Le chemin de croix
4 avril 2012

Défendre le français au Québec – et donc la pluralité linguistique dans le monde – ressemble de plus en plus à un chemin de croix. À chaque jour ou presque, on lacère encore davantage notre langue. Il y a quelques semaines, c’était Stéphane Gendron qui se moquait de notre aménagement linguistique. La semaine dernière, on découvrait que les jeunes anglophones méprisent notre langue. Il y a quelques jours, on apprenait que Québec finance les cours d’anglais des immigrants. Aujourd’hui, on découvre que les séances d’accueil aux immigrants se feront désormais en anglais. Encore aujourd’hui, on apprend que l’anglais est largement sur-représenté dans les emplois du secteur public. Il ne manque que la crucifixion et on peut fermer les livres.



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Chacune de ces attaques contre la langue nationale des Québécois est assez grave en soi, mais c’est le nombre et l’intensité de celles-ci qui a de quoi surprendre. On dirait qu’il n’y a plus rien pour nous sortir de notre torpeur. Un peu comme si, intérieurement, nous avions déjà capitulé. Un peu comme si nous avions décidé, après des années d’auto-dénigrement, de dévalorisation, de haine de nous-mêmes, que nous n’avions plus le droit d’aspirer à assurer notre futur collectif. Nous avons cessé de rêver.

Cette incapacité à concevoir un futur dont nous serions les maîtres nous a transformés en champions de la servitude. Face à une idée originale ou insolite, nous n’avons plus la moindre curiosité ; nous sommes sceptiques. Nous ne souhaitons plus « briller parmi les meilleurs », mais nous conformer à ce qui se fait ailleurs. Nous ne souhaitons plus avoir une éducation accessible parce que cela rejoint nos valeurs ; nous voulons nous adapter à la moyenne canadienne. Nous ne voulons plus nous donner les moyens d’exister ; nous voulons nous « adapter » à la réalité nord-américaine. Nous ne désirons plus avoir une société plus juste ; nous souhaitons suivre les recettes économiques états-uniennes ayant échouées. Nous n’aspirons plus à la vie ; nous désirons passer inaperçu. Nous sommes des prostitués longeant les murs.

Notre problème n’est pas seulement linguistique, mais onirique. Nous ne rêvons plus, ou bien nous rêvons de manière sectorisée. Nous pouvons imaginer quelques petites originalité éparses, que ce soit une éducation accessible, une langue française qui nous regroupe tous, une politique économique différente, mais peu de gens sont en mesure de rêver à grande échelle. Chacun vit enfermé dans son propre petit monde. Chacun fait ses propres petits combats. Pas question pour les étudiants de se battre pour la langue nationale. Pas question pour les francophiles de lutter contre l’enfoncement à droite de la société québécoise. Chacun vit pour soi.

Ces attaques contre la langue française sont donc d’autant plus faciles qu’aucun mouvement de masse ne peut s’y opposer. Nous regardons, l’air béat, notre langue et nos valeurs reculer et nous saluons de la main, capitaines sur le bateau de nos rêves, le naufrage de nos idéaux.

Nous contemplons notre chute en silence.

Prioriser

Au cœur de toutes les vicissitudes de notre quotidien, nous devrions pourtant reconnaître une nécessité : protéger l’avenir. Mettre les graines qui pourront un jour germer à l’abri et préparer la relève. Reconnaître que si de nombreux débats ont leur importance au Québec, un seul est incontournable : celui de notre langue. Car si notre langue disparaît, nous disparaissons. Le cœur, l’âme de notre identité, surtout depuis la Révolution tranquille et la chute de notre foi, c’est notre langue. Si nous la perdons, nous avons tout perdu.

Il nous faut donc prioriser, choisir nos luttes. On peut appuyer les étudiants, on peut lutter pour une société plus juste, on peut se battre pour l’environnement, on peut œuvrer à une foule d’enjeux locaux, nationaux ou mondiaux, mais la jonction de toutes ces causes doit être la langue française ; une éducation plus accessible ne nous servirait à rien si nous n’étions plus là ; une planète plus propre ne nous serait d’aucune utilité si nous n’existions plus. La langue doit être le combustible qui enflamme toutes les autres causes.

À la face de l’ethnocide du français en Amérique du Nord, et parce que nous constatons que l’anglomanie et le sur-financement des institutions des anglophones au Québec atteignent des sommets, il nous faut mettre le français au centre de toutes nos luttes et refuser le moindre compromis sur cette question.

Le peuples accommodants ne représentent qu’une astérisque dans un livre d’histoire.

Multiplions les luttes et les solidarités, mais exigeons le français, et uniquement le français, en toutes circonstances et pour toute occasion.

Accepter le contraire, c’est légitimer le dénigrement de ce que nous sommes et c’est porter nous-mêmes la croix sur laquelle on nous crucifie jour après jour dans tous les médias.

La FEUQ: une nuisance pour le Québec
13 septembre 2011

Dans un récent billet, je dénonçais l’anglicisation de la campagne Facebook de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). La FEUQ va encore plus loin maintenant avec un site internet entièrement en anglais, copie conforme de son site dans la langue nationale. Dans une véritable fuite vers l’avant, la FEUQ continue son approche clientéliste et assure ainsi l’échec de toute tentative de bloquer la hausse des frais de scolarité. Pire: si on adopte la mentalité et le discours de la FEUQ, on doit logiquement accepter une telle hausse. Je m’explique.

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En anglicisant sa campagne et son site web d’opposition à la hausse des frais de scolarité, la FÉUQ adopte une attitude de type « service à la clientèle », c’est-à-dire qu’elle considère l’étudiant non pas comme faisant partie d’une classe sociale étudiante elle-même faisant partie de la collectivité qu’est le Québec, mais plutôt comme un individu désolidarisé, isolé, auquel on doit offrir des « services » corporatifs. Dans le cas présent, ces services sont la langue anglaise, mais également la (tentative de) protection contre la hausse des frais de scolarité.

Ainsi, plutôt que de rappeler à l’étudiant de langue anglaise qu’il fait partie d’une collectivité québécoise ayant la langue française comme langue commune et que son sort individuel ne peut être détaché du désir COLLECTIF d’avoir une éducation aussi accessible que possible dans l’optique d’un enrichissement collectif de la nation québécoise, on le traite comme un client. Tu paies pour des services, tu obtiens des services. Et tant pis si ton anglicisation comporte un coût pour la collectivité.

Parallèlement, même l’argumentaire de la FEUQ est basé sur ce concept de clientélisme et de marchandisation de l’éducation. Dans sa conclusion, après quelques entourloupettes à la sauce « société du savoir » et autres charesteries, la FEUQ met clairement l’accent sur l’étudiant, sur son endettement, sur l’endettement de sa famille, sur son accès, etc. On effleure à peine le sujet des gains COLLECTIFS issus de l’éducation sinon pour parler du contribuable et de l’impôt qu’il peut payer. Quant à l’idée même qu’il puisse exister une nation dont l’éducation permettrait d’améliorer le bien-être intellectuel, on n’en souffle pas mot. Pour la FEUQ, la nation québécoise n’existe pas; seuls les étudiants – ses étudiants, ses clients – ont leur importance.

Les lecteurs de ce blogue savent que je suis en faveur de la gratuité scolaire. Ce désir qui est le mien d’assurer une éducation gratuite est basé sur la compréhension de l’enrichissement COLLECTIF issu d’une telle gratuité. Si je suivais la logique individualiste de la FEUQ, je ne pourrais pas m’opposer à la hausse des frais de scolarité. À partir du moment où on considère l’étudiant comme un client, à qui on s’adresse en anglais (et tant pis si les francophones seront minoritaires sur l’île de Montréal dans vingt ans, comme nous l’apprenait l’OQLF cette semaine), et pour lequel on se soucie strictement de « ses » frais, de « son » endettement, de « son » accessibilité, on légitime de facto le même genre de raisonnement clientéliste et individualiste chez n’importe qui d’autre au sein de la société.

Ainsi, moi, par exemple, payeur de taxes et d’impôts, je pourrais affirmer que je ne veux pas qu’on prenne « mon » argent et qu’on augmente ainsi « mon » endettement pour payer l’éducation des étudiants. Vous comprenez la logique? C’est simple: si les étudiants deviennent des clients devant jouir de services individualisés, moi, toi, vous, n’importe qui peut exiger le même traitement. Si on considère comme normal de mettre en danger la langue française au Québec en anglicisant les communications avec les étudiants du Québec, ou si on considère comme acceptable de considérer avant tout le problème de la hausse des frais de scolarité comme étant celui des étudiants eux-mêmes, pourquoi devrait-on éprouver la moindre solidarité pour cette cause? À la limite: « Qu’ils paient, ces étudiants! »

L’éducation et la langue sont des enjeux COLLECTIFS

En vérité, l’éducation et la langue sont des enjeux collectifs. On ne peut pas davantage adopter une approche individualiste pour l’un que pour l’autre. Ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante et ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer la situation du français dans les années soixante-dix.

Or, il n’y a pas de mesure collective sans limitation, même marginale, des libertés individuelles. Pour améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante, on a limité la liberté individuelle des collèges de charger le prix qu’ils voulaient. Pour améliorer la situation du français, on a limité la liberté individuelle d’avoir accès aux études en anglais au primaire et au secondaire. Il en est de même pour quantité d’autres aspects de notre vivre-ensemble: nommez-moi un gain collectif issu d’une loi ou d’une règle et je vous parlerai d’une liberté individuelle bafouée. Même quand on m’oblige à arrêter au feu rouge on limite ma liberté individuelle de ne pas le faire.

C’est ainsi que fonctionne une société. On limite légèrement et équitablement la liberté des individus pour augmenter la liberté de la collectivité. On paie des impôts élevés pour payer les frais de scolarité des étudiants et en échange on s’enrichit collectivement. On s’adresse aux étudiants en français et en échange on favorise leur intégration dans la langue commune et officielle du Québec.

La FEUQ, en tournant le dos aux enjeux collectifs et en transformant son discours en verbiage de spécialistes du service à la clientèle, nuit ainsi non seulement à la cause des frais de scolarité des étudiants, mais également à notre capacité collective à assurer la survie de notre langue nationale à Montréal et au Québec. Plutôt que de se mettre à genoux devant une minorité anglophone historique formant 5,6% de la population du Québec, la FEUQ ferait mieux de se battre pour que cette minorité cesse de recevoir 29,3% du financement pour ses institutions universitaires et que l’argent soit réinvesti pour les institutions profitant à l’ensemble de la société québécoise et ne servant pas principalement de tremplin vers les États-Unis ou le Canada.

En se désolidarisant des enjeux collectifs nécessaires à notre mieux-être, la FEUQ perd toute crédibilité pour parler au nom des étudiants et elle façonne elle-même le retentissant échec qu’aura sa campagne à faire reculer le gouvernement.

Quand on s’adresse aux individus plutôt qu’à la collectivité, on obtient des réponses individuelles plutôt que collectives.

La FEUQ veut aider les étudiants-individus; elle est devenue une nuisance pour le Québec-nation.

Anglais au primaire: la traîtrise de nos élites
23 février 2011

La corruption, les fausses promesses, les tentatives de privatisation du bien public, rien ne saurait égaler, chez Jean Charest, la traîtrise de son nouvel objectif: imposer l’anglais à tous les élèves pour la moitié d’une année en sixième année du primaire. Notre démocratie, nos finances publiques ont certes leur importance, mais quand on s’attaque à l’âme de la nation québécoise, sa langue, et qu’on précipite le déclin de notre peuple, que peut-il exister de pire? Quand la langue d’un peuple disparaît, l’essentiel du peuple disparaît avec elle. Et il n’y a pas de seconde chance pour les peuples disparus.

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Évidemment, les éditorialistes et les politiciens vont glousser de satisfaction. Pour les premiers, c’est déjà commencé: on ne demande pas s’il est opportun d’imposer une langue étrangère à des enfants sachant à peine lire et écrire leur langue maternelle; on se questionne quant à savoir si c’est suffisant. Pour les seconds, Gérard Deltell a fait de l’anglicisation des Québécois sa priorité et Pauline Marois ne le dira pas directement, mais il s’agit d’une épine de moins dans son pied, puisque la proposition principale péquiste contenait cette mesure controversée. On va se questionner pour la forme, mais au fond, de la fesse gauche péquiste à la fesse droite libérale, en passant par l’entre-deux adéquiste, pour paraphraser Chatrand, on a déjà capitulé devant le tout-anglais et on a fait du bilinguisme généralisé un objectif incontournable.

Or, cette proposition est extrêmement dangereuse. Dans un contexte nord-américain où le peuple québécois ne forme que 2% de la population continentale, vouloir imposer l’anglais à tous est l’équivalent linguistique de jouer avec de la dynamite autour d’un feu de camp. Autrement dit: le jour où l’ensemble des Québécois saurait parler anglais serait le jour où l’anglais deviendrait la véritable langue commune du Québec. Si tous les Québécois étaient bilingues, pourquoi un immigrant aurait-il le désir d’apprendre notre langue? J’ose le dire: si les membres anglophones d’Arcade Fire, par exemple, faisaient face à un haussement d’épaule à chaque fois qu’ils s’adressaient en anglais à un Québécois dans les commerces, est-ce qu’ils ignoreraient toujours notre langue après dix ans à Montréal? Disons-le clairement: c’est PARCE QUE les Québécois sont de plus en plus bilingues que les anglophones et les immigrants peuvent faire abstraction de notre langue commune.

On a tendance à l’oublier, mais une des raisons ayant précipité la Révolution tranquille fut l’arrivée, à Montréal, de plusieurs centaines de milliers de Québécois unilingues francophones entre 1940 et 1960. Ce contingent d’unilingues fit augmenter de près de 33% la proportion totale d’unilingues francophones dans la métropole. ((LEVINE, M. (1997). La reconquête de Montréal, Montréal, VLB Éditeur, p. 34. )) Contrairement aux Montréalais francophones largement bilingues d’alors, pour qui le bilinguisme équivalait systématiquement à s’écraser devant le pouvoir de l’anglais, les nouveaux unilingues ont réclamé la possibilité de pouvoir s’émanciper collectivement en français. Ils ont également exigé des mesures pour franciser les immigrants, notamment en faisant du français la langue incontournable de la vie en société et la langue normale de l’éducation.

En fixant comme objectif le bilinguisme pour tous les enfants du Québec – car c’est bien ce dont il s’agit – Charest trahit le principal héritage de la Révolution tranquille: le français, langue véritablement commune des Québécois. Il renforce également l’impression, pour les immigrants et la minorité anglophone, que le français ne constitue qu’une langue parmi d’autres, facultative, ne permettant même plus de rejoindre les Québécois puisque ceux-ci deviennent largement bilingues. Une langue inutile, bref, morte, juste bonne pour les sauvages qui la chérissent comme un vieux bibelot poussiéreux.

Pourtant, nous avons l’expérience franco-ontarienne pour nous renseigner sur les conséquences du bilinguisme généralisé dans un contexte minoritaire. Un rapport, publié en 1995, expliquait:

Pour de nombreux jeunes Franco-Ontariens, le français demeure la langue maternelle, mais il devient effectivement une langue seconde, enseignée comme un outil de communication, mais un outil plus ou moins efficace dans le contexte ontarien. Inconsciemment et naturellement, l’anglais, qui était au point de départ la langue seconde, se transforme subrepticement en langue première, celle qui exprime les réalités fondamentales de la vie, celle dont les mots portent une charge émotive, celle qui baigne dans une culture et une histoire ; en d’autres mots, la langue de Shakespeare. Pour plusieurs francophones minoritaires, Molière est rentré à Versailles ; ils ont le français comme langue maternelle, mais l’anglais comme langue première. De la bilinguisation de l’univers culturel, nous passons maintenant à la secondarisation de la langue française.

Voici ce qui risque de se produire ici, d’abord dans les quartiers plus anglophones de Montréal, puis dans les autres quartiers, en banlieue, et éventuellement dans tout le Québec.

Quand une langue minoritaire perd sa principale qualité fonctionnelle, soit celle d’être la seule en mesure de rejoindre toute une communauté, au profit d’une langue plus dominante, elle devient inutile. Autrement dit: le français, actuellement, est tout à fait incontournable pour quiconque désire communiquer avec le 60% d’unilingues francophones. On ne peut pas, dans la plupart des villes du Québec, faire autrement que l’apprendre, même si cette langue n’ouvre que les portes du Québec. Mais si tous les Québécois étaient bilingues, on offrirait le choix à l’immigrant entre l’utilisation d’une langue typiquement québécoise, et une autre permettant de rejoindre, outre l’ensemble des Québécois bilingues, le reste de l’Amérique du Nord et une partie de la planète. La décision ne serait pas difficile à prendre.

En fait, les peuples bilingues, ça n’existe pas. Le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, constitue simplement le passage transitoire d’une langue faible vers une langue forte. Les peuples, les nations et les individus tendent vers l’unité linguistique, c’est-à-dire vers l’utilisation d’un seul et même système linguistique logique et cohérent. C’est ainsi que les Irlandais sont d’abord devenus bilingues, puis ont perdu leur langue. Idem pour la majorité des Franco-Canadiens. Le sondage publié il y a deux semaines le démontre également: le bilinguisme des anglophones de l’ouest canadien est marginal; qui a besoin d’une langue seconde quand cette langue est devenue inutile? Et c’est ce qui va se produire ici si on persiste à dépenser davantage d’énergie à angliciser notre jeunesse qu’à franciser les anglophones sur notre territoire.

Des élites vraiment à l’écoute de l’intérêt supérieur de la nation québécoise n’encourageraient pas son anglicisation, même en l’enrobant d’un bilinguisme indigeste. Elles œuvreraient à rendre indispensable l’intégration en français et n’imposeraient pas une immersion en anglais dans les écoles françaises, mais la francisation généralisée des écoles anglaises. Elles ne demanderaient pas aux citoyens d’apprendre, autrement que par choix personnel, une langue étrangère pour réussir; elles prendraient ses responsabilités et s’assureraient qu’il soit possible, au Québec, de travailler et de réussir sa vie en français.

Toutes les statistiques le démontrent: le français est en recul au Québec. Nous avons le choix: une mort lente et atroce à grand renfort de bilinguisme ou des actions rapides et concrètes pour assurer la survie de notre langue.

Nos élites à Québec, Jean Charest en tête, trahissent la nation québécoise et accélèrent notre anglicisation.

Il serait peut-être temps de se doter d’élites réellement à notre service et qui, plutôt que de vouloir chambouler notre écoles francophones pour y augmenter la présence anglaise, mettraient fin au sur-financement des institutions anglophones d’éducation et en finiraient, une fois pour toutes, avec la menace anglaise au Québec.

Des élites moins repliées sur leur anglomanie et qui seraient en mesure de s’ouvrir à la diversité et à la pluralité d’un monde parlant des centaines et des milliers de langues et où la protection d’une langue comme le français au Québec servirait d’exemple à toutes les autres langues menacées.

En attendant le livre
5 octobre 2010

Il ne s’agit ni d’une pause ni d’un rangement définitif du clavier. C’est l’histoire d’un changement. L’histoire d’une évolution, d’une nouvelle façon de m’exprimer. Si ça se trouve, ça ne fera pas long feu. Mais qui sait. Ça faisait déjà quelques fois que j’en parlais, mais je suis de plus en plus sérieux avec mon projet: je travaille sur un livre et j’ai donc moins de temps à consacrer à ce blogue.

En tant que tel, je fais sensiblement la même chose qu’avant, à l’exception que je retiens volontairement les statistiques que je compile, les liens que je fais, les idées que je propose. Je les garde, égoïstement, avec l’idée de les offrir d’une seule traite, dans un format me permettant de pouvoir aller un peu plus au fond des choses.

Je ne sais pas encore quelle forme définitive cela prendra. J’hésite entre le libre-parler et le « dans ta face » de mon blogue ou l’approche plus factuelle que j’ai pu expérimenter pendant l’année passée à la SSJB ou dans les mémoires que j’ai écrit pour le MMF ou Impératif français. Peut-être y intégrerai-je un peu des deux, quoi que cela devra être bien fait. Le ton devrait ressembler, dans l’idéal, à celui que j’ai adopté lors de la présentation du 23 septembre dernier, à l’Assemblée nationale. Voici d’ailleurs un extrait pour ceux qui n’avaient pas réussi à ouvrir le fichier dans un précédent billet.

En attendant, je recherche, j’accumule, je découvre. J’ai déjà des données que je suis probablement le seul à avoir. Et des idées originales, également. Je ne peux en dire davantage. Qui vivra verra. Ou peut-être pas. Allez savoir.

J’ai découvert plusieurs choses dernièrement:

  1. Mon départ de la SSJB et du MMF (que j’ai choisi, en vérité, afin de garder mon indépendance) pourrait constituer une bonne chose, car j’étais intellectuellement vidé après chaque semaine, tandis que je suis en mesure d’accomplir beaucoup plus de travail personnel en ce moment;
  2. J’ai trop perdu de temps sur Facebook en luttes stériles et en chicanes inutiles. Chaque heure gaspillée pour essayer de convaincre un cabochon de changer d’idée est une heure que j’aurais pu investir pour convaincre mille personnes d’une meilleure manière;
  3. La réputation est quelque chose qui a une certaine importance.  Je me suis tellement foutu des qu’en-dira-t-on que j’ai nui de manière durable à ma réputation auprès d’une certaine clientèle du web.  Je crois que je garderai certaines de mes réflexions pour moi à l’avenir, ou plutôt que je prendrai le temps de mieux choisir mes luttes et de canaliser mes critiques (je n’arrêterai pas de dénoncer l’immobilisme péquiste pour autant, soyez-en sûr);
  4. Le blogue peut être un excellent outil d’auto-promotion, mais il ne peut pas constituer une fin en soi, à moins de se satisfaire d’une situation où il faut perpétuellement condenser son message sans jamais prendre le temps de bien s’expliquer;
  5. Le blogue est temporaire, le livre reste.  Et peu importe la forme du livre du futur (j’ai la conviction que le format papier vit ses dernières heures), un livre est complet par lui-même alors que le blogue ne peut l’être que par le travail acharné de lecteurs persévérants cherchant à relier un ensemble de textes en apparence disparates.  Autrement dit: si je meurs en bloguant, rien ne reste, mais si je meurs après avoir écrit un livre, celui-ci me survit.  Et je survis donc à travers ce livre.  Je façonne une œuvre complète, je finis le casse-tête plutôt que de m’être contenté de numéroter les pièces.

Je ne me suis fixé aucun échéancier précis.   J’aimerais cependant avoir fini la recherche quelque part cet hiver ou au début du printemps, et avoir fini l’écriture vers l’été prochain.  C’est ambitieux, considérant que je ne dispose que de quelques heures par semaine, mais ce n’est pas impossible.   On verra.

En attendant, je reviendrai sûrement écrire ponctuellement sur ce blogue, que ce soit pour dénoncer l’anglomanie de nos élites, la francophobie de nos ennemis ou la situation absolument catastrophique de l’intégration au français dans la région de Montréal (tiens, j’aurais pu écrire un texte sur ces jeunes d’une école secondaire francophone de Laval ayant été au palais de justice pour dénoncer un chauffard ayant tué une de leurs camarades et ayant apporté des affiches unilingues anglaises…).   Vous pourrez juger de la progression du livre selon la fréquence de mes interventions ici.

En attendant, le combat pour le français continue.  Différemment, mais il continue.

« Tant qu’un peuple n’est envahi que dans son territoire, il n’est que vaincu; mais s’il se laisse envahir dans sa langue, il est fini. »
– Louis de Bonald