exemples pêle-mêle:

  • Loi C-17 (1994) : le gouvernement libéral de Jean Chrétien a réduit la durée des prestations d’assurance-emploi et fait passer le taux des prestations de 57 à 55%.
  • Loi C-12 (1996): le même gouvernement a décidé de changer la formule de calcul; désormais on ne calculait plus les semaines de travail, mais plutôt les heures travaillées. Alors que près de 80% des travailleurs étaient couverts, ce nombre est désormais passé à moins de 50%. Puisque ces gens n’étaient plus couverts et ne réclamaient plus d’argent, le gouvernement libéral pouvait ainsi détourner l’argent de la caisse à d’autres fins. Voici d’ailleurs ce qu’écrivait à ce sujet Gaétan Guérard, conseiller syndical au Syndicat de l’enseignement des Deux Rives (SEDR-CSQ) en 2000:

    Le ratio prestataires/chômeurs (p/c), qui est confectionné à partir de données de Statistique Canada est un bon indicateur de la couverture offerte par le régime aux chômeurs . Le niveau de ce ratio est passé de 83% en 1989 à 42% en 1997 . L’état de la couverture de ce régime agonisant est resté critique mais stable à 42% en 1998. C’est donc dire qu’en 1989, 8 chômeurs sur 10 avaient droit aux prestations mais que depuis 1997, environ 6 chômeurs sur 10 n’ont pas droit aux prestations. À force de soi-disant réformes qui ne visaient en fin de compte qu’à démanteler le régime, les conservateurs et libéraux peuvent dire  » Mission accomplie « !

  • Les transferts fédéraux en éducation ont été réduits de près de 2,2 milliards $ entre 1993 et 2006, pénalisant ainsi les étudiants, à qui les provinces ont refilé une partie de la facture.
  • En 1995, les Libéraux ont imposé des compressions à Environnement Canada en plus de couper plus de 40% du financement de Parcs Canada (jusqu’en 1998).
  • En 2000, Paul Martin, alors ministre des finances du PLC, a annoncé les plus importantes baisses d’impôts de l’histoire du pays: 100 milliards en cinq ans. Il a par la suite éliminé l’impôt sur le capital des sociétés et augmenté le seuil d’exemption fiscale pour les cotisations aux REER, qui a permis d’y inclure des revenus de plus de 75 000$ par année. Plus de 30% des avantages de ces baisses d’impôts ont ainsi profité aux 5,3% des contribuables au revenu le plus élevé.
  • Lors des élections de 2006, Paul Martin annonça de nouvelles baisses d’impôts de plusieurs dizaines de milliards de dollars, seulement dépassées en quantité par Stephen Harper et ses 44,9 milliards $.

On le constate, le Parti Libéral du Canada n’est pas un parti de gauche. Il volé les travailleurs en les empêchant de toucher l’assurance-emploi à laquelle ils avaient contribué, il a coupé dans l’environnement, dans l’éducation, il a réduit les impôts des plus aisés et de compagnies faisant déjà d’indécents profits. Il a seulement été battu par un parti encore plus à droite que lui en 2006.

Ainsi, une alliance entre le NPD et les Libéraux serait extrêmement contre-nature (même si Stéphane Dion a légèrement recentré le PLC depuis son élection). Depuis deux décennies que ces deux partis proposent deux visions diamétralement opposées aux citoyens, et là, soudainement, ils s’embrasseraient les uns les autres dans une virile étreinte et iraient boire de la bière et fumer des cigares aux mêmes assemblées? Non, c’est impossible.

Par contre, rien n’empêcherait une alliance ponctuelle. C’est-à-dire que deux ennemis, malgré leurs différences, peuvent reconnaître qu’ils font face à un danger encore plus grand, non seulement pour leurs formations politiques, mais également pour le pays en général. Comme en période de guerre, on pourrait voir un front uni se créer face à la menace d’un gouvernement Harper majoritaire. Il ne s’agirait pas de s’aimer, ni même d’être en accord les uns les autres, mais d’être pragmatiques et d’échanger des circonscriptions prenables.

Par exemple, dans un comté où le Parti Conservateur est en avance mais que l’addition des votes du NPD et du PLC donnerait une victoire claire à l’un ou à l’autre, un des deux candidats devrait se retirer et appeler ses supporters à voter pour l’autre. Contrairement au vote stratégique individuel, qui est une perte d’énergie et de temps, cette stratégie permettrait d’inclure les aspirations des votants dans le prochain gouvernement, en y intégrant des postes de prestige à des candidats de l’autre formation. Ou, plus simplement, permettre une plus grande diversité au Parlement et assurer au parti appuyé qui, s’il fera partie de l’opposition, ne le sera pas dans un contexte majoritaire où il n’a pas de pouvoir.

Jack Layton a fait les premiers pas. À Stéphane Dion maintenant de mettre de côté son égo et d’y répondre. S’il continue de faire l’oreille sourde, il se dirige vers une défaite des plus cinglantes, non seulement pour lui, mais pour la majorité des Canadiens qui ne veulent pas d’un Stephen Harper mettant en oeuvre un troisième mandat Bush au Canada.

Des pinottes
28 mai 2007

La dernière offre de Charest pour éviter de retourner en élection et vraisemblablement de se faire battre, si on en croit les derniers sondages, est presque drôle tellement elle est mince. Pense-t-il sérieusement qu’il n’a qu’à jeter une centaine de millions pour les aînés et l’aide aux élèves en difficulté pour faire oublier son détournement de l’argent du déséquilibre fiscal et s’assurer du soutien – ou de l’abstention – du PQ lors du vote sur le budget vendredi?

Malheureusement, il se peut qu’il ait raison. Dans un monde idéal, le Parti Québécois rejetterait du revers de la main ces pinottes, qui ne règlent toujours pas le problème des énormes baisses d’impôts consenties aux plus riches et de l’élimination de la taxe sur le capital, qui privera l’État de revenus importants tout en enrichissant encore davantage des compagnies déjà ultra-favorisées fiscalement. Dans un monde idéal, le Parti Québécois reprendrait la balle au vol et réitérerait son désir de voir ces deux mesures modifiées.

Évidemment, nous sommes pas dans un monde idéal. Et dans ce monde-ci, le PQ n’est pas prêt à aller en élections, et il a surtout voulu se faire du capital politique en rejetant ce budget fait sur mesure pour l’élite. Il n’a ni les moyens financiers ni de chef pour se lancer en campagne. Il reste beaucoup de travail à accomplir et il semble de plus en plus que son opposition était davantage un bluff qu’autre chose.

Mais dans tout bluff il y a un perdant. Ici, c’est le bien commun, que le PQ risque de sacrifier pour quelques concessions au PLQ. Oui, c’est bien de l’aide aux aînés ou aux élèves en difficulté, mais de combien de centaines de millions $ l’État se prive-t-il avec ses baisses d’impôts aux plus nantis et l’élimination de la taxe sur le capital? Combien de gens aurait-on pu aider avec tout cet argent?

Le PQ a accepté de jouer un jeu dangereux en annonçant qu’il voterait contre le budget. Il doit maintenant en accepter les conséquences et défaire ce gouvernement. À moins qu’il préfère faire rire de lui et considérer qu’il peut se laisser acheter par deux trois pinottes

I’m a Frog, you’re a Frog, kiss me… and I’ll turn into a prince, suddenly… Donne-moi des pinottes, m’en va t’chanter alouette sans fausse note… »