Huntingdon : les francophones se font assimiler !
7 mars 2012

Un ami m’a fait part d’une communication personnelle qu’il a eue avec Stéphane Gendron, maire de Huntingdon. Voici la réponse de Gendron à une requête lui demandant de respecter la langue nationale des Québécois :

Sincèrement, la solution de la ville fonctionne et ne vous enlève rien personnellement. […] Ca fait quand même presque 200 ans que l’on fonctionne comme ça. Alors pourquoi cesser?

Pourquoi cesser ? Parce que ça ne fonctionne pas du tout.

Population de langue maternelle, de langue d’usage française et assimilation des locuteurs français à une autre langue, Huntingdon, de 1996 à 2006.
Langue maternelle Langue d’usage Assimilation brute Taux d’assimilation
1996 1 548 1 435 -113 -7,3%
2001 1 488 1 395 -93 -6,2%
2006 1 450 1 350 -100 -6,9%

Source : Statistique Canada

N’en déplaise aux divagations du maire de la municipalité, la situation ne va pas du tout. Alors que la langue nationale, officielle et commune des Québécois est le français depuis 1977, sa ville assimile les francophones. Des individus ayant le français comme langue maternelle choisissent de laisser tomber cette langue au cours de leur vie à Huntingdon.

À l’inverse, la situation des anglophones est fort enviable. Non seulement l’ensemble de l’assimilation des francophones se fait à leur profit, mais la différence entre les données d’assimilation des francophones et de l’intégration des anglophones s’explique par une intégration quasi-exclusive des immigrants à l’anglais.

Population de langue maternelle, de langue d’usage anglaise et intégration des locuteurs d’autres langues à la langue anglaise, Huntingdon, de 1996 à 2006.
Langue maternelle Langue d’usage Intégration brute Taux d’intégration
1996 1 063 1 205 143 13,4%
2001 1 018 1 170 153 15,0%
2006 1 000 1 150 150 15,0%

Source : Statistique Canada

En clair, quand Stéphane Gendron affirme que la situation fonctionne, et que son mépris de la Loi 101 n’a pas de conséquences, il ment. Les données sont éloquentes : les francophones de Huntingdon sont victimes d’une assimilation vers l’anglais. Ce taux d’assimilation atteint près de 7% en 2006, soit seulement 2% de moins que le taux d’assimilation des francophones du Nouveau-Brunswick. Personne, évidemment, n’aurait l’idée de suggérer que la situation des francophones se porte bien dans cette province.

Ce n’est donc pas l’anglais qu’il faut protéger à Huntingdon. Cette langue se porte très bien et il y a encore près de 400 habitants de Huntingdon qui ne comprennent pas un seul mot de français, merci à la politique de bilinguisme forcé imposée par la ville. Huntingdon encourage le repli sur soi des anglophones et favorise l’intégration des immigrants non pas dans la langue nationale, comme cela devrait être le cas et est la normalité partout dans le monde, mais dans la langue de la minorité.

Il est inacceptable de laisser un médiocre roitelet comme Gendron mépriser ainsi la loi la plus fondamentale des Québécois, la seule qui les sépare d’une assimilation à plus grande échelle.

Si Gendron croit qu’il n’y a pas de problème, cela prouve une de deux choses : ou bien il n’a rien à foutre de la langue des Québécois, ou bien c’est un maire misérable et totalement ignorant de ce qui se passe dans sa ville.

Dans les deux cas, c’est un incompétent et son départ annoncé de la vie politique constitue une bonne nouvelle non seulement pour ceux des nôtres qui subissent l’assimilation à Huntingdon, mais pour l’ensemble des Québécois dont la langue est plus menacée que jamais, précisément à cause d’un anglomane comme lui.


Je vous invite à vous joindre à cette page Facebook, qui suggère un pèlerinage à Huntingdon, avec un appareil photo dans une main et un paquet de formulaires de plaintes à l’OQLF dans l’autre…

Comment meurt notre langue
24 février 2011

Notre langue ne meurt pas parce nous oublions sa valeur, parce que nous ne nous considérons plus comme des résistants francophones sur ce continent du tout-anglais. Elle ne meurt pas non plus parce nous ne savons plus apprécier sa beauté, ses rimes, sa sonorité, sa précision, ses particularités; ce n’est pas parce que nous cessons de la chérir qu’elle meurt. Elle ne meurt pas également parce que nos enfants oublient leurs parents, que leurs parents oublient leurs grands-parents et que nos ancêtres sortent de nos vies comme autant de blessures trop lourdes pour être rappelées à la conscience.

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Notre langue meurt parce que nous ne la considérons plus comme étant une chose allant de soi. Déconnectée de nous-mêmes, nous l’intellectualisons, nous la « cérébralisons », nous demandons aux gars d’en bas, ceux des tripes, ceux du ventre, ceux des couilles, d’abdiquer, de faire confiance à ceux d’en haut, ceux qui remettent tout en question, ceux qui n’existent que pour relativiser, qui ne s’attachent ni à la terre ni aux cieux, ceux qui, par la raison, aimeraient nous convaincre que notre langue ne vaut pas la peine d’être par et pour elle-même.

Notre langue meurt parce que nous ne la vivons plus autrement que par les mots qui s’attachent à notre rationalité, aux rares livres que nous lisons, aux discussions raisonnées que nous avons avec nos semblables. Quand vient le temps d’exprimer une émotion, une joie, un accord, une colère, une fraternité, les premiers mots qui viennent à notre esprit sont, invariablement, un « yeah » bien senti, un « oké », un « fuck », un « man ». La langue du bas, celle qui s’impose depuis deux siècles comme celle du pain et du beurre sur la table ne fait qu’une bouchée de la langue intellectualisée, celle qui se superpose au cerveau reptilien par un obscur désir collectif de ne pas disparaître.

Notre langue meurt parce que notre musique, nos arts, sont déjà anglicisés. Notre raison parle français, mais la musique qui nous fait vibrer, celle qui nous fait bouger, celle qui fait déhancher les femmes, celle qui donne chaud aux hommes, est anglophone. La joie, l’allégresse, la fête, la sexualité, la violence-exutoire trouvent toutes leurs mots dans la langue d’Amherst; notre musique, sauf de rare exception, chante surtout la mélancolie, la tristesse, la perte, le vide, l’amour. Nous ne voulons plus nous attacher à ces sentiments montant du fond de l’histoire, ceux d’un peuple qui n’en finit plus de mourir et qui, deux siècles plus tard, chante encore « Évangéline » un trémolo dans la voix. Notre âme a déjà abdiqué là où notre raison veut poursuivre le combat.

Notre langue meurt aussi parce que nous ne considérons plus le français comme étant suffisant pour réussir. Notre raison, résistant aux mutineries des cols bleus du bas depuis si longtemps, montre des signes d’essoufflement. Nous sommes épuisés de penser au prochain; nous ne voulons pas intellectualiser un combat collectif impliquant de s’unir pour qu’il puisse être possible de réussir, ensemble, en français. Les gars du bas veulent l’argent rapide, ils veulent l’argent facile. Ils veulent réussir individuellement, non pas pour améliorer le monde dans lequel ils vivent ou faire partie d’un grand tout, mais simplement pour avoir le ventre plein et tirer un bon coup le vendredi soir.

Notre langue meurt parce que nous ne rêvons plus de territoires glorieux, d’une francophonie enracinée, d’une Abitibi, d’une Baie James, d’un Grand Nord à coloniser, de territoires où apporter nos Lumières et planter notre croix. Notre horizon, loin de s’être ouvert au monde, se limite désormais à une planète de cités urbaines interchangeables où on parle une langue interchangeable et où se croisent des gens interchangeables. L’anglais ne nous a pas ouvert les possibilités; il a au contraire résumé cette ouverture aux grands boulevards, un éternel chemin bétonné d’un gris tiède où, si ce n’était de quelques spécificités locales en voie de disparition, l’humanité serait Toronto, New York ou Londres. Notre territoire infini, celui du contact avec la nature, avec les autres peuples, de climats différents, d’une langue se portant comme on porte un flambeau, n’existe plus qu’en imagination.

Notre langue meurt parce que nous ne la croyons plus nécessaire pour vivre ici. Nous nous sommes fait un devoir d’apprendre l’anglais, nous l’imposons à nos enfants de sixième année comme le lourd tribut d’une disparition que nous n’avons pu assumer nous-mêmes, au même moment que nous sommes tout à fait satisfait de savoir que les anglophones, eux, n’ont, dans leurs écoles, que quelques cours d’un français saupoudré à subir. L’apprentissage intensif d’une autre langue constitue notre corvée; il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un gouvernement responsable devant l’Histoire ou face à notre destin devrait au contraire prioriser l’apprentissage intensif du français chez ceux qui, même parmi les nôtres, ont encore de la difficulté à en saisir toute la richesse.

Notre langue meurt parce que nous voulons être aussi doux avec autrui qu’on a été rude avec nous-mêmes. Elle meurt parce que nous octroyons des privilèges à ceux qui habitent ici sans la parler, des privilèges qu’aucune nation au monde n’accorde. Elle meurt parce que, plutôt que de la porter à bras le corps, dans un geste viril de défiance face à la fatalité de notre Histoire, nous sommes plus inquiets du sort de ceux qui ne la parlent pas que de nous-mêmes. Elle meurt parce que nous sommes des lâches qui préférons le pire des compromis au nécessaire combat de la terre, de la sueur, des poings levés, de l’identité nationale affirmée, d’un peuple québécois dont la maturité ne se mesure pas aux privilèges qu’il octroie à une minorité anglophone n’attendant que le moment propice pour nous couper la tête, mais qui se respecte assez pour s’assurer, une fois pour toutes, que plus jamais ni notre langue ni notre identité ne seront menacées.

Notre langue meurt parce que nous avons oublié de la parler, d’utiliser la richesse de ses mots non pas pour vivre de misérables vies individuelles se terminant soit en terre soit dans une urne, mais pour parler de ce cri du fond des âges, de cette parole-humanité criant la vérité, hurlant l’existence d’une vie autrement plus riche que la bourbe mondialiste qu’on nous enfonce dans le crâne comme autant de clous dans le corps d’une humanité qui aurait pu, avec un peu de courage, devenir réellement plurielle.

Lisée et le PQ: unis contre le Québec français
15 janvier 2011

Les historiens du futur seront impitoyables dans leur analyse du déclin du français au Québec en ce début de vingt-unième siècle. Ils se gratteront d’abord la tête en cherchant à comprendre de quelle façon un parti qui a officialisé les aspirations de tout un peuple en paraphant la Charte de la langue française a par la suite œuvré à la dévalorisation de ses acquis, puis ils trouveront la seule conséquence logique: le sursaut nationaliste du Québec français de la fin du vingtième siècle constituait le plus tardif des chants du cygne d’un Canada français ne sachant pas disparaître sans au moins tenter un dernier baroud d’honneur qu’on pourrait ensuite mettre sur le compte d’une jeunesse idéaliste et archaïque.

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En effet, c’est bien ainsi que sont considérés, tant chez Jean-François Lisée que dans la proposition principale du Parti Québécois, ceux qui rêvent encore d’un Québec français comme flambeau de la pensée française en Amérique, comme lumière de la francophonie sur un continent ayant littéralement massacré ses populations francophones à grand coup de lois anglicisantes ou, la majorité fermement assurée, les laissant mijoter dans les oubliettes d’un multiculturalisme indigeste faisant de notre langue un simple ingrédient pimentant le grand potage canadien.

Lisée d’abord. Ce grand disciple du « bon-ententisme », comme le souligne Pierre Dubuc, pleure, dans son dernier texte, le sort de notre minorité anglophone, qualifiant ceux qui désirent un Québec aussi français que l’Ontario est anglaise d’archaïques, s’opposant à toute politique entraînant la diminution du poids démographique des anglophones. Jean-François Lisée, qui blâme, comme nos ennemis fédéralistes, l’exode des francophones de Montréal comme cause principale de la chute du français, alors qu’il a été démontré qu’il s’agit d’un mythe et que les banlieues s’anglicisent aussi vite sinon davantage que la ville centre. Jean-François Lisée, qui désire permettre une immersion anglaise aux francophones du cégep, mais qui n’explique pas de quelle façon les anglophones pourraient vouloir une immersion française alors que des études ont récemment démontré leur peu d’intérêt pour notre langue et notre culture.

Le PQ ensuite. Sa proposition principale, qui sera vraisemblablement adoptée par tous les carriéristes qui portent la sacoche de Marois comme leurs ancêtres ont été des porteurs d’eau, propose non seulement l’immersion anglaise au cégep, mais s’engage également à protéger les « droits linguistiques » et le « patrimoine institutionnel » de la « communauté anglophone ». En échange de l’application d’une Loi 101 au cégep ne voulant à peu près rien dire si on y permet l’immersion anglaise et qu’on a déjà anglicisé tous nos jeunes – première étape vers l’assimilation définitive -, le PQ s’engage également à intensifier l’apprentissage de l’anglais au primaire et au secondaire. En fait, comme le notait Bernard Desgagné, le PQ fait une fixation totale sur l’anglais, sur la nécessité d’en faire la promotion, mais ne parle nulle part de la nécessité d’améliorer la connaissance du français, la qualité de son enseignement; on ne parle pas non plus d’une intensification des cours de français alors, pourtant, que près d’un million de Québécois sont analphabètes et qu’un grand nombre d’anglophones ne parlent toujours pas la langue nationale. Non, non. Anglais, anglais, anglais. Et surtout, ne touchons pas aux institutions anglophones, méchants Québécois que nous sommes. Ce qui compte dans la proposition du PQ, ce n’est pas l’État national francophone, mais une simple primauté du français.

Les historiens de demain ne seront pas dupes. Le passage d’un État francophone à un État à primauté francophone ne constitue qu’un énième glissement vers la disparition définitive du français sur ce continent. La Nouvelle-France fut française, elle ne le fut plus. Le Canada fut majoritairement français, il devint majoritairement anglais. Le Québec ne peut échapper à cette damnation que s’il assure définitivement non seulement la prédominance du français, mais son statut indispensable pour fonctionner au Québec. Il doit être tout autant impossible de pouvoir vivre en anglais au Québec qu’en italien à Moscou ou en espagnol à Pékin. Ce n’est pas de devenir une langue prédominante qu’a besoin le français – elle l’a déjà été à de nombreuses reprises sur ce continent – mais de devenir une langue indispensable.

Un parti politique résolument nationaliste et au service du peuple québécois n’encouragerait pas l’immersion anglaise; il franciserait le plus gros cégep du Québec, Dawson. Un parti politique conscient du statut précaire de la langue française au Québec n’encouragerait pas l’augmentation de l’enseignement de l’anglais; il franciserait l’Université McGill et doterait enfin l’UQAM d’une faculté de médecine et d’un budget lui permettant de rayonner. Un parti politique ayant fait du français la seule langue officielle du Québec ne ferait pas la promotion de sa primauté, mais construirait une société française en s’assurant que l’État ne communique avec les citoyens que dans la langue nationale. Un parti politique se réclamant du Québec, des Québécois et ayant contribué à les libérer d’un ordre économique et linguistique où ils étaient des citoyens de seconde classe s’assurerait non pas de protéger les institutions de la minorité anglophone, mais reconnaîtrait plutôt le statut majoritaire de celle-ci à l’échelle continentale et encouragerait la solidarité avec les francophones hors-Québec en finançant leurs institutions pour assurer la survie de ce qui fut déjà une zone tampon entre le Québec français et l’Amérique anglaise. Un parti réellement QUÉBÉCOIS ne permettrait pas la construction, à Montréal, d’un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards de dollars, prenant l’argent des régions pour engraisser une minorité montréalaise déjà plus que riche.

Ce n’est pas archaïque, comme le soutient Lisée, de vouloir un Québec français. C’est être conséquent. Le rejet de l’identité canadienne-française par les Québécois des années soixante n’a eu de sens que si nous formons une majorité capable d’agir en tant que majorité et en mesure de défendre le français. Tant que nous n’oserons pas nous attaquer aux privilèges indus d’une minorité anglaise parmi les plus choyées au monde, tant que nous permettrons aux anglophones du Québec de surfer, grâce à leurs institutions sur-financées, au-dessus de la nation québécoise, ils n’accepteront pas leur statut de minorité et continueront de se percevoir comme des ayant-droits canadiens au sein d’une province comme les autres.

Ce qui est archaïque, par contre, c’est cette croyance que la bonne-entente et à l’à-plat-ventrisme devant le tout-anglais puisse mener à un résultat différent que ce que les trois derniers siècles de la même rengaine nous ont appris.

Les peuples qui survivent ne se couchent pas devant la menace, ils n’avancent pas à reculons en s’excusant d’exister et en répétant qu’ils ne toucheront pas à un cheveu des privilèges dont leurs vis-à-vis disposent. Les peuples qui survivent se tiennent debout et affirment, face au vent, qu’ils ont le droit d’exister et qu’ils prendront tous les moyens pour assurer leur survie. Les peuples qui survivent n’attendent pas un référendum ou le Saint-Esprit pour agir; ils défendent leur langue et leur identité au quotidien.

Olivar Asselin écrivait qu’il faudrait apposer l’épitaphe suivante sur la tombe du peuple canadien-français: « Ici gît un peuple mort de bêtise. »

Les divagations de Jean-François Lisée et la proposition principale du PQ ne peuvent que lui donner raison.

Lois linguistiques: une normalité mondiale
18 août 2010

L’automne sera chaud. La Consultation générale sur le projet de loi 103 débutera le 8 septembre; le lendemain, l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) publiera une importante et dévastatrice étude portant sur plus de 3000 cégépiens et démontrant de quelle façon la fréquentation d’un cégep anglais mène à une intégration en anglais; le 18 septembre aura lieu un gigantesque rassemblement pour le français au centre Pierre-Charbonneau, à Montréal, avec Michel Rivard, Luc Picard, les Loco Locass, les Zapartistes, Daniel Boucher et plusieurs autres. Toute cette activité doit nous mener vers notre prochaine action collective courageuse: l’application de la Loi 101 au cégep.

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Or, je les entends déjà ces journalistes pleutres et ces Marie-Madeleine de la cause des pauvres anglophones opprimés: « On ne peut pas renforcer la Loi 101! Ce n’est pas normal d’avoir à faire ça; que penseront les autres de nous? Ce n’est pas ce qu’un pays démocratique ferait! » Balivernes. Qu’on cesse un peu d’écouter ces acrochordons de la pensée qui passent le plus clair de leur temps à nous qualifier d’incapables et qui se réjouissent du moindre de nos échecs. Légiférer pour protéger la langue commune, c’est précisément ce que font la plupart des pays sur la planète.

En rafale (( Les données proviennent du site Trésor de la langue française au Québec, du Département de Langues, linguistique et traduction de l’Université Laval. )):

  • Afrique du Sud: Selon la Politique linguistique cadre pour l’enseignement supérieur de juillet 2001, « tous les établissements d’enseignement supérieur doivent participer à la facilitation et la promotion des objectifs de la politique linguistique nationale ».  Ces institutions ont la responsabilité de par la loi d’assurer une cohérence avec les langues nationales.
  • Albanie: Selon l’article 6 de la loi relative au système d’enseignement pré-universitaire de 1995, « l’enseignement dispensé dans les établissements publics d’enseignement de la république d’Albanie l’est en albanais, sauf dans les cas où la présente loi en dispose autrement ».
  • Algérie: L’article 8 d’une ordonnance de 2005 fixant les règles régissant l’enseignement dans les établissements privés impose que l’intégralité de l’enseignement (hormis les cours de langues étrangère) se fasse en arabe dans toutes les disciplines et à tous les niveaux.
  • Andorre: Selon la loi du 20 juin 1996 sur les dénominations commerciales, les raisons sociales et les enseignes d’établissement,  une dénomination commerciale ne peut être enregistrée que si elle est écrit en catalan.
  • Angleterre: La loi sur la nationalité britannique de 1981 exige la connaissance de l’anglais, du gallois ou du gaélique écossais pour l’obtention de la citoyenneté.
  • Argentine: Dans un accord-cadre pour l’enseignement des langues, adopté en 1998, on réaffirme que l’espagnol est la langue de la majorité des habitants, que c’est celle d’usage courant, celle des documents officiels, de l’école et du travail.
  • Arménie: Dans l’article 2 de la loi sur la langue, adoptée en 1993, l’Arménie exige un examen d’entrée sur la langue arménienne et l’enseignement de la langue arménienne pour tous les établissements d’enseignement secondaires spécialisés, professionnels et supérieurs.
  • Azerbaïdjan: Selon la loi sur la langue officielle de 2002, tout citoyen de la République azerbaïdjanaise est dans l’obligation de connaître la langue officielle.  Toute admission dans un établissement d’enseignement secondaire ou supérieur est conditionnelle à la réussite d’un examen de connaissance de la langue azerbaïdjanaise.
  • Belgique: Au sein de la communauté française, le Décret Spaak-Lagasse de 1978 a interdit l’emploi exclusif d’une langue autre que le français dans toutes les relations avec l’État et au niveau de l’affichage sur les bâtiments.   La communauté flamande, elle, a adopté une loi, en 2006, qui fait du néerlandais la seule langue de tout le processus de votation.
  • Biélorussie: Selon la loi sur les langues de 1990, « le travail d’instruction et d’éducation à l’école générale se fait en biélorusse ».
  • Brésil: L’État de São Paulo a adopté une loi, en 1999, statuant que l’utilisation du portugais est obligatoire dans l’enseignement et l’apprentissage, dans le travail, dans les relations juridiques, dans l’expression officielle, dans l’expression lors des événements publics, dans les moyens de communication de masse, dans la production et la consommation de biens, produits et services et en ce qui concerne la publicité de ceux-ci.
  • Bulgarie: La loi sur l’éducation nationale de 1991 demande à ce que l’éducation permette une maîtrise de la langue officielle et que les élèves dont la langue maternelle n’est pas le bulgare ont le droit d’étudier leur propre langue maternelle, mais à l’extérieur de l’école publique.
  • Colombie: La loi en faveur de la langue espagnole, qui  a été adoptée en 1960 (mais abrogée par la suite), décrétait  que tous les documents officiels, tout nom, enseigne, annonce de commerce ou quoi que ce soit à la portée de tous devait être écrit en espagnol.  Si la loi n’était pas respectée, l’autorité responsable avait le droit d’ordonner l’enlèvement de l’annonce.
  • Costa Rica: La loi sur la défense de la langue espagnol et des langues aborigènes costaricaines de 1996 oblige les raisons sociales, les brevets et les marques les documents publics, la publicité et les brochures a être dans les langues nationales.
  • Espagne: Dans la région autonome de la Catalogne, la loi sur la politique linguistique de 1998 a statué que le catalan constitue la langue de l’enseignement en Catalogne et cela à tous les niveaux et dans toutes les branches de l’éducation.
  • États-Unis: De nombreux États ont voté des lois linguistiques, dont l’Arizona, avec sa proposition 103, en 2006, qui a interdit toute forme de mesure officielle ignorant, nuisant ou diminuant le rôle de l’anglais comme langue du gouvernement.
  • France: La loi Toubon de 1994 stipule, dans son article 3, que « toute inscription ou annonce apposée ou faite sur la voie publique, dans un lieu ouvert au public ou dans un moyen de transport en commun et destinée à l’information du public doit être formulée en langue française ».  En outre, cette loi a des dents: on peut retirer une inscription délinquante.  Dans la même loi, à l’article 11, on statue également que la langue d’enseignement dans les enseignements publics est le français.
  • Irlande: L’article 28 de la loi sur la radiodiffusion de 2001 stipule que que la programmation doit absolument offrir du contenu dans la langue irlandaise, et pas seulement en anglais.
  • Islande: L’article 15 de la loi sur les étrangers de mai 2002 impose qu’un cours d’islandais de 150 heures, avec une assiduité minimale de 85%, soit imposé à tout étranger espérant obtenir un permis de séjour.
  • Lettonie: L’article 12 de la loi sur la citoyenneté de 1998 stipule qu’une personne ne peut obtenir une naturalisation si elle ne parle pas couramment le letton.
  • Macédoine: L’article 7 de la loi sur l’emploi de la langue macédonienne (1998) demande à ce que les textes officiels, mais également les manuels scolaires et la presse soient obligatoirement édités en macédonien.
  • Maroc: L’article 111 de la Charte nationale d’éducation et de formation de 1999 rend obligatoire l’enseignement en arabe de tous les enfants marocains et ce, dans toutes les institutions éducatives du Maroc.
  • Russie: La loi sur la langue officielle de la fédération de Russie de 2004 affirme que le russe doit être la langue obligatoire pour l’activité des pouvoirs publics, pour les noms des pouvoirs publics, lors de la tenue d’élections, dans le domaine de la justice, dans la correspondance entre les pouvoirs publics, dans l’orthographe des lieux géographiques, dans les publicité, etc.
  • Suisse: La Suisse est un cas un peu spécial, car chaque canton peut adopter ses propres règlements.  Ceci dit, des organes fédéraux, comme la Société suisse de radiodiffusion et télévision, doivent s’assurer que les langues officielles des cantons sont respectées et que la programmation y est égale entre chaque langue.
  • Turquie: L’article premier de la loi sur l’usage du turc dans les établissements stipule qu’aucune société ou établissement ne peut supprimer le turc de leur commerce, de leurs contrats ou de leurs communications.  Les délinquants s’exposent à des amendes.

Ces nations ne sont pas des dictatures et elles ne violentent pas leurs minorités. Simplement, elles ont compris que c’est en légiférant qu’on peut assurer que la cohérence et la stabilité sociales issues du partage d’une seule langue commune bien établie puisse prévaloir. Elles ont saisi que si des lois permettent de protéger les individus, en interdisant tout ce qui pourrait s’attaquer à leur intégrité, de telles lois sont tout autant nécessaires pour protéger la nation, cette collectivité d’individus partageant des valeurs communes, dont la langue est généralement la principale.

Il faut appliquer la Loi 101 au cégep

L’application de la Loi 101 au réseau collégial ne constitue donc rien de plus radical que ce qui se fait ailleurs, n’en déplaise à ceux qui aiment nous dépeindre comme des extrémistes alors qu’on réclame, précisément, la normalité des peuples libres. En fait, on pourrait même dire que c’est une mesure bien timide, un simple premier pas, quand on se compare avec des pays qui ont décidé de ne financer que l’éducation publique dans la langue nationale, alors que nous finançons davantage l’éducation des anglophones que la nôtre!

Si le Québec était indépendant, la question ne se poserait pas. Il suffirait d’instaurer un seul réseau public d’éducation en français avec quelques exceptions pour les minorités anglaise et autochtones.

Mais la réalité étant ce qu’elle est, la Loi 101 au cégep constituera un nouveau rempart contre l’assimilation qui nous guette et nous permettra, en attendant le Grand Soir, d’aspirer à une existence un peu plus normale, à l’image de celle des centaines d’autres nations de la Terre.

Il n’y a rien de mal à éduquer nos enfants dans notre langue et à demander que ceux qui vivent sur notre territoire le fassent également. C’est ainsi que cela fonctionne partout sur la planète. C’est commun, presque banal.

La réaction des anglophones et de leurs sbires anglomanes ne doit pas nous surprendre. Ce sont des gens qui se prétendent ouverts d’esprit parce qu’ils parlent la langue impériale mais qui ignorent tout des lois linguistiques de par le monde. Ils nous dépeignent comme des radicaux, ils parlent de « police de la langue », mais ce n’est pas parce qu’ils ont raison de le faire, mais plutôt parce qu’ils espèrent jouer sur notre séculaire sentiment d’infériorité de peuple ayant vécu trop longtemps l’échine courbé.

Si toutes ces nations, ci-haut, ont ressenti le besoin de protéger leur langue commune, pourquoi le Québec, qui n’est pas un pays et qui vit entouré d’une mer d’anglophones, ne pourrait pas également le faire?

Cessons d’avoir peur de ce qu’en diront les incultes et appliquons la Loi 101 au réseau collégial. Ouvrons-nous sur le monde en protégeant notre langue et en joignant les centaines de peuples qui ont décidé d’enrichir l’humanité de leur présence en se donnant les moyens de survivre. Leur combat pour la diversité linguistique est aussi le nôtre.

Oui, l’automne sera chaud. Mais pas autant que l’enfer du quotidien de l’ethnocide de nos descendants si nous n’agissons pas maintenant.

Méga-hôpital anglophone: le sur-financement doit cesser
1 avril 2010

Aujourd’hui, premier avril 2010, est un jour triste pour Montréal et l’ensemble du Québec. Jean Charest, après avoir saigné la classe moyenne et les plus démunis avec son dernier budget, va inaugurer la construction du McGill University Health Centre (MUHC), un super-hôpital qui coûtera près de 1,5 milliards de dollars au contribuable québécois pour une minorité de 8,2% d’anglophones.

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En fait, le déséquilibre de financement entre le Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) et le MUHC est à ce point critique qu’on ne pourrait qu’en rire si ce n’était de la survie de notre langue qu’il est question. Pensez-y: 1,5 milliards de dollars pour 575 555 anglophones de langue maternelle et 1,8 milliards pour un CHUM desservant les 5 877 660 francophones. (( Statistique Canada, 2006. )) L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660) contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un francophone vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone!

Certains rétorqueront qu’on ne peut pas utiliser ces chiffres car l’hôpital servirait principalement aux anglophones de la région métropolitaine. Même s’il a été démontré que pareille structure permettrait le développement de la recherche et serait au service de l’ensemble du territoire québécois, le déséquilibre est criant même si on accepte l’idée que les méga-hôpitaux profiteraient surtout à la population de la région métropolitaine. Selon des données que j’ai compilées pour un billet précédent sur l’anglicisation des banlieues, j’ai calculé qu’il y a 2 072 410 Québécois et 564 010 anglophones à Montréal et dans ses banlieues rapprochées. En faisant le même calcul que pour l’ensemble des Québécois, on arrive à une valeur de 869$ par Québécois de la région montréalaise en soins de santé donnés par le futur CHUM contre 2660$ par anglophone pour le MUHC. Encore une fois, et malgré toutes les modifications possibles pour dorer la pilule des anglophones, on en arrive à une situation où le Québécois de la région montréalaise vaut trois fois moins que l’anglophone.

Qu’on se comprenne bien: personne ne s’offusque du fait que les anglophones de souche aient le droit de recevoir des soins dans leur langue. Leurs acquis sont protégés à la fois par la Charte des droits et libertés et par la loi 101. Il s’agit d’une simple demande de respect. Comment peut-on accepter, dans un Québec où le français est si gravement menacé, de financer une institution anglophone à trois ou huit fois la hauteur de ce qu’on consacre à son équivalent francophone? Comment peut-on tolérer le fait que les francophones soient des citoyens de seconde classe en leur propre pays?

Le sur-financement des institutions anglophones, que ce soit le MUHC ou les universités anglophones, qui reçoivent 27% du financement pour 8,2% de la population, est ce qui permet non seulement à la minorité anglophone de se maintenir, mais de prospérer, et de gagner du terrain sur les francophones. Ce sur-financement, en fait, permet à la minorité anglophone du Québec de s’arrimer à la vaste majorité linguistique du continent et de contribuer à faire régresser le fait français.

Soyons honnêtes un peu. Nous aimons le français, nous voulons le protéger. Mais comment rivaliser avec des institutions qui, grâce à leur sur-financement, constituent autant de pôles d’attraction pour les nouveaux arrivants? Comment convaincre un Pakistanais ou un Hindou d’apprendre la langue commune si, à l’ombre de son modeste appartement, se dresse ce gigantesque majeur de 1,5 milliards de dollars?

Le ministre Bachand a parlé d’une révolution culturelle pour justifier son budget rétrograde. Il serait peut-être temps de penser à une révolution linguistique et à financer les institutions anglophones à la hauteur de la population des anglophones de langue maternelle au Québec. Ceux-ci représentent 8,2%; qu’on finance leur MUHC à 8,2% de ce que coûtera le CHUM. Et si on obtient une binerie avec cela, c’est peut-être que le nombre d’anglophones ne justifie pas autre chose qu’une binerie, après tout. La différence, entre cette binerie et cette grosse verrue de 1,5 milliards de dollars qu’on veut implanter sur le statut francophone de notre métropole, porte un nom: assimilation.

Il serait peut-être temps d’arrêter de tergiverser dans le dossier linguistique à Montréal et au Québec. Si on ne fait rien, les reculs majeurs enregistrés depuis une décennie vont s’accentuer et il risque de devenir encore plus difficile d’agir pour renverser la vapeur.

Jacques Parizeau a déjà dit: « Toute l’histoire du Québec, avant même la bataille des plaines d’Abraham, est une quête : celle de la reconnaissance de ce que nous sommes et de l’égalité avec les autres peuples. » Il serait peut-être temps pour nos politiciens, et surtout ceux de son ancien parti, qui se prétendent de l’opposition sans jamais s’opposer autrement que pour la forme, de prendre acte de cette quête et de réclamer, pour les Québécois du présent et du futur, l’égalité du financement des institutions de la santé à Montréal et la fin d’un sur-financement non seulement coûteux au niveau financer, mais peut-être encore davantage quant à notre identité et à notre capacité à survivre en tant que collectivité ayant adopté le français comme langue commune.

Quand on a une épine dans le pied, on l’enlève. On n’y rentre pas un cure-dent de 1,5 milliards de dollars en plus.

Il était une foi
24 janvier 2010

Je regardais les images du cardinal Turcotte, officiant hier une messe en français et en créole pour aider les Haïtiens. Sentiment de malaise, d’anachronisme. Comment se peut-il qu’une Église qui, autrefois pouvait prétendre parler pour tous les Québécois, n’en représente plus qu’une minorité aujourd’hui? Quelles trahisons, quelles manipulations, quel esprit corporatiste ont-ils poussé les Québécois à tourner le dos à cette Église? Puisque c’est le nationalisme québécois qui, avec la Révolution tranquille, a mis fin à la domination du clergé au Québec, ne faudrait-il pas s’attarder à ses causes, son origine?

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Puisque nos cours d’histoire ne nous enseignent pas ces réponses – il ne faudrait tout de même pas trop parler de la naissance de l’idée de nation du Québec dans le cadre d’un cours d’histoire du Québec – je nage toujours dans les eux noires de mon ignorance crasse et je m’émerveille quotidiennement en lisant le chef-d’oeuvre de Hélène Pelletier-Baillargeon, Olivar Asselin et son temps. De loin le livre le mieux écrit, avec le vocabulaire le plus riche et le sources les plus complètes sur les enjeux du tournant du siècle dernier que j’aie pu lire.

Donc, je regardais les nouvelles et je voyais le cardinal Turcotte jouer les faux-modestes devant une foule de convaincus, puis j’allais lire sur cette époque trouble où, face à l’intransigeance de provinces canadiennes ayant décidé d’abolir ou de limiter sévèrement l’enseignement du français dans les écoles du Manitoba (1890), du Nord-Ouest (1892), puis de l’Ontario (1912), est née l’idée que le Québec ne pouvait être que le seul endroit où les Canadiens-français, grâce à leur majorité numérique, seraient à l’abri de ces forces assimilatrices.

Et l’Église, face à ces crises? En 1910, alors que les orangistes ontariens, ces « Prussiens de l’Ontario » selon Henri Bourassa, fourbissaient leurs armes afin d’imiter les provinces de l’ouest dans leur combat pour l’assimilation définitive des francophones, le Congrès eucharistique international de Montréal accueillait des personnalités comme Mgr. Francis Bourne, archevêque de Westminster. Celui-ci a osé affirmé bien haut ce que plusieurs savaient déjà: l’Église catholique, l’institution, ne voulait pas défendre la langue française, mais plutôt assurer la diffusion de la foi dans la langue de la majorité anglaise en Amérique du Nord. Selon Bourne, le Canada était appelé à grandir, à se peupler, mais à parler anglais. À l’image des évêques irlandais cherchant à assimiler les exilés canadien-français dans le nord des États-Unis, la langue constituait un obstacle à la foi.

La réponse de Henri Bourassa, le plus grand tribun de son temps malgré sa pusillanimité politique, était historique, et marquerait le Québec pour les décennies à venir:

« Mais, dira-t-on, vous n’êtes qu’une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte? Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais ce n’est pas à l’école du Christ que j’ai appris à compter le droit et les forces morales d’après le nombre et par les richesses. Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre. »

Malgré tout, le ver était dans la pomme. L’Église ne pouvait plus se prétendre la grande défenseure des droits linguistiques des Canadiens-français. Face aux actions d’un Olivar Asselin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, qui lança une vaste campagne d’aide à la résistance franco-ontarienne en 1913, l’Église en appela encore à la docilité de ses ouailles et contribua, de par sa complaisance avec les autorités ontariennes, à désolidariser les Québécois et à empêcher de réunir une somme suffisante pour réellement permettre aux Franco-Ontariens de lutter effectivement contre les lois discriminatoires qui les ostracisaient.

Certes, la foi catholique continua de dominer au Québec pendant encore un demi-siècle, mais les forces nationalistes qui s’étaient pour une première fois éveillées avaient su saisir ce que nous avions à attendre d’une institution davantage intéressée par la diffusion maximale de ses idées que par la protection des valeurs du peuple qui a constitué son avant-garde pendant des siècles en Amérique du Nord.

Ainsi, je regarde le cardinal Turcotte et je vois: je vois une vieille Église qui, si elle s’est construite sur de nobles idéaux, n’a jamais su comprendre l’importance pour un peuple de défendre sa langue et qui a échoué tant à imposer sa foi à une Amérique du Nord anglophone qu’à conserver la confiance de francophones qui se sont sentis trahis, utilisés, et viciés par l’odeur fétide des intérêts institutionnels d’une organisation millénaire incapable de s’arrimer aux enjeux identitaires d’un monde voulant de moins en moins croire pour voir, mais plutôt voir pour croire.

Face à la désaffection des Québécois, l’Église ne peut que se regarder dans le miroir et se blâmer d’avoir réussi à transformer le peuple le plus pieux d’Amérique du Nord en collectivité de consommateurs individualistes célébrant leur culte du consumérisme dans tous les centres d’achats de la petite province, avec ses restants de ce qui fut un jour un grand peuple Canadien-français couvrant la plus grande partie de ce continent. Elle ne peut que faire face à elle-même et constater que la quasi-disparition des Canadiens-français à l’ouest du Québec ne s’est pas traduite par une montée de la foi catholique en Amérique du Nord, mais plutôt par l’exact contraire.

Alors non, Monsieur Turcotte, ne parlez pas pour les Québécois. Parlez en votre nom et au nom de votre institution. Mais laissez les Québécois exprimer leurs sympathies à Haïti autrement que par une Église qui a contribué à faire d’eux la fragile minorité qu’ils représentent aujourd’hui. S’ils croient en Dieu, malgré tout, laissez-les y croire sans le besoin du filtre ostentatoire de vos prétentions.

La nébuleuse idéologique des Jeunes péquistes
20 décembre 2009

Minorité anglophone. Il y a quelque chose de choquant dans ce mot. Un peu comme si, à l’époque de Jules César, on parlait de minorité romaine, ou de minorité mongole à l’ère de Genghis Khan, de minorité française sous Napoléon ou de minorité allemande à l’ère du Troisième Reich; peut-on sérieusement plaindre les anglophones vivant au Québec et les considérer comme une pauvre minorité opprimée par les méchants Québécois? Il faudrait pourtant le faire, selon Jessy Héroux, secrétaire-trésorier des Jeunes péquistes de la Capitale-Nationale.

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En effet, dans un message qu’il a publié sur mon profil Facebook, il m’accuse de « maltraiter la minorité anglophone », de traiter avec dégoût « près du 1/5ème de la population du Québec » et de ne pas voir la différence soi-disant fondamentale entre les anglophones qui envoient « leurs enfants dans des écoles anglaises ou encore que des commerces [qui] refusent de servir des clients en français et le fait de traiter cette minorité avec dégoût ». Et pourquoi cette réaction aussi vitriolique que maladroite? Parce que j’avais osé prétendre qu’il fallait communiquer en français avec les anglophones pour leur lancer le message que la langue commune, au Québec, est le français.

Un cinquième de la population. Le chiffre frappe, non? En fait, c’est 8,2% de la population qui est de langue maternelle anglaise au Québec. Vingt pour-cent, c’est le pourcentage de la population n’ayant pas le français comme langue maternelle, un chiffre en constante progression. Quand M. Héroux, qui du reste joue parfaitement son rôle de digne représentant d’une frange non négligeable de mollassons linguistiques chez les Jeunes péquistes, assimile automatiquement les allophones à l’anglais, que nous dit-il, en fait? Il nous affirme que sa vision du Québec en est une où le français constitue une langue défensive, une langue de repli, qu’on doit chuchoter entre consanguins et rapidement oublier devant l’autre. Il jette aux oubliettes toute velléité d’intégration des immigrants et des allophones à notre langue commune.

Ainsi, nous, Québécois, serions de durs tortionnaires contre une pauvre minorité opprimée dont il conviendrait de défendre la culture et la langue. Un peu plus et le gai luron secrétaire de Québec, dont la bonne humeur exemplaire sur Facebook ne semble avoir d’égale que son dédain de ceux qui oseraient réclamer la protection du français au Québec, se lancerait-il dans une campagne spéciale pour nous inciter à parrainer un anglophone. Avoir su, il aurait fallu l’inviter à distribuer des bons de contournement de la loi 101 permettant aux anglophones d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise… N’aurait-il pas été coquet, avec nous, dans une toge?

Qu’importe si nous ne représentons même pas 2% de l’Amérique du Nord; qu’importe si les institutions anglophones sont sur-financées; qu’importe si notre poids démographique diminue; qu’importe si la langue anglaise, appuyée par un pays aussi puissant que les États-Unis, soit devenue le rouleau-compresseur des cultures minoritaires; qu’importe si on demande de plus en plus l’anglais aux Québécois sur le marché du travail; qu’importe si la vitalité de l’anglais à Montréal et dans les banlieues dépasse celle du français. Non, non, vous n’y êtes pas. C’est l’anglais qui est en danger et il faut absolument – je répète, absolument – défendre la minorité anglaise sans défense contre les dangereux Québécois…

Aurions-nous idée d’une moutonnerie aussi totale si elle ne venait pas de la part d’un individu se réclamant du Parti Québécois? Un parti dont la cheffe a fait de l’apprentissage de l’anglais sa priorité, où l’ex-chef Bernard Landry a qualifié McGill de « fleuron » du Québec, où l’ex-ministre Louise Harel, dans son pathétique discours de perdante lors des élections municipales de Montréal, a sciemment parlé dans un anglais massacré au lieu d’utiliser la langue commune des Québécois, où Lucien Bouchard a fait reculer l’apprentissage de l’anglais de la quatrième à la troisième année du primaire… L’histoire récente du Parti Québécois en est une de déni du danger du français au Québec et de glorification d’un bilinguisme qui, dans notre contexte de minorisation croissante, ne peut que nous mener à l’assimilation.

En fait, il faut faire preuve d’une telle gymnastique intellectuelle si on veut suivre la nébuleuse idéologique de Jessy Héroux et de son parti, qu’on en vient presque à se demander si ceux qui y croient le font après réflexion ou par intérêt personnel. D’un côté, selon le sous-fifre des Jeunes péquistes de Québec, il serait mal d’exiger le français dans nos rapports sociaux au Québec. Exiger de pouvoir interagir dans la langue officielle du Québec, notre langue de naissance, notre langue commune, serait une marque de dégoût. Mais de l’autre, il serait souhaitable de refuser l’accès aux écoles anglaises à la « minorité » anglophone. D’un côté on maltraiterait la « minorité » anglophone en leur parlant en français, mais de l’autre il faudrait exiger de se faire servir en français dans un commerce. Vous y comprenez quelque chose?

Il faut être cohérent: ou bien on considère que l’anglais est une langue légitime, une seconde langue officielle au Québec (en attendant de devenir la première), et on se débarrasse de la loi 101 et de toutes les lois linguistiques brimant la pauvre « minorité » anglophone, ou bien on considère que le français est assez en danger et constitue une fierté et une valeur assez importantes pour se donner les moyens de le défendre. Ou bien on considère le français comme une béquille dans un monde où l’anglais devrait constituer la lingua franca internationale même entre les citoyens de notre propre nation, ou bien on affirme la nécessité de viser la pluralité linguistique et culturelle de ce monde en sauvant notre diversité. Ou bien on signe la capitulation de notre histoire et on adopte, finalement, la langue des vainqueurs un quart de millénaire plus tard, ou on continue à se battre et à réclamer le droit d’exister d’une manière différente, selon des valeurs qui nous sont propres. Il faut choisir.

Or, le Parti Québécois et ses grouillots ont décidé depuis longtemps. Ils ont statué qu’au-delà des mots, au-delà des discours forcés de Pauline Marois, au-delà des belles déclarations sur le débat identitaire, une vérité demeure: il ne faut pas faire de vagues. On peut parler d’indépendance, mais on ne doit pas faire de référendum; on peut parler d’identité, mais on ne peut pas réduire l’immigration; on peut parler de langue, mais il ne faut surtout pas s’attaquer aux privilèges des anglophones de Montréal; on peut parler de survie, mais il faut absolument et impérativement se hâter à parler anglais à quiconque en ferait la demande! L’indépendance est devenue une marque de commerce banale devant se faire sans rupture avec un quelconque ordre établi et n’impliquant aucun gain significatif pour le peuple québécois.

Dans un parti politique sainement constitué, les jeunes sont des vecteurs de changement. Quand ils se contentent d’être des béni-oui-oui répétant les mêmes dogmes que leurs ainés en espérant un jour rejoindre la classe vieillissante des apparatchiks bedonnants, ils ne servent plus à insuffler l’énergie vitale permettant au parti de se renouveler, mais ils contribuent, de par leur attachement à des idées désuètes et gangrenées, à l’enterrement définitif des idéaux qu’ils prétendent défendre.

Jessy Héroux n’est qu’un exemple parmi d’autres chez certains Jeunes Péquistes. Quand la méthode remplace le but et quand le but remplace l’idéal, ce ne sont plus des bergers qui mènent les moutons, mais des abatteurs. Et quand ce sont des Québécois eux-mêmes qui se font les plus grands défenseurs de la majorité anglophone, on mesure mieux tout le chemin qu’il reste à parcourir avant d’assurer la survie de notre langue et de nos valeurs.

De la viande morte à la langue morte
7 décembre 2009

Viande morte. C’était dans ces mots qu’un célèbre politicien québécois avait qualifié les francophones hors-Québec. Un vieux steak oublié sur le comptoir de l’assimilation. Et comme toute pièce de viande abandonnée à l’air non-libre, si elle se met à bouger, ce n’est certainement pas l’animal qui s’exprime, mais peut-être simplement le signe d’une putréfaction en progression. J’en ai le coeur brisé dès que j’y pense, mais la polémique entourant la publicité unilingue anglaise envoyée aux Franco-Ontariens ne constitue que les derniers soubresauts de ce qui fut autrefois une belle bête vivace qu’on a trucidée, dépecée et passée au robot culinaire d’un bilinguisme anglicisant.

viande-morte

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Quand M. Jean-Marie Leduc, l’homme par qui est arrivé à le scandale, parle du « million de francophones » en Ontario et du « 150 000 à 200 000 » à Ottawa, ce qui aurait dû suggérer la francisation partielle de la documentation de Tourisme Québec, il vit dans le passé. Ces chiffres, c’était il y a une génération. Un francophone, ce n’est pas quelqu’un qui est né comme tel; c’est quelqu’un qui parle le français. Ce n’est pas la langue maternelle qui compte, mais la langue d’usage, celle parlée dans l’intimité. Et à ce niveau, le niveau d’assimilation des Franco-Ontariens est de loin supérieur à ce qu’affirme M. Leduc.

Province of Ontario

Dans l’ensemble de la province, si on se fie au dernier recensement de Statistique Canada, il n’y a plus que 290 000 francophones d’usage dans la province (sur une population totale de près de 10 millions d’habitants). Dans une province où les locuteurs de langues autres que l’anglais ou le français dépassent 1 800 000 personnes, les francophones sont devenus une ethnie comme une autre. Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le potentiel d’attraction d’une langue (un résultat au-dessus de 1 indique une progression; en-dessous un déclin), le français (0,59) se fait dépasser par l’Ourdou (0,71), le Persan (0,73), le Russe (0,75), le Pendjabi (0,77), le Tamoul (0,80), le Mandarin (0,84) et le Cantonnais (0,85)! Concrètement, toutes ces langues étrangères possèdent davantage de vitalité que le français en Ontario. Un individu espérant léguer sa langue et sa culture à sa descendance aurait plus de chances de le faire s’il parle le Tamoul ou le Pendjabi que le français!

À Ottawa, la situation n’est guère plus réjouissante. Sur une population de près de 800 000 habitants, le nombre de locuteurs francophones atteint 85 000, soit à peine plus de dix pourcent. Bien sûr, on offre un bilinguisme de façade (quoi que…), mais le soir venu, après une journée de faire-semblant et de savonnage de langue pour faire plaisir à des touristes émerveillés par la grandiose capitale du plus-meilleur-pays bilingue du monde, c’est en anglais qu’on se parle.

Un rapport sur la francophonie en Ontario, publié en 1995, expliquait déjà:

Pour de nombreux jeunes Franco-Ontariens, le français demeure la langue maternelle, mais il devient effectivement une langue seconde, enseignée comme un outil de communication, mais un outil plus ou moins efficace dans le contexte ontarien. Inconsciemment et naturellement, l’anglais, qui était au point de départ la langue seconde, se transforme subrepticement en langue première, celle qui exprime les réalités fondamentales de la vie, celle dont les mots portent une charge émotive, celle qui baigne dans une culture et une histoire ; en d’autres mots, la langue de Shakespeare. Pour plusieurs francophones minoritaires, Molière est rentré à Versailles ; ils ont le français comme langue maternelle, mais l’anglais comme langue première. De la bilinguisation de l’univers culturel, nous passons maintenant à la secondarisation de la langue française.

Ces Franco-Ontariens à qui on a appris le français comme d’autres s’embarrassent de quelque bibelot doré, ont conscience de l’inutilité pratique de leur langue. Quand toute la vie autour de soi se meut en anglais, on a beau aimer son héritage culturel, on n’arrive pas à le transmettre convenablement. On finit toujours par le laisser tomber. On a beau chérir sa douce béquille et l’amener partout avec soi, on finit par la laisser derrière pour un emploi ou lorsqu’on nous demande de parler la réelle langue commune: l’anglais. Car quoi qu’on en dise, la majorité ne parle pas une langue par amour, mais par nécessité.

La vraie leçon

Au lieu de nous culpabiliser sur le triste sort des Franco-Ontariens et de saisir les tribunaux ou le Commissaire aux langues officielles, cet organe de surveillance de l’assimilation tranquille des francophones hors-Québec, M. Leduc devrait se servir de l’apparente bévue de Tourisme Québec pour nous rappeler, à nous, Québécois, ce qui arrive à un peuple qui se bilinguise.

Car pour un Leduc qui s’offusque, combien de Franco-Ontariens n’ont même pas levé un sourcil en lisant cette brochure entièrement en anglais au milieu d’un millier d’autres brochures tout autant anglaises? Quand on a intégré la réalité que sa propre langue constitue une béquille, on ne s’offusque même plus lorsqu’on s’adresse à soi dans une langue étrangère.

La voilà, la réelle leçon de ce « scandale ». Le Québec ne constitue pas une exception sur cette planète: tous les peuples minoritaires qui sont devenus bilingues sont disparus. Ce qui fut une forte minorité francophone ontarienne est devenue une chiure de goéland qu’on enlève avec l’essuie-glace d’un bilinguisme de façade et le liquide antigel du culte du multiculturalisme.

Une langue, quoi qu’on en dise, ne se défend pas dans les brochures et les affiches. C’est dans la rue, au travail, à la maison, sur Internet, à chaque fois qu’on interagit avec autrui qu’il faut la chérir, la protéger, la partager comme ce merveilleux cadeau d’intégration.

Sinon, autant déclarer le Québec bilingue et mettre la clef immédiatement dans notre désir de voir nos descendants parler encore notre langue et se faire les porteurs de nos valeurs.

Nous, nous avons encore le choix. Les Franco-Ontariens l’ont perdu il y a longtemps, brochure anglaise ou pas. La viande morte, chez eux, s’est déjà transformée en langue morte.

Et si on se décidait à n’encourager que le tourisme francophone en publiant des brochures en français? Et si on se décidait, enfin, à parler notre langue… chez nous? Voilà au moins qui aurait le mérite d’être clair pour quiconque désire venir nous visiter: ici, c’est en français que ça se passe!

Projet Montréal, un danger pour le français?
18 octobre 2009

Projet Montréal est-il en train de devenir le parti des anglophones? Après avoir rejeté une alliance avec Louise Harel, le parti a choisi de nombreux candidats anglophones et cherche à se proposer comme une alternative à Gérald Tremblay auprès des anglophones montréalais, dernier bastion de résistance de ceux qui refusent de s’intégrer à la culture québécoise. Et si Projet Montréal, derrière son apparence verte et inoffensive, constituait une menace pour le statut francophone de Montréal? Voilà une question pertinente à se poser après les récents déboires de Benoît Labonté à Vision Montréal. Pénaliser la corruption, d’accord, mais au détriment de la primauté du français à Montréal, je décroche.

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Le sondage, fin septembre, était sans appel: 30% des anglophones appuyaient Projet Montréal, contre seulement 15% des francophones. Statistiques importantes, mais pas autant que le taux d’indécision: 44% pour les anglophones contre seulement 27% pour les francophones. Concrètement, les anglophones hésitaient encore. Qui choisir entre Gérald Tremblay, M. Corruption lui-même, et Louise Harel, la méchante péquiste qui veut défaire ce beau grand Canada? Projet Montréal s’impose comme une alternative crédible au sein d’une minorité rhodésienne votant d’une manière clanique, presque ethnique, contre toute personnalité représentant un peu trop la population québécoise. Sauf que pour aller chercher le vote des anglophones, Projet Montréal devait se donner une image un peu moins francophone, une démarche déjà en route.

Voici, en vrac, quelques candidats qui devraient faire honte à tous ceux qui espèrent freiner l’anglicisation de la métropole québécoise.

Ken McLaughlin, candidat au poste de Conseiller d’arrondissement dans le district Champlain–L’Île-des-Soeurs. Sur son blogue, il écrit un vibrant plaidoyer pour obtenir le vote des anglophones, affirmant comprendre qu’ils ne voteraient jamais pour quiconque a été ministre du PQ (bonjour le vote clanique) et leur réitérant le fait que Projet Montréal aime la « Montreal’s English community ». En opposition au caractère francophone de la ville et au fait que la langue française doit en constituer la langue commune, il se présente également en partie en anglais sur une vidéo.

Piper Huggins, candidate au poste de Conseillère d’arrondissement dans le district Jeanne-Mance. Elle habite le quartier Plateau-Mont-Royal depuis vingt ans, mais n’arrive qu’à baragouiner un français bien approximatif. Elle travaille à McGill, en anglais. Elle a été présidente de la section Quebec du NPD de 2006 à 2008.

Kamala Jegatheeswaran, candidate au poste de Conseillère de ville dans le district Darlington. Elle vit dans Côte-des-Neiges depuis vingt ans elle aussi, mais – jusqu’à preuve du contraire – ne peut même pas parler français. Dans sa vidéo de présentation, le seul mot dans la langue officielle de la ville est un pathétique « meur-cy » à la fin d’une longue déclaration en anglais.

Peter McQueen, candidat au poste de Conseiller de ville dans le district Notre-Dame-de-Grâce. Sa page Facebook est entièrement en anglais et il a affiché des pancartes unilingues anglaises, en opposition à la loi 101, alors qu’il était candidat pour le Parti Vert aux dernières élections provinciales.  Ses pancartes ne respectant pas notre langue commune avaient choqué de nombreux citoyens.

Les incohérences de Projet Montréal

Il y a près d’un mois, je parlais d’un candidat de Projet Montréal m’ayant contacté pour me demander ce que je pensais de son projet de communiquer en anglais aux électeurs de son district:

Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

Bref, ce que me demandait ce candidat – un anglophone d’origine mais qui parle un excellent français et qui constitue un des rares conseillers de Projet Montréal pour qui je considérerais voter; l’autre étant Carl Boileau – c’était s’il était acceptable de sacrifier une partie de ses idéaux pour aller chercher quelques votes. Ma réponse était non, et c’est toujours non.

Or, quand Richard Bergeron a refusé de fusionner son parti avec celui de Louise Harel, comme le souhaitaient plusieurs de ses membres (dont les candidates Josée Duplessis et Siou Fan Houang, deux anciennes péquistes), quand il a refusé de céder aux pressions du réseau Lapointe qui a tenté d’acheter son départ, quel message a lancé Richard Bergeron? Celui que les idéaux ne sont pas achetables et que la petite politique ne devrait pas primer sur les idées. Qu’on ne doit pas sacrifier ce qui nous est le plus cher pour espérer obtenir une version édulcorée de ses convictions en s’alliant à un parti permettant de se rapprocher du pouvoir. Ce qu’a fait Projet Montréal, à ce moment-là, c’est de se définir comme un parti d’idées, un parti qui ne se laisserait pas contaminer par une vieille façon de faire de la politique.

Le problème, c’est que la pureté de ces idées et de ces objectifs concernent surtout l’aspect esthétique de la ville. Des tramways, des rues plus propres, des pistes cyclables, davantage d’écologie, tout le monde est d’accord. Mais n’oublie-t-on pas quelque chose de plus important, de plus fondamental? La question identitaire. Montréal constitue une ville francophone dont la majorité de la population ne parle plus le français. C’est majeur comme constat.

Nos politiciens ont un rôle à jouer pour contribuer à la refrancisation de la métropole. On ne peut pas se contenter de pelleter nos nuages dans la cour du provincial ou du fédéral. La défense du français s’opère à tous les niveaux, à commencer par le municipal. Et quand un parti comme Projet Montréal refuse de s’engager sur le plan linguistique et cherche à obtenir le vote des anglophones plutôt que de chercher à les franciser, il fait exactement le contraire de ce en quoi il s’était défini après avoir refusé la fusion avec Harel: il vend son âme pour quelques votes. Du moins, si on part du principe qu’en son âme Projet Montréal croit à une ville francophone.

En fait, voici la vraie question: en quoi Projet Montréal devrait-il attacher plus d’importance à la pureté de ses idéaux au niveau de l’écologie ou de l’urbanisme qu’à ceux, tout aussi importants, de la protection du français dans la métropole? Dit autrement: pourquoi sacrifie-t-on le français alors qu’on a refusé de sacrifier ses autres projets? On m’objectera que les autres partis font la même chose. Pas si sûr.

En effet, si Vision Montréal et Union Montréal semblent prêt à tout sacrifier, s’il n’y a pas de vaches sacrées pour eux, c’est surtout parce que ce sont des partis de type coquille vide: le parti se résume grandement à la personnalité du chef. Projet Montréal, lui, est un parti qui a ses racines dans les quartiers, et c’est cela qui m’inquiète. Harel, je sais qui elle est, je sais ce qu’elle vaut. Je connais son attachement à la langue française.

Pourquoi Projet Montréal est dangereux

À l’opposé, Projet Montréal, en refusant de sacrifier quoi que ce soit sauf la langue, constitue une véritable boîte à mauvaises surprises faisant état d’une nouvelle réalité montréalaise: celle d’une ville anglicisée, sûre d’elle-même et s’encombrant de moins en moins des apparences de ville francophone. Tirant ses racines de cette réalité, le parti ne représente plus l’idéal d’un objectif commun à atteindre pour le bien-être de tous, mais plutôt les objectifs isolés d’une certaine catégorie d’anglophones soi-disant ouverts d’esprit et prêts à tout changer… tant que cela n’affecte pas la force de leur communauté linguistique. On se dit urbain, on s’affirme comme écologique, on se gargarise de développement durable et de renouvellement municipal, mais pas question de s’attaquer à ce qui menace réellement la ville: la disparition du fait français.

En ce sens, il s’agit d’une situation paradoxale. De nombreux anglophones s’identifient à Montréal à cause de sa diversité, à cause de ce côté francophone qu’ils ne pourraient retrouver dans une aucune autre ville majeure nord-américaine, mais ils contribuent, de par leurs gestes, à la disparition de cette francophonie. Ils nous aiment en nous étreignant jusqu’à la suffocation. Cette unicité de Montréal, cet incroyable potentiel qu’ils veulent lui donner, ils le font pour eux; l’idéal serait une Montréal entièrement anglophone mais conservant les caractères insufflés par la présence francophone. Une sorte de Nouvelle-Orléans du nord.

Voilà pourquoi Projet Montréal est dangereux: parce que ce parti se fait le représentant des anglophones et qu’il agit ainsi au détriment de la survie du français dans la métropole. Plutôt que de se faire le porte-parole des 90% de Québécois inquiets de la situation du français à Montréal, le parti de Richard Bergeron enfouit la question linguistique sous une ribambelle de projets certes mobilisateurs, mais qui ne contribuent pas à sauver ce qui nous importe vraiment… nous!

S’amourachant de candidats francophobes et incapables de s’intégrer à notre communauté, Projet Montréal constitue de plus en plus une sorte de pendant municipal du NPD, toujours sympathique, toujours souriant, toujours prêt à écouter les Québécois en autant qu’il ne s’agisse pas de restreindre les privilèges des anglophones. On se tient par la main, on fait une ronde, on s’embrasse, et on se bat sur tout et n’importe quoi, en autant qu’on ne se chicane pas entre nous. La génération Passe-Partout à son meilleur.

Au fond, on les comprend les anglophones de vouloir ignorer la question linguistique. Ken McLaughlin me l’a bien expliqué, sur son blogue: « Pour moi, le débat sur la langue a cessé d’être un enjeu majeur et central à un certain moment vers la fin du 20e siècle et je pense que la plupart des Montréalais seront en accord avec moi ».  Si on pouvait dater ce moment précis où la langue a cessé d’être un enjeu, j’oserais l’année où, après que le français ait atteint son plus haut niveau d’usage dans la métropole, il a commencé à chuter. Et quand M. McLaughlin affirme que les Montréalais seront d’accord avec lui, on sait de quels Montréalais il parle: les anglophones.  Après tout, pour lui comme pour Projet Montréal, ce sont bien les seuls citoyens dont la culture et les valeurs méritent d’être protégées.

Qui ne dit mot consent. En acceptant dans ses rangs des candidats insensibles à la nécessité de protéger le français et en cherchant à obtenir le vote des anglophones à tout prix, Projet Montréal contribue simplement à cette inertie tranquille qui nous amène inexorablement vers le gouffre de l’assimilation et où tous ceux qui tentent de sonner l’alarme sont irrémédiablement traités de passéistes.

Si Projet Montréal constitue le futur, je ne veux pas de ce futur. Mon futur à moi, il se fait en français.

Le français aux Jeux olympiques: une formidable mascarade!
16 septembre 2009

Signalisation déficiente, affiches unilingues anglophones, bénévoles incapables de parler le français, zéro service en français aux aéroports. Le rapport du Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, est cinglant:  si rien n’est fait, le Canada manquera à ses objectifs d’assurer la tenue de Jeux Olympiques bilingues. « Je ne veux pas que les visiteurs se fassent accueillir par des phrases comme: « Sorry, I don’t speak French » », affirme-t-il. Trop tard, c’est déjà le cas: ce pays n’est pas plus bilingue qu’un adéquiste n’est socialiste. C’est une vue de l’esprit: le Canada demeure un rouleau-compresseur à francophones, peu importe les fioritures.

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Source de l’image

Partout, au Canada anglais, le francophone est un individu de seconde classe. Aux aéroports de Vancouver et de Toronto, par exemple, l’offre active en personne de service en français atteint respectivement 5% et 0% alors que la disponibilité du service en français – c’est-à-dire ceux qui ont assez de temps pour attendre qu’on aille chercher le ti-coune de service qui baragouine un peu la langue de Molière – n’est que de 55% et 23%. En terme d’éducation supérieure, ce n’est guère mieux: 950 000 Canadiens francophones se partagent un maigre 72 millions de dollars, contre 400 millions de dollars pour les 575 000 anglophones du Québec. On traiterait la minorité anglophone du Québec de cette façon que l’OTAN aurait déjà bombardé la ville de Québec.

En fait, le retard en ce qui concerne le bilinguisme des Jeux olympiques de Vancouver constitue peut-être simplement cette pression du réel qui n’a pas encore été terni par la politique. La réalité, pour l’ouest du pays, est anglophone. Au recensement de 2001, on dénombrait 1,9% de francophones au Manitoba, 0,5% en Saskatchewan, 0,7% en Alberta et 0,4% en Colombie-Britannique.   Il y a davantage de turcophones à Montréal que de francophones dans toute la Saskatchewan.  De plus, comme le note Charles Castonguay, le taux d’assimilation des 35-44 ans – le coeur de la pyramide démographique – atteint 60% alors que le déficit entre générations atteint plus de 40% au Manitoba et 50% dans les trois autres provinces.

Pire, l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule la capacité d’une langue à se renouveler (un nombre supérieur à 1 indique une croissance; inférieur à 1 une décroissance), atteint dans ces régions respectivement 0,45, 0,26, 0,33 et 0,29. À titre indicatif, l’IVL des allophones au Québec atteint 0,62. Concrètement, un allophone du Québec a au moins deux fois plus de chances d’assurer la persistance de sa langue qu’un francophone hors-Québec. Dans ce contexte, toute notion de bilinguisme apparaît plus qu’étrange pour les habitants de l’ouest canadien.

Or, en cherchant à bilinguiser l’affichage, la signalisation ou l’accueil aux aéroports, on ne fait qu’ajouter une couche de peinture rose supplémentaire au bulldozer anglophone. On lui donne un aspect charmant, presque naïf. On fournit un service de façade au touriste francophone; on lui offre sa propre version de ce qu’il conçoit du Canada, c’est-à-dire un pays réellement bilingue. Bref, on lui monte un gros Truman Show où les bénévoles et employés ne sont plus de simples participants, mais de véritables acteurs devant « veiller à ce que la dualité linguistique du Canada soit prise en compte de manière adéquate ». Dit autrement: le Canada se présente sur la scène mondiale et dans tous les congrès francophones comme étant un pays bilingue. Puisque la réalité ne rejoint pas cette perception, on va modifier la réalité pour offrir, l’espace de quelques semaines, un Canada fictif aux voyageurs. Et quand la flamme sera éteinte, quand les caméras seront parties, l’assimilation des francophones se poursuivra.

Le summum de toute cette opération de marketing linguistique s’avère notre propre participation à cette mascarade. Pertinemment, nous réclamons des services en français pour les Jeux de Vancouver, mais nous oublions que de contribuer à une telle image d’un Canada bilingue ne fait que diminuer notre légitimité internationale en tant qu’indépendantistes. De quelle aide le chef d’État assistant aux cérémonies et repartant convaincu que le français se porte bien au Canada peut-il nous être? On se l’imagine déjà, s’adressant à la mouvance souverainiste, et déclarant: « De quoi vous plaignez-vous? Je suis venu au Canada, et j’ai très bien été servi en français. » Certains diront que ce n’est qu’un détail. Je ne crois pas. Le Canada sera le centre de monde pendant deux semaines et il aura l’occasion de se créer une image et une apparence bilingues dans l’esprit des centaines de millions de personnes regardant les Jeux.

Le Canada déploie de formidables efforts pour assurer des jeux bilingues à ses invités. Ne pourrait-il pas faire de même avec ses propres citoyens francophones, dont la proportion fond comme une boule de crème glacée sur l’asphalte brûlant de juillet?