Afghanistan: le désaveu de Harper
3 mars 2009

Sacré Harper! Juste comme on a l’impression qu’il ne peut pas se mettre davantage les pieds dans la bouche, il récidive en affirmant que « nous ne vaincrons jamais l’insurrection » en Afghanistan. Ces propos lucides, mais ô combien surprenants de sa part, tenus dans une émission de télévision aux États-Unis, ne devraient pas nous inquiéter. Ce qui préoccupe, par contre, c’est qu’ils soient tenus après plus de sept ans d’efforts militaires, une centaines de soldats tués et 18 milliards $ de notre argent gaspillé dans ce gouffre de la bêtise humaine.

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Ces soldats qui pensent trop
9 février 2009

Réfléchir à la mort. S’agit-il des pensées d’un dépressif sur le point de se suicider? Non. C’est un aspect du « programme d’entraînement en résilience militaire » (PERM) enseigné depuis quelques années à la base militaire de Valcartier. Et si les gestes désespérés de trois soldats de la base depuis un mois avaient quelque chose à y voir?

Même s’il est un peu tôt pour tirer des conclusions, ça frappe l’esprit. Le militaire qui a tenu en haleine les policiers pendant une douzaine d’heures hier sur la rue de l’Etna à Val-Bélair n’était pas le premier. Le 17 janvier dernier, sur la rue du Castor, à moins de 2 km. de là, une amie d’un soldat a appelé les policiers car elle craignait que celui-ci soit dépressif et armé. Et la même journée, un autre militaire menaçait de mort des policiers et a résisté à son arrestation. On était habitué aux soldats revenant de mission et souffrant de troubles mentaux (environ 17%), mais de voir une telle détresse avant d’aller en Afghanistan a de quoi surprendre. Peut-être que les militaires pensent trop?

En effet, le PERM, qui s’inspire du concept de résilience développé par Boris Cyrulnik, incite les soldats à réfléchir sur la vie, la mort, leur rôle et leur façon de tuer. Par exemple, on y dissèque l’acte de tuer pour mieux y faire face en temps voulu:

  1. La décision. Elle se prend en trois temps : A. Lors de l’enrôlement B. Au cours du vol vers le lieu de la mission D. Quand le doigt est sur la gâchette;
  2. L’acte et les réactions corporelles immédiates;
  3. L’euphorie;
  4. Le back flash ou le temps des remords. Se vit si le sens de la mission n’est pas clair dans l’esprit du soldat;
  5. La rationalisation, ou trouver des bonnes raisons pour justifier l’acte.

Le but de ce programme est de réduire les cas de détresse psychologique après un épisode de combat. Il vise à fournir des réponses toutes prêtes aux soldats afin de les recentrer sur leur mission. Ainsi, on incite le militaire à simplifier le sens de celle-ci à l’extrême: si on est en Afghanistan, c’est pour aider les petites filles à aller à l’école. Paradoxalement, on demande donc au soldat de réfléchir à sa vie, à la possibilité de la mort et d’adopter une compréhension de sa mission dictée par l’état-major. On espère donc le rendre plus solide psychologiquement en alliant compréhension de soi-même, de la vie et de la mission en général.

Le problème, il me semble, est insurmontable: comment arrêter la réflexion du militaire? Le PERM fait tout pour inciter le soldat à réfléchir mais l’intime de trouver des réponses simples à ses questions (en Afghanistan pour les petites filles). Ça ne fonctionne pas. Quand on choisit de devenir soldat, on accepte de suivre des ordres. Pour beaucoup, c’est sécurisant: il n’y a plus de questions, on se contente d’obéir. À partir du moment ou on demande à un soldat de réfléchir, on ouvre une boîte de Pandore dont on ne peut connaître la finalité.

En effet, à partir du moment où le soldat est conditionné à s’interroger, pourquoi s’arrêterait-il en chemin? Qu’est-ce qui l’empêche d’aller au bout de sa réflexion, de considérer l’inutilité de la mission afghane, par exemple? Pourquoi endiguerait-il ce cri profond lui rappelant que cette guerre n’est pas la nôtre et qu’elle a peut-être d’autres objectifs que « d’aider des petites filles »?

Ainsi, en les faisant (trop) réfléchir sur la vie et leur mission, les soldats courent le risque de devenir instables. Sous prétexte de les aider à se préparer à faire face aux traumatismes de la guerre, on crée chez eux un état de stress pré-traumatique avant leur mission. Et comme toujours, c’est à la société civile de s’occuper du problème.

Ne vaudrait-il pas mieux reconnaître qu’un bon soldat est un soldat qui ne pense pas et se contente de suivre les ordres? Il gâche peut-être sa vie pour des raisons que 66% des Québécois désapprouvent mais c’est son choix. En devenant soldat, il a choisi de devenir un outil aux mains de l’armée et de laisser tomber son libre-arbitre. Laissons-le libre de mourir pour des causes qu’il ne comprend pas et ne lui imposons pas en plus le fardeau de devoir réfléchir à ce qu’il fait!

Laissez brûler, laissez pourrir
8 avril 2008

Le manège militaire de Québec a brûlé. So what, comme disent les soldats, dans la langue qu’on leur impose. Laissez brûler, laissez pourrir. La terre retourne à la terre. Et bon débarras!

Il y a quelque chose de triste, voire de pathétique, dans tous ces appels de Québec à la reconstruction de « notre » manège militaire. Il se trouve même des gens pour reprocher à RDI et TQS de ne pas avoir diffusé en direct des images du feu de joie.

Non, mais soyons sérieux une minute. Le manège militaire de Québec symbolise l’armée canadienne, une institution francophobe qui fait des guerres impopulaires et injustes, auxquelles s’opposent toujours une majorité de Canadiens-français (puis de Québécois, maintenant que les Canadiens-français ont presque tous été assimilés). La sauvage répression des Patriotes, la guerre des Boers, la première guerre mondiale, la deuxième guerre mondiale, et maintenant la guerre en Afghanistan. Une insitution 100% canadian qui envoie fièrement des petits Québécois de chez nous se faire trucider au front.

Et vous voulez reconstruire le symbole de notre statut de peuple conquis, colonisé, auquel on impose les décisions du vainqueur?

Moi je dis laissez brûler, laissez pourrir, et qu’on regarde les ruines en se rappelant que ce qui peut paraître très impressionnant et tout-puissant peut disparaître du jour au lendemain, avec un peu de volonté… ou quelques bidons d’essence.

Pour ceux qui en doutaient
30 juillet 2007

Que ceux qui doutaient du pouvoir des lobbies israéliens et de l’armement à Washington se ravisent: l’Oncle Sam vient de décider de faire augmenter de 25% son « aide » militaire à l’État hébreu. Pourtant, est-ce réellement nécessaire?

En effet, on a de plus en plus l’impression qu’Israël est devenue une sorte de colonie américaine, ayant droit, peu importe la raison, à une aide pour maintenir son armement dans un état hyper-sophistiqué, lui permettant d’imposer sa volonté sur tout le Proche-Orient.

Évidemment, la rhétorique américaine est claire et simpliste: on aide Israël à combattre le terrorisme. Mais n’est-ce pas là, justement, que de la rhétorique? En 1982, par exemple, Israël était le troisième pays du monde en terme de dépenses militaires par habitant (et le 19e en matière d’éducation, ce qui explique peut-être l’insensibilité complice de ses habitants vis à vis des souffrances causées aux Palestiniens) et elle recevait déjà plus de 3 milliards de dollars d’aide militaire américaine. ((Amnon Kapeliouk, Israël : un pays possédé par son armée, le Monde diplomatique, avril 1982.)) Vingt-cinq ans plus tard, l’aide est sensiblement la même; seules les raisons ont changées: d’un discours anti-communiste on a simplement fait le glissement vers un discours anti-terroriste.

Mais n’est-ce pas là le propre de tout empire, que d’avoir besoin d’ennemis pour justifier son existence? La décennie 1991-2001 a été difficile pour Washington et son appendice israélien: le premier a perdu de son influence un peu partout dans le monde, en ayant en plus à lutter contre une population de plus en plus récalcitrante vis à vis de ses politiques économiques et prêtes à organiser de grandes manifestations, comme cela eut lieu à la conférence de l’OMC à Seattle en 1999. Et pour Israël, ce fut une véritable période noire pour les faucons et les partisans du « Grand Israël »: discussions de paix, concessions, diplomatie… Aux yeux de l’élite néoconservatrice, le monde n’allait nulle part.

Heureusement, vint le 11 septembre. Dieu merci, alléluia! Grâce à cette terrible tragédie, les États-Unis peuvent de nouveau justifier leur aide à Israël et Israël peut désormais refuser de négocier avec les Palestiniens. Les lobbies de l’armement s’en mettent plein les poches, les Palestiniens crèvent de faim dans la rue pendant qu’arrivent les milliards de Washington, enfin c’est le retour du business as usual.

Pour ceux qui en doutaient…