L’ADQ au prise avec ses extrémistes
17 novembre 2007

Il y a une différence fondamentale entre un parti apte à diriger et un parti qui se contente de tirer dans tous les sens en espérant mêler assez les gens pour être élu. Dans le premier cas, on cherche à ne pas trop donner de poids aux éléments les plus radicaux, alors que dans le deuxième, on appuie ces groupuscules dans l’espoir que leur radicalisme pourrait être payant électoralement. Encore une fois, on a la démonstration que l’ADQ de Mario Dumont (puisque c’est bien « son » parti après tout et que sans lui ce parti n’a aucune existence propre) n’a pas la capacité de gouverner.

En effet, en ne se dissociant pas de son « aile-jeunesse » néolibérale prônant de couper les vivres aux assistés sociaux, Mario Dumont met le pied sur un terrain glissant où il laisse de côté ce qui pouvait lui rester de crédibilité pour gouverner afin de jouer sur le terrain de la démagogie. Sous prétexte de s’attaquer aux soi-disant profiteurs du système, c’est aux individus les plus vulnérables que s’en prend Mario Dumont. Faut dire: c’est plus facile de s’attaquer à un ti-coune qui arrive à peine à manger avec 550$ que de s’en prendre aux grosses corporations qui saignent l’État québécois.

L’illogisme de la position de Dumont est bien représentée par une phrase qu’il a lâché aux journalistes: « L’aide sociale doit être un tremplin vers autre chose ». Autre chose. Pas un tremplin vers un emploi permettant de bien vivre, mais un tremplin vers « autre chose ». Car il a beau être le pire des incompétents et inapte à diriger le Québec, Mario Dumont sait qu’il est impossible de trouver un emploi à 500 000 personnes demain matin. Ça ne se peut tout simplement pas. Des emplois, ça ne se crée pas par magie et ce n’est pas en coupant un chèque d’aide sociale déjà ridiculement bas qu’on va aider qui que ce soit.

Dans les faits, ce qui risque de se produire avec cette mesure de droite, c’est une augmentation de la pression sur les plus bas-salariés, c’est-à-dire ces gens qui sont assez courageux pour tenter de vivre au salaire minimum. Car si le salaire minimum c’est déjà la précarité, au moins il y en a beaucoup de ces jobs, et ceux qui y travaillent n’ont pas besoin d’un haut niveau d’éducation ou d’un grand savoir-vivre. Ça court littéralement les rues les jobs au salaire minimum.

Mais si on coupe l’aide sociale, on se retrouvera avec une masse importante d’individus entrant en compétition pour un nombre limité d’emplois. Ainsi, les pré-requis pour un emploi au salaire déjà médiocre augmenteront car les employeurs auront beau jeu d’appliquer une sélection plus serrée des candidats et de moins respecter leurs employés car il y en aura toujours beaucoup d’autres plus désespérés pour prendre le relais.

Bref, en coupant l’aide sociale, ce sont les employés au salaire minimum que Mario Dumont mettrait dans la merde.

Il prend donc le problème tout à l’envers. Si le but est d’améliorer les conditions de vie des gens et d’inciter davantage de personnes à quitter l’enfer de l’aide sociale, ce n’est pas en les mettant en compétition pour un vulgaire 8$ de l’heure, mais bien en appliquant des politiques progressistes – de gauche – susceptibles de rendre le marché de l’emploi plus attrayant. En favorisant une augmentation du salaire minimum, en respectant davantage les syndicats, en votant davantage de congés payés; en augmentant la qualité de vie des plus pauvres pour inciter des gens encore plus pauvres à tenter eux aussi d’en profiter.

Sauf qu’encore une fois, le système est fait d’une telle manière qu’il doit y avoir des gagnants et des perdants. Le capitalisme sauvage prôné par les extrémistes de l’ADQ est rapace et a besoin d’une masse de pauvres inutiles qui ne servent qu’à désespérer les pauvres utiles en leur faisant craindre de perdre leur utilité pour tomber encore plus bas. Et Mario Dumont, dans ce jeu où l’État devrait être le protecteur du pauvre contre la rapacité du plus riche, décide de jeter le désespéré dans la gueule du crocodile.

En se faisant l’écho des néolibéraux les plus extrémistes au sein de son parti, Dumont démontre qu’il ne sera jamais un dirigeant ayant à coeur une société plus juste, mais plutôt celui qui, à la solde des plus grands intérêts financiers, livrera corps et âmes les plus vulnérables de la société sur l’autel du libre-marché.

Prochaine étape pour le Führer de Rivière-du-Loup: le retour au servage et au travail forcé?

Pas sérieux
21 mars 2007

Caricature de Serge Chapleau, 21 mars 2007Le refus de l’ADQ de présenter son cadre financier dès le début de la campagne manquait cruellement de sérieux. On disait qu’on préférait attendre le budget fédéral pour le faire. Drôle de position pour des fédéralistes se disant autonomistes. Néanmoins, on a fini par le présenter, hier, et franchement ça fait un peu pitié.

Leurs chiffres semblent tout droit sortir d’un conte de fée. D’un coup de baguette ils vont sauver 150 millions $ en éliminant les commissions scolaires, mais ils ne parlent surtout pas des coûts qui seront engendrés pour les municipalités. D’un autre coup de baguette, ils vont réduire les dépenses de l’État de 1% sans expliquer comment ils allaient s’y prendre. D’un autre coup de baguette ils veulent remettre sur le marché du travail 25 000 assistés sociaux, sans avoir la moindre idée si le marché est capable d’accepter 25 000 nouveaux travailleurs. D’un autre coup de baguette, ils disent vouloir sauver de l’argent en faisant payer les prisonniers, alors que ceux-ci sont dans une pauvreté la plus totale à 98%…

Et ce cadre financier en est un de 1,7 milliards $, chiffre tout à fait irréaliste.

En clair, Mario Dumont n’a pas besoin de cadre financier. Les gens, surtout en région et à Québec, là où le conservatisme a toujours eu le haut du pavé et où on se demande parfois si les Lumières y sont passées, veulent voter pour lui parce qu’ils s’identifient à son franc-parler et à son charisme. Ils le trouvent beau, ils le trouvent fin. Ils trouvent son discours différent. Qu’importe si ce qu’il propose est un retour en arrière de 50 ans et ne tient pas la route; le choix est émotionnel plutôt que rationnel.

Pendant ce temps, on apprend aujourd’hui qu’un candidat de l’ADQ a fraudé le DGE en falsifiant des signatures de citoyens qui ne l’ont jamais appuyé pour qu’il devienne candidat. C’est une autre preuve – mais en fallait-il vraiment une autre – que l’ADQ est le parti d’un seul homme et n’a pas d’équipe, tout au plus des poteaux.

Le 26 mars prochain, les Québécois auront à faire un choix important. Ils auront le choix d’un gouvernement pour les quatre prochaines années. Administrer l’État est quelque chose de complexe et d’extrêmement important. Quelque chose qu’on ne confie pas à une bande d’amateurs comme l’ADQ.

On peut détester le PLQ pour ses réalisations, ou ne pas être trop chaud à l’égard du PQ d’André Boisclair. Mais il reste que ce sont les deux seuls partis en mesure de gouverner le Québec et quiconque donne son vote à l’ADQ se condamne à le gaspiller en l’offrant à un parti qui ne va nulle part et a fait de l’opportunisme et de la démagogie sa seule raison d’être.

Mise à jour (15h45):

Pour alimenter le débat, voici un commentaire qui m’a bien fait rigolé sur le blogue de Patrick Lagacé:

johny partition

en effet, les utopies péquistes et les mensonges libéraux ne justifient pas l’ignorance.
comment se forme une dictature selon hannah arendt dans son classique « sur le totalitarisme », il faut :
– une masse de gens dépolitisés
– un leader charismatique
– et que cette masse de gens soit prête à défendre le leader contre les évidences, qu’ils ignorent volontairement ou involontairement.
oui c’est ça, l’équipe de mario à de l’expérience… et quand je vois ce cher mario parler des « vraies » « vérités » pour les familles de la classe moyenne silencieuse, j’ai peur.
voici les Minitères que Mario Duplessis metterait en place :
– Ministère des affaires qui vont ben
– Ministre de l’abolition de l’état
– Ministère de la Vérité pour la Famille
– Ministère du Culte Adéquiste, pour polariser le Québec contre Montréal et ses terroristes. (Les bienfaiteurs du terroir de bonne volonté infinie contre l’Intelligensia totalitaire du plateau)
le « désir de changement et de constestation », ça forme pas un gouvernement!

Il marque un point le Johny!