Ma réplique à McGill
3 mai 2012

J’aimerais prendre le temps de répondre aux arguments proposés par Olivier Marcil, « vice-principal (sic), affaires externes de l’Université McGill », contre la thèse centrale de mon essai : McGill est sur-financée.

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Dans un premier temps, M. Marcil affirme vouloir « rétablir les faits » en affirmant que les universités québécoises sont financées en fonction de leur nombre d’étudiants. Je ne nie pas cette réalité ; cette réalité fait précisément partie du problème. Comme je l’expliquais moi-même à la journaliste ayant réalité l’entrevue avec moi, on pourrait imaginer un scénario où 100% des Québécois fréquenteraient 100% d’universités anglophones financées à 100% du budget. Selon cette vision étriquée, rien ne clocherait avec cette situation, même s’il n’y avait pas un seul cours en français au Québec !

C’est le gouvernement qui finance l’éducation ; cette ressource est donc collective. Et si elle est collective, elle doit servir les intérêts de la collectivité. Quel intérêt la collectivité québécoise trouve-t-elle dans le fait de financer à près de 30% les services universitaires d’une minorité anglophone historique formant moins de 6% de la population ?

Le texte tente de répondre à cette question en parlant d’un « impact économique » de 5,2 milliards de dollars pour McGill au Québec. À suivre sa logique, si on francisait l’institution, cet impact disparaîtrait. Or, il n’en est rien du tout. McGill pourrait continuer d’avoir la même clientèle, mais celle-ci serait simplement francisée. Si cette francisation entraînait une baisse de la clientèle – on pourrait imaginer que des Canadiens auraient moins d’intérêt à venir étudier dans une université francophone – ce serait une clientèle qui est de toute façon déjà subventionnée largement par l’État québécois.

M. Marcil affirme que les étudiants étrangers paient plus cher que les étudiants québécois. C’est vrai. Mais ils paient beaucoup moins que le coût de leur éducation. C’est donc dire que ce sont les Québécois qui, avec leurs impôts, financent l’éducation en anglais d’un étudiant étranger venant chez nous non pas pour participer à la culture québécoise, mais pour s’en éloigner. J’ai déjà traité de ce sujet dans un billet précédent :

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

Par ailleurs, si on veut dépenser un demi-milliard par année en espérant obtenir des retombées supérieures, c’est un calcul qui doit être fait non seulement en considérant l’impact économique (ce qui reste à démontrer, rappelons-le), mais également en considérant l’impact linguistique. Quel impact pour la nation québécoise d’avoir un surplus d’anglophones au Québec dans un contexte d’anglicisation rapide de Montréal ?

Un autre argument invoqué par M. Marcil est celui consistant à affirmer que la majorité des étudiants en médecine viennent du Québec. C’est vrai. Ce qu’il omet de dire, c’est que 45% des étudiants en médecine à McGill quittent le Québec après leurs études. On parle de 160 000$ par année pour former un médecin, mais quel retour sur son investissement pour l’État québécois ?

Le texte affirme également que le RUIS-McGill, qui couvre 63% du territoire québécois, offre des services en français, mais ce qu’il ne dit pas, c’est que la porte d’entrée des services hospitaliers surspécialisés, à Montréal, se fait dans une institution où le personnel administratif n’a pas d’obligation formelle de parler français, et que certains services aux patients ne sont pas offerts en français. Dans ce RUIS, les liens sont également beaucoup plus forts avec l’Ontario, dont le territoire jouxte le RUIS-McGill, qu’avec le reste du Québec. Cela facilite le passage des futurs médecins vers cette province ou vers les États-Unis.

* * *

Je remercie M. Marcil d’avoir bien voulu répliquer à Apartheid universitaire, mais je suis déçu du manque de substance de ses commentaires. Il attaque ma thèse par le contour et se contente de dire, concernant son cœur, qu’elle serait « difficilement réalisable dans un contexte québécois ».

J’aimerais lui rappeler que la plupart des avancées sociales sont « difficilement réalisables » avant d’être réalisées. Qui aurait pu imaginer, en 1962, la Loi 101 de 1977? Qui aurait pu imaginer, en 1947, la Révolution tranquille du début des années 60 ? Qui aurait pu croire qu’il puisse être possible, au Québec, de construire une société moderne, et laïque, après des siècles où le clergé était omniprésent ?

La seule chose qui puisse rendre « difficilement réalisable » le financement équitable et proportionnel au poids démographique des institutions de notre minorité historique, c’est notre propre incapacité à concevoir qu’on puisse véritablement achever la Révolution tranquille en donnant l’air permettant de figer le béton, en s’attaquant, une fois pour toutes, aux privilèges d’universités anglaises se considérant comme le prolongement d’une majorité canadienne intégrant en anglais plutôt que comme un réseau québécois minoritaire s’adressant avant tout aux anglophones de souche.

Apartheid universitaire : la solution lettonne
2 mai 2012

C’est fait ! Apartheid universitaire est en librairie depuis ce matin ! Pour souligner sa sortie, le quotidien Métro a publié une entrevue sur le sujet où je parle de la nécessité de financer les institutions universitaires de langue anglaise au pro rata de la minorité anglophone historique.

J’affirme :

Si on finançait de manière équitable les universités au Québec, il faudrait franciser les Universités Bishop, McGill et la moitié de Concordia. Ça vous donne une idée de l’ampleur du surfinancement.

Je maintiens cette affirmation, mais j’aimerais suggérer une autre solution, telle qu’elle est exprimée dans la conclusion de mon essai : il est possible pour les anglophones de conserver leurs institutions actuelles, mais d’y donner davantage de cours en français. Comment ? En s’inspirant de la Lettonie.

La Lettonie : le Québec en accéléré

La situation en Lettonie ressemble beaucoup à celle du Québec, mais à une vitesse supérieure. Le pays a été conquis par l’URSS et entre la première moitié du vingtième siècle et l’indépendance de 1991, la proportion de russophones est passée de 18% à 42%. Pendant l’occupation soviétique, la langue de l’administration était le russe, ce qui a contribué à augmenter drastiquement l’attrait de cette langue.

Après l’indépendance, la Lettonie a constaté un problème fondamental : elle était au prise avec deux réseaux scolaires parallèles : un russe, particulièrement puissant dans la capitale, Riga, où près de 40% de la population parlait cette langue, et un autre en letton. Problème : comment assurer la primauté du letton dans un contexte où il est possible pour quelqu’un de vivre toute sa vie en russe, dans un système scolaire séparé, et appuyé dans ses perspectives par la proximité d’une Russie voisine ultra-puissante ?

La solution lettonne est géniale. Plutôt que d’attaquer le réseau russe de front, on a décidé d’augmenter progressivement la proportion des cours à être donnés en letton. Grâce à cette politique des petits pas, on a atteint une situation où, en ce moment, près de 60% des cours donnés dans les écoles russes sont donnés en letton, avec seulement 40% dans la langue minoritaire. Ainsi, en faisant du letton une langue obligatoire dans des domaines dépassant de beaucoup la simple linguistique, on a forcé les russophones à s’ouvrir à la réalité nationale et à accepter leur statut minoritaire.

Cette politique a permis de faire remonter significativement la proportion de locuteurs lettons et de diminuer celle des russes, augmentant la vigueur de la langue nationale et permettant une meilleure cohésion sociale, redonnant au letton son véritable statut de langue officielle, commune et nationale du pays. Une organisation comme l’OSCE a d’ailleurs félicité la Lettonie pour sa politique dite du « 60/40 », soulignant qu’elle respectait les droits de sa minorité d’une manière supérieure à ce qui se faisait dans de nombreux autres pays européens.

Une idée pour le Québec

Ce que je suggère dans Apartheid universitaire, c’est de s’inspirer de cette manière de faire les choses en l’adaptant à la réalité québécoise. Si on n’a pas le courage de prendre de front le réseau de langue anglaise afin de le franciser, on peut le forcer à donner un nombre suffisant de cours en français pour qu’existe une correspondance entre le poids démographique de la minorité anglophone historique et le financement non pas seulement des institutions, mais des cours donnés en anglais.

Concrètement, je propose la règle du « 60/40 » au cégep et du « 80/20 » à l’université. Puisque dans le premier cas la minorité anglophone historique reçoit 13,7% du financement pour ses cégeps, on pourrait simplement forcer ceux-ci à donner 60% de leurs cours en français, ramenant le financement à 6,4%; beaucoup plus près de 5,6% que constitue la minorité anglophone historique. De la même manière, le 29,3% du financement des universités de langue anglaise serait ramené à 5,9%; à un cheveu de l’équilibre parfait.

Cette méthode a l’avantage de ne pas brusquer la minorité de langue anglaise. On lui permet de conserver ses institutions, de continuer à les administrer, de continuer à y publier en anglais si c’est son choix. Mais on force celles-ci à respecter le caractère français du Québec et à faire des gens qui les fréquentent non pas des bilingues à peu près fonctionnels, mais des citoyens capables de bien s’intégrer en français, d’y travailler, d’y vivre, bref, de participer à un vivre-ensemble permettant d’embrasser l’idée que la véritable langue commune, au Québec, est le français. Accessoirement, on aurait l’occasion de faire comprendre aux étudiants étrangers, du Canada ou d’ailleurs, que le français est non négociable au Québec.

Un essai important

Qu’on me pardonne de faire de l’auto-promotion, mais je crois pouvoir affirmer que mon essai est important. Peut-être pas parce qu’il est le plus facile à saisir (certains chapitres sont complexes), mais parce qu’il est incroyablement bien documenté et parce qu’il offre la possibilité de comparer notre situation à ce qui se fait ailleurs dans le monde.

Je vous invite à vous procurer Apartheid universitaire et à découvrir de quelle façon le Québec constitue une anomalie mondiale, non seulement parce qu’il surfinance les services de sa minorité et met en danger jusqu’à l’existence de sa langue commune, mais parce qu’il a tous les outils pour mettre fin à cette injustice et qu’il continue de fermer les yeux.

Cet essai, c’est le coffre à outils idéologique rempli d’objets incisifs à lancer au visage de ceux qui aimeraient renier la réalité la plus douloureuse qui soit : nous ne sommes pas encore maîtres chez nous.

Apartheid universitaire : mettons fin au sur-financement
30 avril 2012

Il ne reste plus que quelques jours avant la sortie de mon livre. Voici une vidéo où je parle de quelques-uns des nombreux sujets traités dans cet essai, notamment :

1) Les institutions universitaires de la minorité de langue anglaise du Québec sont sur-financées par rapport à son poids démographique ;

2) Les étudiants étrangers ne paient pas le plein prix et on pourrait facilement aller chercher ces sommes avant de hausser les frais de scolarité ;

3) Le Québec constitue une anomalie : aucune nation sur cette planète, qu’elle soit souveraine ou dans un cadre fédératif, ne finance davantage les services à sa minorité que le Québec.

APARTHEID UNIVERSITAIRE, en vente dans toutes les bonnes librairies le 9 mai prochain.

APARTHEID UNIVERSITAIRE en librairie le 9 mai 2012
13 avril 2012

La date est tombée : mon essai, APARTHEID UNIVERSITAIRE, sera en librairie le 9 mai prochain.

Si vous aimez l’intensité de mes textes sur ce blogue, vous allez adorer cet essai. Si vous appréciez la rigueur des statistiques que je propose, vous allez vous régaler de quantité de données précises. Si vous préférez l’aspect graphique, ce livre contient des dizaines de tableaux et de graphiques pertinents.

Cet essai, avant tout, constitue un puissant coup de poing à la face de plusieurs de nos croyances. C’est un livre que devrait posséder tout francophile et tout indépendantiste.

Si vous voulez participer à faire connaître l’enjeu du sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec (et le sous-financement des institutions dans la langue nationale, le corollaire), voici ce que vous pouvez faire :

1) Pré-commandez le livre chez votre libraire habituel. Les librairies commandent généralement un ou deux exemplaires d’un livre dont l’auteur est moins connu. Vous pouvez dès maintenant téléphoner et réserver votre copie du livre pour le 9 mai, augmentant les chances de commandes plus nombreuses et d’une meilleure visibilité pour la cause. En outre, vous serez parmi les premiers à posséder votre exemplaire.

2) Partagez l’information sur vos réseaux sociaux. Partagez cette page sur Facebook, invitez vos amis à acheter le livre, en version papier ou numérique. Joignez-vous à la page Facebook du livre !

3) Demandez que votre bibliothèque municipale ou scolaire se procure cet ouvrage.

4) Toute autre action susceptible de faire connaître le livre et de sensibiliser la population quant au sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec.

Merci beaucoup de votre appui. Je crois que cet essai est bon, et je crois que vous ne serez pas déçu de vous le procurer. Sans prétention, je crois qu’il serait juste de dire que je ne crois pas avoir lu un livre contenant une telle quantité et qualité de recherche pour moins cher.

Au plaisir de vous partager le fruit d’un an et demi de travail le 9 mai prochain ! 🙂

APARTHEID UNIVERSITAIRE en pré-vente !
9 mars 2012

Mon livre APARTHEID UNIVERSITAIRE est en pré-vente !

J’ai travaillé sur ce livre au moins trente heures par semaine pendant plus d’un an. À mon avis, il s’agit de l’essai le plus complet faisant état du sur-financement des institutions collégiales et universitaires de langue anglaise au Québec et au Canada. Aucun autre auteur, au mieux de mes connaissances, n’avait exploré ce sujet à ce point en profondeur avant moi.

Si vous voulez mieux comprendre de quelle manière une université comme McGill sert de cheval de Troie à notre anglicisation, ou de quelle manière toutes les institutions francophones sont sous-financées proportionnellement à notre poids démographique, si vous désirez observer des comparaisons avec le reste du monde permettant de mieux saisir à quel point la minorité de langue anglaise du Québec est la plus choyée sur cette planète, et si vous espérez des solutions qui dépassent une Loi 101 insuffisante, cet essai est pour vous !

Pour davantage de détails, cliquez ICI.

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