Alliance autonomiste ou opportuniste?
29 avril 2007

Le dévoilement d’un rapport confidentiel du Bloc Québécois proposant un rapprochement du parti avec la rhétorique autonomiste de l’ADQ n’est pas un coup du hasard: on veut certainement sonder le terrain avant de se lancer dans une telle démarche. Surtout si celle-ci implique de repousser toute possibilité de référendum à court et moyen terme.

Une telle alliance serait une bonne chose pour les deux partis d’un point de vue électoral. Pour le Bloc, cela lui permettrait de surfer un peu sur la vague adéquiste et de profiter du discours populiste de Mario Dumont. Pour ce dernier, cela donnerait un peu de crédibilité à son discours autonomiste qui, sans revendication précise, donne davantage l’impression d’une rhétorique creuse qu’autre chose.

Cependant, on voit mal comment un tel rapprochement pourrait être possible tant les deux partis sont éloignés sur tous les autres points, notamment au niveau social. Le Bloc est beaucoup plus près du NPD et des positions social-démocrates du SPQ-Libre que des positions ultra-conservatrices de l’ADQ. On imagine très mal le Bloc faire alliance avec un parti qui veut dégeler les frais de scolarité, privatiser des entreprises publiques et confronter les travailleurs syndiqués de la classe moyenne.

La seule façon d’unir ces deux partis serait si la question de la place du Québec dans le Canada deviendrait un sujet primordial. Si Harper faisait une gaffe en rejetant d’éventuelles demandes de l’ADQ – si jamais le parti de Dumont formulait des demandes et étoffait un peu son discours sur l’autonomie – ou en s’attaquant aux champs de compétence du Québec. Ainsi, le Bloc et l’ADQ pourraient peut-être surmonter leurs profondes divergences pour créer une alliance ponctuelle.

D’ici là, on voit mal comment une telle chose pourrait se produire et le Bloc aurait davantage intérêt à travailler pour lui-même en attendant que Dumont lui lance un appel. Tout ceci, évidemment, si l’autonomisme de Dumont n’était pas qu’un voeux pieux pour aller chercher des votes aux dernières élections…

Pas sérieux
21 mars 2007

Caricature de Serge Chapleau, 21 mars 2007Le refus de l’ADQ de présenter son cadre financier dès le début de la campagne manquait cruellement de sérieux. On disait qu’on préférait attendre le budget fédéral pour le faire. Drôle de position pour des fédéralistes se disant autonomistes. Néanmoins, on a fini par le présenter, hier, et franchement ça fait un peu pitié.

Leurs chiffres semblent tout droit sortir d’un conte de fée. D’un coup de baguette ils vont sauver 150 millions $ en éliminant les commissions scolaires, mais ils ne parlent surtout pas des coûts qui seront engendrés pour les municipalités. D’un autre coup de baguette, ils vont réduire les dépenses de l’État de 1% sans expliquer comment ils allaient s’y prendre. D’un autre coup de baguette ils veulent remettre sur le marché du travail 25 000 assistés sociaux, sans avoir la moindre idée si le marché est capable d’accepter 25 000 nouveaux travailleurs. D’un autre coup de baguette, ils disent vouloir sauver de l’argent en faisant payer les prisonniers, alors que ceux-ci sont dans une pauvreté la plus totale à 98%…

Et ce cadre financier en est un de 1,7 milliards $, chiffre tout à fait irréaliste.

En clair, Mario Dumont n’a pas besoin de cadre financier. Les gens, surtout en région et à Québec, là où le conservatisme a toujours eu le haut du pavé et où on se demande parfois si les Lumières y sont passées, veulent voter pour lui parce qu’ils s’identifient à son franc-parler et à son charisme. Ils le trouvent beau, ils le trouvent fin. Ils trouvent son discours différent. Qu’importe si ce qu’il propose est un retour en arrière de 50 ans et ne tient pas la route; le choix est émotionnel plutôt que rationnel.

Pendant ce temps, on apprend aujourd’hui qu’un candidat de l’ADQ a fraudé le DGE en falsifiant des signatures de citoyens qui ne l’ont jamais appuyé pour qu’il devienne candidat. C’est une autre preuve – mais en fallait-il vraiment une autre – que l’ADQ est le parti d’un seul homme et n’a pas d’équipe, tout au plus des poteaux.

Le 26 mars prochain, les Québécois auront à faire un choix important. Ils auront le choix d’un gouvernement pour les quatre prochaines années. Administrer l’État est quelque chose de complexe et d’extrêmement important. Quelque chose qu’on ne confie pas à une bande d’amateurs comme l’ADQ.

On peut détester le PLQ pour ses réalisations, ou ne pas être trop chaud à l’égard du PQ d’André Boisclair. Mais il reste que ce sont les deux seuls partis en mesure de gouverner le Québec et quiconque donne son vote à l’ADQ se condamne à le gaspiller en l’offrant à un parti qui ne va nulle part et a fait de l’opportunisme et de la démagogie sa seule raison d’être.

Mise à jour (15h45):

Pour alimenter le débat, voici un commentaire qui m’a bien fait rigolé sur le blogue de Patrick Lagacé:

johny partition

en effet, les utopies péquistes et les mensonges libéraux ne justifient pas l’ignorance.
comment se forme une dictature selon hannah arendt dans son classique « sur le totalitarisme », il faut :
– une masse de gens dépolitisés
– un leader charismatique
– et que cette masse de gens soit prête à défendre le leader contre les évidences, qu’ils ignorent volontairement ou involontairement.
oui c’est ça, l’équipe de mario à de l’expérience… et quand je vois ce cher mario parler des « vraies » « vérités » pour les familles de la classe moyenne silencieuse, j’ai peur.
voici les Minitères que Mario Duplessis metterait en place :
– Ministère des affaires qui vont ben
– Ministre de l’abolition de l’état
– Ministère de la Vérité pour la Famille
– Ministère du Culte Adéquiste, pour polariser le Québec contre Montréal et ses terroristes. (Les bienfaiteurs du terroir de bonne volonté infinie contre l’Intelligensia totalitaire du plateau)
le « désir de changement et de constestation », ça forme pas un gouvernement!

Il marque un point le Johny!