La fin de partie
27 septembre 2007

Il semble de plus en plus probable que les États-Unis vont attaquer l’Iran. Il y a quelques semaines le Courrier International expliquait neuf indices qu’une guerre se préparait, et aujourd’hui on apprend par le Canard enchaîné que les services secrets russes on averti l’Iran qu’une attaque était imminente.

En clair, le plan israélo-américain serait de procéder à des attaques furtives contre les installations nucléaires (civiles) iraniennes, et ce avant la fin de 2007. Voilà pourquoi Moscou a livré des armes antiaériennes à Téhéran.

Mais un autre signe qui ne ment pas, c’est cette tournée américaine du président iranien Ahmadinejad, qui joue très gros et espère empêcher les États-Unis d’attaquer le pays avant qu’il n’ait complété la construction d’une arme nucléaire lui permettant d’assurer son auto-défense.

Mais ultimement, ne nous trompons pas. L’enjeu n’est pas le nucléaire. L’enjeu, c’est le pétrole. Comme je l’affirmais dans Made in China le véritable but des États-Unis est de s’accaparer des dernières ressources de pétrole de la planète en prévision du pic pétrolier (le moment où on atteint le maximum absolu de production de pétrole à l’échelle mondiale, mais dont l’aspect le plus dangereux est ce moment où l’offre de pétrole ne suffit plus à la demande) et d’empêcher la Chine et l’Inde de pouvoir avoir accès à suffisamment de pétrole pour assurer un développement économique leur permettant, à terme, de surclasser les États-Unis.

Car dans un contexte où le pétrole sera une denrée de plus en plus dispendieuse (et rare), seuls les pays assurant leur accès à cette source capitale d’énergie seront en mesure d’être compétitifs. L’enjeu, pour les États-Unis, est donc de s’assurer d’être le dernier pays en possession de pétrole à bas prix quand la crise économique, résultante de l’explosion des coûts de l’or noir, frappera.

L’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, les républiques du Caucase, le Pakistan (malgré les démentis, les services secrets pakistanais, qui ont notamment été impliqués dans le financement des attaques du 11 septembre 2001, sont pratiquement une création de la CIA)… Washington s’installe un peu partout dans la région et bloque toute voie qui puisse permettre à la Chine de s’approvisionner en pétrole à long terme. Et quand le pétrole coûtera 200$ le baril – et il VA coûter 200$ le baril d’ici quelques années – les États-Unis seront en excellente position pour maintenir leur empire et auront déjà leurs soldats-pions sur place pour protéger leurs intérêts pendant que les pays émergents annihilent leur croissance dans la recherche désespérée d’énergie.

Aux échecs, on appelle ça l’analyse d’une transition vers la fin de partie. Quand il y a moins de pièces sur le jeu et qu’il ne suffit plus de penser en terme de calculs tactiques à court terme mais plutôt en concepts stratégiques à long déploiement et aux conséquences de ceux-ci, il faut non seulement imaginer les transformations possibles en terme de matériel existant, mais l’aspect du jeu après de nombreux échanges effectués. Bref, il faut prévoir la fin de partie, ce moment où il ne reste plus que quelques pièces et où les objectifs de chacun sont clairs et précis et où seule la bonne application de la technique peut vaincre.

Cette fin de partie, c’est celle du monde de l’après-pétrole à bas prix et cet échiquier, c’est notre planète.