L’incroyable racisme de la minorité la plus choyée au monde (image)
5 septembre 2012

« Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise. »

— Lord Durham

« C’est à notre existence même qu’on en veut et nous serons d’autant plus attaqués que nous serons plus dignes de vivre. »

— Olivar Asselin

« Ici, plutôt que de diminuer en s’élevant dans la hiérarchie – signe d’une intégration vers la langue commune – les services à la minorité s’élargissent et intègrent à eux une partie de la population de la langue majoritaire. Cette situation, selon notre analyse et au mieux de notre connaissance, est quasi-unique au monde. Nulle part ailleurs ne trouve-t-on une juridiction nationale détenant le pouvoir dans le domaine de l’éducation et utilisant ce pouvoir pour favoriser l’intégration dans une langue minoritaire. Le socio-linguiste Jacques Leclerc n’hésite pas à affirmer que d’une manière globale, mais également en relation aux services scolaires qu’ils reçoivent, « cette communauté jouit d’une situation sociale tout à fait exceptionnelle pour une minorité » (Leclerc, 2010). »

Apartheid universitaire, Éditions Louise Courteau, 2012.

Le spin des pointeurs de doigt
2 avril 2012

« C’est à notre existence même qu’on en veut et nous serons d’autant plus attaqués que nous serons plus dignes de vivre »

-Olivar Asselin

La règle cardinale pour tout peuple colonisé est de ne jamais questionner ou attaquer ses colonisateurs. Cette directive non écrite est violée par le dernier sondage L’Actualité, qui fait état de l’hostilité de plus en plus manifeste de la minorité de langue anglaise du Québec à l’égard de la langue nationale des Québécois. Le sondage est d’une telle éloquence et il pointe avec une telle précision les plus grands coupables de l’anglicisation de Montréal et du Québec, que les larbins de service n’ont pas tardé à imaginer toutes sortes de répliques pour tenter de nier l’indéniable.

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Ainsi, François Cardinal, dans La Presse, questionne les points d’exclamation et les tournures de phrases dans le sondage. Il affirme notamment que de parler de pouvoir d’attraction de l’anglais ou de la mondialisation serait tendancieux (!). Puisqu’il ne peut pas attaquer le résultat du sondage lui-même, il utilise la vieille tactique consistant à attaquer la forme pour discréditer l’essence. Pas subtil.

De la même manière, l’extrémiste de la droite économique Joanne Marcotte a publié une série de quatre (!) textes sur le sujet dans la feuille de chou de Péladeau. En clair, elle tente de tailler le sondage en pièces sous prétexte qu’il ne serait basé que sur 504 répondants (ce qui, statistiquement, est pourtant bien suffisant pour établir une tendance), qu’il encourage la division, ou – quelle horreur ! – que Jean-François Lisée, cet ancien péquiste, y est relié. Encore une fois, on s’attaque à la forme parce que l’essence est inattaquable : les anglophones rejettent massivement la langue nationale. Marcotte termine sa (trop longue) série en affirmant qu’il faudrait mieux commencer par cibler notre « communauté linguistique » (depuis quand la langue nationale est-elle une simple « communauté linguistique » ?) que de nous attaquer aux anglophones.

La palme du déni de soi-même et de la manipulation revient à Lysiane Gagnon qui, dans un torchon de langue anglaise, a ressassé une litanie de mensonges. Parmi ceux-ci, elle affirme que le sondage reproche aux anglophones de ne pas écouter Marie-Mai. En fait, le sondage demande plutôt aux anglophones s’ils CONNAISSENT Marie-Mai, et la réponse est la même que pour Régis Labeaume : non ! Autre mensonge : elle termine son texte en blâmant le soi-disant exil des francophones de l’île de Montréal pour expliquer le recul du français. Cet argument-bidon a pourtant maintes fois été invalidé par de nombreux chercheurs. À cet effet, mon essai APARTHEID UNIVERSITAIRE fait d’ailleurs état d’une anglicisation plus rapide pour les banlieues que pour Montréal : entre 2001 et 2006, la population de langue d’usage anglaise a augmenté de 4,9% à Montréal, contre 7,9% pour les banlieues, ce qui signifie que les banlieues s’anglicisent plus rapidement que Montréal ! Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…

Le but : intimider

Cette charge coordonnée contre le sondage L’Actualité vise avant toute chose à décourager toute initiative semblable dans le futur. En tentant de discréditer le magazine, on incite tout autre média à y penser à deux fois avant de penser cibler les anglophones du Québec.

Cette attitude est hautement anti-scientifique, voire obscurantiste. Il s’agit d’une tentative DÉLIBÉRÉE de camoufler la vérité aux Québécois et de ranimer en eux les vieux réflexes d’auto-flagellation à la sauce « c’est de notre faute si nous disparaissons ». On tente de décourager toute forme de réflexion critique quant au rôle des anglophones dans l’anglicisation de Montréal.

Ces anglophones méprisent notre loi fondamentale, ignorent tout de notre culture, souhaitent la disparition de notre langue, ne ressentent pas la moindre identification au français, mais ce serait de notre faute si nous nous anglicisons. Que dis-je, ce serait même une idée à la limite du racisme que d’imaginer que ces anglophones puissent constituer une des causes de notre anglicisation.

Tout peuple vaincu porte en lui le poids de la défaite comme une tache qu’il faudrait laver pour l’éternité. Nous, Québécois, en sommes tellement venus à croire nous-mêmes en notre propre infériorité que nous acceptons bêtement le mépris d’autrui comme le miroir de nos propres défauts. Nous ne nous croyons pas dignes d’exister, alors nous devons inventer toutes sortes de schémas paranoïdes pour tenter d’invalider la réalité qui devrait pourtant nous sauter en plein visage : ces anglophones nous ont toujours méprisé et ils nous mépriserons toujours tant que nous oserons tenter de vivre comme un peuple normal, dans notre langue et selon nos valeurs.

Les François Cardinal, Joanne Marcotte et Lysiane Gagnon de ce monde ne sont que l’expression de cette haine de soi qui nous incite encore et toujours à pointer le doigt vers nous quand il faudrait impérativement le faire à la face d’une minorité anglophone québécoise se croyant majorité canadienne et qui agit comme si nous n’avions aucunement le droit à l’existence.

Ça fait un quart de millénaire qu’on pointe le doigt sur nous-mêmes ; ne pourrait-on pas parfois le pointer sur autrui, surtout quand les faits le justifient ?


Vous venez de lire mon millième billet.

Huntingdon : les francophones se font assimiler !
7 mars 2012

Un ami m’a fait part d’une communication personnelle qu’il a eue avec Stéphane Gendron, maire de Huntingdon. Voici la réponse de Gendron à une requête lui demandant de respecter la langue nationale des Québécois :

Sincèrement, la solution de la ville fonctionne et ne vous enlève rien personnellement. […] Ca fait quand même presque 200 ans que l’on fonctionne comme ça. Alors pourquoi cesser?

Pourquoi cesser ? Parce que ça ne fonctionne pas du tout.

Population de langue maternelle, de langue d’usage française et assimilation des locuteurs français à une autre langue, Huntingdon, de 1996 à 2006.
Langue maternelle Langue d’usage Assimilation brute Taux d’assimilation
1996 1 548 1 435 -113 -7,3%
2001 1 488 1 395 -93 -6,2%
2006 1 450 1 350 -100 -6,9%

Source : Statistique Canada

N’en déplaise aux divagations du maire de la municipalité, la situation ne va pas du tout. Alors que la langue nationale, officielle et commune des Québécois est le français depuis 1977, sa ville assimile les francophones. Des individus ayant le français comme langue maternelle choisissent de laisser tomber cette langue au cours de leur vie à Huntingdon.

À l’inverse, la situation des anglophones est fort enviable. Non seulement l’ensemble de l’assimilation des francophones se fait à leur profit, mais la différence entre les données d’assimilation des francophones et de l’intégration des anglophones s’explique par une intégration quasi-exclusive des immigrants à l’anglais.

Population de langue maternelle, de langue d’usage anglaise et intégration des locuteurs d’autres langues à la langue anglaise, Huntingdon, de 1996 à 2006.
Langue maternelle Langue d’usage Intégration brute Taux d’intégration
1996 1 063 1 205 143 13,4%
2001 1 018 1 170 153 15,0%
2006 1 000 1 150 150 15,0%

Source : Statistique Canada

En clair, quand Stéphane Gendron affirme que la situation fonctionne, et que son mépris de la Loi 101 n’a pas de conséquences, il ment. Les données sont éloquentes : les francophones de Huntingdon sont victimes d’une assimilation vers l’anglais. Ce taux d’assimilation atteint près de 7% en 2006, soit seulement 2% de moins que le taux d’assimilation des francophones du Nouveau-Brunswick. Personne, évidemment, n’aurait l’idée de suggérer que la situation des francophones se porte bien dans cette province.

Ce n’est donc pas l’anglais qu’il faut protéger à Huntingdon. Cette langue se porte très bien et il y a encore près de 400 habitants de Huntingdon qui ne comprennent pas un seul mot de français, merci à la politique de bilinguisme forcé imposée par la ville. Huntingdon encourage le repli sur soi des anglophones et favorise l’intégration des immigrants non pas dans la langue nationale, comme cela devrait être le cas et est la normalité partout dans le monde, mais dans la langue de la minorité.

Il est inacceptable de laisser un médiocre roitelet comme Gendron mépriser ainsi la loi la plus fondamentale des Québécois, la seule qui les sépare d’une assimilation à plus grande échelle.

Si Gendron croit qu’il n’y a pas de problème, cela prouve une de deux choses : ou bien il n’a rien à foutre de la langue des Québécois, ou bien c’est un maire misérable et totalement ignorant de ce qui se passe dans sa ville.

Dans les deux cas, c’est un incompétent et son départ annoncé de la vie politique constitue une bonne nouvelle non seulement pour ceux des nôtres qui subissent l’assimilation à Huntingdon, mais pour l’ensemble des Québécois dont la langue est plus menacée que jamais, précisément à cause d’un anglomane comme lui.


Je vous invite à vous joindre à cette page Facebook, qui suggère un pèlerinage à Huntingdon, avec un appareil photo dans une main et un paquet de formulaires de plaintes à l’OQLF dans l’autre…

Un racisme ordinaire
4 mars 2012

À l’origine d’une manifestation hostile au français de la part de suprématistes anglophones ontariens, la fille du maire, qui ne peut se faire engager à l’hôpital parce qu’elle ne maîtrise pas le français. Plutôt que de simplement l’inciter à apprendre la langue de 28% de ses concitoyens, on en a fait une bataille rangée contre le bilinguisme et la « discrimination » (sic) faite aux anglophones unilingues. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur !

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Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des ces anglophones. Plutôt que de reconnaître qu’une grande partie de la population parle français et d’accepter de s’ouvrir à cette réalité en offrant des services à cette minorité, on organise une manifestation, on veut couper les subventions à l’hôpital, on prend d’assaut l’hôtel de ville pour éliminer les droits des francophones.

Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé certaines données comparant Cornwall, la ville de Montréal et la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.

Proportion des populations de langue maternelle anglaise et française, et taux de bilinguisme de celles-ci, Cornwall et Montréal, 2006
Cornwall Montréal (ville)* Montréal (RMR)
Langue maternelle anglaise 65% 13% 12%
Langue maternelle française 28% 53% 65%
Taux de bilinguisme des anglophones 27% 70%
Taux de bilinguisme des francophones 92% 48%
Source : Statistique Canada

*Je n’ai pas trouvé les données sur le taux de bilinguisme de chaque communauté linguistique dans la ville de Montréal ; celles-ci devraient être semblables à celles de la RMR, avec un bilinguisme probablement légèrement supérieur pour les francophones.

Qu’est-ce que nous apprend le tableau ci-haut ? Il nous apprend ceci : la minorité francophone de Cornwall est plus de deux fois plus importante que la minorité anglophone à la fois de Montréal et de la RMR de Montréal. Un peu moins d’un citoyen de Cornwall sur trois a le français comme langue maternelle. Malgré cela, seulement un anglophone sur quatre est bilingue. À l’inverse, dans la RMR de Montréal, seulement un citoyen sur sept a l’anglais comme langue maternelle, mais un francophone sur deux est bilingue.

Voyez-vous la différence ?

En clair, la majorité anglophone de Cornwall ne veut rien savoir du français. Elle n’a aucun intérêt à apprendre la langue d’un tiers de ses concitoyens. Et pourtant, alors que Cornwall n’offre presque aucun service en français – sinon ceux de son hôpital et quelques services municipaux – pour son 28% de population francophone, Montréal a bilinguisé l’ensemble de ses services et on demande le bilinguisme a n’importe quel commis de dépanneur, tout ceci pour une minorité de 12% de la population.

C’est le deux poids, deux mesures.

Cette manifestation des anglophones contre le bilinguisme ne devrait-elle pas nous forcer à nous questionner sur notre propre attitude ? Pourquoi nous, Québécois, devrions-nous servir notre minorité de 12% de la population en anglais quand des francophones, comme nous, sont systématiquement dénigrés même s’ils forment 28% de la population ? Pourquoi nous, Québécois, barbouillons-nous systématiquement d’anglais nos institutions, nos villes, nos commerces, pendant que les anglophones d’à côté méprisent les droits de leur minorité francophone ?

On aurait tort de croire qu’il s’agit bêtement d’un fait divers. Nous sommes plutôt témoins de l’expression de la fermeture et du racisme ordinaire qui anime la majorité anglophone canadienne. Cette majorité qui, de tout temps, a tout fait pour éradiquer le français, que ce soit au moyen de lois interdisant son apprentissage à l’école, de lois anti-bilinguisme ou de jeux de coulisse éliminant le pouvoir d’attraction de notre langue.

Alors que le français ne constitue pas la moindre menace pour la langue anglaise en Ontario, on veut quand même le réduire à une peau de chagrin, l’éliminer en douceur. Ici, au Québec, alors que notre langue recule, que le tout-anglais s’impose de plus en plus, on anglicise jusqu’à nos enfants de sixième année et on refuse de faire du français la langue normale et commune de notre nation.

Retour aux origines

Il serait bon de revenir à nos origines. Nous sommes devenus des Québécois, laissant tomber notre nationalité canadienne-française, parce que nous avons compris que la seule façon de survivre face au racisme canadien était de devenir majoritaires sur un territoire pour faire du français la seule langue normale de fonctionnement, comme l’anglais l’était partout ailleurs dans le pays.

Pendant plusieurs décennies, un équilibre précaire s’est établi, alors que les attaques répétées contre le français en-dehors du Québec ont été contre-balancées par l’affirmation de plus en plus forte du français en tant que seule langue commune et nationale des Québécois.

Aujourd’hui, cet équilibre n’existe plus. Les attaques contre les francophones hors-Québec sont devenues tellement quotidiennes et normales que ceux-ci ont de la difficulté à maintenir des services minimaux. Parallèlement, le Québec s’anglicise tellement rapidement qu’il devient possible de vivre une vie entière en anglais chez nous.

Voilà pourquoi je remercie ces manifestants racistes. Je les remercie chaleureusement. Leur haine et leur mépris des francophones contribue à nous rappeler ce que nous avons à attendre du Canada et ce qui arrive au bilinguisme dès que la langue minoritaire devient assez faible pour qu’on passe outre celle-ci.

Je leur dis également merci parce qu’ils nous rappellent que le combat pour assurer la primauté de notre langue au Québec est juste, et que si le 28% de francophones de Cornwall n’a droit qu’à des pinottes en matière de services, il serait grand temps pour nous de réviser à la baisse ceux de notre 12% d’anglophones de la région de Montréal.

Tiens, on pourrait commencer par mettre la hache dans McGill et Concordia, qui se partagent 42% du financement universitaire de la RMR, pour une population anglophone de 12% et une population anglophone historique (née au Québec) de moins de 9%.

Ah, mais non… Nous aurions tous les anglophones et anglomanes de service sur notre dos à crier à la discrimination. Comprenez bien : quand on élimine les services en français de la minorité francophone canadienne, c’est bien. Quand on veut mettre fin au sur-financement des services en anglais de la minorité anglophone québécoise, c’est mal.

Il serait peut-être temps de relever la tête, ne croyez-vous pas ?

Le racisme ordinaire, ça commence également dans nos têtes, à croire que l’anglais nous est obligatoire pendant que le français ne l’est pas pour nos voisins canadiens.

Le complexe de la victime des anglophones du Québec (vidéo)
1 octobre 2011

Ça faisait déjà un moment que je voulais faire un court vidéo pour répondre à toute la désinformation et la manipulation proposées par une minorité de radicaux orangistes qui, parce qu’ils sont trop ignorants ou parce qu’ils nous haïssent volontairement, ignorent le fait que la Loi 101 leur offre davantage de privilèges qu’aucune autre loi ou aménagement dans le monde.

Oui, je sais, la vidéo n’est pas fameuse au niveau technique. Ce qui compte, c’est le propos. J’espère que ça vous plaît.

La peur d’avancer
25 janvier 2011

Le Québec a peur d’avancer. Les individus, eux, bougent, s’expriment, donnent des coups dans le destin pour améliorer leur sort personnel. Chacun, individuellement, pense à son futur. Mais collectivement, tout est bloqué, toute notion d’amélioration du sort collectif des Québécois est de plus en plus évacuée du débat à grand renfort de soi-disant libertés individuelles, prônées par l’ultradroite, tous les Mathieu Bock-Côté et Éric Duhaime de ce monde, grands négationnistes des bienfaits de la Révolution tranquille. Le résultat? Il est de plus en plus difficile de prendre des décisions pour améliorer le bien-être collectif de la société québécoise et nous vivotons, sclérosés, dans l’incapacité d’adopter de nouvelles façons de protéger les valeurs qui nous sont chères.

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Par exemple, lorsque le Parti Québécois propose d’appliquer la Loi 101 au cégep, il le fait du bout des lèvres. Pas de fanfare, pas de trompettes, on en parle comme s’il s’agissait d’un changement mineur. Point 3.1f de la proposition principale du parti, au milieu d’un document faisant la vive promotion des institutions de la minorité anglophone. Même l’étude publiée aujourd’hui par Pierre Curzi – depuis quand les politiciens produisent des études; ne doit-on pas les élire pour qu’ils gouvernent? – parle de la nécessité de ne pas créer de « ghettos anglophones » dans les cégeps anglais en y augmentant l’homogénéité de leur clientèle et en s’assurant que les cégeps anglais soient véritablement destinés à la minorité anglophone historique du Québec. Autrement dit: nous appliquerons la Loi 101 au cégep, mais n’ayez crainte, les cégeps anglophones continueront d’intégrer les immigrants en anglais. Il ne faudrait tout de même pas modifier l’ordre des choses!

Ce type de pensée est tributaire d’une forme de paralysie de l’esprit propagée au sein des instances péquistes. Sous prétexte d’une realpolitik interdisant toute forme d’action affirmée pour la protection des valeurs collectives des Québécois – dont la langue française est sans aucun doute la principale – on dilue le discours jusqu’à faire de l’application de la Loi 101 au cégep une ballade dans le parc où anglophones et francophones se tiennent par la main et chantent des comptines. En voulant s’arrimer au discours ambiant propagé par une droite individualiste et désolidarisée, on fait de l’application de la Loi 101 au cégep une mesure sectorielle, avec quantité d’exceptions, et n’étant en mesure que de modifier très légèrement le rapport de force entre une langue francophone numériquement et intellectuellement déclinante et une langue anglaise s’imposant avec de plus en plus d’arrogance et de fermeté.

Pierre Dubuc explique bien les enjeux dans une véritable leçon politique qu’il a administré récemment à Jean-François Lisée:

D’un côté, il y a une politique linguistique qui découle de la Charte de la langue française et de ses deux principes fondamentaux : le français, langue officielle et le français, langue commune. De l’autre, il y a une politique linguistique qui origine de l’arrêt Ford de 1988 de la Cour suprême du Canada qui impose le principe de la « nette prédominance du français », en prenant pour référence la Charte canadienne des droits, la Charte de Trudeau.

Ce qu’explique Dubuc est très simple à comprendre: ou bien on fait véritablement du français la langue commune des Québécois, comme on le clame depuis presque trente-cinq ans, et on s’attaque réellement à ce qui permet aux anglophones de passer outre cette langue commune, ou bien on applique des mesures pusillanimes permettant de calmer les militants francophiles pendant qu’on saupoudre une généreuse quantité d’anglais un peu partout, réduisant à néant les fruits de l’application de la Loi 101 au cégep.

Il faut revenir à la base. Le jeu est celui de la survie des francophones en Amérique du Nord face à un ethnocide programmé permettant, sous prétexte d’un libre-choix faisant triompher le poids du nombre et la langue des affaires, la réduction constante du poids démographique des locuteurs de langue française en Amérique du Nord. Ou nous nous battons, ou nous disparaissons. Il ne s’agit pas d’une situation où tout le monde peut gagner ensemble. Si nous gagnons et si nous arrivons à mettre fin à la menace anglaise au Québec, les anglophones auront perdu. Et si nous perdons, c’est que les anglophones auront gagné. C’est aussi simple que cela.

Finissons-en avec le culte de la bonne-entente et des molles mesures prétendant protéger la langue française tout en respectant le « patrimoine institutionnel de la minorité anglophone ». Le patrimoine des francophones en Amérique du Nord a été maintes fois pillé, détruit, annihilé, anéanti, démoli, écrasé, pulvérisé et ruiné. De la déportation des Acadiens en 1755 jusqu’à la nuit des longs couteaux en 1982, en passant par l’interdiction des écoles françaises dans presque toutes les provinces canadiennes pendant un siècle, sans oublier l’union des deux Canada ou les crises de la conscription, les valeurs chères aux francophones ont été méprisées et foulées des pieds par ceux qui ont toujours considéré que nous n’étions dignes de vivre que dans la mesure où nous accomplissions nos tâches de laquais avec le brio de ceux qui n’ont d’autres espoirs que de plaire à leurs maîtres.

Les Québécois se sont pourtant levés à moitié dans les années soixante-dix. Ils ont tourné le dos à un libre-choix n’ayant de libre que le choix de 92,1% des allophones de choisir l’école anglaise en 1971. (( Commission Gendron, Les groupes ethniques, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, p. 218. )) Ils ont décidé que face au droit individuel d’anglophones ayant déjà assis leur pouvoir sur toute l’Amérique et s’étant assurés que leur langue était la seule digne d’être parlée dans les officines du pouvoir, il fallait imposer le droit collectif de la majorité francophone à pouvoir brimer en partie la liberté individuelle de certains pour le plus grand bien collectif.

Aujourd’hui, parce qu’on a peur, parce que tous nos médias nous enfoncent jour après jour les histoires désillusionnées d’individualités fragmentées se complaisant dans leur individualisme crasseux, nous avons perdu de vue cette vérité toute simple: il est parfois légitime de brimer la liberté d’autrui si cette liberté nuit à la collectivité. Depuis la présence de feux de circulation « brimant » les automobilistes jusqu’aux lois « brimant » les criminels, il est normal et souhaitable pour toute collectivité de briser l’inertie débilitante de ceux qui, parce qu’ils écoutent leurs désirs individuels profonds, nuisent au plus grand nombre.

Le Parti Québécois, en valorisant l’application de la Loi 101 au cégep, se situe donc dans la bonne voie pour faire primer les droits collectifs sur ceux d’individus nuisant aux valeurs de la collectivités. Cependant, en le faisant à reculons, en s’engageant plus fermement à défendre les institutions anglophones que la volonté des Québécois d’assurer la survie de leur langue, en en parlant comme d’un détail plutôt que d’une réappropriation des institutions de la toute-puissante minorité anglophone par la majorité francophone, il offre le flanc à toutes les critiques et à tous ceux qui, conscients de l’incapacité péquiste à assumer sa position jusqu’au bout, ne vont manquer d’utiliser la place publique pour clamer la sacro-sainte sainteté des droits individuels.

Un parti qui se tient debout, qui est réellement au service des Québécois, n’aurait pas peur d’assumer pleinement ses positions et s’engagerait à faire du Québec non pas une nation un peu moins colonisée et respectueuse de ses maîtres, mais plutôt une nation « normale », comme le disait Lévesque, c’est-à-dire une nation qui finance des institutions scolaires supérieures dans la langue nationale.

Le cégep français ne doit donc constituer qu’une première étape. La suivante doit consister à mettre fin au sur-financement des universités anglaises, elles qui siphonnent près de 27% des ressources universitaires pour une minorité anglophone historique de moins de 6% de la population totale.

Oui, il faut s’attaquer aux institutions anglophones. C’est le but: reprendre possession, institution par institution, de notre nation et en faire une nation aussi française que le Canada est devenu un pays anglais. Nos méthodes seront peut-être différentes, mais il s’agit de la seule finalité permettant d’offrir une chance de survie au français en Amérique du Nord. C’est notre but et nous devons l’affirmer aussi honnêtement que possible.

Cessons d’avoir peur. Cessons de ramper. Marchons la tête haute pour des institutions scolaires supérieures en français!

Le poids réel de la « minorité » historique anglaise
12 août 2010

Nous ne sommes pas des sauvages. Les anglophones font leur possible pour éliminer la présence française en Amérique du Nord, eux qui ont interdit tout enseignement français dans la plupart des provinces canadiennes pendant près d’un siècle, mais nous confirmons des droits à la « minorité anglaise historique » du Québec. Que ce soit en santé ou en éducation, nous sommes fiers – peut-être trop fiers – de leur offrir de généreux services dans leur langue. Mais quel est le poids réel de cette minorité historique? À quelle hauteur devrions-nous financer leurs institutions?

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J’ai souvent parlé, dans de nombreux billets, du fait que nous sur-financions les institutions anglophones. Me basant sur la simple observation qu’il y a 8,2% d’anglophones de langue maternelle au Québec, j’en concluais que les institutions anglophones étaient sur-financées. La situation est pire que cela.

En fait, c’est Pierre Serré qui m’a mis la puce à l’oreille, alors que je lui demandais une analyse critique d’un mémoire que je rédigeais pour la prochaine consultation sur la loi 103. Le chiffre 8,2% ne représente PAS la minorité historique anglophone du Québec; il s’agit simplement de ceux qui ont la langue anglaise comme langue maternelle, que ce soit des immigrants, des gens nés dans d’autres provinces canadiennes ou des résidants permanents. Les anglophones « de souche » sont encore moins nombreux.

J’ai fait les calculs. Les anglophones de langue maternelle nés au Québec représentent 5,4% de la population. En répartissant au prorata les réponses multiples, et selon le recensement de 2006 – ce qui ne serait sûrement plus possible si Harper allait de l’avant avec ses attaques contre le questionnaire long – ils ne sont que 401 526 personnes sur une population totale de 7 435 902 citoyens. Un gros 5,4%, le voilà le poids de la minorité historique anglaise. (( Les données brutes sont ici.))

Or, cette minorité jouit d’un réseau anglais de cégeps et d’universités publics engouffrant respectivement 19% et 27% du financement total et d’un méga-hôpital engloutissant 45,4% (1,5 milliards de dollars contre 1,8 milliards pour l’hôpital francophone) des ressources consacrées aux méga-hôpitaux. Tout ça, oui, pour 5,4% de la population.  Le colonialisme continue.

Soyons cohérents!

Le Québec est français. Article premier de la Charte de la langue française. Nous consentons des accommodements à la minorité historique anglophone. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que nous leur donnons un financement juste et équitable en fonction de leur poids démographique mais que nous intégrons l’ensemble des autres citoyens à la société française constituant le cœur de cette nation. Si les anglophones « de souche » forment 5,4% de la population, cela signifie que 94,6% des citoyens doivent s’intégrer en français et que l’État doit faire tout son possible pour les y intégrer. Cela signifie que nous désirons intégrer les immigrants à l’école française et que tout citoyen n’appartenant pas à la minorité anglaise historique devra fréquenter des institutions lui permettant de s’intégrer en français.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Comment peut-on espérer intégrer près de 95% des citoyens du Québec en français alors que nos cégeps ne sont financés qu’à 81%, que nos universités ne le sont qu’à 73%, que notre méga-hôpital – dont la construction n’est même pas commencée – obtiendra à peine 54,5% du budget alloué pour les deux méga-hôpitaux? Ce sous-financement des institutions francophones ne peut qu’inciter davantage de citoyens à s’intégrer en anglais.

En fait, nous ne finançons plus seulement les institutions de la minorité anglophone historique, mais nous aidons l’intégration en anglais de tous les nouveaux arrivants, y compris ceux venant d’autres provinces, dont le nombre ne peut être sous-estimé. Sur un total de 291 040 citoyens étant nés dans une autre province canadienne, 37,4%, soit 108 992, ont l’anglais comme langue maternelle. Ces gens-là, plutôt que de les intégrer en français, nous leur donnons des services en anglais, dans leur langue maternelle. Nous sommes donc très loin de financer les institutions de la minorité historique; nous finançons plutôt les institutions de la majorité canadienne sur notre territoire; nous nous privons de ressources qui auraient pu servir à assurer une meilleur intégration à la langue commune et nationale du Québec.

Le déséquilibre du financement des institutions doit être au cœur des enjeux

Le problème du déséquilibre du financement – le sur-financement des institutions anglophones et le sous-financement des institutions francophones – ne peut plus être ignoré. À un moment aussi critique que le nôtre, alors que le pourcentage de citoyens de langue maternelle française a glissé sous 80% au Québec et sous 50% à Montréal pour la première fois depuis qu’on tient de telles statistiques, nos descendants nous jugeront cruellement si nous n’avons pas le courage d’agir.

Affirmer que le Québec est français, que la langue française constitue la langue d’inclusion et d’intégration des nouveaux arrivants, c’est bien. Cesser de sur-financer des institutions anglophones pour 5,4% de la population, c’est beaucoup mieux.

Le jour où nous financerons équitablement, en fonction de leur poids démographique, les institutions anglophones, sera le jour où le français deviendra réellement la langue commune et d’inclusion des Québécois.

En attendant, on pourra quantifier notre recul en silence. Jusqu’à ce qu’un gouvernement borné nous enlève ce dernier droit et nous empêche d’avoir accès jusqu’aux statistiques faisant état de notre déclin.

De toute façon, ces gens-là, ils n’ont pas été à l’UQAM ou à l’UdM, n’est-ce pas?

CHUM-CUSM: l’apartheid linguistique
8 décembre 2009

Que le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) coûte 300 millions de dollars de plus ne constitue pas un énorme scandale en soi. Que cette explosion artificielle des coûts soit causée par l’aveuglement idéologique d’un gouvernement obnubilé par ses foutus PPP, voilà qui est choquant. Mais ce qui est réellement enrageant, c’est de constater qu’en 2009, il existe deux classes de malades au Québec: des Québécois sous-financés et des anglophones sur-financés.

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Ainsi, le CUSM anglophone devrait coûter 1,5 milliards de dollars, contre 1,8 milliards $ pour le Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) francophone. Le premier sera construit pour une population de langue maternelle anglophone de 575 555 personnes tandis que le second servira 5 877 660 Québécois. L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660) contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un Québécois vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone. (( Toutes les données proviennent du recensement de l’année 2006 de Statistique Canada))

Certains m’objecteront que ces hôpitaux desserviront principalement la population de la région de Montréal. C’est faux. Ils constitueront de véritables laboratoires de la santé, des outils de soins de haute-technologie pour l’ensemble des Québécois. Ces centres serviront à soigner des patients de tout le Québec, ce que confirme d’ailleurs le docteur Paul Perrotte, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) dans cette brochure. Ce ne seront pas des hôpitaux ordinaires où on échoue lorsqu’on se brise le bras ou qu’une femme accouche; s’il y aura des services de première ligne concernant principalement les Montréalais, la plus grande partie des soins serviront à tous les Québécois.

Certains m’objecteront également d’avoir utilisé la langue maternelle plutôt que la langue d’usage pour ce calcul. Si j’ai choisi cette première, c’est par un soucis de respect de la position historique de la minorité anglophone. Autrement dit: il ne faut pas chercher à savoir combien de personnes parlent actuellement l’anglais – ce qui identifie une anglicisation et une assimilation à l’anglais des immigrants, ce que nous ne voulons pas – mais plutôt à quelle hauteur devrait être le financement des institutions anglophones historiques. En clair, nous ne voulons pas financer les institutions anglophones en fonction d’une assimilation vers l’anglais qu’elles ont contribué à créer, mais plutôt en fonction du poids traditionnel de ses habitants.

Malgré tout, je serai bon joueur. Imaginons – même si ce n’est pas le cas – que ces hôpitaux serviraient principalement à la région montréalaise et utilisons la langue d’usage au lieu de la langue maternelle. Dans un dernier billet, j’ai compilé des statistiques sur la défrancisation des banlieues. Dans les données brutes, on pouvait considérer le nombre total d’anglophones et de Québécois à Montréal et dans ses banlieues rapprochées. Il y a donc 2 072 410 Québécois et 564 010 anglophones dans la région. En faisant le même calcul que pour l’ensemble des Québécois, on arrive à une valeur de 869$ par Québécois de la région montréalaise en soins de santé donnés par le futur CHUM contre 2660$ par anglophone pour le CUSM. Encore une fois, et malgré toutes les modifications possibles pour dorer la pilule des anglophones, on en arrive à une situation où le Québécois de la région montréalaise vaut trois fois moins que l’anglophone.

Or, comment se fait-il que nous, Québécois, acceptons cette injustice? Pourquoi sommes-nous les premiers à plaindre la veuve ou l’éploré, à nous culpabiliser pour les Amérindiens, à nous blâmer pour notre difficulté à intégrer les immigrants, à nous condamner pour un ci ou un ça et à nous flageller d’autres mantras destructeurs pour notre fierté collective, au même moment où on ne dit mot quand le gouvernement nous traite comme des citoyens de seconde classe?

Si le Québec est une nation et que sa langue commune est le français, il serait peut-être temps d’agir comme tel. Aurait-on idée, dans n’importe quel autre pays civilisé, de voir une minorité aussi chouchoutée, dorlotée, engraissée et flattée que les anglophones montréalais obtenir de tels avantages indus? Presque partout sur la planète, on finance surtout les institutions dans la langue commune et jamais, JAMAIS, on n’accepterait que la majorité des citoyens soient traités aussi vulgairement.

Cette façon d’agir – et quoi qu’on en dise – possède un petit relent d’apartheid. Une élite rhodésienne accapare nos richesses collectives et taxe le labeur d’une majorité de subalternes n’ayant pas droit aux mêmes privilèges. Et si les petits nègres blancs d’Amérique veulent se faire bien soigner, qu’ils apprennent le SPEAK WHITE! Lorsque le peuple lui-même a intériorisé son propre sentiment d’infériorité linguistique, plus personne ne peut se choquer de ce qu’on se serve de ses bras et de sa sueur pour porter bien haut des élites qui le méprise.

Il serait peut-être temps d’en finir avec le sur-financement des institutions anglophones et d’exiger l’égalité pour les Québécois… en leur propre nation!

Et si on se dotait d’un seul méga-hôpital francophone à Montréal?

De la viande morte à la langue morte
7 décembre 2009

Viande morte. C’était dans ces mots qu’un célèbre politicien québécois avait qualifié les francophones hors-Québec. Un vieux steak oublié sur le comptoir de l’assimilation. Et comme toute pièce de viande abandonnée à l’air non-libre, si elle se met à bouger, ce n’est certainement pas l’animal qui s’exprime, mais peut-être simplement le signe d’une putréfaction en progression. J’en ai le coeur brisé dès que j’y pense, mais la polémique entourant la publicité unilingue anglaise envoyée aux Franco-Ontariens ne constitue que les derniers soubresauts de ce qui fut autrefois une belle bête vivace qu’on a trucidée, dépecée et passée au robot culinaire d’un bilinguisme anglicisant.

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Quand M. Jean-Marie Leduc, l’homme par qui est arrivé à le scandale, parle du « million de francophones » en Ontario et du « 150 000 à 200 000 » à Ottawa, ce qui aurait dû suggérer la francisation partielle de la documentation de Tourisme Québec, il vit dans le passé. Ces chiffres, c’était il y a une génération. Un francophone, ce n’est pas quelqu’un qui est né comme tel; c’est quelqu’un qui parle le français. Ce n’est pas la langue maternelle qui compte, mais la langue d’usage, celle parlée dans l’intimité. Et à ce niveau, le niveau d’assimilation des Franco-Ontariens est de loin supérieur à ce qu’affirme M. Leduc.

Province of Ontario

Dans l’ensemble de la province, si on se fie au dernier recensement de Statistique Canada, il n’y a plus que 290 000 francophones d’usage dans la province (sur une population totale de près de 10 millions d’habitants). Dans une province où les locuteurs de langues autres que l’anglais ou le français dépassent 1 800 000 personnes, les francophones sont devenus une ethnie comme une autre. Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le potentiel d’attraction d’une langue (un résultat au-dessus de 1 indique une progression; en-dessous un déclin), le français (0,59) se fait dépasser par l’Ourdou (0,71), le Persan (0,73), le Russe (0,75), le Pendjabi (0,77), le Tamoul (0,80), le Mandarin (0,84) et le Cantonnais (0,85)! Concrètement, toutes ces langues étrangères possèdent davantage de vitalité que le français en Ontario. Un individu espérant léguer sa langue et sa culture à sa descendance aurait plus de chances de le faire s’il parle le Tamoul ou le Pendjabi que le français!

À Ottawa, la situation n’est guère plus réjouissante. Sur une population de près de 800 000 habitants, le nombre de locuteurs francophones atteint 85 000, soit à peine plus de dix pourcent. Bien sûr, on offre un bilinguisme de façade (quoi que…), mais le soir venu, après une journée de faire-semblant et de savonnage de langue pour faire plaisir à des touristes émerveillés par la grandiose capitale du plus-meilleur-pays bilingue du monde, c’est en anglais qu’on se parle.

Un rapport sur la francophonie en Ontario, publié en 1995, expliquait déjà:

Pour de nombreux jeunes Franco-Ontariens, le français demeure la langue maternelle, mais il devient effectivement une langue seconde, enseignée comme un outil de communication, mais un outil plus ou moins efficace dans le contexte ontarien. Inconsciemment et naturellement, l’anglais, qui était au point de départ la langue seconde, se transforme subrepticement en langue première, celle qui exprime les réalités fondamentales de la vie, celle dont les mots portent une charge émotive, celle qui baigne dans une culture et une histoire ; en d’autres mots, la langue de Shakespeare. Pour plusieurs francophones minoritaires, Molière est rentré à Versailles ; ils ont le français comme langue maternelle, mais l’anglais comme langue première. De la bilinguisation de l’univers culturel, nous passons maintenant à la secondarisation de la langue française.

Ces Franco-Ontariens à qui on a appris le français comme d’autres s’embarrassent de quelque bibelot doré, ont conscience de l’inutilité pratique de leur langue. Quand toute la vie autour de soi se meut en anglais, on a beau aimer son héritage culturel, on n’arrive pas à le transmettre convenablement. On finit toujours par le laisser tomber. On a beau chérir sa douce béquille et l’amener partout avec soi, on finit par la laisser derrière pour un emploi ou lorsqu’on nous demande de parler la réelle langue commune: l’anglais. Car quoi qu’on en dise, la majorité ne parle pas une langue par amour, mais par nécessité.

La vraie leçon

Au lieu de nous culpabiliser sur le triste sort des Franco-Ontariens et de saisir les tribunaux ou le Commissaire aux langues officielles, cet organe de surveillance de l’assimilation tranquille des francophones hors-Québec, M. Leduc devrait se servir de l’apparente bévue de Tourisme Québec pour nous rappeler, à nous, Québécois, ce qui arrive à un peuple qui se bilinguise.

Car pour un Leduc qui s’offusque, combien de Franco-Ontariens n’ont même pas levé un sourcil en lisant cette brochure entièrement en anglais au milieu d’un millier d’autres brochures tout autant anglaises? Quand on a intégré la réalité que sa propre langue constitue une béquille, on ne s’offusque même plus lorsqu’on s’adresse à soi dans une langue étrangère.

La voilà, la réelle leçon de ce « scandale ». Le Québec ne constitue pas une exception sur cette planète: tous les peuples minoritaires qui sont devenus bilingues sont disparus. Ce qui fut une forte minorité francophone ontarienne est devenue une chiure de goéland qu’on enlève avec l’essuie-glace d’un bilinguisme de façade et le liquide antigel du culte du multiculturalisme.

Une langue, quoi qu’on en dise, ne se défend pas dans les brochures et les affiches. C’est dans la rue, au travail, à la maison, sur Internet, à chaque fois qu’on interagit avec autrui qu’il faut la chérir, la protéger, la partager comme ce merveilleux cadeau d’intégration.

Sinon, autant déclarer le Québec bilingue et mettre la clef immédiatement dans notre désir de voir nos descendants parler encore notre langue et se faire les porteurs de nos valeurs.

Nous, nous avons encore le choix. Les Franco-Ontariens l’ont perdu il y a longtemps, brochure anglaise ou pas. La viande morte, chez eux, s’est déjà transformée en langue morte.

Et si on se décidait à n’encourager que le tourisme francophone en publiant des brochures en français? Et si on se décidait, enfin, à parler notre langue… chez nous? Voilà au moins qui aurait le mérite d’être clair pour quiconque désire venir nous visiter: ici, c’est en français que ça se passe!

La fin ne justifie pas les moyens
23 septembre 2009

N’ayez crainte, je ne réinventerez pas la roue. La question de savoir si la fin justifie les moyens est trop complexe pour être débattue en quelques lignes. Ceci dit, trois événements récents m’ont poussé à me questionner sur le sujet. Doit-on tout faire pour gagner, et quelle est la valeur d’une victoire obtenue au prix d’une autre défaite?

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1) On ne devrait pas parler des liens entre Projet Montréal et Québec Solidaire

Récemment, je m’entretenais avec une candidate de Projet Montréal. La question des liens entre son parti et Québec Solidaire est naturellement venue dans la discussion; après tout, c’est un secret de polichinelle que l’influence d’Amir Khadir dans le parti dépasse le simple fait d’avoir une épouse qui y est candidate. J’ai laissé entendre que j’allais en parler dans mon texte. Elle m’a répondu, inquiète: « Si tu fais ça, tu vas tuer Projet Montréal ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle disait cela, elle m’a répondu que Projet Montréal ne devait pas être associé à la gauche, qu’il devait viser le « grand public ».

Ainsi, selon cette candidate, il était acceptable de cacher la vérité aux citoyens afin d’aider le parti à se faire élire. Comprenez bien: « nous savons ce qui est bon pour vous et vous n’avez pas à savoir qui nous sommes vraiment ». Bref, la fin justifie les moyens. Tant pis si les citoyens votent sans savoir.

Or, quel est le grand danger de savoir que Québec Solidaire (QS) et Projet Montréal (PM) partagent des convictions communes et ont des machines électorales très reliées? À court terme, d’accord, on risque d’enlever quelques votes à PM car QS est encore un parti marginal. Mais en refusant de s’afficher clairement aux côtés de QS, on lance également le message que QS n’est pas un parti fréquentable, et on nuit à la crédibilité du parti en tant que force politique majeure sur la scène provinciale. On se prive d’un soutien potentiel à long terme. Tout ça pour espérer aller chercher quelques votes de plus.

Et puis, pour un parti qui se dit le champion de la transparence et qui tire ses origines de la base, ne devrait-il pas plutôt se faire le relai de ses supporters, qui votent également massivement pour QS? À trop vouloir devenir « présentable », on devient exactement comme ceux qu’on dénonce. Cacher les liens entre QS et PM, à mon avis, ne contribue qu’à perpétuer la politique des cachotteries.

Et même si elle permettait de faire élire PM, qu’aurait-on réellement accompli, en fait? On aurait donné l’expérience du pouvoir à des gens qui auraient utilisé le secret pour se faire élire. Ne seraient-il pas tentés de recommencer?

2) On doit parler aux anglophones en anglais pour les sensibiliser

Un candidat aux prochaines élections municipales me demandait: ne devrais-je pas parler en anglais et envoyer de la documentation en anglais aux anglophones dans mon quartier afin de les inciter à voter pour moi? Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

3) « Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour Projet Montréal »

C’était, grosso modo, l’argument que m’ont répété ad nauseam les membres du réseau Lapointe/Brisson. Ils ont travaillé pour Harel pendant qu’ils étaient membres de PM. Ils ont tenté d’avoir la tête de Richard Bergeron, le chef de PM. Ils ont magouillé, ils ont fait du chantage, ils ont harcelé une candidate pour l’inciter à se retirer. Mais tout ça, c’était, évidemment, pour le bien-être du parti. On se débarrasse du chef, on manipule les membres, on fait de la grosse politique sale, mais c’est pour le « bien du parti ». « Madame, on va couper vos deux jambes et vos deux bras, et c’est pour votre bien. »

Dans les faits, pour cet exemple comme pour les deux autres, je ne crois pas que la fin justifie les moyens. S’il faut, soi-disant pour le bien-être d’un parti, manipuler tout le monde et faire ce que ces gens ont fait, que vaut le parti en question? Un parti qui gagne ses élections en utilisant de telles méthodes a-t-il respecté la volonté des citoyens? Quand on harcèle quelqu’un pour l’inciter à démissionner, est-ce qu’on respecte les citoyens qui ont placé leur confiance en cet individu?

Dans tous les cas, on m’accusera d’être naïf. Et c’était aussi le plus grand des reproches qu’on adressait à Richard Bergeron quand on essayait de s’en débarrasser.

Mais la naïveté, dans un contexte où les citoyens sont désabusés de la politique et n’ont pas la moindre confiance en les politiciens, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus grand besoin? De pouvoir marcher dans la rue, de s’afficher comme politicien, et de savoir qu’on n’a rien à cacher, qu’on a été intègre du début à la fin dans tout le processus et qu’on a refusé les raccourcis faciles de la dissimulation, de l’aplatventrisme ou des tractations de coulisse… Quelle valeur ont l’honnêteté et l’intégrité?

Oui, je suis naïf, et je suis fier de l’être. Et je sais même que ce billet n’est pas mon meilleur. Il n’est peut-être même pas bon car je l’ai écrit d’un trait. Mais je l’assume comme tel et je ne cherche pas à maquiller ce que je suis pour faire plaisir à un tel ou un tel autre. J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je suis honnête; je ne me prostitue pas pour de l’argent ou du pouvoir. Quand je suis payé pour écrire, je le suis parce que j’y crois et parce que j’aime ça. Je suis naïf, mais je suis honnête. La naïveté, c’est ce qui précède l’honnêteté.

Et c’est ce que j’aime chez Richard Bergeron, de Projet Montréal: jusqu’au bout, il a été honnête et intègre avec ses idées, même quand on le manipulait. Dans un système municipal corrompu, c’est exactement le genre d’individu incorruptible que j’aimerais avoir à la tête de Montréal.

Alors, que tous ceux qui croient que la fin justifie les moyens et qu’il faudrait cacher certaines choses aux citoyens ou refuser de voir les conséquences de ses actions à long terme, je vous dis que vous avez tort. Vous gagnerez peut-être la bataille de cette façon, mais inévitablement, vous perdrez la guerre.

Et plus que tout, en bout de ligne, ce sont les causes que vous défendez avec le plus d’ardeur qui en pâtiront.

Bien mal acquis ne profite jamais.