Les Verts face à leur parasitisme
5 mai 2012

Si l’entente entre le gouvernement et les étudiants est entérinée par ces derniers, cela aura comme conséquence, avec l’aide d’une gestion plus rigoureuse des universités, de produire un gel effectif des frais de scolarité pour les sept prochaines années.

La question qui tue : les Verts, ces gens qui ont utilisé les tribunaux pour aller à l’encontre de la démocratie étudiante, ces gens qui ont proclamé sur toutes les tribunes que la hausse était justifiée et qu’ils étaient heureux de payer plus cher pour leurs éducations, ces Verts profiteront-ils de ce gel qui a été obtenu par le sacrifice d’autrui ou auront-ils la cohérence de payer volontairement plus cher que leurs collègues qui se sont battus ?

La question est bien davantage que théorique. Cette victoire pour le mouvement étudiant a été obtenue parce que des milliers d’étudiants se sont mobilisés, qu’ils se sont levés aux petites heures pour bloquer leurs institutions, qu’ils ont manifesté jour après jour. Ils se sont battus quotidiennement contre l’égoïsme d’une minorité de mwa-mwa pour qui la seule liberté qui existe est la liberté individuelle.

Ne faudrait-il pas, alors, que ces étudiants qui ont poignardé le mouvement étudiant dans le dos depuis des mois assument volontairement la hausse et prouvent ainsi qu’ils continuent de préférer la hausse à l’accessibilité ?

Ces 1770$ de hausse qu’ils vont épargner annuellement grâce au travail d’étudiants qu’ils ont trainé dans la boue depuis 82 jours, vont-ils l’assumer ou profiteront-ils du travail d’autrui pour mettre cette somme dans leurs poches ?

Ce conflit aura aussi permis de lever le voile sur cette minorité d’égoïstes centrés sur eux-mêmes, cette génération de mwa-mwa dont la liberté de leur nombril a préséance sur tout le monde, et de démontrer que loin de défendre des idéaux nobles, elle constitue plutôt une sous-classe de parasites vivant sur le bras d’autrui, profitant de leurs victoires, et faisant tout pour y nuire.

Être Arielle Grenier, Laurent Proulx, ou les autres « sans nom » qui se sont battus contre leurs collègues, j’aurais tellement honte ce soir que je ne pourrais pas sortir de chez moi.

Faut dire, j’ai un peu d’estime de moi.

Eux ? Ils vont profiter du gel comme tout le monde, ils vont continuer d’être les parasites de leurs collègues, et ils vont continuer de proclamer la supériorité de leur petit cul sur les idéaux collectifs de tout le monde.

Et ils vont continuer de profiter de la tribune offerte par des médias partageant la même idéologie et tout aussi parasitiques qu’eux.

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Les mwa mwa
5 mars 2012

Vous savez de qui je parle ? Ces mwa mwa sont partout. Ils sont facilement reconnaissables par leur incapacité à commencer une phrase autrement que par « moi, je » ou parfois, pour varier, par un « je » auquel suit impérativement un « mon » ou un « ma » quelques mots plus loin. Ces mwa mwa se considèrent souvent comme les hérauts de la sacro-sainte liberté individuelle, une liberté qu’ils confondent malheureusement avec la simple transposition de leur comportement enfantin dans leur vie adulte. Ce n’est pas la liberté qu’ils prônent, mais l’égoïsme.

Source de l’image

Pensez à Arielle Grenier, par exemple. Dimanche de la semaine dernière, à Tout le monde en parle, cette égérie de la liberté individuelle de faire suer l’univers entier parce que « moi j’ai mes cours » a donné du mwa mwa à l’ensemble de la population québécoise pendant dix-huit longues minutes. Voici quelques extraits très édifiants :

« Il n’y a personne au monde, et cette personne n’est pas encore née, qui va m’empêcher de me présenter à mes cours. »

« Même si je ne mesure pas encore 5 pieds 3, je vais traverser [les lignes de piquetage]. »

« Vous dites que c’est 55 000 [étudiants pour la grève], c’est faux, j’aimerais que vous dites (sic) moins un, premièrement pour moi. »

« Moi j’ai absolument rien contre le fait que les gens vont manifester, mais moi, ce que j’aimerais, c’est pouvoir aller à mes cours. »

« Vous brimez ma liberté intellectuelle d’avoir accès à mon droit à l’éducation. »

Pour une génération n’ayant pas été élevée sous le dogme du mwa mwa, de telles paroles ne peuvent que porter au mépris. La réaction de Paul Piché et Emmanuel Bilodeau, vers 15:45 de cette vidéo, dit tout, alors que ceux-ci rient à la face de la créature mwa mwa.

Il fut une époque, en effet, où on jugeait mal l’égoïsme. Une époque où le parent prenait son enfant par les épaules et lui disait: « Arrête de te regarder le nombril ». Une époque où on pratiquait l’empathie, où on enseignait des valeurs susceptibles de renforcer la cohésion sociale. Une époque où on rejetait les mwa mwa.

La nouvelle génération a été éduquée différemment. Si on peut s’amuser de voir Piché et Bilodeau rire de l’égocentrisme presque caricatural d’Arielle Grenier, on rit moins en pensant qu’il y a peut-être là un choc générationnel qui risque de tourner à l’avantage de la jeune sur ses aînés. On rit également moins quand on prend connaissance d’une foule de prises de position semblables par notre jeunesse d’aujourd’hui, comme cet exemple dont j’ai déjà parlé à la fin de ce billet, et où l’auteur justifie son appui à l’anglicisation des HEC en affirmant que le mwa mwa a fait des choix et que le mwa mwa a le droit de faire ces choix.

Les mwa mwa sont partout. Si rien n’est fait, le temps se chargera de les faire triompher.

Notre échec

Cette génération mwa mwa constitue le symbole de notre échec collectif. Après des décennies d’une éducation nationale valorisant les enjeux collectifs, dispensée à l’école ou à la maison, on en est venu à considérer la liberté individuelle comme étant supérieure à la liberté collective. Alors que notre force provenait de cette recherche d’un équilibre entre les dérives du collectivisme (URSS, Chine, etc.) et les dérives de l’individualisme (États-Unis, tiers-monde, etc.), nous nous donnons désormais tout entier au second dogme.

Peut-on en vouloir à cette génération de ne savoir parler qu’au « je », quand ses parents n’ont eu de cesse de privilégier leur bien-être individuel sur le bien-être collectif, de prôner le « pas dans ma cour » et de mettre sur un piédestal tout ce qui enrichissait l’individu, quand bien même ce serait au détriment de la collectivité ?

L’enfant observe. L’enfant apprend.

La différence, pourtant, est fondamentale : la génération précédente, ayant été élevée avec un bon fond collectiviste, ne serait-ce que par son héritage catholique, a été en mesure de s’imposer des limites, de ne pas entièrement renier des concepts comme la liberté collective ou le bien commun.

Les mwa mwa, aujourd’hui, n’ont jamais joui de ce legs. Toutes les Arielle Grenier de ce monde font partie d’une génération ayant grandi après le dernier référendum, pendant la bulle NASDAQ, pendant la bulle immobilière, pendant qu’on coupait les impôts, pendant qu’on réintroduisait le péage, pendant qu’on imposait des frais en santé, pendant qu’on privatisait ceci, privatisait cela, pendant qu’on faisait de l’utilisateur-payeur la nouvelle religion gouvernementale.

Pour les mwa mwa, le monde se résume à des individus déconnectés, désolidarisés, vaquant à leurs occupations dans un monde dangereux, dans un monde aussi égoïste que cruel, et l’idée-même que pourrait exister une amélioration collective de la situation leur paraît aussi étrange qu’invraisemblable.

Nous avons construit une belle société, ensemble. Les merveilles dont le Québec moderne s’est prouvé capable n’ont été possibles que parce que nous avons placé un intérêt supérieur au-dessus de nos petites personnes. Cela n’a été possible que parce que nous avons été en mesure de passer outre les mwa mwa et de favoriser le sort collectif plutôt que de flatter l’individualité de chacun.

Mais nous avons échoué. Misérablement. Nous avons échoué parce que nous n’avons pas été en mesure d’inculquer l’amour du bien collectif à la génération suivante. Nous reposant, pleins et satisfaits, trônant sur nos acquis, nous avons laissé la base qui nous soutenait s’affaiblir progressivement et c’est ainsi qu’une génération entière a grandi non pas en comprenant de quelle manière nous avons lutté contre l’individualisme pour obtenir ce que nous avons, mais en haïssant tout ce qui pourrait les lier à nous.

Nous avons créé nous-mêmes les monstres d’égoïsme que sont les Arielle Grenier de ce monde.

Il n’y a qu’une seule façon de lutter efficacement contre cette génération mwa mwa.

Réaffirmer le NOUS.

Face à leur « moi, je veux », imposer notre « nous voulons ».

Face à leur liberté individuelle, imposer notre liberté collective.

Face à leur Moyen-Âge, imposer nos Lumières.

Les connards
24 février 2012

Il arrive un jour dans la vie de tout parent où son enfant lui demande : « Papa, que faisais-tu quand… » Quand le jeune s’éveille à son histoire, qu’il prend conscience des grands mouvements sociaux ayant transformé la société, des formidables luttes ou des tristes reculs ayant façonné la réalité contemporaine, il désire savoir où se situait ses parents dans ce formidable flux..

« Papa, que faisais-tu quand les étudiants se battaient pour une éducation accessible pour tous ? »
– Heu… Hmmm… Veux-tu vraiment le savoir, fiston ?
– Oui !
– Hé bien… J’étais à la solde du gouvernement en place et je portais un carré vert signifiant que j’étais en faveur de cette hausse.
– …

Que dire à un tel enfant ? J’aimerais le savoir. Je regarde ce Mouvement des Étudiants Socialement Responsables du Québec, dont les têtes dirigeantes sont reliées au Parti Libéral du Québec, et j’ai de la peine. Pas pour eux, bien sûr, mais pour leurs enfants. Comment un enfant doit-il se sentir quand il apprend que son père ou sa mère étaient de gros connards ?

* * *

Les connards ont toujours des justifications ; c’est ce qui les différencie des idiots. Un connard est un idiot qui a développé un argumentaire suffisamment convaincant pour convaincre d’autres idiots de s’élever jusqu’à devenir des connards.

La première règle du connard. Pour devenir un connard, il faut avant tout adopter une argumentation circulaire s’appuyant sur les préjugés. Par exemple, dans les années soixante aux États-Unis, on pouvait parler des « nègres » comme d’une race de paresseux. En 2012, au Québec, on peut parler des étudiants comme étant des buveurs de bière. Ça marche. C’est circulaire ; à l’opposant de prouver le contraire. Il suffit d’avoir vu une fois un étudiant buveur de bière et le tour est joué.

La seconde règle du connard. De la même manière, on sort quelques chiffres bidons sans aucun rapport avec la réalité. On compare les frais de scolarité par rapport à ceux payés en 1968, par exemple. Pourquoi 1968 ? Parce que. Voir le point un. Et qu’importe si les taux de scolarité et de diplomation étaient plus faibles. Pas le moindre soucis si le taux de fréquentation universitaire était si anémique qu’il avait fallu baisser violemment les frais de scolarité pour renverser la tendance au début des années soixante. Non. Vous n’avez rien compris. Quand vous êtes un connard, vous choisissez une date, vous choisissez un chiffre, et vous répétez jusqu’à épuiser tout le monde sauf les autres connards qui vous suivent..

La troisième règle du connard. Quand l’utilisation abusive de données ne fonctionne pas, on utilise des concepts en vogue qu’on tente d’arrimer à notre cause. Tiens, l’utilisateur-payeur, par exemple. Il suffit alors de dire qu’il est « socialement responsable » pour l’utilisateur de payer. Le truc fondamental, c’est de ne pas s’engager plus en avant dans cet argumentaire, de peur d’avoir à avoir une logique à assumer. Par exemple, une personne intelligente pourrait bien faire remarquer que personne n’irait à l’université ou presque avec l’utilisateur-payeur, qu’il n’y aurait plus de rue, plus d’aqueduc, et plus aucune forme de société complexe et collective. Le connard, quand il fait face à de tels arguments, doit ABSOLUMENT faire référence au point 1 et revenir sur les préjugés originaux.

* * *

Le connard, en fait, est un idiot doté d’une intelligence suffisante pour s’établir un réseau complexe de schémas mentaux schizophréniques lui permettant d’être en mesure de se regarder dans le miroir sans se rendre compte à quel point il est connard. Il peut ainsi vivre une vie pleine et épanouie et ne pas ressentir le moindre malaise, ni face à la pauvreté, ni face à la baisse de la fréquentation universitaire, ni face à la marchandisation de l’éducation. Le connard marche dans un tas de merde en respirant des effluves de rose.

Et quand, un jour, son enfant lui pose la question fatidique, quand son propre enfant le met en face de son statut de connard égoïste et centré sur son petit cul, que fait le connard ?

Pour la première fois de sa vie, il est honnête. Il a vendu son corps, son âme, le peu d’intelligence qu’il avait, et il met désormais sur le marché celle de son enfant, en lui révélant l’ampleur de sa connerie et en proposant, en retour de l’amour inconditionnel d’un enfant pour son parent, la vérité d’une vie gâchée à se prostituer pour des intérêts privés n’ayant aucun état d’âme à œuvrer contre le bien commun.

Car, plus que tout, le connard rêve que son fils devienne un jour un super-connard.

Il est prêt à tout pour ça.

« Fiston, dans la vie, commence par payer tes propres couches, sois responsable… »