Cher Jimmy…
12 novembre 2008

Jimmy St-Gelais

Cher Jimmy,

C’est avec stupéfaction que j’ai appris ton départ de la blogosphère aujourd’hui. Tu fais partie de ces grands qui ont animé les débats et posé les essentielles questions sur toutes les tribunes, dont UHEC.net, qui n’existe plus lui aussi. Tu as été un fidèle collaborateur et j’aimerais te réitérer que ma décision de mettre fin à l’aventure de UHEC n’était pas en relation avec toi, mais plutôt avec mon désir de « donner du lousse » avant, justement, d’avoir à couper la corde et quitter définitivement la blogosphère.

Tu donnes tes raisons dans un précédent billet, ce qui me donne envie de dire que ton départ était annoncé. Laisse-moi publier ici le billet en entier:

Vous entendiez quelqu’un pour vous dire vos quatre vérités? Je suis celui-ci.

Chers amis blogueurs politiques du Québec, vous avez raté le train.

Vous vouliez que les médias généraux citent vos billets en tant que référence dans leurs chroniques politiques? Cela a bien été le cas en 2007 et au début 2008, mais aujourd’hui, plus personne dans le monde journalistique ne prend au sérieux les affirmations des blogueurs politiques québécois.

Pour preuve, il est maintenant rarissime que l’on cite des billets provenant de blogueurs du Québec dans la chronique internet des Coulisses du Pouvoir de Radio-Canada. Pourtant, il y a un an, cette chronique n’hésitait à ploguer des textes de certains auteurs de blogues du Québec. On préfère désormais les blogues anglophones qui démontrent plus de sérieux.

Et pour cause.

Vous vous êtes divisés. Vous vous êtes comportés comme des enfants d’école.

Les insultes, les attaques personnelles, les luttes fratricides ont miné le peu de crédibilité que vous aviez. Ceux qui ont fréquenté le milieu des blogues politiques depuis le début de 2007 savent de quoi je parle.

Les médias traditionnels ont entendu de vous un plus haut niveau de professionnalisme mais vous avez dérivé vers un comportement enfantin, conflictuel et peu productif.

Et maintenant, vous en payez le prix. Et moi aussi.

Tu sais, Jimmy, je crois que tu prends le problème à l’envers. D’abord, il faut noter que la seule émission à parler des blogues est « Les Coulisses du pouvoir », que celle-ci est à Radio-Canada et que la direction de la SRC a décidé qu’il fallait pouvoir identifier les blogueurs par leurs noms avant d’en parler pour ne pas se faire prendre comme lorsque l’histoire de Pierre Morin, le troisième vice-président de l’Assemblée nationale, a causé tout un émoi. Mais ceci est un détail.

La vérité, à mon avis, est une question d’équilibre. Tu finis en disant « vous payez le prix » en disant que nous avons perdu de la crédibilité auprès des médias. Je vois les choses autrement: je crois que pour bloguer à long terme il faut atteindre l’équilibre entre popularité et respect de soi-même. Je m’explique.

Dans le temps de UHEC, je pouvais écrire 2-3 textes par jour. Je savais également quoi écrire pour déclencher les passions, et les passions, c’est vendeur. En fait, moins on fait de nuance, mieux c’est. À l’époque, je vérifiais le nombre de visiteurs scrupuleusement, j’organisais nos textes pour les publier aux moments opportuns; j’étais devenu le général d’un petit char d’assaut d’idées. Super, non? Oui, super, sauf que…

Sauf que je n’étais pas payé pour ça et ça me prenait beaucoup de temps. J’ai une vie en-dehors du blogue et je dois avancer dans celle-ci, c’est-à-dire travailler pour améliorer ma situation et celle de ma famille et devenir plus heureux et meilleur en tant que personne. Bref, d’un côté je travaillais fort pour que UHEC soit très connu (à un moment on avait régulièrement le triple des visiteurs de ce qu’a ce blogue-ci) mais plus j’y travaillais, plus je me dispersais et moins j’avais de temps pour améliorer ma vie. Si bien que j’ai fini par me désintéresser du blogue et vais te l’annoncer en grande primeur: si je ne fermais pas UHEC pour repartir à zéro sur un petit site no-name, j’aurais simplement arrêté de bloguer, j’en suis convaincu.

Le problème, c’est qu’on aime ça se dire qu’on change les choses. On aime ça se dire qu’on est bon, qu’on est puissant, que le monde entier nous lit. La vérité, c’est qu’on doit écrire pour soi-même et nulle autre personne, en n’ayant d’autre objectif que de se réaliser à travers ce qu’on fait. De s’arrêter et d’être fier du chemin parcouru. De lire ce qui a été écrit et de se dire « wow, je suis fier! ».

Et pour ceci, encore une fois, l’équilibre est primordial: on doit être au pivot entre expression personnelle et reconnaissance des autres. En ce sens, pour moi autant un antagoniste qu’un À mon humble avis sont dans l’erreur. Le premier carbure à la popularité et son blogue est devenu un dépotoir pour personnes souffrant de troubles mentaux. Le second a un plan de carrière politique et se censure de tout ce qui pourrait aller à l’encontre de ce plan et du parti pour lequel il milite. Le premier trône en haut des palmarès. Le second croupit quelque part en bas. Non, il y a un équilibre à atteindre, Jimmy, entre reconnaissance et expression personnelle.

Ce que j’essaie, pour ma part, c’est de me limiter à 2-3 textes par semaine (celui-ci est une exception). J’écris quand j’ai quelque chose à dire, et en me disant que ça ne changera rien, mais que j’aurai fait ma mince contribution. C’est mon truc, mais toi je suis sûr que tu pourrais trouver le tien.

C’est sûr que j’aimerais qu’on puisse refaire un collectif un jour, mais peu importe la forme que ça prendrait, il faudrait que ce soit en concordance avec le besoin de réalisation de chacun et être assez ouvert pour permettre la discordance, mais pas trop ouvert non plus (à l’image des 7 du Québec, un fourre-tout cacophonique).  Bref, avoir une ligne directrice de laquelle il serait possible de se distancer occasionnellement.

Sauf que le problème, on en revient toujours là, est que la ligne est bien mince et qu’elle n’est jamais la même pour qui que ce soit…

Je t’encourage à réfléchir à la question et à considérer, après quelques jours de repos, te repartir un nouveau blogue sous un autre nom un peu moins « je vais changer le monde » (pourquoi pas « le blogue de Jimmy »?)  et à y écrire tes pensées et tes réflexions, sans avoir le moindre désir d’être lu par beaucoup de gens ni de changer quoi que ce soit.  Tu es un blogueur Jimmy, alors blogue pour toi, pas pour les autres.

Mais peu importe ce que tu choisiras, moi je garde un souvenir extrêmement positif de notre collaboration.

En espérant qu’on aura la chance de rejaser de tous les opportunistes de l’ADQ, des suppôts du patronat du PLQ et des élitistes anti-démocratiques et snobillards du PQ!  🙂

Louis

p.s. J’aimerais beaucoup lire les expériences des autres blogueurs sur le sujet; qu’est-ce qui vous permet de continuer à bloguer et qui vous empêche de tout laisser tomber?

De la propagande conservatrice et sioniste à Cité Rock Détente!
7 octobre 2008

Je glanais par-ci par là sur le web comme à mon habitude, quand je suis tombé sur ce site: Majorité Silencieuse. À première vue, il ne s’agit que d’un énième site extrémiste de droite comme l’antagoniste ou d’autres encore. Mais en y fouillant un peu plus, j’y ai trouvé des choses intéressantes.

D’abord, le site est l’oeuvre d’une collaboration entre Audrey Pinsonneault-Grenier et Marc Nadeau. Il se trouve qu’en 2006, Marc Garneau était un candidat conservateur dans la région de Sherbrooke et que Mme. Pinsonneault-Grenier jouait le rôle d’agente officielle de sa campagne. Jusqu’ici, tout va bien.

Là où ça se corse, c’est quand on fouille un peu plus. On constate par exemple que Audrey Pinsonneault-Grenier, une fille de militaire (et qui a manifestement adopté la croyance que le fusil peut tout régler) a participé à l’organisation d’une marche d’appui envers l’agression israélienne de 2006 au Liban, à Montréal, de même qu’à la création, avec son complice Marc Nadeau, d’un think-tank pro-israélien intitulé Projet pour l’avenir d’Israël et dont le but était «d’intervenir dans les médias traditionnels pour défendre le point de vue israélien au Québec ».

En ce qui concerne Marc Nadeau, un sioniste avéré et un ardent défenseur d’Israël, il est sous enquête du Directeur général des élections et du Commissaire aux élections pour avoir participé à une tromperie pour dépasser la limite des dépenses admises lors des élections de 2006. Voici l’explication de son ancien adversaire Serge Cardin, du Bloc Québécois:

Pour ce qui est du candidat dans Sherbrooke, Marc Nadeau, on remarque des transferts de 57 531,46$ qui viennent du Fonds conservateur du Canada. Lorsqu’on regarde le rapport financier de la campagne électorale de 2006, on s’aperçoit que dans le titre « Placement médias », il y a 51 566,46 $ en dépenses publicitaires.

On sait très bien que lorsqu’on paie des dépenses électorales — parce qu’il y a pire encore dans ce cas-ci —, il faut normalement faire un chèque libellé au nom de la personne ou de l’organisation à laquelle on veut que l’argent se rende. Il y a donc une espèce de confirmation et un retour du chèque, et ces documents sont disponibles. Dans ce cas, c’est pire, parce qu’on a évidemment les factures. Une première facture a été payée. Justement en réponse à mon collègue, le whip de notre parti, qui prenait la parole précédemment et qui s’adressait au ministre des Transports, de l’Infrastructure et des Collectivités, il y a une facture du Conservative Fund Canada dont le titre est Candidate share of media buy. Il y a une première facture de 10 000 $ et une deuxième facture de 41 566,46 $. Toutefois, à la lecture de l’état bancaire qui nous a tout de même donné accès à l’information, on constate qu’aucun chèque n’a été émis.

Par contre, il y a eu des retraits au comptoir. Voilà qu’un autre candidat conservateur se transforme en Mulroney qui transporte une mallette d’argent contenant 51 000 $. On pourrait se poser toutes sortes de questions. L’argent s’est-il rendu à destination? Qu’est-il arrivé? Le parti a-t-il émis des directives selon lesquelles, lorsqu’on en a l’occasion, on doit faire des retraits au comptoir et traîner de l’argent comptant? Que fait-on aujourd’hui avec 51 000 $ en argent comptant pour payer des factures? C’est pour payer des factures au Fonds conservateur du Canada. On va y porter l’argent directement. Demande-t-on un reçu?

La belle histoire. On a donc deux fanatiques pro-Israël, dont l’un est président de l’association conservatrice de Sherbrooke, qui vont jusqu’à encenser Ehoud Barak (qui, pendant qu’il parlait de paix à Camp David avec Clinton et Arafat, dépeçait le territoire palestinien en y autorisant une augmentation dramatique des colonies juives) ou Ariel Sharon (cette brute responsable des massacres de Sabra et Chatila),qui se sont donnés comme mission d’infiltrer les médias afin de faire de la propagande sioniste et qui sont sous enquête pour avoir violé la loi électorale.

Et Cité Rock Détente Estrie a décidé de faire de Marc Nadeau un collaborateur quotidien afin qu’il puisse endoctriner les gentils auditeurs, ce que dénonce, avec raison, Marc Bellemare, conseiller FTQ de Sherbrooke.

Imaginons un instant tout le scandale si une radio de Montréal faisait d’un président d’association bloquiste pro-palestinien et sous enquête un collaborateur à tous les matins. Quel scandale!

En fait, c’est le deux poids, deux mesures. Un peu comme en Israël, en fait, où tous les crimes israéliens sont passés sous silence mais où les écarts palestiniens sont montés en épingle. Le Parti Conservateur nous a tellement habitué à contourner les règles, à se moquer de l’intelligence des gens en appuyant Israël lors de son attaque contre le Liban en 2006, à faire fi du plus élémentaire respect de notre démocratie en déclenchant des élections sans raison, qu’on a l’impression que les médias dorment au gaz et se laissent amadouer par la douce mélopée d’affairistes qui n’ont qu’un seul but: tromper la population et faire passer leurs idées extrémistes par tous les moyens.

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je n’écouterai plus Cité Rock Détente tant que cet individu y aura sa chronique. On peut demander son départ ici ou ici. Car avec une radio comme celle-là, pas besoin de B’Nai’Brith ou même de publicité conservatrice: le président de l’association conservatrice de Sherbrooke s’en charge!

À quand la même chance pour les représentants des autres partis politiques canadiens?

Qui suis-je?
19 septembre 2007

Renart écrivait dernièrement un texte à propos du Political Compass, qui sert à établir les positions politiques selon les axes gauche-droite et autoritaire-libertaire. Voici à quoi ressemble cette grille, avec diverses personnalités qui y sont situées:

Mes résultats à ce test étaient les suivants:

Economic Left/Right: -9.25
Social Libertarian/Authoritarian: -5.03

En d’autres mots, je me situe politiquement à peu près sur le même axe que Nelson Mandela.

Maintenant, je vous invite à consulter cet extrait de texte, reconstitué grâce aux archives du web. En fait, il s’agit du score d’un blogueur assez bien connu.

Mon score ?
Économie (gauche/droite): -6.63
Social (libertarien/autoritaire): -4.36
Pas loin de Nelson Mandela !

Remarquez que le dit blogueur, au moment d’écrire son texte (en mars 2005), se situe tout à fait à gauche.

Un autre extrait de ce même blogueur, pour le plaisir des yeux.

On a comparé le niveau d’endettement des gens pour recevoir des soins de santé au: États-Unis, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Allemagne et l’Angleterre.

Avant d’aller plus loin, rappelons le niveau de privatisation des systèmes de santé dans ces pays:

* États-Unis: 55%
* Australie: 32%
* Canada: 30%
* Nouvelle-Zélande: 22%
* Allemagne: 21%
* Angleterre: 17%

Voici le % de personnes qui, dans chacun de ses pays, doivent s’endetter de plus de 1000$ US pour recevoir des soins de santé:

Source: Journal of Health Affairs, Novembre 2005

Cette étude en recoupe une autre faite par le Commonwealth Fund International Health Policy Survey.

Dans une étude réalisée en 2004 par le Fonds du Commonwealth, on a demandé à des adultes de cinq pays si, au cours de l’année précédente, ils ont dû se passer de soins dont ils avaient besoin en raison de leurs coûts.

Source: Commonwealth Fund International Health Policy Survey

Privatiser n’est pas la solution. [Je souligne; ce sont SES mots.]

Voici qu’elle a été la conséquence de la privatisation des soins dentaires au Québec:

Actuel Santé, dimanche 6 novembre 2005, p. ACTUEL2 (La Presse)

La Dre Stéphane Schwartz, directrice de la Clinique dentaire de l’Hôpital de Montréal pour enfants, est confrontée quotidiennement à des scènes renversantes

Des histoires d’horreur de toutes petites bouches pleines de caries qu’il faut traiter sous anesthésie générale, à un stade de dégradation avancée. Des problèmes graves qui n’ont pas été prévenus ou traités à temps parce que, dans plusieurs cas, les soins dentaires ne sont pas couverts par l’assurance-maladie pour les enfants de plus de 10 ans.

« À l’Hôpital de Montréal pour enfants, on reçoit plus d’enfants qui ont des infections des dents graves- qui ne peuvent être traitées par voie orale- que d’enfants qui ont subi des traumatismes, dit-elle. Ça se termine souvent par des extractions. On est complètement débordés. » »

D’autres citations, pour votre plus grand bonheur:

Troublant à quel point les paroles de Bush, prononcées contre les fanatiques religieux musulmans, s’appliquent aussi à sa propore administration…

Bush a sacrifié, à ce jours, la vie de plus de 25 000 irakiens pour servir sa vision politique (et théologique) du monde. (10 octobre 2005)

[Canada]
Dépense total en santé per capita: 2 931$ US
Dépense public en santé per capita: 2 048$ US
Dépense privé en santé per capita: 883$ US
Privatisation des soins de santé: 30.1%

[…]

[Suède]
Dépense total en santé per capita: 2 517$ US
Dépense public en santé per capita: 2 148$ US
Dépense privé en santé per capita: 369$ US
Privatisation des soins de santé: 14,7%

Conclusion:

1- Si on veut imiter les pays scandinaves, il faudra couper dans la présence du privé qui est actuellement largement supérieur à celle de la scandinavie (et ce même si nous n’avons pas encore de régime d’assurances privées). Sachant que les assurances privées vont encore augmenter la contribution du privé, la première chose � faire, si on veut imiter les pays scandinaves, c’est de leur fermer la porte. (12 juin 2005)

Alors, avez-vous reconnu ce blogueur? Hey oui, c’est David Gagnon, de Antagoniste.net, le porte-parole numéro un des blogues de droite au Québec.

Et si je vous envoyais lire un de ses textes, deux ans plus tard? Dans ce texte, le même auteur, qui est fanatiquement en faveur de la guerre et qui s’oppose à tout ce qui est à gauche, vante les mérites d’une « étude » de l’Institut économique de Montréal prônant davantage de privé dans la santé.

Je crois qu’on peut écrire, sans se tromper, que quelqu’un qui est capable de passer de la gauche modérée à la droite radicale en moins d’un an et demi, a un sérieux problème de crédibilité. C’est bien beau de mettre des graphiques et des banderoles et de se proclamer de telle ou telle position sur l’échiquier politique, mais quand David Gagnon dit exactement le contraire aujourd’hui de ce qu’il écrivait il y a à peine une vingtaine de mois, on peut se demander ce qu’il dira dans quelques mois et si ses positions sont réellement sérieuses ou s’il ne s’agit pas plutôt d’un simple combat de l’égo qui veut avoir toujours raison.

Je crois que ça démontre le peu de sérieux de sa démarche et le manque de profondeur de sa réflexion. Conséquemment, j’invite le lecteur à beaucoup de prudence en lisant ses propos et à ne pas oublier qu’il en est encore à ses premiers balbutiements politiques et qu’il risque encore de changer (souvent) d’idées au fil du temps. Bref, à faire preuve d’indulgence et de compassion pour une personne qui n’a pas encore développé de pensée politique cohérente et stable.