Laval, une ville perdue pour le français ?
20 juin 2019

Il y a un peu moins d’une dizaine d’années, je compilais des statistiques sur ce que j’appelais alors une invasion anglophone à Laval. Presque une décennie plus tard, les choses ont-elles changé ? Pas vraiment.

La carte interactive ci-dessous (basée sur les aires de diffusion de Statistique Canada) fait état de l’indice de vitalité linguistique (IVL) de l’anglais et du français à Laval. Cet indice est calculé en divisant le nombre de locuteurs de langue d’usage par celui de langue maternelle ; un résultat de 1 constitue un équilibre linguistique parfait. J’ai ensuite soustrait l’IVL français à partir de l’IVL anglais pour obtenir un différentiel de vitalité. En clair, si le différentiel est positif, il y a une plus forte vitalité anglaise (rouge sur la carte) et, à l’inverse, si le résultat est négatif, c’est le français qui jouit d’une plus forte vitalité (bleu sur la carte).

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Le résultat est aussi clair que déprimant : sauf quelques rares exceptions, la carte est presque entièrement rouge. Dans presque tous les quartiers de Laval, c’est l’anglais qui prime, c’est l’anglais qui gagne des points, c’est l’anglais qui transforme des locuteurs qui avaient une langue maternelle autre en langue d’usage anglaise. C’est l’anglais qui, dans une nation soi-disant de langue française, « intègre ».

Ce qui est encore plus inquiétant est la force de cet attrait de l’anglais : dans de nombreux quartiers, l’IVL anglais dépasse 2, voire 3, ce qui est énorme ! Par exemple, le secteur 185, autour du métro Cartier, a seulement 1,3% de sa population de langue maternelle anglaise, mais 5,3% qui ont l’anglais comme langue d’usage, pour un IVL de 4.11 ! Que de telles anomalies se produisent dans un deux quartiers serait surprenant mais possible, mais ce genre de données se répète un peu partout dans toute la ville de Laval.

La Loi 21 constitue peut-être un pas dans la bonne direction, considérant l’ampleur de l’immigration massive qu’on nous impose — tout ce qui peut rendre le Québec moins accueillant pour un immigrant constitue une avancée — mais il faudra des mesures beaucoup plus agressives et ciblant directement les privilèges anglais, des privilèges qu’aucune autre majorité sur cette planète n’accorde à sa minorité.

Si nous continuons d’attendre, Laval sera perdue. D’ailleurs, il est peut-être déjà trop tard…

HEC : Intégration ou capitulation ?
3 mars 2012

« Ces étudiants-là n’échappent pas complètement au français. Ils vont à la cafétéria manger du pâté chinois et non du Chinese pâté. Ils sont confrontés au français, puisqu’ils baignent dans un environnement en français ».

Kathleen Grant, directrice des communications HEC Montréal, parlant du nouveau programme unilingue anglais des HEC.

kathleen.grant@hec.ca

La lettre ouverte de Michel Patry, directeur des HEC, en réponse à la polémique autour de l’anglicisation de ce qui fut jadis une grande université francophone, et en complément de cette incroyable ânerie proférée par Kathleen Grant, est sublime. J’aimerais trouver un meilleur mot, mais je dois me contenter de celui-ci. En quelques paragraphes bâclés, il ressasse l’ensemble des préjugés qui gangrènent actuellement notre société et limite sa capacité à assurer non seulement le futur de sa langue, mais également de son éducation en tant que bien collectif.

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Premier préjugé : « l’ouverture » à la mondialisation.

Sa lettre étant intitulée « S’ouvrir à la mondialisation », cette préconception est centrale : l’auteur considère que c’est la langue anglaise qui permet de « s’ouvrir sur la mondialisation ». Le problème avec cette vision est qu’elle est extrêmement myope sur le le long terme. D’un côté elle part du principe que la « mondialisation » constitue une fin en soi et que ce processus serait souhaitable. D’un autre, elle sous-entend que cette « mondialisation » serait durable. Et finalement, que cette « mondialisation » ne devrait se faire qu’en anglais.

Or, tous ces arguments ne sont que des opinions. La mondialisation peut être souhaitable ou non ; il y a là matière à débats. Cette mondialisation se vit-elle en anglais ? Oui, en partie dans le cas des affaires, dans une certaine partie du monde. Dans une autre partie, elle se fait en russe, en mandarin, en japonais. Et partout, sauf exception, la langue anglaise perd de son lustre en tant que lingua franca, un peu au même moment où son dollar perd son statut de valeur refuge.

Donc, si on part du principe que la mondialisation est quelque chose de souhaitable – ce qui reste à démontrer, comme je l’ai écrit, et nous en reparlerons à une autre occasion – l’anglicisation des HEC contribue à favoriser la formation de futurs étudiants adaptés au monde d’hier. Des individus qui arriveront sur le travail à un moment où c’est le mandarin qui sera en demande et où une armée d’anglicisés se battra pour un nombre de postes réduits. On est loin d’une « relève québécoise [qui] mérite une excellente formation qui la prépare à affronter une concurrence de plus en plus mondialisée ».

Deuxième préjugé : la mission des HEC.

Tout au long de son texte, M. Patry propose un argumentaire selon lequel il serait normal que les HEC favorisent la compétitivité avec le reste du monde. Il propose donc cette anglicisation comme une manière d’y arriver. Cela pose un problème fondamental : en quoi le fait d’angliciser notre jeunesse contribuerait-il à nous donner, collectivement, un avantage sur le reste de la planète ?

Qu’on me comprenne bien : ce qui fait notre spécificité, ce qui constitue notre avantage, c’est PRÉCISÉMENT le fait que nous parlions français. Cela FORCE les entreprises désireuses de s’établir au Québec à s’assurer une maîtrise de notre langue. Ce n’est pas en parlant anglais que nous serions plus « compétitifs ». Nous serions simplement plus faibles car nous perdrions une partie de nous-mêmes, de ce qui fait notre originalité, notre spécificité.

Individuellement, un étudiant qui apprend l’anglais pourrait quitter pour les États-Unis, y gagner beaucoup d’argent, et grand bien lui fasse. Cela nous ramène cependant à la mission d’une université financée par l’État. Celle-ci ne doit pas avoir comme objectif l’enrichissement individuel et le bien-être d’individus qui peuvent ensuite quitter le Québec et s’enrichir ailleurs ; elle doit valoriser l’enrichissement collectif des Québécois en respectant nos valeurs profondes.

En anglicisant nos jeunes, nous n’enrichissons pas le Québec. Nous ne le rendons pas plus compétitif. Nous contribuons seulement à saper le fondement de notre aménagement linguistique et à affaiblir notre capacité à vivre chez nous selon nos valeurs. Nous ne sommes pas compétitifs ; nous sommes à genoux.

Troisième préjugé : l’intégration.

La pire des conneries proposées par M. Patry est celle-ci :

HEC Montréal se fait aussi un devoir d’offrir aux différentes communautés linguistiques, d’ici et d’ailleurs, des cheminements facilitant l’intégration d’étudiants dont le français n’est pas la langue maternelle. Nous observons que plusieurs étudiants étrangers souhaitent connaître le Québec, et même s’y installer. Si nous ne mettons pas en place les structures d’accueil facilitant leurs études et leur intégration, un établissement comme le nôtre les perdra […].

Suivez-moi bien, parce que c’est incroyablement loufoque. M. Patry suggère que nous renforcerions le français et l’intégration des immigrants en leur facilitant l’accès à l’anglais. Nous ferions venir des gens de l’autre bout du monde, nous leur enfoncerions de l’anglais dans la gorge du matin au soir, ceux-ci pourraient ensuite se faire servir en anglais un peu partout au centre-ville (merci à la bilinguisation forcée de notre jeunesse), et cela renforcerait leur intégration.

M. Patry nous prend pour des idiots.

En terme de connerie, c’est à peine un iota moins pire que Kathleen Grant, directrice des communications HEC Montréal, qui avait affirmé que les étudiants étrangers s’intégreraient parce qu’ils commanderaient du pâté chinois à la cafétéria et non pas du « chinese paté ».

Désolé de faire éclater ses fantasmes, mais ce n’est pas davantage en parlant anglais qu’on s’intègre à la langue française que c’est en larguant des bombes sur un pays qu’on y fait la paix. Les études – toutes les études – ont démontré que c’est le travail qui est le principal vecteur d’intégration. Et les études ont également démontré que la langue de la scolarité influe directement sur la langue du travail. Ce n’est pas en achetant du pâté chinois plutôt que du « chinese pâté » qu’on s’intègre, n’en déplaise aux bouffons qui dirigent ce trou noir de l’intelligence dont le statut d’université devrait faire honte à quiconque a ne serait-ce que des connaissances de base sur le processus d’intégration des immigrants.

En clair, on ne participe pas à l’intégration des immigrants en les éduquant, à nos frais, en anglais. On participe plutôt à leur exclusion, on encourage leur replis sur soi et on nuit à leur capacité et à leur désir à apprendre la langue des Québécois. On leur lance le message suivant : « Jusqu’au cœur des institutions québécoises, c’est l’anglais qui vous ouvre les portes ». Croyez-vous sérieusement qu’on va intégrer un immigrant de cette manière ? Cet argument de M. Patry est indigne de sa fonction.

« Sucer debout, c’est ça se tenir drette »

C’est le groupe Loco Locass qui chantait : « Sucer debout, c’est ça se tenir drette ». Bien qu’il parlait du Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party et de ses liens incestueux avec le monde des affaires, on pourrait appliquer cet adage aux HEC.

D’une institution dont le premier président Canadien-français fut Esdras Minville, un économiste n’ayant de cesse de dénoncer l’anglomanie de ses pairs et désireux de faire des HEC le fer de lance de l’affirmation nationale des Québécois en matière d’économie, les HEC sont devenus l’équivalent des Business schools anglo-saxonnes privées, formant avant-tout des individus et oublieuse de son rôle social.

L’éducation constitue un bien collectif. La preuve est son large financement par l’État, qui espère recevoir des retombées via une population plus éduquée, des salaires plus élevés, des citoyens moins susceptibles d’avoir affaire avec le système judiciaire.

Quand les HEC s’anglicisent, ils favorisent avant tout le rejet des valeurs de la collectivité et l’ouverture d’horizons permettant à ses étudiants d’aller enrichir le pays voisin. Après avoir investi des centaines de milliers de dollars dans un étudiant, l’État le voit quitter pour les États-Unis (ou ailleurs) et y payer des impôts. C’est aussi cela, le risque de l’anglicisation.

Les HEC agissent comme une entreprise privée, mais ils sont payés avec l’argent de nos impôts. Il y a là une incompatibilité totale.

L’institution doit choisir. Ou bien elle est une université québécoise et elle participe au développement collectif des Québécois dans la langue des Québécois, ou bien elle est une université privée anglicisant le monde entier chez nous et participant à notre recul collectif au nom de ses intérêts mercantiles.

Si l’université ne peut trancher, le gouvernement devrait le faire.

À supposer qu’on ait un gouvernement, évidemment, car dès qu’il est question de protection de nos intérêts collectifs, il est bien silencieux…

* * *

Je vous invite également à lire ce texte, qui en dit davantage sur l’auteur et la génération qu’il représente que sur ses idées. Si ce n’était de l’anglomanie de La Presse, un tel texte n’aurait évidemment pas été publié.

Voici ma réponse :

JE suis dans la trentaine,
J’ai choisi les HEC,
JE n’y suis pas allé avec l’intention,
ME trouver un emploi,
JE suis né,
J’aime MA langue,
J’y élève MA famille,
J’apprends,
JE peux,
JE suis dans la jeune trentaine…

Et de quelle nom JE parle-t-il au nom de NOUS ?

Quelle génération, quand même, que celle de tous ces petits égocentriques centrés sur leur nombril et qui prétendent parler au nom des autres.

Qu’ils continuent à prôner notre anglicisation.

Dans NOTRE histoire, les colonisés comme ceux-là ne sont que du vent.

À leur mort, puisque de toute leur vie ils n’ont parlé qu’au JE et ont négligé le NOUS, rien ne leur survit.

* * *

Un texte qu’il faut lire : Le chiard et le Chinese pâté.

[directrice des communications HEC Montréa

Frais de scolarité : la perspective nationale
19 février 2012

Dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, il y a un enjeu qui est totalement laissé de côté : celui de la perspective nationale. Si l’éducation constitue un bien public, et si le gouvernement est honnête dans sa rhétorique selon laquelle les frais imposés aux étudiants permettraient d’augmenter le financement de 216 millions de dollars pour les universités, il aurait alors fallu se demander s’il n’y avait pas une manière d’aller chercher cette somme sans imposer ce fardeau supplémentaire aux étudiants québécois.



Source de l’image

La hausse des frais de scolarité est injuste. Cela est une évidence, car l’ensemble des études démontrent non seulement qu’elle entraîne une baisse de la fréquentation, mais également une augmentation des coûts pour l’État car les individus moins éduqués sont en général plus souvent malades, ont plus souvent affaire avec la justice et profitent généralement davantage du chômage.

Existe-t-il une manière d’augmenter le financement sans s’en prendre aux étudiants québécois ?

La réponse est OUI : l’éducation étant un bien collectif et ce bien collectif appartenant aux Québécois, qui ont la langue française comme langue nationale, il suffirait de faire payer le plein prix aux étudiants canadiens et étrangers qui fréquentent les universités de langue anglaise. Autrement dit : il ne faut plus accepter que des gens viennent contribuer à notre anglicisation à nos frais. Si des étudiants d’ailleurs veulent étudier à McGill, Concordia ou Bishop’s, qu’ils paient le prix complet de leur éducation.

Le tableau ci-haut devrait convaincre n’importe quel lecteur de l’importance numérique des étudiants canadiens et étrangers dans les universités de langue anglaise. En 2008, il y avait 11 447 étudiants étrangers et 13 452 étudiants canadiens dans les trois universités de langue anglaise au Québec, des universités devant, théoriquement, s’adresser à la minorité nationale. À McGill, il significatif de noter que près d’un étudiant sur deux ne vient pas du Québec.

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

La nécessité de la cohérence

Cette solution est d’une simplicité désarmante. Parfois, les meilleures solutions le sont. Outre sa simplicité, elle a également le mérite d’être cohérente et de s’opposer aux arguments fallacieux à la fois de fédérations étudiantes préférant faire les yeux doux aux anglophones et d’un gouvernement ayant choisi la voie de la marchandisation de l’éducation.

Actuellement, le débat porte principalement sur les conséquences INDIVIDUELLES des choix éducatifs. Pour les étudiants, sauf de rares exceptions, on parle principalement des conséquences personnelles, de l’incapacité à allier travail et études, des risques de décrochage, etc. Au gouvernement, on rétorque que l’éducation constitue un investissement et qu’il serait donc logique d’investir dans son avenir individuel puisqu’il y aurait un salaire plus élevé en bout de piste.

Ces deux arguments sont incomplets parce qu’ils partent du principe que l’éducation est un bien individuel.

L’éducation, au contraire, constitue un bien collectif à partir du moment où l’État en assume ne serait-ce qu’une partie. Si l’État paie pour celle-ci, c’est parce qu’il a été démontré que l’éducation est rentable collectivement, qu’elle permet d’améliorer la société. L’État ne paie pas pour la réussite individuelle de chaque élève, mais pour la réussite COLLECTIVE de la société.

Ainsi, si l’éducation constitue un bien national profitant à l’ensemble de la collectivité québécoise et si la langue de la nation québécoise est le français, ne serait-il pas normal de s’attendre à ce que les étudiants canadiens et étrangers participant à notre anglicisation paient l’entièreté de leur éducation ? Ne serait-il pas normal, plutôt que de répartir la hausse des coûts également sur l’ensemble des étudiants, québécois, canadiens, étrangers, francophones, anglophones, de viser en priorité ceux dont le retour prévu pour la collectivité est le plus faible ?

Quand on sait que près d’un médecin sur deux formé à McGill quitte pour les États-Unis après sa formation, quand on sait que les étudiants étrangers retournent le plus souvent chez eux après avoir terminé leurs études, privant ainsi la société québécoise des fruits de l’investissement, pourquoi ne demanderait-on pas à ceux-ci de payer le juste coût de leur formation ? Dès qu’on a compris que l’éducation constitue un bien collectif, il devient sensé d’exiger que ceux qui ne participent pas durablement à cette collectivité paient plus cher que les autres.

L’idéal, bien sûr, serait de faire du Québec une nation normale, à l’image des autres sur cette planète, qui ne financent qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. L’idéal, ce serait évidemment que les universités de langue anglaise – financées à 29,3% du budget total – soient intégrées dans un seul réseau francophone avec quelques services correspondant au 5,6% de la population que constitue la minorité anglophone historique. L’idéal serait que le réseau d’éducation national dans la langue nationale soit entièrement gratuit de la maternelle au doctorat.

Même si ce monde est imparfait, nous pouvons néanmoins tendre vers une plus grande perfection. Celle-ci exige à tout le moins de reconnaître qu’il est injuste de faire payer si peu pour des étudiants d’ailleurs venant s’angliciser et nous angliciser chez nous.

Nous devons également reconnaître qu’une sortie de la crise actuelle respectant le caractère public de l’éducation consiste à ne pas cracher sur le demi-milliard de dollars que nous perdons en continuant à subventionner le monde entier pour qu’il vienne affaiblir pour quelques années notre langue avant de repartir créer de la richesse ailleurs.

À quand une véritable politique d’éducation nationale réellement accessible et au service de la nation québécoise ?

Frais de scolarité : la perspective nationale
19 février 2012

Dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, il y a un enjeu qui est totalement laissé de côté : celui de la perspective nationale. Si l’éducation constitue un bien public, et si le gouvernement est honnête dans sa rhétorique selon laquelle les frais imposés aux étudiants permettraient d’augmenter le financement de 216 millions de dollars pour les universités, il aurait alors fallu se demander s’il n’y avait pas une manière d’aller chercher cette somme sans imposer ce fardeau supplémentaire aux étudiants québécois.



Source de l’image

La hausse des frais de scolarité est injuste. Cela est une évidence, car l’ensemble des études démontrent non seulement qu’elle entraîne une baisse de la fréquentation, mais également une augmentation des coûts pour l’État car les individus moins éduqués sont en général plus souvent malades, ont plus souvent affaire avec la justice et profitent généralement davantage du chômage.

Existe-t-il une manière d’augmenter le financement sans s’en prendre aux étudiants québécois ?

La réponse est OUI : l’éducation étant un bien collectif et ce bien collectif appartenant aux Québécois, qui ont la langue française comme langue nationale, il suffirait de faire payer le plein prix aux étudiants canadiens et étrangers qui fréquentent les universités de langue anglaise. Autrement dit : il ne faut plus accepter que des gens viennent contribuer à notre anglicisation à nos frais. Si des étudiants d’ailleurs veulent étudier à McGill, Concordia ou Bishop’s, qu’ils paient le prix complet de leur éducation.

Le tableau ci-haut devrait convaincre n’importe quel lecteur de l’importance numérique des étudiants canadiens et étrangers dans les universités de langue anglaise. En 2008, il y avait 11 447 étudiants étrangers et 13 452 étudiants canadiens dans les trois universités de langue anglaise au Québec, des universités devant, théoriquement, s’adresser à la minorité nationale. À McGill, il significatif de noter que près d’un étudiant sur deux ne vient pas du Québec.

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

La nécessité de la cohérence

Cette solution est d’une simplicité désarmante. Parfois, les meilleures solutions le sont. Outre sa simplicité, elle a également le mérite d’être cohérente et de s’opposer aux arguments fallacieux à la fois de fédérations étudiantes préférant faire les yeux doux aux anglophones et d’un gouvernement ayant choisi la voie de la marchandisation de l’éducation.

Actuellement, le débat porte principalement sur les conséquences INDIVIDUELLES des choix éducatifs. Pour les étudiants, sauf de rares exceptions, on parle principalement des conséquences personnelles, de l’incapacité à allier travail et études, des risques de décrochage, etc. Au gouvernement, on rétorque que l’éducation constitue un investissement et qu’il serait donc logique d’investir dans son avenir individuel puisqu’il y aurait un salaire plus élevé en bout de piste.

Ces deux arguments sont incomplets parce qu’ils partent du principe que l’éducation est un bien individuel.

L’éducation, au contraire, constitue un bien collectif à partir du moment où l’État en assume ne serait-ce qu’une partie. Si l’État paie pour celle-ci, c’est parce qu’il a été démontré que l’éducation est rentable collectivement, qu’elle permet d’améliorer la société. L’État ne paie pas pour la réussite individuelle de chaque élève, mais pour la réussite COLLECTIVE de la société.

Ainsi, si l’éducation constitue un bien national profitant à l’ensemble de la collectivité québécoise et si la langue de la nation québécoise est le français, ne serait-il pas normal de s’attendre à ce que les étudiants canadiens et étrangers participant à notre anglicisation paient l’entièreté de leur éducation ? Ne serait-il pas normal, plutôt que de répartir la hausse des coûts également sur l’ensemble des étudiants, québécois, canadiens, étrangers, francophones, anglophones, de viser en priorité ceux dont le retour prévu pour la collectivité est le plus faible ?

Quand on sait que près d’un médecin sur deux formé à McGill quitte pour les États-Unis après sa formation, quand on sait que les étudiants étrangers retournent le plus souvent chez eux après avoir terminé leurs études, privant ainsi la société québécoise des fruits de l’investissement, pourquoi ne demanderait-on pas à ceux-ci de payer le juste coût de leur formation ? Dès qu’on a compris que l’éducation constitue un bien collectif, il devient sensé d’exiger que ceux qui ne participent pas durablement à cette collectivité paient plus cher que les autres.

L’idéal, bien sûr, serait de faire du Québec une nation normale, à l’image des autres sur cette planète, qui ne financent qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. L’idéal, ce serait évidemment que les universités de langue anglaise – financées à 29,3% du budget total – soient intégrées dans un seul réseau francophone avec quelques services correspondant au 5,6% de la population que constitue la minorité anglophone historique. L’idéal serait que le réseau d’éducation national dans la langue nationale soit entièrement gratuit de la maternelle au doctorat.

Même si ce monde est imparfait, nous pouvons néanmoins tendre vers une plus grande perfection. Celle-ci exige à tout le moins de reconnaître qu’il est injuste de faire payer si peu pour des étudiants d’ailleurs venant s’angliciser et nous angliciser chez nous.

Nous devons également reconnaître qu’une sortie de la crise actuelle respectant le caractère public de l’éducation consiste à ne pas cracher sur le demi-milliard de dollars que nous perdons en continuant à subventionner le monde entier pour qu’il vienne affaiblir pour quelques années notre langue avant de repartir créer de la richesse ailleurs.

À quand une véritable politique d’éducation nationale réellement accessible et au service de la nation québécoise ?

Option Nationale: ça commence très mal
2 octobre 2011

Il y a de ces espoirs qui ne peuvent qu’être déçus. Comment pouvait-on espérer, par exemple, qu’un député péquiste peu connu à l’extérieur des cercles de l’orthodoxie du parti, se révélerait le sauveur tant attendu pour relancer le projet indépendantiste? Jean-Martin Aussant, avec la création d’Option Nationale, a fait couler beaucoup d’encre au sein du mouvement. Malheureusement, son alliance avec Philippe Leclerc, un ennemi du Québec français et un multiculturaliste assumé, est en train de tuer dans l’œuf tout projet de parti se distinguant réellement du Parti Québécois et faire de son parti un simple copier-coller du parti que Marois est en train de saborder.

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Aussant parle de Philippe Leclerc comme étant un atout majeur pour « son » parti à naître (notons qu’Option Nationale n’est PAS une initiative populaire; c’est le joujou personnel de M. Aussant). Qu’est-ce que cela nous dit à propos d’Option Nationale? Que ce parti n’a pas l’ambition de protéger notre langue en danger ou de réaliser une indépendance significative nous permettant de nous libérer du multiculturalisme à la canadienne.

Comme je l’ai expliqué dans un billet précédent, Philippe Leclerc est un ennemi du français en tant que langue commune au Québec. À ses yeux, le français ne constitue pas le ciment unificateur de notre nation et il n’a pas le moindre problème à considérer des gens habitant ici depuis des décennies et refusant obstinément d’apprendre notre langue comme étant des « compatriotes ». Pire, il considère comme étant une honte le fait de considérer qu’un Québécois devrait être en mesure de parler la langue officielle du Québec. Il adhère aussi entièrement au culte du multiculturalisme à la canadienne, ce qui lui a été reproché avec force par plusieurs commentateurs.

Aurait-il changé? Aurait-il enfin vu la lumière? Pas du tout.

Dans une lettre publiée dans Le Soleil, il continue de faire l’apologie de la « diversité » de Montréal (lire: son anglicisation) et il recommande qu’on s’adresse aux immigrants non pas en tant que Québécois en devenir, mais en tant que Néo-Québécois, favorisant de ce fait même leur exclusion.

Semblant englué dans la vieille mentalité péquiste post-1995 ayant mené aux catastrophes linguistique et identitaire actuelles, il désire qu’on mette l’accent sur le fait de « convaincre » des immigrants de voter pour une cause qui, génétiquement, leur est tout à fait étrangère. Il préfère tenter de convaincre des gens qui ont tout pour être contre nous (les immigrants qui viennent ici rêvent surtout de stabilité et pour beaucoup d’américanité) plutôt que de faire le pont avec ceux des nôtres qui auraient tout pour être avec nous. Il perpétue la grande tromperie issue de cette croyance naïve et mensongère que le nationalisme serait quelque chose de mal s’il ne s’édulcorait pas lui-même à ce point qu’il ne signifierait plus qu’un mot dénué de sens qu’on agite mollement pour ne pas faire peur.

Philippe Leclerc représente ce qui ne fonctionne pas actuellement au sein du mouvement indépendantiste. Une foule d’apparatchiks péquistes ont grandi à l’école de la honte, celle où, soufflant le chaud comme le froid, on leur a appris la fierté d’être Québécois du bout des lèvres, en autant que cela ne dérange pas trop les autres, en autant qu’on fasse le dos rond devant autrui et qu’on oublie ce que nous sommes quand on parle à un Immigrant (« I » majuscule) ou à un Anglophone (« A » majuscule). Ce nationalisme mollasson où on peut clamer le pays (s’il est « inclusif », autre connerie du laboratoire péquiste de destruction de notre nationalisme), parler de la protection de la langue française (sans s’attaquer à l’anglais), parler d’intégration des immigrants (sans jamais leur demander le moindre effort), parler de modernité (en reniant nos valeurs) ou parler d’indépendance (sans jamais écrire de constitution ou faire de gestes de rupture). Philippe Leclerc constitue le pinacle, l’achèvement le plus parfait de cette génération de petits faiseux ayant décidé de se mettre un veston-cravate et qui se pensent nuancés parce qu’ils sont mous.

Non, la venue de Philippe Leclerc dans le projet de M. Aussant ne constitue pas un atout majeur pour le peuple québécois. Il s’agit simplement de la venue, dans ses rangs, d’un individu refusant de reconnaître que l’indépendance doit être autre chose qu’un projet désincarné et étant incapable s’engager à respecter le caractère français de notre nation. Il ne s’agit pas d’un atout, mais d’un poids, celui d’un passé péquiste dont nous cherchons à nous libérer et qui doit laisser la place à la ferme action en faveur du peuple québécois, un peuple résolument francophone qui intègre les immigrants en autant que ceux-ci adhèrent à ses valeurs de base.

S’il y avait davantage de Philippe Leclerc dans cette société, nous n’aurions plus à défendre le français.

Il serait déjà disparu.

La prostitution de notre projet pour faire plaisir à une minorité, on n’appelle pas cela un projet de société.

Il reste à souhaiter que Jean-Martin Aussant se ressaisisse et qu’il se débarrasse de cet anglomane multiculturaliste aux idées plus proches de celles d’un Trudeau que de celles d’un Bourgault.

Nous avons déjà assez d’ennemis qui veulent affaiblir notre nation et notre langue.

Pas besoin d’en engager un en plus.

Comment meurt notre langue
24 février 2011

Notre langue ne meurt pas parce nous oublions sa valeur, parce que nous ne nous considérons plus comme des résistants francophones sur ce continent du tout-anglais. Elle ne meurt pas non plus parce nous ne savons plus apprécier sa beauté, ses rimes, sa sonorité, sa précision, ses particularités; ce n’est pas parce que nous cessons de la chérir qu’elle meurt. Elle ne meurt pas également parce que nos enfants oublient leurs parents, que leurs parents oublient leurs grands-parents et que nos ancêtres sortent de nos vies comme autant de blessures trop lourdes pour être rappelées à la conscience.

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Notre langue meurt parce que nous ne la considérons plus comme étant une chose allant de soi. Déconnectée de nous-mêmes, nous l’intellectualisons, nous la « cérébralisons », nous demandons aux gars d’en bas, ceux des tripes, ceux du ventre, ceux des couilles, d’abdiquer, de faire confiance à ceux d’en haut, ceux qui remettent tout en question, ceux qui n’existent que pour relativiser, qui ne s’attachent ni à la terre ni aux cieux, ceux qui, par la raison, aimeraient nous convaincre que notre langue ne vaut pas la peine d’être par et pour elle-même.

Notre langue meurt parce que nous ne la vivons plus autrement que par les mots qui s’attachent à notre rationalité, aux rares livres que nous lisons, aux discussions raisonnées que nous avons avec nos semblables. Quand vient le temps d’exprimer une émotion, une joie, un accord, une colère, une fraternité, les premiers mots qui viennent à notre esprit sont, invariablement, un « yeah » bien senti, un « oké », un « fuck », un « man ». La langue du bas, celle qui s’impose depuis deux siècles comme celle du pain et du beurre sur la table ne fait qu’une bouchée de la langue intellectualisée, celle qui se superpose au cerveau reptilien par un obscur désir collectif de ne pas disparaître.

Notre langue meurt parce que notre musique, nos arts, sont déjà anglicisés. Notre raison parle français, mais la musique qui nous fait vibrer, celle qui nous fait bouger, celle qui fait déhancher les femmes, celle qui donne chaud aux hommes, est anglophone. La joie, l’allégresse, la fête, la sexualité, la violence-exutoire trouvent toutes leurs mots dans la langue d’Amherst; notre musique, sauf de rare exception, chante surtout la mélancolie, la tristesse, la perte, le vide, l’amour. Nous ne voulons plus nous attacher à ces sentiments montant du fond de l’histoire, ceux d’un peuple qui n’en finit plus de mourir et qui, deux siècles plus tard, chante encore « Évangéline » un trémolo dans la voix. Notre âme a déjà abdiqué là où notre raison veut poursuivre le combat.

Notre langue meurt aussi parce que nous ne considérons plus le français comme étant suffisant pour réussir. Notre raison, résistant aux mutineries des cols bleus du bas depuis si longtemps, montre des signes d’essoufflement. Nous sommes épuisés de penser au prochain; nous ne voulons pas intellectualiser un combat collectif impliquant de s’unir pour qu’il puisse être possible de réussir, ensemble, en français. Les gars du bas veulent l’argent rapide, ils veulent l’argent facile. Ils veulent réussir individuellement, non pas pour améliorer le monde dans lequel ils vivent ou faire partie d’un grand tout, mais simplement pour avoir le ventre plein et tirer un bon coup le vendredi soir.

Notre langue meurt parce que nous ne rêvons plus de territoires glorieux, d’une francophonie enracinée, d’une Abitibi, d’une Baie James, d’un Grand Nord à coloniser, de territoires où apporter nos Lumières et planter notre croix. Notre horizon, loin de s’être ouvert au monde, se limite désormais à une planète de cités urbaines interchangeables où on parle une langue interchangeable et où se croisent des gens interchangeables. L’anglais ne nous a pas ouvert les possibilités; il a au contraire résumé cette ouverture aux grands boulevards, un éternel chemin bétonné d’un gris tiède où, si ce n’était de quelques spécificités locales en voie de disparition, l’humanité serait Toronto, New York ou Londres. Notre territoire infini, celui du contact avec la nature, avec les autres peuples, de climats différents, d’une langue se portant comme on porte un flambeau, n’existe plus qu’en imagination.

Notre langue meurt parce que nous ne la croyons plus nécessaire pour vivre ici. Nous nous sommes fait un devoir d’apprendre l’anglais, nous l’imposons à nos enfants de sixième année comme le lourd tribut d’une disparition que nous n’avons pu assumer nous-mêmes, au même moment que nous sommes tout à fait satisfait de savoir que les anglophones, eux, n’ont, dans leurs écoles, que quelques cours d’un français saupoudré à subir. L’apprentissage intensif d’une autre langue constitue notre corvée; il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un gouvernement responsable devant l’Histoire ou face à notre destin devrait au contraire prioriser l’apprentissage intensif du français chez ceux qui, même parmi les nôtres, ont encore de la difficulté à en saisir toute la richesse.

Notre langue meurt parce que nous voulons être aussi doux avec autrui qu’on a été rude avec nous-mêmes. Elle meurt parce que nous octroyons des privilèges à ceux qui habitent ici sans la parler, des privilèges qu’aucune nation au monde n’accorde. Elle meurt parce que, plutôt que de la porter à bras le corps, dans un geste viril de défiance face à la fatalité de notre Histoire, nous sommes plus inquiets du sort de ceux qui ne la parlent pas que de nous-mêmes. Elle meurt parce que nous sommes des lâches qui préférons le pire des compromis au nécessaire combat de la terre, de la sueur, des poings levés, de l’identité nationale affirmée, d’un peuple québécois dont la maturité ne se mesure pas aux privilèges qu’il octroie à une minorité anglophone n’attendant que le moment propice pour nous couper la tête, mais qui se respecte assez pour s’assurer, une fois pour toutes, que plus jamais ni notre langue ni notre identité ne seront menacées.

Notre langue meurt parce que nous avons oublié de la parler, d’utiliser la richesse de ses mots non pas pour vivre de misérables vies individuelles se terminant soit en terre soit dans une urne, mais pour parler de ce cri du fond des âges, de cette parole-humanité criant la vérité, hurlant l’existence d’une vie autrement plus riche que la bourbe mondialiste qu’on nous enfonce dans le crâne comme autant de clous dans le corps d’une humanité qui aurait pu, avec un peu de courage, devenir réellement plurielle.

Anglais au primaire: la traîtrise de nos élites
23 février 2011

La corruption, les fausses promesses, les tentatives de privatisation du bien public, rien ne saurait égaler, chez Jean Charest, la traîtrise de son nouvel objectif: imposer l’anglais à tous les élèves pour la moitié d’une année en sixième année du primaire. Notre démocratie, nos finances publiques ont certes leur importance, mais quand on s’attaque à l’âme de la nation québécoise, sa langue, et qu’on précipite le déclin de notre peuple, que peut-il exister de pire? Quand la langue d’un peuple disparaît, l’essentiel du peuple disparaît avec elle. Et il n’y a pas de seconde chance pour les peuples disparus.

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Évidemment, les éditorialistes et les politiciens vont glousser de satisfaction. Pour les premiers, c’est déjà commencé: on ne demande pas s’il est opportun d’imposer une langue étrangère à des enfants sachant à peine lire et écrire leur langue maternelle; on se questionne quant à savoir si c’est suffisant. Pour les seconds, Gérard Deltell a fait de l’anglicisation des Québécois sa priorité et Pauline Marois ne le dira pas directement, mais il s’agit d’une épine de moins dans son pied, puisque la proposition principale péquiste contenait cette mesure controversée. On va se questionner pour la forme, mais au fond, de la fesse gauche péquiste à la fesse droite libérale, en passant par l’entre-deux adéquiste, pour paraphraser Chatrand, on a déjà capitulé devant le tout-anglais et on a fait du bilinguisme généralisé un objectif incontournable.

Or, cette proposition est extrêmement dangereuse. Dans un contexte nord-américain où le peuple québécois ne forme que 2% de la population continentale, vouloir imposer l’anglais à tous est l’équivalent linguistique de jouer avec de la dynamite autour d’un feu de camp. Autrement dit: le jour où l’ensemble des Québécois saurait parler anglais serait le jour où l’anglais deviendrait la véritable langue commune du Québec. Si tous les Québécois étaient bilingues, pourquoi un immigrant aurait-il le désir d’apprendre notre langue? J’ose le dire: si les membres anglophones d’Arcade Fire, par exemple, faisaient face à un haussement d’épaule à chaque fois qu’ils s’adressaient en anglais à un Québécois dans les commerces, est-ce qu’ils ignoreraient toujours notre langue après dix ans à Montréal? Disons-le clairement: c’est PARCE QUE les Québécois sont de plus en plus bilingues que les anglophones et les immigrants peuvent faire abstraction de notre langue commune.

On a tendance à l’oublier, mais une des raisons ayant précipité la Révolution tranquille fut l’arrivée, à Montréal, de plusieurs centaines de milliers de Québécois unilingues francophones entre 1940 et 1960. Ce contingent d’unilingues fit augmenter de près de 33% la proportion totale d’unilingues francophones dans la métropole. ((LEVINE, M. (1997). La reconquête de Montréal, Montréal, VLB Éditeur, p. 34. )) Contrairement aux Montréalais francophones largement bilingues d’alors, pour qui le bilinguisme équivalait systématiquement à s’écraser devant le pouvoir de l’anglais, les nouveaux unilingues ont réclamé la possibilité de pouvoir s’émanciper collectivement en français. Ils ont également exigé des mesures pour franciser les immigrants, notamment en faisant du français la langue incontournable de la vie en société et la langue normale de l’éducation.

En fixant comme objectif le bilinguisme pour tous les enfants du Québec – car c’est bien ce dont il s’agit – Charest trahit le principal héritage de la Révolution tranquille: le français, langue véritablement commune des Québécois. Il renforce également l’impression, pour les immigrants et la minorité anglophone, que le français ne constitue qu’une langue parmi d’autres, facultative, ne permettant même plus de rejoindre les Québécois puisque ceux-ci deviennent largement bilingues. Une langue inutile, bref, morte, juste bonne pour les sauvages qui la chérissent comme un vieux bibelot poussiéreux.

Pourtant, nous avons l’expérience franco-ontarienne pour nous renseigner sur les conséquences du bilinguisme généralisé dans un contexte minoritaire. Un rapport, publié en 1995, expliquait:

Pour de nombreux jeunes Franco-Ontariens, le français demeure la langue maternelle, mais il devient effectivement une langue seconde, enseignée comme un outil de communication, mais un outil plus ou moins efficace dans le contexte ontarien. Inconsciemment et naturellement, l’anglais, qui était au point de départ la langue seconde, se transforme subrepticement en langue première, celle qui exprime les réalités fondamentales de la vie, celle dont les mots portent une charge émotive, celle qui baigne dans une culture et une histoire ; en d’autres mots, la langue de Shakespeare. Pour plusieurs francophones minoritaires, Molière est rentré à Versailles ; ils ont le français comme langue maternelle, mais l’anglais comme langue première. De la bilinguisation de l’univers culturel, nous passons maintenant à la secondarisation de la langue française.

Voici ce qui risque de se produire ici, d’abord dans les quartiers plus anglophones de Montréal, puis dans les autres quartiers, en banlieue, et éventuellement dans tout le Québec.

Quand une langue minoritaire perd sa principale qualité fonctionnelle, soit celle d’être la seule en mesure de rejoindre toute une communauté, au profit d’une langue plus dominante, elle devient inutile. Autrement dit: le français, actuellement, est tout à fait incontournable pour quiconque désire communiquer avec le 60% d’unilingues francophones. On ne peut pas, dans la plupart des villes du Québec, faire autrement que l’apprendre, même si cette langue n’ouvre que les portes du Québec. Mais si tous les Québécois étaient bilingues, on offrirait le choix à l’immigrant entre l’utilisation d’une langue typiquement québécoise, et une autre permettant de rejoindre, outre l’ensemble des Québécois bilingues, le reste de l’Amérique du Nord et une partie de la planète. La décision ne serait pas difficile à prendre.

En fait, les peuples bilingues, ça n’existe pas. Le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, constitue simplement le passage transitoire d’une langue faible vers une langue forte. Les peuples, les nations et les individus tendent vers l’unité linguistique, c’est-à-dire vers l’utilisation d’un seul et même système linguistique logique et cohérent. C’est ainsi que les Irlandais sont d’abord devenus bilingues, puis ont perdu leur langue. Idem pour la majorité des Franco-Canadiens. Le sondage publié il y a deux semaines le démontre également: le bilinguisme des anglophones de l’ouest canadien est marginal; qui a besoin d’une langue seconde quand cette langue est devenue inutile? Et c’est ce qui va se produire ici si on persiste à dépenser davantage d’énergie à angliciser notre jeunesse qu’à franciser les anglophones sur notre territoire.

Des élites vraiment à l’écoute de l’intérêt supérieur de la nation québécoise n’encourageraient pas son anglicisation, même en l’enrobant d’un bilinguisme indigeste. Elles œuvreraient à rendre indispensable l’intégration en français et n’imposeraient pas une immersion en anglais dans les écoles françaises, mais la francisation généralisée des écoles anglaises. Elles ne demanderaient pas aux citoyens d’apprendre, autrement que par choix personnel, une langue étrangère pour réussir; elles prendraient ses responsabilités et s’assureraient qu’il soit possible, au Québec, de travailler et de réussir sa vie en français.

Toutes les statistiques le démontrent: le français est en recul au Québec. Nous avons le choix: une mort lente et atroce à grand renfort de bilinguisme ou des actions rapides et concrètes pour assurer la survie de notre langue.

Nos élites à Québec, Jean Charest en tête, trahissent la nation québécoise et accélèrent notre anglicisation.

Il serait peut-être temps de se doter d’élites réellement à notre service et qui, plutôt que de vouloir chambouler notre écoles francophones pour y augmenter la présence anglaise, mettraient fin au sur-financement des institutions anglophones d’éducation et en finiraient, une fois pour toutes, avec la menace anglaise au Québec.

Des élites moins repliées sur leur anglomanie et qui seraient en mesure de s’ouvrir à la diversité et à la pluralité d’un monde parlant des centaines et des milliers de langues et où la protection d’une langue comme le français au Québec servirait d’exemple à toutes les autres langues menacées.

Citoyen de seconde classe
17 janvier 2011

Je suis en train de lire un livre tout à fait fascinant intitulé « La reconquête de Montréal », de Marc V. Levine, un expert américain de la question québécoise. La thèse est assez simple: c’est la puissance collective des citoyens, représentée surtout par l’État québécois, qui a réussi à briser le monopole politico-financier de la poignée d’anglophones de Montréal qui réussissaient, grâce au jeu de coulisse de l’argent, à imposer leur langue et leur agenda anglophone à des Québécois désolidarisés. Alors que Montréal avait un visage essentiellement anglais avant la Révolution tranquille, les Québécois se sont organisés afin de se faire respecter et de créer, véritablement, une ville française, représentative de la majorité qu’ils formaient dans la province.

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Aujourd’hui, tous les voyants lumineux sont au rouge. Montréal, qui était majoritairement francophone depuis la fin des importantes vagues d’immigration des années 1820-1850, a vu sa population de langue maternelle française chuter sous les 50%. Au Québec, également, nous sommes passés sous la barre historique des 80%. Les anglophones ont vu leur proportion de locuteurs augmenter pour la première fois depuis que Statistique Canada tient de telles données. L’exode des anglophones vers les autres provinces est presque terminé. Les banlieues ont une croissance de leurs locuteurs anglophones plus rapide que la ville-centre. Le cégep Dawson fait tellement d’embonpoint qu’il place ses élèves au forum Pepsi. On construit un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards pour une minorité…

On recule.

Nous en voyons les signes à tous les jours.

Tenez, par exemple, ce soir, j’ai été magasiner au Village des Valeurs, à Laval (votre humble serviteur vit pauvrement, imaginez-vous). Me promenant dans les allées, j’entendis soudain un long message audio, s’adressant aux clients en anglais seulement. Pas trois secondes, pas quelques mots. Long. Une minute peut-être. En anglais. À Laval, au Québec, nation francophone où le français constitue la seule langue officielle.

Offusqué, je décidai de me plaindre. La caissière, très gentille, m’avoua que c’était nouveau. « Ça fait peut-être deux mois, pas plus. Avant c’était en français, mais des anglophones se sont plaints, qu’elle m’expliqua.
– Quoi, ici, à Laval, dans le quartier le plus francophone de l’Île?
– Je sais, je trouve ça bizarre moi aussi, me répondit-elle. »

Je lui dit que je voulais porter plainte et elle appela sa gérante. « Karine est demandé à la caisse cinq, Karine à la caisse cinq! » Lorsque la gérante fut arrivée, je lui fis part du fait que je trouvais inacceptable qu’on s’adresse ainsi aux clients en anglais alors que la (seule) langue officielle du Québec est le français.
« Nous avons beaucoup de clients bilingues ici, me répondit sèchement la gérante.
– S’ils sont bilingues, ils parlent français. Pourquoi ne mettez-vous pas ces messages en français alors?
– On a eu des plaintes de clients, c’est pour ça qu’on les a changés, me lança-t-elle avec un regard méprisant.
– Je suis un client moi-aussi, madame, et j’aimerais me plaindre.
– Ça ne marche pas comme ça ici, me cracha-t-elle avant de tourner les talons et de s’en aller en marmonnant. »

Les deux bras me sont tombés. J’ai regardé la caissière, lui faisant un signe du genre « as-tu vu cela? » et elle a opiné du chef. Je demandai le nom de la gérante dans le but de faire une plainte au service à la clientèle, ce que j’obtins assez facilement (la caissière était d’accord avec moi et comprenait ma frustration, qu’elle me dit).

Or, arrivé à la maison, et alors que le goût amer de la saveur « citoyen de seconde classe » me pourrissait encore sous la langue, je tentai d’obtenir les coordonnés me permettant de me plaindre à la fois du mépris de la langue officielle du Québec et de l’attitude de la gérante. Peine perdue: le bureau-chef est aux États-Unis et tout indique qu’on ne pourra pas m’y répondre dans ma langue.

Speak White mon chum.

* * *

On m’accuse parfois de m’en prendre, dans ces pages – en passant, merci d’être toujours aussi fidèles; ce blogue bat des records de fréquentation depuis quelques semaines – aux anglophones. En fait, je ne m’en prends pas véritablement aux anglophones individuellement, car nous avons les anglophones que nous méritons. Ce sont nous, les Québécois, qui sommes à blâmer pour la dérive de la situation de notre langue nationale.

Cette petite Karine, gérante du Village des Valeurs, combien y en a-t-il comme elle au Québec, toujours prêtes à servir le client anglophone dans sa langue, à écouter ses revendications et à mépriser le Québécois exigeant d’acheter dans un milieu francophone? Combien de femmes et d’hommes comme elle, toujours prêts à donner plus de crédibilité à tout ce qui est anglais et à mépriser les siens?

Cette situation, ces Karine, c’est NOUS qui les avons créées. Alors que ce fut collectivement que nous nous sommes libérés, et collectivement que nous nous sommes élevés, qu’enseigne-t-on aujourd’hui dans nos écoles, quels messages lancent nos politiciens, quelles idéologies polluent les ondes de nos radios, de nos télévisions, d’Internet? L’anglais, l’anglais, l’anglais. Il n’y en a que pour l’anglais. On se moque de la capacité de Pauline Marois à parler cette langue étrangère, mais qui se moque du ministre Sam Hamad, par exemple, qui massacre notre langue dès qu’il ouvre la bouche? On parle d’imposer l’anglais intensif au primaire ou au secondaire, mais qui parle d’imposer le français intensif dans les écoles anglaises? Pire: dans un contexte budgétaire difficile, qui parle de réduire les privilèges des écoles anglaises, sur-financées? On n’en a que pour la réussite individuelle alors que c’est précisément lorsque nous avons décidé d’embrasser le concept de réussite collective, lors de la Révolution tranquille, que nous avons pu réduire substantiellement les écarts de salaires entre les anglophones et les francophones.

Nous créons, quotidiennement, ces Karine. La génération montante ne s’inspire pas de ce que nous disons alors que nous nous gargarisons de langue française comme d’un reliquat folklorique qu’on ressort occasionnellement pour se faire croire que nous avons encore des racines. La génération montant s’inspire de ce que nous faisons. Elle ne veut rien savoir de nos discours sur le français, sur l’importance de la langue, sur le statut officiel de celle-ci; elle nous regarde, à genoux devant l’anglais, prenant des cours du soir pour le parler, faisant des pieds et des mains pour que nos bambins puissent avoir le luxe de se remettre à ramper dès qu’ils ont appris à marcher.

Nous sommes les coupables.

Alors oui, je vais tenter de me plaindre contre cette Karine. Mais ce n’est même pas contre elle; c’est contre nous tous, ceux qui rampent, ceux qui se méprisent et ceux qui croient qu’il vaut mieux apprendre l’anglais pour réussir que de réclamer, collectivement, de pouvoir réussir en français. C’est fort de la conviction que de nombreux peuples se lèvent contre cette anglomanie que j’avancerai pour le respect de nos droits.

Esdras Minville écrivait, en 1934:

Et comment attendrions-nous des anglophones qu’ils mettent du français en ce pays, quand nous, les intéressés, nous employons à y diffuser l’anglais, à barbouiller d’anglais tout ce qui nous entoure?

Les anglophones nous respecteront le jour où nous nous respecterons nous-mêmes. Lorsque nous arrêterons de « barbouiller » nos vies d’une langue étrangère, ils comprendront peut-être, enfin, qu’ils vivent au sein d’une nation francophone et qu’ils n’ont de choix que de s’intégrer.

Ou de partir.

En attendant, nous sommes redevenus ce que nous avons toujours été, depuis 1760: des citoyens de seconde classe.

Des nègres blancs d’Amérique qui n’ont rien reconquis sinon leur séculaire agonie d’un peuple qui n’en finit plus de mourir.


MISE À JOUR: J’ai contacté le responsable des magasins du nord de la région de Montréal. Il a été réceptif pour ma plainte concernant la gérante et m’a dit que s’il préférait les annonces en français, il laissait ses gérants libres de choisir français ou bilingue. Il m’a dit qu’il allait en discuter avec le gérant et qu’on verrait s’il peut y avoir des changements à apporter. Il m’a également avoué qu’il est possible que les responsables de ce magasin ne pensaient pas déplaire aux Québécois en passant à l’anglais.

Bref, j’ai fait ma part.

À vous, maintenant.

À nous.


MISE À JOUR (27 janvier):
La gérante du Village des Valeurs m’a rappelé pour s’excuser de la manière dont j’ai été traité et pour m’annoncer qu’elle avait fait la demande pour que le système audio unilingue français soit de retour et qu’elle s’attendait à ce qu’il le soit bientôt.

Le leçon? Plaignez-vous quand on vous manque de respect et exigez le français partout!

En tant que citoyen québécois, je me sens de nouveau respecté et non seulement je retournerai à ce magasin, mais je le conseillerai à mes amis et à ma famille.

DEBOUT, QUÉBÉCOIS!

Lisée et le PQ: unis contre le Québec français
15 janvier 2011

Les historiens du futur seront impitoyables dans leur analyse du déclin du français au Québec en ce début de vingt-unième siècle. Ils se gratteront d’abord la tête en cherchant à comprendre de quelle façon un parti qui a officialisé les aspirations de tout un peuple en paraphant la Charte de la langue française a par la suite œuvré à la dévalorisation de ses acquis, puis ils trouveront la seule conséquence logique: le sursaut nationaliste du Québec français de la fin du vingtième siècle constituait le plus tardif des chants du cygne d’un Canada français ne sachant pas disparaître sans au moins tenter un dernier baroud d’honneur qu’on pourrait ensuite mettre sur le compte d’une jeunesse idéaliste et archaïque.

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En effet, c’est bien ainsi que sont considérés, tant chez Jean-François Lisée que dans la proposition principale du Parti Québécois, ceux qui rêvent encore d’un Québec français comme flambeau de la pensée française en Amérique, comme lumière de la francophonie sur un continent ayant littéralement massacré ses populations francophones à grand coup de lois anglicisantes ou, la majorité fermement assurée, les laissant mijoter dans les oubliettes d’un multiculturalisme indigeste faisant de notre langue un simple ingrédient pimentant le grand potage canadien.

Lisée d’abord. Ce grand disciple du « bon-ententisme », comme le souligne Pierre Dubuc, pleure, dans son dernier texte, le sort de notre minorité anglophone, qualifiant ceux qui désirent un Québec aussi français que l’Ontario est anglaise d’archaïques, s’opposant à toute politique entraînant la diminution du poids démographique des anglophones. Jean-François Lisée, qui blâme, comme nos ennemis fédéralistes, l’exode des francophones de Montréal comme cause principale de la chute du français, alors qu’il a été démontré qu’il s’agit d’un mythe et que les banlieues s’anglicisent aussi vite sinon davantage que la ville centre. Jean-François Lisée, qui désire permettre une immersion anglaise aux francophones du cégep, mais qui n’explique pas de quelle façon les anglophones pourraient vouloir une immersion française alors que des études ont récemment démontré leur peu d’intérêt pour notre langue et notre culture.

Le PQ ensuite. Sa proposition principale, qui sera vraisemblablement adoptée par tous les carriéristes qui portent la sacoche de Marois comme leurs ancêtres ont été des porteurs d’eau, propose non seulement l’immersion anglaise au cégep, mais s’engage également à protéger les « droits linguistiques » et le « patrimoine institutionnel » de la « communauté anglophone ». En échange de l’application d’une Loi 101 au cégep ne voulant à peu près rien dire si on y permet l’immersion anglaise et qu’on a déjà anglicisé tous nos jeunes – première étape vers l’assimilation définitive -, le PQ s’engage également à intensifier l’apprentissage de l’anglais au primaire et au secondaire. En fait, comme le notait Bernard Desgagné, le PQ fait une fixation totale sur l’anglais, sur la nécessité d’en faire la promotion, mais ne parle nulle part de la nécessité d’améliorer la connaissance du français, la qualité de son enseignement; on ne parle pas non plus d’une intensification des cours de français alors, pourtant, que près d’un million de Québécois sont analphabètes et qu’un grand nombre d’anglophones ne parlent toujours pas la langue nationale. Non, non. Anglais, anglais, anglais. Et surtout, ne touchons pas aux institutions anglophones, méchants Québécois que nous sommes. Ce qui compte dans la proposition du PQ, ce n’est pas l’État national francophone, mais une simple primauté du français.

Les historiens de demain ne seront pas dupes. Le passage d’un État francophone à un État à primauté francophone ne constitue qu’un énième glissement vers la disparition définitive du français sur ce continent. La Nouvelle-France fut française, elle ne le fut plus. Le Canada fut majoritairement français, il devint majoritairement anglais. Le Québec ne peut échapper à cette damnation que s’il assure définitivement non seulement la prédominance du français, mais son statut indispensable pour fonctionner au Québec. Il doit être tout autant impossible de pouvoir vivre en anglais au Québec qu’en italien à Moscou ou en espagnol à Pékin. Ce n’est pas de devenir une langue prédominante qu’a besoin le français – elle l’a déjà été à de nombreuses reprises sur ce continent – mais de devenir une langue indispensable.

Un parti politique résolument nationaliste et au service du peuple québécois n’encouragerait pas l’immersion anglaise; il franciserait le plus gros cégep du Québec, Dawson. Un parti politique conscient du statut précaire de la langue française au Québec n’encouragerait pas l’augmentation de l’enseignement de l’anglais; il franciserait l’Université McGill et doterait enfin l’UQAM d’une faculté de médecine et d’un budget lui permettant de rayonner. Un parti politique ayant fait du français la seule langue officielle du Québec ne ferait pas la promotion de sa primauté, mais construirait une société française en s’assurant que l’État ne communique avec les citoyens que dans la langue nationale. Un parti politique se réclamant du Québec, des Québécois et ayant contribué à les libérer d’un ordre économique et linguistique où ils étaient des citoyens de seconde classe s’assurerait non pas de protéger les institutions de la minorité anglophone, mais reconnaîtrait plutôt le statut majoritaire de celle-ci à l’échelle continentale et encouragerait la solidarité avec les francophones hors-Québec en finançant leurs institutions pour assurer la survie de ce qui fut déjà une zone tampon entre le Québec français et l’Amérique anglaise. Un parti réellement QUÉBÉCOIS ne permettrait pas la construction, à Montréal, d’un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards de dollars, prenant l’argent des régions pour engraisser une minorité montréalaise déjà plus que riche.

Ce n’est pas archaïque, comme le soutient Lisée, de vouloir un Québec français. C’est être conséquent. Le rejet de l’identité canadienne-française par les Québécois des années soixante n’a eu de sens que si nous formons une majorité capable d’agir en tant que majorité et en mesure de défendre le français. Tant que nous n’oserons pas nous attaquer aux privilèges indus d’une minorité anglaise parmi les plus choyées au monde, tant que nous permettrons aux anglophones du Québec de surfer, grâce à leurs institutions sur-financées, au-dessus de la nation québécoise, ils n’accepteront pas leur statut de minorité et continueront de se percevoir comme des ayant-droits canadiens au sein d’une province comme les autres.

Ce qui est archaïque, par contre, c’est cette croyance que la bonne-entente et à l’à-plat-ventrisme devant le tout-anglais puisse mener à un résultat différent que ce que les trois derniers siècles de la même rengaine nous ont appris.

Les peuples qui survivent ne se couchent pas devant la menace, ils n’avancent pas à reculons en s’excusant d’exister et en répétant qu’ils ne toucheront pas à un cheveu des privilèges dont leurs vis-à-vis disposent. Les peuples qui survivent se tiennent debout et affirment, face au vent, qu’ils ont le droit d’exister et qu’ils prendront tous les moyens pour assurer leur survie. Les peuples qui survivent n’attendent pas un référendum ou le Saint-Esprit pour agir; ils défendent leur langue et leur identité au quotidien.

Olivar Asselin écrivait qu’il faudrait apposer l’épitaphe suivante sur la tombe du peuple canadien-français: « Ici gît un peuple mort de bêtise. »

Les divagations de Jean-François Lisée et la proposition principale du PQ ne peuvent que lui donner raison.

Gérard Deltell, l’ADQ et notre disparition
6 juin 2010

Colonisé. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Alors que le français recule au Québec, qu’il devient de plus en plus difficile de travailler ou de fonctionner dans la langue commune à Montréal et dans ses banlieues, que de plus en plus de commerces et d’institutions se bilinguisent et violent la Loi 101, que propose le chef de l’ADQ, Gérard Deltell? Il veut intensifier l’apprentissage de l’anglais et bilinguiser la jeunesse québécoise.

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« Il faut que ce soit bilingue. Il faut que nos enfants soient bilingues. Il faut qu’on ait une génération bilingue au Québec. On ne peut plus se permettre d’attendre. Il faut le faire là » a affirmé l’ancien journaliste de TQS catapulté à la tête du parti moribond. On aurait envie de lui demander: pourquoi une telle urgence, pourquoi un tel culte du bilinguisme? Aurait-on perdu une guerre, aurait-on été soumis à un quelconque envahisseur au cours des dernières années qui nécessiterait de la part de nos enfants l’apprentissage d’une langue étrangère?
Le bilinguisme, pourtant, dans un contexte minoritaire, c’est la mort. Dans toute l’histoire de l’humanité, dites-moi, connaissez-vous un seul peuple qui, minoritaire, est devenu entièrement bilingue avec la langue majoritaire sans perdre sa propre langue? Moi, je connais le gaélique qui est disparu d’Irlande quand les Irlandais sont devenus bilingues avec la langue anglaise, et je connais le français qui est mort en Ontario avec le culte du bilinguisme qui a sournoisement détruit les reliquats d’une présence française à l’ouest de la rivière des Outaouais. C’est cela le bilinguisme: la mort de la langue faible. Car le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, c’est bel et bien un état transitoire d’une langue vers une autre.
Ce culte du bilinguisme nous affaiblit. Il nous convainc de la nécessité d’apprendre une langue étrangère pour travailler chez nous, mais il nous occulte cette vérité que la langue étrangère ne devrait pas nous permettre le travail, mais que le travail devrait se faire dans notre langue commune. Autrement dit: alors que nos parents et grands-parents se sont battus pour que nous puissions atteindre les plus hauts échelons en français, nous nous prostituons, seuls dans notre individualité, dans une langue qui n’est pas la nôtre et nous oublions notre devoir historique d’action collective pour la protection de cet héritage linguistique.
Imposer l’anglais – ou toute autre langue étrangère – à nos enfants, c’est capituler devant un monde unidimensionnel, un monde qui refuse la pluralité des langues et des peuples. C’est aussi utiliser notre force collective – l’État – pour détruire notre cohésion sociale et encourager ce qui nous nuit déjà, c’est-à-dire l’anglicisation qui fait reculer notre langue à Montréal et dans sa région immédiate. C’est cautionner un état des choses où on demande de plus en plus la connaissance de langues étrangères pour des emplois qui ne le nécessitent pas vraiment et où la langue étrangère est placée sur un piédestal. On préfère bilinguiser chaque Québécois plutôt que d’exiger la francisation de chaque emploi. Lâcheté.
La proposition de l’ADQ est non seulement stupide, mais elle va à l’encontre des solutions qui devraient être mises en place par tout gouvernement sensibilisé aux dangers linguistiques. Plutôt que d’accroître la présence de l’anglais chez notre jeunesse, il faudrait plutôt la réduire et éliminer les cours d’anglais au primaire et au secondaire. Il faudrait rétablir la valorisation d’un bon orthographe français et de la connaissance la plus parfaite possible de notre langue. Plutôt que d’apprendre à nos jeunes à jouer de plusieurs instruments de musique, il faudrait leur apprendre à en maîtriser réellement un seul, quitte à ce que ceux-ci choisissent de s’initier à un autre dans leurs temps libres. Ce n’est pas à l’État québécois à financer des mesures qui nuisent à la cohésion sociale et qui font de l’anglais la seule et réelle langue commune de notre territoire. Le faire équivaudrait à un suicide collectif rapide et à une anglicisation conduisant directement à notre disparition.
Que l’ADQ cherche à tout prix à se faire remarquer, on le comprend. L’ancien parti de Mario Dumont survit littéralement sur le respirateur artificiel. Cependant, il ne faudrait pas oublier que derrière cet appel désespéré se cache toutes les fausses sirènes du bilinguisme qui aliénient notre peuple. S’il faut le répéter, qu’on le fasse: l’État doit être au service de la collectivité et cette collectivité qui désire survivre entend le faire en français. Conséquemment, l’État ne doit pas, sous aucun prétexte, se substituer à la volonté parentale et enseigner une langue étrangère à nos enfants. Si un parent désire que son enfant parle anglais, mandarin ou russe, qu’il lui paie un cours privé après les heures de classes: l’école doit favoriser la cohésion sociale et cette cohésion passe par le français.
Si nous reculons, si nous écoutons les vieilles démagogies adéquistes débilitantes, ce n’est pas seulement notre capacité à survivre en tant que peuple francophone qui écoperait, mais également notre compétence à décider nous-mêmes de notre propre survivance et notre faculté à intégrer les nouveaux arrivants en français, dans notre langue, la seule qui nous soit commune et qui doit être enseignée dans nos écoles.
L’autre choix porte un nom: disparition.