L’accouplement des ignares
16 février 2012

« Les élèves ne se préoccupaient guère de problèmes nationaux; en fait, ils ne savaient pas qu’il en existait. Ils n’étaient chez eux que dans la partie anglaise de Montréal; par suite de ce que tout le monde leur disait, leur patrie n’était pas le Canada mais l’Empire britannique. »

-Hugh McLennan, parlant de l’attitude des anglophones montréalais de la première moitié du vingtième siècle.

Dans un pays normalement constitué, les extrémistes restent en marge de la société, largement ignorés par une population ayant confiance dans ce qu’elle est et n’ayant pas besoin de participer aux divagations d’êtres intrinsèquement perturbés.

Source de l’image

Dans la nôtre, cependant, on donne un micro à un Stéphane Gendron, qui affirme « qu’à force de focuser (sic) sur l’insécurité linguistique, le Québec s’est appauvri et l’Ontario – qui a dit oui à l’immigration et à la diversité – a fini par nous doubler au passage ». Dans la nôtre, des dizaines de Québécois participent à un blogue raciste et haineux intitulé No Dogs or Anglophones et qui parle de la soi-disant discrimination des anglophones, un concept qui devrait faire rire n’importe quelle personne le moindrement politisée.

Au-delà de notre « insécurité linguistique » nous faisant accepter des discours complètements débiles comme s’ils étaient crédibles, c’est bien parce que nous sommes souvent ignorants de notre propre réalité d’un peuple colonisé que nous tolérons de telles choses. Les anglophones du Québec sont la minorité jouissant des meilleurs privilèges AU MONDE, mais nous l’ignorons parce que les anglophones, repliés sur eux-mêmes et centrés sur leurs petits problèmes, ont fixé le débat sur leurs droits plutôt que sur les nôtres.

L’ignorance au service des anglomanes

Si notre ignorance constitue l’arme des anglomanes, c’est donc dire que la connaissance en constitue l’antidote. S’il faut dénoncer chaque mensonge, faisons-le.

Dans le cas de Gendron, il reprend à son compte un vieil argument des anglophones selon lesquels ce serait la Loi 101 qui serait responsable du déclin du Québec. N’importe quel historien, pourtant, soulignerait à juste titre que le déclin du Québec en tant que première puissance du Canada a eu lieu au cours de la première moitié du vingtième siècle, au même moment où l’est américain perdait son influence au profit des zones plus à l’ouest. C’était à un moment où l’anglais était partout et où les Québécois étaient très dociles et anglicisés que Montréal a perdu son statut de métropole du pays au profit de Toronto. C’était également bien avant la Révolution tranquille que l’Ontario est devenue le véritable moteur du Canada. Affirmer qu’il y a un lien entre la Loi 101 et le déclin du Québec constitue un mensonge éhonté. En fait, on pourrait même affirmer le contraire : la Loi 101 a forcé des entreprises à s’établir au Québec pour recruter des employés francophones comprenant le marché québécois.

De la même manière, quand le raciste tenant la page No Dogs or Anglophones cite Jefferson en suggérant de désobéir à une Loi 101 qui serait profondément injuste, il ne fait qu’honorer la mémoire de ses ancêtres, ces vieux bourgeois de Westmount à l’univers intellectuel s’arrêtant à peu près où commençait l’est de Montréal. S’il avait le moindrement d’éducation ou de connaissances sur le monde, il saurait que la grande majorité des pays et des nations de ce monde ont des lois linguistiques et que la Loi 101 est relativement faible en comparaison de celles-ci. S’il n’était pas à ce point reclus dans ce fantasme du pauvre opprimé anglophone, ne disposant que de 98% de l’Amérique du Nord – le pauvre ! – il pourrait parler de la loi Toubon en France, qui garantit la présence de la langue française, il pourrait parler de l’anglais obligatoire dans le système électoral américain, il pourrait parler de l’absence totale de services en allemand dans de nombreux cantons suisses, du système scolaire slovaque qui n’offre pas le moindre service universitaire à sa minorité linguistique deux fois supérieure proportionnellement aux anglophones du Québec, il pourrait parler de l’État associé d’Åland, qui appartient à la Finlande mais où tout se fait en suédois, il pourrait parler de la Belgique, il pourrait parler des Îles Féroé… Mais non ! Trop compliqué, trop loin ! Mieux vaut se plaindre le ventre plein, assis sur des institutions anglaises croulant sous les subventions et se plaindre des méchants Québécois qui demandent – NOM DE DIEU DE NOM DE DIEU – d’avoir le droit d’exister.

L’écho que trouve les paroles débiles et profondément aliénantes des extrémistes anglomanes au sein d’une partie de la population québécoise témoigne de notre échec à rendre la Révolution tranquille permanente. Nous avons obtenu des droits, mais plutôt que d’en assurer la pérennité par une éducation nationale faisant état des réalités linguistiques dans le monde, nous avons légiféré en croyant que tout était réglé. Au même moment, on déracinait l’éducation nationale, préférant former de parfaits petits affairistes égoïstes plutôt que des citoyens ouverts sur la réalité de la pluralité du monde et sur la nécessité de protéger cette pluralité en défendant notre langue menacée.

Pendant les années soixante et soixante-dix, nous avons récolté les fruits de décennies, voire de siècles de combats pour notre survie. Plutôt que de continuer la lutte, de l’achever, nous avons préféré déraciner nous-mêmes la plante qui a mis si long à pousser dans un sol aride. Et nous observons, l’air béat, quelques ignares d’en face, accouplés aux ignares de chez nous, tenter d’engendrer une race de super-ignares aussi désespérément abrutie qu’eux.

S’il y a bien une seule loi que nous avons besoin non pas d’affaiblir mais de renforcer, c’est bien la Loi 101. S’il fallait seulement boucher ses trous et la rendre égale à ce qui se fait ailleurs dans le monde, nous n’aurions alors d’autre choix que de mettre fin au sur-financement des institutions de langue anglaise. Nous pourrions enfin mettre un terme à cette fantastique farce que constitue le 29% du financement universitaire pour des services à une minorité historique formant 5,6% de la population.

Il nous faudrait également aller plus loin et reconnaître que l’égalité législative avec ce qui se fait ailleurs sur cette planète est insuffisante ; elle ne correspond pas à l’ampleur de la menace qui pèse sur nous.

Il nous faudrait alors agir comme de nombreux peuples et de nombreuses nations, indépendants ou non, et mettre un terme au financement de services dans une langue étrangère. La collectivité québécoise devrait enfin fonctionner dans la langue des Québécois de la même manière que les collectivités autour du monde fonctionnent dans leurs langues respectives.

Le seul prérequis : une révolution. Pas dans la rue, mais dans nos têtes. Commencer par réapprendre ce que nous avons oublié à trop écouter les les extrémistes anglophones ou les lavettes identitaires comme Gendron : nous avons le droit d’exister et nous avons le droit de prendre les mesures nécessaires pour assurer cette existence.

Ce n’est pas gagné.

L’accouplement des ignares
16 février 2012

« Les élèves ne se préoccupaient guère de problèmes nationaux; en fait, ils ne savaient pas qu’il en existait. Ils n’étaient chez eux que dans la partie anglaise de Montréal; par suite de ce que tout le monde leur disait, leur patrie n’était pas le Canada mais l’Empire britannique. »

-Hugh McLennan, parlant de l’attitude des anglophones montréalais de la première moitié du vingtième siècle.

Dans un pays normalement constitué, les extrémistes restent en marge de la société, largement ignorés par une population ayant confiance dans ce qu’elle est et n’ayant pas besoin de participer aux divagations d’êtres intrinsèquement perturbés.

Source de l’image

Dans la nôtre, cependant, on donne un micro à un Stéphane Gendron, qui affirme « qu’à force de focuser (sic) sur l’insécurité linguistique, le Québec s’est appauvri et l’Ontario – qui a dit oui à l’immigration et à la diversité – a fini par nous doubler au passage ». Dans la nôtre, des dizaines de Québécois participent à un blogue raciste et haineux intitulé No Dogs or Anglophones et qui parle de la soi-disant discrimination des anglophones, un concept qui devrait faire rire n’importe quelle personne le moindrement politisée.

Au-delà de notre « insécurité linguistique » nous faisant accepter des discours complètements débiles comme s’ils étaient crédibles, c’est bien parce que nous sommes souvent ignorants de notre propre réalité d’un peuple colonisé que nous tolérons de telles choses. Les anglophones du Québec sont la minorité jouissant des meilleurs privilèges AU MONDE, mais nous l’ignorons parce que les anglophones, repliés sur eux-mêmes et centrés sur leurs petits problèmes, ont fixé le débat sur leurs droits plutôt que sur les nôtres.

L’ignorance au service des anglomanes

Si notre ignorance constitue l’arme des anglomanes, c’est donc dire que la connaissance en constitue l’antidote. S’il faut dénoncer chaque mensonge, faisons-le.

Dans le cas de Gendron, il reprend à son compte un vieil argument des anglophones selon lesquels ce serait la Loi 101 qui serait responsable du déclin du Québec. N’importe quel historien, pourtant, soulignerait à juste titre que le déclin du Québec en tant que première puissance du Canada a eu lieu au cours de la première moitié du vingtième siècle, au même moment où l’est américain perdait son influence au profit des zones plus à l’ouest. C’était à un moment où l’anglais était partout et où les Québécois étaient très dociles et anglicisés que Montréal a perdu son statut de métropole du pays au profit de Toronto. C’était également bien avant la Révolution tranquille que l’Ontario est devenue le véritable moteur du Canada. Affirmer qu’il y a un lien entre la Loi 101 et le déclin du Québec constitue un mensonge éhonté. En fait, on pourrait même affirmer le contraire : la Loi 101 a forcé des entreprises à s’établir au Québec pour recruter des employés francophones comprenant le marché québécois.

De la même manière, quand le raciste tenant la page No Dogs or Anglophones cite Jefferson en suggérant de désobéir à une Loi 101 qui serait profondément injuste, il ne fait qu’honorer la mémoire de ses ancêtres, ces vieux bourgeois de Westmount à l’univers intellectuel s’arrêtant à peu près où commençait l’est de Montréal. S’il avait le moindrement d’éducation ou de connaissances sur le monde, il saurait que la grande majorité des pays et des nations de ce monde ont des lois linguistiques et que la Loi 101 est relativement faible en comparaison de celles-ci. S’il n’était pas à ce point reclus dans ce fantasme du pauvre opprimé anglophone, ne disposant que de 98% de l’Amérique du Nord – le pauvre ! – il pourrait parler de la loi Toubon en France, qui garantit la présence de la langue française, il pourrait parler de l’anglais obligatoire dans le système électoral américain, il pourrait parler de l’absence totale de services en allemand dans de nombreux cantons suisses, du système scolaire slovaque qui n’offre pas le moindre service universitaire à sa minorité linguistique deux fois supérieure proportionnellement aux anglophones du Québec, il pourrait parler de l’État associé d’Åland, qui appartient à la Finlande mais où tout se fait en suédois, il pourrait parler de la Belgique, il pourrait parler des Îles Féroé… Mais non ! Trop compliqué, trop loin ! Mieux vaut se plaindre le ventre plein, assis sur des institutions anglaises croulant sous les subventions et se plaindre des méchants Québécois qui demandent – NOM DE DIEU DE NOM DE DIEU – d’avoir le droit d’exister.

L’écho que trouve les paroles débiles et profondément aliénantes des extrémistes anglomanes au sein d’une partie de la population québécoise témoigne de notre échec à rendre la Révolution tranquille permanente. Nous avons obtenu des droits, mais plutôt que d’en assurer la pérennité par une éducation nationale faisant état des réalités linguistiques dans le monde, nous avons légiféré en croyant que tout était réglé. Au même moment, on déracinait l’éducation nationale, préférant former de parfaits petits affairistes égoïstes plutôt que des citoyens ouverts sur la réalité de la pluralité du monde et sur la nécessité de protéger cette pluralité en défendant notre langue menacée.

Pendant les années soixante et soixante-dix, nous avons récolté les fruits de décennies, voire de siècles de combats pour notre survie. Plutôt que de continuer la lutte, de l’achever, nous avons préféré déraciner nous-mêmes la plante qui a mis si long à pousser dans un sol aride. Et nous observons, l’air béat, quelques ignares d’en face, accouplés aux ignares de chez nous, tenter d’engendrer une race de super-ignares aussi désespérément abrutie qu’eux.

S’il y a bien une seule loi que nous avons besoin non pas d’affaiblir mais de renforcer, c’est bien la Loi 101. S’il fallait seulement boucher ses trous et la rendre égale à ce qui se fait ailleurs dans le monde, nous n’aurions alors d’autre choix que de mettre fin au sur-financement des institutions de langue anglaise. Nous pourrions enfin mettre un terme à cette fantastique farce que constitue le 29% du financement universitaire pour des services à une minorité historique formant 5,6% de la population.

Il nous faudrait également aller plus loin et reconnaître que l’égalité législative avec ce qui se fait ailleurs sur cette planète est insuffisante ; elle ne correspond pas à l’ampleur de la menace qui pèse sur nous.

Il nous faudrait alors agir comme de nombreux peuples et de nombreuses nations, indépendants ou non, et mettre un terme au financement de services dans une langue étrangère. La collectivité québécoise devrait enfin fonctionner dans la langue des Québécois de la même manière que les collectivités autour du monde fonctionnent dans leurs langues respectives.

Le seul prérequis : une révolution. Pas dans la rue, mais dans nos têtes. Commencer par réapprendre ce que nous avons oublié à trop écouter les les extrémistes anglophones ou les lavettes identitaires comme Gendron : nous avons le droit d’exister et nous avons le droit de prendre les mesures nécessaires pour assurer cette existence.

Ce n’est pas gagné.

QuebecLeaks: le mépris de Luc Lefebvre
10 mars 2011

Le lancement de « Kwebek Leaks », dont le porte-parole, Luc Lefebvre, est un ancien organisateur péquiste frustré, a été un flop total selon Steve Proulx. Pour ma part, ce n’est pas le fait que le lancement ait été réussi ou non qui m’importe. La seule chose qui m’importe, est que ce projet est dirigé par Luc Lefebvre et que Luc Lefebvre est un anglomane ne respectant pas le caractère français du Québec.

Source: Presse Canadienne.

Disons-le d’emblée: on ne peut pas faire abstraction du contenant quand il est question de « Kwebek Leaks », pas plus qu’on se satisferait d’un met délicat et suave dans un restaurant malpropre. L’idée derrière le projet peut être bonne, mais le fait qu’on ait choisi un titre en anglais et que le site web est entièrement bilingue anglais-français discrédite toute prétention à un mouvement citoyen typiquement québécois.

On répond pourtant: « Oui, mais « leaks » fait référence à « Wikileaks » donc il est important de l’avoir dans le nom ». Non. On aurait très bien pu nommer ce projet « Transparence Québec », par exemple, comme l’ont suggéré des citoyens sur Facebook. Si la réussite d’un projet comme celui-ci nécessite de lui accoler une expression dans une langue étrangère, alors ce projet ne peut être considéré comme étant spécifiquement québécois.

On répond aussi: « Le site est en français pour les Québécois, mais en anglais pour l’international ». En anglais pour « l’international »? Robin Philpot l’écrivait pourtant hier, dans l’Aut’journal: moins de 5% de la population mondiale a l’anglais comme langue maternelle et cette proportion est en constante diminution. Si on désirait réellement communiquer à l’international – ce qui, du reste, paraît suspect quand on se prétend un projet citoyen québécois désirant agir pour le Québec – on devrait peut-être le faire d’abord en mandarin, en hindi ou en espagnol, des langues rejoignant davantage de locuteurs. Un site réellement multilingue, voilà qui serait pertinent et tout à fait possible de réaliser avec les moyens techniques actuels.

Or, en choisissant seulement l’anglais et le français, Luc Lefebvre fait un choix politique et ce choix contribue à faire de notre langue au Québec l’équivalent de l’anglais, rendant, comme le soulignait déjà René Lévesque il y a plusieurs décennies, la décision de l’immigrant de s’intégrer ou non dans notre langue beaucoup plus ardue puisque le français n’y apparaît plus comme une langue incontournable.

Qui est Luc Lefebvre?

Ce mépris du français, affiché par Luc Lefebvre, ne devrait pas nous surprendre. Son profil Facebook place bien en exergue trois citations écrites dans la langue de Shakespeare, démontrant son attrait pour cette langue, mais il faut aller plus loin pour bien comprendre de quelle façon cet individu considère le français comme étant un canard boîteux devant s’effacer devant la toute-puissante langue impériale anglaise.

Luc Lefebvre, avant de créer son Kwebek Leaks, a participé à plusieurs forums sur Internet, notamment celui des Loco Locass. Son pseudo? Redsaber. Un autre nom en anglais, évidemment. Il a écrit des milliers de messages sur ce forum et il serait extrêmement fastidieux d’en faire une analyse précise, mais on peut déjà présenter quelques cas intéressants.

  1. Mépris d’un individu exigeant une traduction d’un de ses commentaires en anglais. Un participant au forum a demandé gentiment à M. Lefebvre de traduire un commentaire écrit en anglais. M. Lefebvre lui a répondu: « Va apprendre l’anglais esti d’inculte! ». LIEN.
  2. Mépris de ceux qui ne parlent pas anglais. M. Lefebvre, plutôt que de traduire un passage pour un commentateur, lui a répondu: « Alors arrête de me faire chier, et va te trouver des amis pour apprendre l’anglais. » LIEN.
  3. Mépris de ceux qui ne parlent pas anglais (bis). Encore une fois, M. Lefebvre dévalorise ceux qui ne parlent pas cette langue étrangère: « C’est vous autres les 2 caves qui savez pas lire en anglais ici, pas moi. » LIEN.
  4. Mépris du caractère français du Québec. Luc Lefebvre a également écrit: « Et le Québec lui? Son histoire est pas francaise/anglaise? […] En quoi suis-je plus colonisé que toi si je crois que mon pays, le Québec, est Français, et malgré tout, anglais? » LIEN. Aucun respect pour la Loi 101, pour la libération linguistique des Québécois… On voit déjà ici ce qui a mené à la situation actuelle: M. Lefebvre rejette tout l’aménagement linguistique québécois basé sur l’unilinguisme français.
  5. Anglomanie. À un commentateur qui se plaignait de la difficulté à travailler en français, Luc Lefebvre lui a répondu: « Apprends l’anglais, l’reste de la planète le parle. » Lorsque quelqu’un lui a fait remarquer qu’il devrait alors apprendre le mandarin puisque c’est effectivement la langue la plus parlée sur la planète, il l’a traité d’ « emmerdant » avec ses « histoires de colonisés ».  LIEN.

On pourrait ajouter un point un peu cocasse, bien qu’il ne soit pas directement relié à la langue. Luc Lefebvre a communiqué avec les médias sous le pseudonyme de l’intellectuel – anglophone, cela va de soi – Noam Chomsky, qui est considéré comme un anarchiste de mouvance socialiste. Assange, fondateur de Wikileaks, est aussi considéré, selon certains, comme un anarchiste. Mais que pensait vraiment Lefebvre de l’anarchisme, il y a quelques années à peine: « Je blagues [sic] pas quand je parles des anarchistes, ils devraient vraiment disparaître de la surface du globe. C’est du pu [sic] dans une plaie trop longtemps ouverte. » LIEN.

En fait, il serait possible de continuer très longtemps à analyser ses commentaires. La contribution de Luc Lefebvre au débat linguistique, depuis plusieurs années, se résume à la promotion constante de l’anglais dans toutes les sphères de la société, au mépris de ceux qui ne le parlent pas, à la valorisation de l’anglais au Québec et à l’appui au bilinguisme généralisé. Il nage dans la langue anglaise, il s’y baigne tellement qu’il a fini par considérer que la normalité était de la parler et que quiconque s’opposerait à sa soi-disant suprématie serait un « colonisé ».

Or, et pour revenir à nos moutons, toujours pour parler de Luc Lefebvre, comment pourrait-on dissocier le noble but de « Kwebek Leaks » – partager de l’information sensible – du mépris total de notre langue commune démontré par son porte-parole, non seulement par ses écrits passés, mais par son anglomanie présente, telle que démontrée par le nom de l’organisme et le site web faisant une large place à l’anglais?

À tous les jours, on demande aux Québécois de se respecter. On leur dit de refuser d’acheter dans un commerce où leur langue n’est pas respectée. Même le gouvernement du Québec distribue des autocollants marqués « Ici, on commerce en français ». Parfois, on se prive d’un bel achat. On a les mains pleines, mais on laisse tout tomber et on s’en va sans rien acheter parce qu’on n’a pu respecter notre langue nationale. On le fait par conviction, parce qu’on comprend que notre langue ne peut s’échanger ni contre un objet quelconque ni sous le prétexte de faire trembler des Grands.

Des Grands qui sont grands parce que nous sommes petits, désunis, et que nous avons fait passer nos intérêts individuels avant ceux de la collectivité. Une collectivité francophone, n’en déplaise à M. Lefebvre.

Faudra-t-il boycotter « Kwebek Leaks »?

Pas parce que l’idée est mauvaise.

Parce que notre langue n’a pas de prix: aucune révélation ne mérite qu’on lui manque de respect.

Le français, au Québec, sera toujours aussi fort que notre capacité à l’imposer comme langue incontournable de toutes les affaires publiques.