L’aéroport politique
23 septembre 2010

C’était la première fois que j’entrais à l’Assemblée nationale. C’était un peu comme pour l’aéroport: on arrive beaucoup en avance, on part toujours trop tard, on se fait fouiller de la tête aux pieds et on regarde bêtement les uniformes des employés, les gens et la décoration tout en cherchant les toilettes. Parti à 6h30 de Laval, arrivé à 10h30 au parlement à cause des bouchons et des travaux, j’avais un peu l’impression de souffrir du décalage horaire. Qu’à cela ne tienne, la cause valait pleinement le déplacement: l’occasion de dire à la ministre St-Pierre et à ses acolytes libéraux ce que je pense de son projet de loi 103.

Source de l’image

J’étais très bien entouré. La fine équipe. Impératif français, dont j’avais écrit la quasi-totalité du mémoire. Et Jean-Paul Perreault, son président, un homme dont j’admire la fougue, la détermination (ça fait trente-cinq ans qu’il se bat pour notre langue) et qui n’a pas peur d’aller au bâton et de bousculer pour faire valoir ses idées. J’étais présent pour l’épauler dans l’exhibition du mémoire de l’organisme et je dois dire que ça fut pour moi une expérience très positive.

Nous avons martelé nos points avec – j’ose croire – beaucoup d’aisance et au moyen d’arguments pouvant difficilement être réfutés. Signe de respect ou de décontenance devant la solidité de notre discours, la ministre St-Pierre n’a pas osé ou n’a pas été capable de nous coincer avec les nombreux pièges qu’elle avait tendus aux autres participants.

Bien que cette consultation ne jouit certainement pas de la visibilité de la Commission Bastarache ou des débats houleux de la période de questions, peut-être avons réussi, à tout le moins, à fournir des arguments aux opposants à cette loi… Je l’espère, et c’était avec grande joie que j’ai expliqué plus en détails certains passages du mémoire à certaines personnes d’influence.

VOIR LA VIDÉO DE NOTRE PRÉSENTATION ICI: LIEN ou LIEN ALTERNATIF (certains ont eu de la difficulté avec le premier lien) (Vous pouvez également lire le journal des débats ici: LIEN)

De la politique, moi?

Un député m’a félicité chaudement pour ma performance, une autre m’a dit que j’avais un talent naturel pour cela, un autre a parlé positivement de ma pugnacité. Ai-je si bien fait que cela? À vous de juger. Une chose est certaine, cela m’a fait goûter au pouvoir de l’art oratoire. J’avais déjà eu l’occasion de me faire les dents à diverses émissions de télévision, mais jamais n’avais-je eu le temps de bien développer mes idées comme aujourd’hui. Dans un monde idéal, cette vocation – car c’en est une – m’intéresserait probablement, même si je devais pour cela contrôler une forme d’anxiété paralytique transformant mes avant-performances en cauchemar neurologique. Le problème, c’est bel et bien qu’il ne s’agit pas d’un monde parfait. Si en Théorie, tout fonctionne pour le mieux, au Québec, la situation est plus morose.

En effet, si dans un monde idéal les discussions éclairées serviraient à trouver la vérité et le bien commun, dans celui de notre réalité, j’ai parfois l’impression qu’il s’agit davantage d’un spectacle pour épater la tribune. Le parti Rouge dit Noir, le parti Bleu dit Blanc et gare au député qui déroge! On ne se mouille pas, on ne prend pas de risques. On aseptise notre discours, on le pré-mâche jusqu’à ce qu’il soit tellement facile à digérer qu’on puisse le faire avaler à n’importe qui, indépendamment de ses valeurs intrinsèques.

Si je devais faire de la politique, pourrais-je garder ma liberté de parole? La réponse est non. Je devrais calculer. Sacrifier ceci pour cela. Au PQ, par exemple, je devrais piler sur mes convictions sociales-démocrates et accepter une évolution monstrueusement lente de la question identitaire. Et si je me battais à l’intérieur du parti, comme d’autres me l’ont suggéré, je me battrais dans le vide, contre des fantômes, étant poussé vers les limites du marginal et me voyant refuser toute possibilité d’avancement. Blanc c’est Blanc, Noir c’est Noir, toi le Gris tu fermes ta gueule. Et j’aurais le choix: me la fermer et devenir un parfait apparatchik satisfait de son veston de chez Simons et ayant une « carrière » en vue, ou bien parler et en subir les conséquences.

Non, ce n’est pas la politique qui m’intéresse. Celle des idées, celle des personnalités fortes, celle des créatifs et des battants, elle n’existe plus en ce moment. On l’a tuée. On se demande souvent pourquoi il n’y a personne de charismatique et de frondeur pour remplacer Charest et Marois. C’est pourtant très simple: si un individu avait la capacité de changer les choses, il aurait été exclu de son parti depuis longtemps.

Denis Trudel et La division des troupes

J’ai rencontré Denis Trudel à la cafétéria de l’Assemblée nationale. Il venait présenter le mémoire du Mouvement Montréal français (que j’ai également écrit). Il n’était pas très content de mon dernier texte, où je me servais de lui pour exprimer une problématique du discours indépendantiste.

« Louis, tu aurais dû m’appeler et m’en jaser! » Bien sûr que je lui ai répondu, « sauf que le texte ne parle pas vraiment de toi. C’est une image, un simple exemple de ce qu’il faut modifier dans le discours indépendantiste ». Discussion franche mais agréable. Car j’adore Trudel. Sérieusement. Ce type est une bonne personne. Mais à ses yeux, comme aux yeux de beaucoup de mes détracteurs, de tels textes divisent notre mouvement.

Moi, je lui ai répondu que je n’ai qu’un seul mouvement: la langue française.

Encore une fois, comme j’avais tenté de l’exprimer dans ce texte, le problème vient, à mon avis, d’une mauvaise conception de ce qui divise ou rassemble le mouvement pour la survie du français. Ce n’est pas la critique entre militants qui divise. Non, celle-ci, à l’image de deux frères qui se chamaillent et apprennent ainsi à devenir plus fort et à se battre, nous permet de devenir plus confiants dans notre argumentaire. Cette critique permet de déterminer les faiblesses de notre discours et, véritable argumentation darwinienne, de permettre aux meilleurs arguments de détruire les plus faibles. En nous critiquant mutuellement DANS LE RESPECT, nous contribuons à rendre notre discours plus fort, voire invulnérable. C’est ainsi et seulement ainsi que nous vaincrons.

Parlant de respect, j’en ai manqué envers certaines personnes, même si c’était en réaction à leur comportement (dans la plupart des cas). Yvan Major, Luc Lapointe, Jonathan Dépot, Patrick Bourgeois, Tania Longpré, Sonya de Rosby, Philippe Leclerc. Mea culpa. Je m’excuse. Vous savez pourquoi. Je pourrais dire que pour certains c’était mérité, mais ce ne l’était pas. Ce que j’ai appris aujourd’hui en confrontant des idées abominables avec le sourire, et que je vais tenter d’appliquer dans le futur, ce n’est pas l’hypocrisie ou la violence qu’on se fait soi-même, mais la capacité à ignorer ce qui est contre-productif et à ne pas perdre de temps avec la roche qu’on cherche à mettre au pied de quiconque décide d’avancer, seul, vers la recherche de la vérité.

Peut-être que je deviens plus politique, après tout.

On a tous un avion à prendre.

Beurk?

J’avais raison – Pierre Morin derrière Bleu Québec
13 novembre 2008


Pierre Morin

J’avais raison quand j’écrivais ce texte. Pierre Morin est effectivement la personne derrière le blogue Bleu Québec et c’est lui qui a fait les vidéos controversées sur le PQ et le PLQ.

Évidemment, j’aurais aimé que Tristan Péloquin note dans son texte que je l’avais annoncé en primeur, mais bon…

L’important est que le rat soit démasqué pour de bon.

Dans les dents, le gars qui appuie l’ADQ avec nos impôts, et ce, à partir de l’Assemblée nationale.

Pour en savoir davantage sur Pierre Morin.


Après vérification, j’aimerais quand même féliciter Tristan Péloquin pour son travail. Il m’a dit en privé qu’il était sur la piste de Pierre Morin depuis un bon moment déjà. Depuis avant l’époque où j’étais membre du regroupement des blogueurs souverainistes et qu’on avait démasqué Morin derrière Élodie Gagnon-Martin et MisterPi.

Le retour de Pierre Morin
19 septembre 2008

Ceux qui sont bien au fait de ce qui se passe sur la blogosphère se rappellent certainement de « l’affaire Élodie Gagnon-Martin », ce pseudonyme utilisé par Pierre Morin, un militant adéquiste s’ayant vu offrir le poste de troisième vice-président à l’Assemblée nationale suite à sa campagne (souvent haineuse) contre le Parti Québécois lors des dernières élections provinciales. J’en ai déjà parlé ici et ici. Le meilleur résumé de cette histoire appartient à Carl, selon moi.

Toujours est-il que j’ai découvert ce matin que M. Pierre Morin a recommencé à sévir sur la blogosphère. Son blogue Un blogue bleu Québec possède la même signature graphique, le même genre de texte, les mêmes attaques personnelles, etc. Seule différence: M. Morin a placé une petite photo (que dis-je, une caricature de photo) en bas à droite de son blogue, une photo qui n’est évidemment pas la sienne, pour tenter de brouiller les pistes.

Certains diront peut-être: et alors? Alors, ce type est payé par l’État québécois et travaille à l’Assemblée nationale. Son mandat doit être de s’occuper du bon fonctionnement du parlement et de l’appareil administratif, pas de bloguer à temps plein pour s’attaquer aux adversaires politiques de son Parti Conservateur chéri. Ce faisant, il détourne les impôts que nous lui versons généreusement (nos impôts!) pour faire un travail de propagande qui ne devrait pas être le sien.

Évidemment, tout le monde a le droit de militer comme il l’entend dans sa vie privée. Mais quand on obtient un poste de prestige demandant une apparence de neutralité et d’impartialité il est important de ne pas abuser de la confiance du public en mélangeant le travail pour la collectivité (ce que Pierre Morin devrait faire pour gagner son salaire) et son travail de militant pour sa petite personne. Quand on doit être au-dessus de tout soupçon et qu’on est payé par le contribuable québécois, on doit résister à l’appel du militantisme (surtout sur les heures de travail) et ne pas oublier que 65 à 70% de ceux qui paient son salaire ne voteront pas pour le Parti Conservateur.

La dernière fois, Pierre Morin avait rapidement fermé son blogue après que le journaliste Antoine Robitaille l’eût traqué et que l’histoire se soit retrouvée dans les médias de masse.

Reste à espérer qu’il aura la même sagesse cette fois-ci ou que son chef, Mario Dumont, saura le ramener à l’ordre en exigeant sa démission.


On reconnaît le style

Députés ou Croisés?
22 juin 2007

Moins d’un Québécois sur quatre approuve l’envoi de soldats canadiens en Afghanistan alors que c’est 70% qui désapprouve. Parallèment, une majorité croit que les troupes devraient être retirées de ce pays immédiatement, et non pas en 2009 ou après. Le peuple parle, mais l’écoute-t-on?

Malheureusement, ça ne semble pas être le cas. Le gouvernement fédéral de Stephen Harper fait la sourde oreille aux demandes des Québécois, préférant jouer les caniches de service pour l’Oncle Sam et faire la sale besogne délaissée par les États-Unis, trop débordés en Irak. Et même au niveau provincial semble se développer le mépris des Québécois, notamment lorsque Couillard a pris à partie des députés ayant refusé d’applaudir des militaires devant quitter pour l’Afghanistan.

La guerre en Afghanistan, on connaît ses raisons:

  • 1) Encercler l’Iran (avec l’invasion de l’Irak) et continuer la politique d‘endiguement de la Russie amorcée durant la guerre froide;
  • 2) Assurer la reprise de la culture du pavot, qui permet un flot ininterrompu d’argent blanchi vers Wall Street;
  • 3) Permettre la construction d’un oléoduc de la mer Caspienne vers les marchés lucratifs du sud-est asiatique.

Le discours humanitaire à la Jeunesse Canada Monde (pour paraphraser Patrick Lagacé), c’est de la frime. Rien à foutre des Afghans. En fait, si: on veut stabiliser le pays pour permettre l’implantation à long terme d’une force américaine stable, la poursuite de la culture du pavot (qui avait été éliminée à 90% par les Talibans) et un climat permettant de faire couler le pétrole.

Et s’il y a des morts, rien à foutre. Dommage collatéral.

Et nos soldats, nos chers soldats, ces gens qui ont CHOISI ce métier et qui ont fait le CHOIX d’aller en Afghanistan, comprennent-ils seulement à quel point ils sont manipulés, brainwashés? On leur bourre tellement la tête qu’ils finissent par croire réellement qu’ils sont les bons et que les autres sont les méchants. Mais la réalité est beaucoup plus compliquée.

En effet, comment croire que les « bons » sont ceux qui s’en vont à l’autre bout du monde imposer leur façon de vivre alors que d’un autre côté on désire empêcher les « méchants » de faire la même chose? Plus crûment: pourquoi le terrorisme canadien et étatsunien en Afghanistan est-il plus acceptable que le terrorisme taliban ou islamiste en général? Dans les deux cas on crée la terreur, on alimente le chaos, et on vise des objectifs stratégiques ou politiques.

Les citoyens du Québec ne sont pas des cons. Ils sont majoritairement opposés à cette guerre car ils savent, ils sentent à quel point on nous ment. Ils refusent de voir nos ressources gaspillées pour faire la guerre de Washington en Asie Centrale. Ils refusent que le Canada sacrifie son image de gardien de la paix, héritée de décennies de modération dans les conflits internationaux, pour devenir le petit chien docile des États-Unis.

Et si cette colère doit s’exprimer contre les soldats, soit! Ces soldats mènent la vie qu’ils ont choisi de vivre, et ils ne méritent pas plus d’applaudissements que l’infirmière débordée, le policier de nuit, le pompier sur appel, l’éboueur, ou quiconque d’autre. N’a-t-on pas le droit d’applaudir qui on désire applaudir?

Manx est d’accord:

Si votre enfant travaille chez Wal-Mart et que vous êtes vraiment anti-Wal-Mart, certaines personnes diront “Bravo, au moins tu as un job”. D’autres diront “Je ne suis pas d’accord avec cela”. Je trouve ridicule de se plaindre sur cette opinion, ou de le trouver honteux ou quoi que ce soit. D’ailleurs, M. Couillard a réagi ainsi parce que son fils s’en va dans les forces armées et il s’est excusé par après.

Par ailleurs, pourquoi les députés – élus! – de l’Assemblée nationale devraient acclamer des militaires qui s’en vont dans une mission que la forte majorité de la population désapprouve? Et pourquoi des députés québécois devraient-ils saluer le gaspillage de fonds public pour protéger les intérêts de Washington en Afghanistan?

Décidément, il y a un décalage démocratique. Combien faudra-t-il faire de manifestations avant que les politiciens entendent l’appel et refusent de cautionner des soldats qui s’en vont tuer des Afghans au nom de l’impérialisme étatsunien? Pourquoi nos députés doivent-ils se lever et acclamer des soldats qui ne sont que des exécutants, des hommes-machines ne faisant que suivre des ordres?

Car comme l’a dit Zach Gebello,

S’il ne sont pas responsables de échecs de cette mission, alors ils ne sont pas plus responsables des succès. Ce sont donc des instruments. Personne n’a à se lever devant un instrument ou une personne qui n’est pas responsable.

Pendant ce temps, la guerre civile continue, et bientôt on comptera des morts québécois parmi les soldats, et peut-être des morts civils, quand notre agressivité aura été « récompensée » par un attentat terroriste…

Et l’inquisition néoconservatrice fait son entrée à l’Assemblée nationale, qualifiant d’hérétique quiconque ne s’agenouille pas devant nos Croisés du vingt-unième siècle…

Couillard pète les plombs
21 juin 2007

Le ministre de la santé du Québec, Philippe Couillard, a très mal agi cet après-midi, en accusant les membres du PQ et de l’ADQ d’être « pathétiques » parce que ceux-ci refusaient d’applaudir des militaires de Val Cartier venus assister aux travaux de l’Assemblée nationale.

Mais quel est ce soi-disant devoir de se lever et d’applaudir des militaires canadiens qui s’en vont dans quelques mois se battre pour l’Oncle Sam en Afghanistan et tuer de l’Afghan? Près de 70% de la population canadienne – et davantage au Québec – s’oppose à cette mission de l’armée, alors pourquoi nos représentants devraient-ils se faire l’écho d’une minorité et ovationner lâchement ces futurs tueurs?

Une armée, ça sert à défendre le pays, et en temps de paix ça peut aider pour les catastrophes naturelles. Une guerre d’invasion et d’occupation comme en Afghanistan est non seulement inutile et coûteuse pour le pays, mais elle est injuste et elle contribue seulement à faire augmenter la haine de Afghans à l’encontre du Canada, ce qui risque de se traduire par des attentats terroristes.

Philippe Couillard a agi comme un petit député d’arrière-banc tandis que ceux qui ont refusé d’applaudir la présence des militaires ont respecté la volonté populaire et ont signifié leur refus de la mission canadienne en Afghanistan.

Couillard saura-t-il seulement s’excuser quand des militaires québécois perdront la vie au combat ou quand des Québécois seront victimes d’attentats terroristes découlant directement de l’occupation de l’armée en Afghanistan?

Mais non… Tellement plus facile d’appuyer bêtement les militaires sans comprendre qu’on nuit à son pays en le faisant et qu’on insulte la vaste majorité de Québécois qui désapprouvent leur mission.

Au sujet de la classe moyenne
23 mai 2007

On a beaucoup entendu Mario Dumont parler au nom de la classe moyenne au cours de la dernière campagne électorale. Tellement, qu’on avait presque l’impression qu’il était le champion défenseur de celle-ci, ayant à coeur ses intérêts, et que sa seule mission au parlement serait de l’aider à prospérer.

Pourtant, depuis qu’il est à l’Assemblée nationale, Mario Dumont n’a rien fait pour la classe moyenne, bien au contraire. Dernière attaque en règle contre celle ci: il exige davantage de fermeté contre les travailleurs d’entretien de la STM qui se sont vus forcés de déclencher la grève devant l’intransigeance de la partie patronale.

Évidemment, il est normal de vouloir régler le conflit à la STM. Mais pourquoi prendre automatiquement le parti des patrons? Ceux-ci ont refusé toute forme de compromis depuis le début, rejetant du revers de la main les nouvelles propositions de la part du syndicat. À quelques heures de la grève ils auraient encore pu négocier, faire de nouvelles propositions, démontrer une ouverture. C’est précisément la fermeté et l’obstination de la direction de la STM qui ont mené à cette grève.

Mais derrière cette contradiction évidente de Mario Dumont, qui s’attaque à la classe moyenne au nom de la classe moyenne, il y a quelque chose de beaucoup plus dangereux: c’est toute l’idéologie néolibérale de la nouvelle droite qui s’oppose à toute forme de syndicalisation, soi-disant au nom de la classe moyenne. Tous ces gens au discours haineux, revanchard,malheureux de leur propre exploitation et de leur salaire insuffisant, qui s’attaquent à d’honnêtes travailleurs de la classe moyenne et aux syndicats, qu’ils accusent d’être responsables de tous les maux.

Puisque le Québec n’est pas un vase clos, regardons un peu ce qui se produit dans une société où le taux de syndicalisation diminue.

Aux États-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est passé de près de 35% il y a quelques décennies à seulement 13% aujourd’hui. Logiquement, si on suivait les arguments de la « drouate », on observerait une augmentation de la richesse de la classe moyenne et du pouvoir d’achat en général. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit.

En effet, les revenus réels nets du cinquième des foyers les plus pauvres a crû de seulement 5% entre 1979 et 2002, ceux de 20% des foyers a augmenté de 15% en moyenne sur la même période. Au contraire, pour le cinquième le plus riche, la croissance a été de 48% et pour le 1% des foyers les plus riches, l’augmentation moyenne des revenus a été de près 111%. Tout ceci au même moment où la productivité augmentait de près de 53% et que le salaire moyen global, en dollars constants de 2004, stagnait de 15,24$ en 1973 à 15,23$ en 2004.

Bref, on le constate, la baisse du niveau de la syndicalisation n’a pas profité à la classe moyenne, loin de là. Les écarts entre les riches et les pauvres – donc la dislocation de cette classe moyenne – se sont accentués et la hausse de la productivité n’a pas le moindrement profité aux travailleurs. On a plutôt assisté à une désintégration sociale caractérisée par un appauvrissement marqué des plus pauvres et un enrichissement très important des plus riches. Entre les deux, ce qui reste de la classe moyenne s’est déchiré entre la majorité vers le bas et une minorité vers le haut.

Devant ces résultats éloquents, on ne peut que constater et dénoncer le manque de vision et de cohérence du discours de Dumont et de ses fans de la droite. Au nom de la classe moyenne, ils s’attaquent à des travailleurs et à des syndicats qui représentent le progrès social et la survivance à long terme de cette même classe moyenne.

Voilà pourquoi le combat des travailleurs de la STM est aussi le nôtre. Car le jour où les syndicats auront été brisés – le rêve de la droite – sera aussi le jour où notre niveau de vie en général baissera et le jour où on pourra enterrer le concept même de classe moyenne. Puisque le taux de syndicalisation est un excellent indicateur de la richesse du tissu social d’une société, voilà pourquoi chaque victoire des travailleurs est à célébrer, et chaque défaite à craindre comme un nouveau recul non seulement pour la classe moyenne, mais pour l’ensemble de la société québécoise.

Au fond, c’est facile de s’attaquer à la classe moyenne et à d’honnêtes travailleurs qui ne demandent qu’à gagner honorablement leur vie. C’est beaucoup plus difficile et exigeant intellectuellement de s’attaquer aux vraies plaies sociétales que sont les profits astronomiques des pétrolières, des pharmaceutiques, des compagnies de télécommunications, des banques, des compagnies minières…