La Presse en guerre contre les étudiants
1 mai 2012

L’avantage de toute crise, c’est qu’elle force quiconque veut y participer à laisser tomber son masque. Lorsqu’un débat est aussi tranché que celui opposant les étudiants au gouvernement, on a tendance à laisser tomber les nuances et à mettre tout son poids dans une direction ou une autre.

Dans le cas d’un média, néanmoins, on s’attendrait à un minimum de respect pour l’intelligence des lecteurs. À La Presse, propriété de Gesca (Power Corporation), dont la direction est reliée de près au PLQ, on a laissé tomber toute prétention à l’objectivité. Ce journal qui fut un jour intéressant et honnête, est devenu tout aussi malhonnête que le gouvernement dont il liche les souliers.

Aujourd’hui, 1er mai, par exemple, Alain Dubuc, qu’on a rapatrié du journal Le Soleil pour ajouter du poids aux textes anti-étudiants d’André Pratte, qualifiait les offres de la FECQ et de la FEUQ de « braquage » et les accusait de ne pas mettre d’eau dans leur vin et de constituer des « enfants-rois ». Aucun mot sur le caractère honnête des propositions, aucun commentaire sur le fait que c’est le gouvernement qui s’entête en refusant toute négociation sur la hausse, aucune remarque sur le fait que des étudiants qui sacrifient leur session et leur temps pour le bien d’autrui sont l’anti-thèse d’enfants-rois. Non, à La Presse, on suit la ligne gouvernementale : les étudiants sont intransigeants.

Hier, 30 avril, André Pratte écrivait un texte surréaliste où il accusait les étudiants de former une « tyrannie de la minorité » et où il incluait dans ses calculs l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Jean-François Lisée a bien démoli l’argumentaire de Pratte en soulignant que l’électorat du PLQ est tout aussi minoritaire, ce qui n’enlève pas la légitimité du gouvernement. Malgré tout, La Presse suivait la ligne gouvernementale : les étudiants grévistes sont minoritaires.

Hier encore, 30 avril, Alain Dubuc se commettait dans un éditorial où il proclamait que la fermeté du gouvernement constituait une démonstration de démocratie. Encore une fois, la ligne gouvernementale : nous ne céderons pas.

Et ça continue :

  • 27 avril – Pratte affirme que la hausse est légitime et que le gouvernement ne doit pas céder.
  • 27 avril – Dubuc justifie la position gouvernementale d’exclure la CLASSE.
  • 26 avril – Mario Roy soutient que la FECQ et la FEUQ doivent se dissocier de la CLASSE.
  • 21 avril – Pratte : si le gouvernement cède, on ouvrira la porte à tous les radicaux.
  • 17 avril – Pratte : tous ceux qui accusent le gouvernement de favoriser la violence sont complices de celle-ci.
  • 13 avril – Pratte : le gouvernement ne doit pas céder face à la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (sic).
  • 13 avril – Dubuc : la hausse est juste, le gouvernement n’a pas à céder sur quoi que ce soit.

Et ça continue, et ça continue.

Les éditorialistes de La Presse sont en guerre. À une certaine époque, le combat des journalistes était celui du quatrième pouvoir, celui qui critiquait le gouvernement, qui le dénonçait, qui représentait les forces mouvantes d’une société. La Presse, en ce début de vingt-unième siècle est devenu le laquais du gouvernement Charest. Son porte-parole. Son organe officiel. Le petit chien-chien qui va chercher les pantoufles quand il fait trop froid pour sortir du lit.

Ce n’est pas pour rien que Gesca ne veut pas publier les états financiers de La Presse et des autres médias du réseau, malgré les demandes incessantes d’un Yves Michaud, par exemple. C’est simplement parce que le but de ce journal n’est pas de faire un profit, n’est pas d’informer, n’est pas d’être rentable.

Le seul but de La Presse, c’est la manipulation de l’opinion publique, et les pertes encourues dans cette opération sont largement compensées par la présence d’un gouvernement au service de ses propriétaires.

Si vous achetez La Presse, si vous lisez La Presse, si vous considérez que ce journal jouit de la moindre crédibilité, non seulement nuisez-vous à la lutte des étudiants, mais vous contribuez également à l’affaiblissement de notre démocratie et à la vente de feu de nos institutions.



Ce texte venait à peine d’être écrit qu’André Pratte remettait ça en accusant les étudiants d’avoir du culot de proposer une contre-offre et qu’il s’agissait de « pelleter les nuages ». Que ce soit clair : si vous achetez La Presse, vous encouragez cette propagande.

Des mensonges de Pratte à la libération d’un peuple!
27 octobre 2010

La Presse est en guerre. Ou plutôt, le multimilliardaire Paul Desmarais, propriétaire de celle-ci et ayant déjà affirmé que l’indépendance du Québec signerait sa fin, met tout en œuvre pour empêcher tout renforcement de la Loi 101. Et qui de mieux que son laquais numéro un, l’éditorialiste André Pratte, pour accomplir l’ingrate besogne?

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En moins d’une semaine, Pratte a signé trois textes sur la question. Le 19 octobre dernier, il affirmait que l’indifférence des Québécois vis à vis de la question linguistique témoigne de l’approche modérée (sic) du gouvernement Charest. Le 22 octobre, il blâmait les francophones quittant l’île de Montréal pour justifier l’anglicisation de la métropole. Le 26 octobre, il vantait la présence « respectueuse » des anglophones montréalais et expliquait qu’il ne servirait à rien d’étendre l’enseignement obligatoire dans la langue nationale de 12 à 14 ans en appliquant la Loi 101 au cégep.

Trois textes, trois morceaux de propagande. Pratte est en campagne, et la fin du Québec français constitue son seul objectif. La maison est en feu, mais il ne faudrait surtout pas s’inquiéter! Démontons ses mensonges un par un.

Premier mensonge: les Québécois sont indifférents à propos de leur langue.

Non, ce n’est pas parce qu’il n’y a eu « que » 3000 à 5000 manifestants le 18 octobre dernier pour dénoncer la loi 115 que les Québécois sont indifférents. Un sondage publié l’an dernier démontrait d’ailleurs que près de 90% des Québécois croient que le français est menacé à Montréal. Et cinq mille manifestants, c’est déjà 40% plus de participants qu’au rassemblement contre la loi 103 du 18 septembre et près de cinq fois le nombre de spectateurs au premier spectacle du 11 avril dernier! Bien sûr, nous sommes encore loin de la marche en faveur du retour des Nordiques, mais le fait que les gens marchent plus facilement pour un club de hockey que pour la langue ne témoigne peut-être pas de leur indifférence quant à celle-ci, mais peut-être simplement de leur implication supérieure à propos de cet enjeu et du fait que celui-ci requiert un engagement politique beaucoup moins exigeant (tout le monde veut le retour des Nordiques; il est beaucoup plus difficile de défendre une opposition à un projet de loi complexe).

Deuxième mensonge: l’exil des Québécois de Montréal explique l’anglicisation de la métropole.

Pratique comme analyse, ne trouvez-vous pas? Il suffit de démontrer que les Québécois quittent Montréal plus massivement que les anglophones, de parler du déplacement de la limite traditionnelle des quartiers francophones et anglophones et BINGO l’affaire est ketchup. Or, j’ai déjà démontré à plusieurs reprises que cette perception est erronée: si l’exode des Québécois de Montréal était un facteur de l’anglicisation de la métropole, comment pourrait-on expliquer que la banlieue s’anglicise tout aussi rapidement? André Pratte parle du départ des Québécois vers Repentigny, Terrebonne et Varennes; sait-il seulement que la croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise pour ces villes, entre 2001 et 2006, était respectivement de 69%, 60% et 7%? S’il y avait un tel exode de francophones vers la banlieue, pourquoi la croissance des locuteurs de langue anglaise pour l’ensemble des banlieues rapprochées était de 7,6% alors qu’elle n’était que de 4,4% pour Montréal elle-même? Mathématiquement, les prétentions d’André Pratte ne fonctionnent pas. Le départ de nombreuses familles québécoises vers la banlieue ne constitue PAS un facteur d’anglicisation de la métropole. La réponse est ailleurs.

Troisième mensonge: il ne sert à rien d’appliquer la Loi 101 au cégep.

André Pratte commet l’erreur de nombreux fédéralistes (et même de certains indépendantistes) qui croient que l’application de la Loi 101 au cégep constituerait une sorte de parachèvement de la Loi 101, la fin du combat des Québécois pour la survie de leur langue. « Douze ans ou quatorze ans d’éducation en français, qu’est-ce que ça change? » pourraient-ils affirmer. L’étude de l’IRFA, publiée le mois dernier, est assez convaincante à ce sujet: le cégep anglais anglicise fortement. Mais il faut voir plus loin. Il faut concevoir l’application de la Loi 101 au cégep non pas comme une finalité, mais comme le début d’un renouveau où les Québécois cesseraient de se contenter de défendre une Loi 101 sacralisée (mais pourtant dépecée plus de deux cent fois depuis son adoption) et prendraient l’initiative pour véritablement franciser le Québec. Et le dés-angliciser, forcément.

Il faut désacraliser la Loi 101

La vérité, c’est que le Québec et Montréal s’anglicisent non pas seulement parce que les Québécois sont indifférents, qu’ils quittent Montréal vers les banlieues ou parce que la Loi 101 n’est pas appliquée au cégep. Tout ça est beaucoup trop facile. Même si ces facteurs peuvent jouer, une des véritables causes de l’anglicisation m’a été expliquée par Pierre Serré il y a quelques mois: il s’agit du solde migratoire interprovincial du Québec. Concrètement: si les anglophones quittaient le Québec massivement au cours des dernières décennies, ils ont plus tendance à s’accrocher aujourd’hui, faisant porter un fardeau supplémentaire sur notre langue nationale.

Regardez le tableau suivant: (( Données provenant de Statistique Canada. ))

Période
Anglophones
Migration nette (arrivées moins les départs)
1976 à 1981 -123 053
1981 à 1986 -50 193
1986 à 1991 -30 747
1991 à 1996 -36 159
1996 à 2001 -44 548
2001 à 2006 -16 005

On y constate que si les anglophones ont été nombreux à quitter le Québec après l’élection du Parti Québécois en 1976, ils ne sont plus qu’une minorité à le quitter aujourd’hui. Ces anglophones « québécois », loin d’être les anglophones respectueux du français qu’idéalise André Pratte, forment plutôt une nouvelle catégorie de citoyens ne se réclamant plus du Canada, mais s’affichant fièrement comme Québécois ou Montréalais, même s’ils ne parlent pas toujours la langue nationale du Québec. Plutôt que de faire face à des anglophones dans un processus soit de francisation ou d’exil – des anglophones acceptant le statut francophone du Québec – , nous avons désormais des anglophones travaillant activement à l’anglicisation du Québec et s’enracinant durablement au sein de la société québécoise.

Cette situation n’existe que parce que nous avons sacralisé la Loi 101 et refusé de la remettre en question. Tellement fiers de nous être enfin libéré du joug colonialiste avec la charte de la langue française, nous en avons fait un idéal tel que nous n’osons plus la renforcer à un moment où elle en a cruellement besoin. Nous avons peur de l’adapter aux nouvelles situations, peur de s’en servir pour véritablement faire du Québec la nation française qu’il prétend être. Peur d’exister non pas par défaut, mais parce que nous voulons enrichir l’humanité de notre présence. Peur d’OSER modifier la Loi 101 non pas parce qu’une cour politique d’une nation étrangère nous le demande, mais parce que nous avons le désir de le faire par nous-mêmes.

Voici ce qu’un peuple courageux ferait:

  1. L’abolition du réseau scolaire public anglophone. Un peuple fier ferait exactement comme font toutes les nations du monde. Il ne financerait qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. Actuellement, pour 5,6% d’anglophones de langue maternelle nés au Québec, nous finançons leurs écoles primaires et secondaires à 11%, leurs cégeps à 16% et leurs universités à 27%.
  2. L’application de la Loi 101 à toutes les écoles privées du Québec, de la maternelle à l’université. Un peuple audacieux refuserait de décerner un diplôme national à une école refusant le statut francophone de la nation québécoise.
  3. La fin de toute subvention à un établissement (santé, éducation ou autre) qui ne soit pas francophone. À l’image de dizaines d’États refusant de financer avec des derniers publics des organismes œuvrant dans une autre langue que la langue nationale, un Québec brave cesserait d’encourager la dislocation sociale et l’anglicisation en ne finançant que des organisations francophones.
  4. L’obligation que tous les services gouvernementaux soient dispensés dans la langue nationale. Vous voulez votre permis de conduire? Un Québec véritablement libéré ferait à l’image de dizaines d’État américains et vous obligerait à parler la langue nationale. Idem pour la santé, pour le droit de vote ou pour n’importe quel service gouvernemental. Fini le « press nine ».
  5. Francisation de toutes les marques de commerce. Plusieurs États forcent non seulement l’affichage dans la langue nationale, mais également que le nom des compagnies soit affiché dans cette langue. Un Québec qui se tient debout devrait faire la même chose.
  6. Interdiction d’exiger la connaissance d’une langue étrangère pour tout emploi œuvrant spécifiquement au Québec. Il n’est pas normal que de nombreux commerces exigent la connaissance d’une langue étrangère quand ceux-ci ne font pas affaire avec un pays anglophone. Aucun emploi s’adressant exclusivement à des Québécois ne devrait nécessiter la connaissance d’une langue étrangère.
  7. Obligation pour tous les médias s’adressant aux Québécois d’avoir un certain pourcentage de leur contenu en français. The Gazette, CHOM, et même des sites internet existent entièrement en anglais. Il faudrait qu’une certaine partie du contenu soit en français. On peut penser, par exemple, à 25% des pages en français dans The Gazette et à 25% des interventions en français pour CHOM ou d’autres stations de radio anglaises. En ce qui concerne le contenu musical, il faudrait augmenter les quotas de musique québécoise. Notons que plusieurs pays ont légiféré en ce sens.
  8. Obligation pour toutes les entreprises d’écrire dans un bon français. Fini les « École de conduite du camion et d’auto » et autres traductions approximatives. Dans un Québec fier, aucun permis d’exploiter une entreprise ne pourrait être donné sans une utilisation d’un français grammaticalement correct.
  9. Augmentation des heures d’école consacrées à l’Histoire et au français. Il n’est pas normal que notre jeunesse ne sache rien ni de notre histoire ni de l’écriture correcte de notre langue nationale. Plutôt que de miser sur une langue étrangère (une seule, de surcroît) il faudrait d’abord leur apprendre à savoir d’où ils viennent et de quelle façon écrire leur langue.
  10. Diminution de l’immigration pour atteindre un seuil mieux gérable. À près de 50 000 immigrants par année, nous recevons davantage d’immigrants que la plupart des pays développés. Or, nous ne jouissons pas de leur cohésion culturelle et linguistique et avons donc encore plus de difficulté à les intégrer.
  11. Refus de reconnaître toute décision émanant de la Cour suprême du Canada. Un Québec libéré ne reconnaîtrait pas le droit de la cour politique d’une nation étrangère à décider de ce qui est le mieux pour lui.

Voilà ce que ferait un peuple qui se tient debout. Ce peuple se battrait pour exister. Il donnerait des coups de griffes partout. Il reconnaîtrait que le départ d’anglophones constitue une excellente nouvelle et que le modèle MONDIAL d’États homogènes d’un point de vue linguistique constitue le meilleur gage de survie pour la langue française en Amérique. Il lutterait de toute son âme pour la diversité culturelle et la pluralité mondiale en s’assurant que cesse le génocide culturel des francophones du Canada.

Ce peuple, il se tiendrait face au vent, il cesserait de lire tous les mensonges des Pratte de ce monde et il oserait enfin crier, du poids de son nombre et avec la force que lui confère son État: J’EXISTE!

La quasi-totalité des nations du monde se sont dotées de lois linguistiques assurant la survie de leur langue nationale. Qu’attendons-nous, dites-moi? Attendons-nous, après avoir été minoritaires en Amérique du Nord, puis minoritaires au Canada, de devenir minoritaires au Québec?

Reprenons l’initiative linguistique et réchauffons l’hiver de notre peuple en brûlant la grosse Presse à Pratte!

Le vide
24 novembre 2009

« Il ne fait pas froid », se répétait-on comme un mantra. Je marchais avec un ami et la lourde buée s’échappant de nos bouches se cristallisait sur nos barbes naissantes. Il devait faire -25 degrés, peut-être -30. Nous étions jeunes, nous étions philosophes, nous avions les extrémités gelées, mais il ne faisait pas froid. Non. Il manquait de chaleur, simplement. Déjà, à cet âge, je comprenais que le froid n’existait pas; c’était simplement que le soleil n’était plus assez fort pour réchauffer l’air ambiant. Quand on ouvre une fenêtre, ce n’est pas le froid qui s’engouffre, mais la chaleur qui sort et qui est remplacée par l’absence de celle-ci. À la physique comme en politique, c’est l’absence d’une chose qui ouvre la porte à son opposée. Le vide engendre tout.

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Tout comme une montre arrêtée donne l’heure juste deux fois par jour, c’est Richard Martineau qui m’a inspiré ce souvenir. Sur son blogue, d’abord, mais aussi parce qu’il a fait un lien vers un de ses anciens textes, où il parlait de la montée de l’extrême-droite en Europe. Il y expliquait, en citant un chroniqueur du Maclean’s, de quelle façon les partis politiques centristes européens ont délaissé la question identitaire, ouvrant toute grande la porte à l’extrême-droite:

« Aujourd’hui, écrit-il, les politiciens ne peuvent plus parler de rien sans se faire insulter. Vous vous posez des questions au sujet de l’immigration ? Vous êtes raciste ! Au sujet de la criminalité ? Raciste! De l’aide sociale ? Raciste! De l’Islam ? Raciste-doubleraciste! »

Bref, c’est précisément parce que les partis politiques centristes ont cessé de se faire le relai des revendications identitaires légitimes que celles-ci se sont regroupées dans des mouvements plus extrémistes. Le vide ne dure jamais longtemps.

À la lecture de cette analyse, la décision du Parti Québécois de reprendre à son compte les enjeux identitaires s’avère très saine. Le Parti Québécois, s’il est honnête dans sa démarche, tentera de reprendre possession du vide qui avait permis à Mario Dumont d’obtenir de bons succès par le passé. Il cherchera à réactiver des questions identitaires non-réglées et qu’on a laissé orphelines en espérant qu’elles mourraient de leur belle mort. Mais elles ne sont pas mortes. Les questions identitaires ne meurent qu’à la mort de l’identité qu’elles représentent.

Depuis le référendum de 1995, sous prétexte d’ouvrir toutes grandes nos fenêtres et nos frontières, ce n’est pas le froid ou les « étrangers » qui nous ont envahis, mais c’est notre propre chaleur, notre propre capacité à nous imaginer nous-mêmes qu’on a laissé s’échapper. On s’est imposé le silence le plus complet sur les enjeux identitaires.

Et ce sont des éditorialistes à-plat-ventristes comme André Pratte, qui parle de peur ou de paranoïa pour qualifier tout projet de renforcement de la loi 101, qui ont contribué à créer ce vide. Ce sont ces gens qui contribuent à couvrir d’un voile de tabou toute la question identitaire. Ce sont ces gens, ces politiciens, qui, de par leur incapacité à parler du profond problème identitaire québécois, sont responsables, à l’instar de leurs homologues européens, de l’émergence de radicaux.

La nature a horreur du vide. Le poids des francophones d’Amérique du Nord continue de diminuer, l’insécurité augmente, le français a de plus en plus de difficulté à s’imposer comme langue commune au point que certains francophones considèrent comme normal le fait que les Québécois parlent une langue étrangère. Et de plus en plus de Québécois réclament qu’on s’occupe de ces questions. Si cela ne se fait pas dans le cadre d’un parti politique de centre-droit comme le Parti Québécois, cela se fera ailleurs. Et si aucun parti ne veut reprendre à son compte ces questionnements légitimes, il ne faudra pas s’étonner du faible taux de participation aux élections.

Le jour où tous les partis politiques s’intéresseront réellement à ces enjeux, les citoyens iront voter. Mais en glorifiant le vide, en le célébrant, en faisant croire que tout le monde est satisfait d’un multiculturalisme à la canadienne qui précipite notre disparition, on ne peut que contribuer à une explosion autrement moins contrôlée de cette énergie créatrice.

Plus que jamais, il faut parler d’identité, il faut ouvrir un débat sur l’immigration, il faut renforcer la loi 101 et parler français dans toutes les circonstances sur le territoire du Québec. Il faut occuper le vide avant qu’il nous dévore.

De Hérouxville à Ottawa: La Presse se ridiculise
15 novembre 2009

Ainsi donc, La Presse, par la bouche de son éditorialiste en chef, considère que le guide canadien pour les immigrants constituerait un « bon travail ». « L’ouverture et la générosité du Canada excluent les pratiques culturelles barbares qui tolèrent la violence conjugale, les meurtres d’honneur, la mutilation sexuelle des femmes ou d’autres actes de violence fondée sur le sexe », affirme le manuel. André Pratte se félicite que le guide « rappelle en termes clairs que les valeurs fondamentales de la majorité doivent avoir le dessus ». Un peu plus et on sabre le champagne en l’honneur du gouvernement, ce grand protecteur des « valeurs canadiennes ».

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Pourtant, il y a moins de trois ans, Pratte et sa clique d’éditorialistes obtus pourfendaient les normes de Hérouxville, qui affirmaient grosso modo les mêmes choses. Des normes, qui rappelaient aux immigrants l’égalité des sexes, l’interdiction d’exciser ou de lapider les femmes, qui avaient véritablement lancé le débat sur les accommodements raisonnables.

Malgré les ressemblances entre les deux guides, André Pratte a considéré Hérouxville comme l’envers du Québec qu’on aime, c’est-à-dire « inquiet, frileux et mal informé ». Alain Dubuc, éditorialiste tellement détesté à Montréal qu’il a dû s’exiler à Québec, a aussi offert une collaboration spéciale à La Propagandiste de la rue Saint-Jacques: « Hérouxville, c’est très clairement une manifestation de racisme ordinaire, où se sont exprimés les deux ingrédients de base qui nourrissent l’intolérance: la peur et l’ignorance ». Patrick Lagacé, lui, parlait de « puantes normes de vie ». Pierre Foglia palabrait sur les morrons (sic) de Hérouxville. ((FOGLIA, Pierre, La Presse, Nouvelles générales, mardi, 30 janvier 2007, p. A5, La ruelle de Chateaubriand )) Yves Boisvert, guère mieux, parodiait ces normes en parlant de talibans avec des cailloux pleins leurs valises et n’ayant comme seul but de lapider les femmes. La Presse était déchaînée: Hérouxville et ses normes de vie, c’était l’ennemi à abattre.

Or, personne ne s’y lève aujourd’hui pour parler des méchants talibans avec leurs valises pleins de couteaux servant à exciser les femmes, pour dénoncer les « morrons » d’Ottawa, le guide « puant » sur les immigrants, de la peur et de l’ignorance du gouvernement canadien ou du pays « inquiet, frileux et mal informé » qui impose ce guide. Non, non. Quand ça vient du Québec, quand ce sont des Québécois qui veulent imposer leurs valeurs aux immigrants afin de créer un meilleur vivre-ensemble, on parle de racisme et de xénophobie. Quand c’est Ottawa qui fait la même chose, on félicite le gouvernement pour ce « bon travail ». Deux poids, deux mesures.

En fait, cela rejoint les propos de Jean-François Lisée sur son blogue: on peut insulter un immigrant ou un fils d’immigrant québécois en lui reprochant de ne PAS voter de manière ethnique – c’est-à-dire d’appuyer les fédéralistes ou ceux qui négligent la protection du français – mais on ne peut surtout pas lui faire de reproches s’il décide de voter de manière ethnique. Bref, il est possible pour Christine St-Pierre d’invectiver Pierre Curzi en lui rappelant son origine ethnique sans que personne ne réagisse, mais on ne peut pas souligner le fait statistiquement vérifiable que le référendum de 1995 a été perdu largement à cause du vote monolithique des anglophones et d’immigrants qu’on n’a pas réussi à intégrer. On part du principe que le souverainiste est un raciste potentiel qui doit se disculper, alors que le fédéraliste serait orné d’une auréole de bonne volonté que ne pourrait même pas troubler de véritables propos racistes.

On m’objectera peut-être que les normes de Hérouxville faisaient figure de règlement alors que le guide canadien ne constitue qu’une recommandation de lecture. Qu’on me dire, alors, que constitue la valeur d’une « recommandation » si personne n’est tenue de la respecter? En d’autres mots: on peut vanter un « bon travail » jusqu’à Pâques comme le fait André Pratte, mais si ce guide n’a pas de valeur coercitive, à quoi sert-il véritablement? Hérouxville a eu le courage de ses convictions: les recommandations ont fait force de loi. Peut-être maladroitement, mais avec la volonté d’imposer ce qui constitue, à nos yeux, la meilleure façon de vivre dans le respect des valeurs qui nous rassemblent et qui assurent un minimum de cohésion sociale.

Quand la catin de la rue Saint-Jacques décide, volontairement, de féliciter l’approche d’Ottawa immédiatement après avoir dénoncé celle de Hérouxville, elle nous affirme donc deux choses. D’abord qu’elle considère que ce sont seulement des fédéralistes qui sont aptes à parler de normes de vie pour les immigrants. Ensuite, qu’on peut bien en parler autant qu’on en veut, en autant que ce ne soient que des paroles vaines sans conséquences pour ceux qui ne les respectent pas. Bref, on félicite le vent de faire tourner le moulin et on se fout de savoir ce que celui-ci produit d’utile en retour. La roue tourne, et peu importe dans quel but!

On en dira ce qu’on en veut, mais le problème des accommodements raisonnables n’est pas réglé. Le gouvernement Charest a caché la poussière sous le tapis en espérant que d’autres se chargeraient de la dissimuler sous le canapé. Ne soyons pas dupes: La Presse et le gouvernement du Canada possèdent la même croyance, c’est-à-dire celle que les francophones ne constituent qu’une ethnie parmi d’autres et qu’en tant que tel ils ne sont pas dignes de se questionner sur la place des immigrants dans la société. C’est à la majorité, aux vrais habitants de ce pays, les anglophones, qu’il appartient de décider pour nous.  Et ce guide, qui n’indique nulle part que les immigrants doivent envoyer leurs enfants à l’école française au Québec, même si la Chambre des Communes a reconnu ce droit, n’en est que l’expression la plus fétide.

Est-ce qu’au moins La Presse aurait l’honnêteté de cesser de se qualifier de « grand quotidien français d’Amérique » pour enfin épouser entièrement entièrement ses idéaux et finalement publier ses âneries dans la langue de Shakeaspeare, la seule qui resterait si on appliquait ses recettes identitaires?

Nous sommes tous Islandais
27 octobre 2009

Finis les Big Mac en Islande! La multinationale aux arches dorées a décidé de fermer boutique dans le pays. La cause? La profonde crise dans laquelle est empêtrée le pays, et la dévaluation de plus de 50% de la monnaie nationale, éliminant toute possibilité de profit pour McDonald’s lors de l’importation de ses matières premières. Une crise causée par des mesures économiques très à droite, presque libertariennes, et qui ont conduit l’Islande à la faillite.

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En 1984, Milton Friedman, le gourou du néolibéralisme qu’on cite allègrement dans les officines du Conseil du Patronat du Québec et qui constitue une des idoles de André Pratte, l’éditorialiste en chef de la putain de la rue Saint-Jacques (dixit Olivar Asselin), a donné une conférence à l’université d’Islande et participé à un débat télévisé l’opposant à des dirigeants socialistes. Il a fait une forte impression sur toute une jeunesse conservatrice du Independance Party et a ainsi contribué indirectement à l’élection du parti en 1991.

Dès son arrivée au pouvoir, le Independance Party a commencé ses réformes. Durant les dix-huit années qu’a duré son règne à la tête du pays de 320 000 habitants, il a privatisé les pêcheries, des parcs naturels, a donné à une compagnie privée le génome de tous les habitants du pays, a privatisé l’historique médical, les banques (qui ont été « achetées » par des proches du premier ministre), la principale compagnie de télécommunication, alouette. Il a privatisé presque tout ce qui pouvait l’être. Et il a appliqué le petit catéchisme néolibéral à la lettre: il a réduit l’impôt des entreprises de 50% à 18%, il a baissé les taxes et il a appliqué un impôt unique, cette « flat-tax » tant vantée par certains droitistes.

L’illusion a fonctionné pendant un certain temps. Une opulente richesse, dans les mains d’une minorité, a déferlé sur Reykjavik, la valeur des propriétés a augmenté, les miroirs se sont coordonnés pour donner l’illusion de la croissance et de la prospérité. Mais au premier coup de vent, le château de cartes s’est effondré.

Les banques privatisées – et leurs dettes équivalentes à 10 fois le PIB du pays – ont du être renationalisées en catastrophe. On a soumis une candidature expresse pour l’Union européenne, espérant le sauvetage. On s’est mis à genoux devant le FMI, qui avait déjà lui-même secouru l’Argentine après que ce pays eut appliqué ses propres politiques de droite, et on fait face à une chute de plus de 10% du PIB en 2009, le pire résultat depuis l’indépendance du pays, en 1944. L’endettement de l’Islande a atteint 70 milliards, une somme titanesque pour un pays comptant moins d’habitants que la ville de Québec.

Le pays est ruiné.

Ainsi, quand on veut augmenter mes tarifs, je fais un Islandais de moi-même et je dis: « Nei! ». Quand on majore les frais de scolarité, je réponds « Nei! ». Quand on refuse d’imposer adéquatement les mieux nantis, je rétorque « Nei! ». Quand on veut m’imposer des PPP, je réplique « Nei! ». Et quand on me dit que ces réformes de droite constituent le « gros bon sens », je m’époumone à crier « NEI! ».

Aujourd’hui, nous sommes tous Islandais. Nous avons vu ce que nous avons à attendre des gourous d’une droite habile dans ses discours créateurs d’illusion de richesse, mais qui se terre dans les bras du gouvernement au premier coup de vent. Les théories économiques de Milton Friedman, qui considérait l’Islande comme son utopie réalisée, ont perdu toute crédibilité.

Et si on osait l’équilibre, une véritable social-démocratie refusant les dogmes et l’idéologie d’une minorité d’exaltés désireuse de mettre la main sur nos richesses collectives?

Un peu de ketchup avec votre Big Mac?

Irlande, le Waterloo d’André Pratte?
6 août 2009

Si André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, affirme quelque chose, cela doit forcément suivre une certaine logique. Ou à tout le moins, son propos doit être cohérent. On s’attend à naviguer sur le flot de ses éditoriaux comme sur un long fleuve tranquille, coulant inlassablement vers la mer de ses croyances. Mais qu’arrive-t-il lorsqu’on le prend en flagrant délit de contradiction?

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Dans son éditorial d’hier, sur Cyberpresse, Pratte s’en prend violemment à l’Irlande, avec son taux de chômage de 11,9%, en route vers les 16% selon une étude de l’Economic and Social Research Institute. Selon sa nouvelle lecture des choses, cela constituerait la preuve de l’impossibilité pour un petit pays comme un Québec indépendant de s’épanouir économiquement. Il termine même son texte en lançant cette phrase incroyable: « Et avec l’effondrement de l’économie irlandaise s’écroule un des fragiles fondements de [l’]argumentaire économique [souverainiste]. »

Pourtant, le 8 décembre 2003, André Pratte écrivait un autre éditorial, enjoignant les élites québécoises à suivre la voie de la « réussite » irlandaise. Il s’appuyait alors sur la publication d’un rapport de l’Institut Fraser intitulé « La prospérité ou la stagnation » qui recommandait au Québec de s’inspirer du « modèle » irlandais. La recette? On la connait: déréglementer, privatiser, s’attaquer aux syndicats, baisser les impôts. Pratte parlait d’une « grande corvée ».

Étonnement, son discours a été repris par les élites souverainistes, tant à Québec qu’à Ottawa. Pierre Paquette, porte-parole du Bloc québécois en matière de finances, a répondu à l’éditorialiste en lui disant qu’il était tout à fait d’accord avec la nécessité de cette corvée, mais qu’à ses yeux le Québec pouvait très bien la faire en étant indépendant. ((La Presse, Forum, mercredi, 17 décembre 2003, p. A19, Un portrait trop noir, Le Québec s’en tire assez bien, malgré le frein au développement que constitue le fédéralisme canadien, Pierre Paquette)) Même François Legault, du Parti Québécois, a surfé sur cette vague pendant des années, allant même jusqu’à affirmer que les impôts ridiculement bas de 12% payés en Irlande seraient une voie à suivre pour le Québec!

Qu’on se comprenne bien: ni le Bloc Québécois ni le Parti Québécois n’ont rejeté les arguments de Pratte selon lesquels la meilleure façon de croître serait d’instaurer un État minimal et autres réformes de droite. Leur seule particularité a été de dire qu’on pourrait mieux le faire en étant indépendant.

Or, aujourd’hui, après avoir recommandé au Québec de suivre la voie de l’Irlande, après avoir été entendu jusque dans les officines de partis souverainistes pressés de mettre en place ses réformes dès l’indépendance achevée, voilà qu’André Pratte fait marche arrière et reproche à celles-ci d’avoir accepté ses préceptes! « Il y a quelque chose dans la recette canadienne qui, de façon générale, assure aux Canadiens une prospérité enviable » soutient le scribe de la rue Saint-Jacques. Cette recette, il ose à peine la nommer: classe moyenne syndiquée à l’abri des aléas de la crise (de 1999 à 2007, le taux de syndicalisation chutait de 0,8% au Canada, contre 9,7% en Irlande (( Données de l’OCDE sur le taux de syndicalisation )) ) , réglementation adéquate des banques, taux d’imposition assurant une redistribution de la richesse. Bref, toutes ces choses auxquelles il s’était opposé en 2003 et dont il avait empressé le Québec de se débarrasser.

Cruelle ironie, n’est-ce pas? L’homme se plaint d’un problème, incite d’autres à adopter ses idées, ceux-ci le font, et ensuite il leur reproche de l’avoir fait en démontrant, chiffres à l’appui, que sa première idée était mauvaise!  Sans l’admettre ouvertement, bien sûr.

Ce ne sont donc pas les « fragiles fondements » de l’argumentaire économique souverainiste qui s’écroulent, mais la crédibilité d’André Pratte et sa capacité à influer sur les décisions politiques du futur. La prochaine fois qu’il exigera des réformes mettant en danger notre société, un seul mot suffira à le faire taire: « Irlande ».

Le déclin démagogique
18 juillet 2009

Pas de déclin démographique! Les derniers chiffres de l’Institut de la Statistique du Québec (ISQ) sont formels: la population du Québec continuera de croître au cours des prochaines décennies, augmentant de 8 millions en 2012 jusqu’à 9,2 millions d’habitants en 2056. Pour André Pratte, c’est l’occasion de se réjouir de l’augmentation de l’immigration tout en adoptant des mesures urgentes pour faire face au vieillissement de la population. Il a tort sur les deux points.

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En effet, l’éditorialiste de La Presse soutient que cette croissance est principalement tributaire de l’immigration.  Est-ce vrai?  En 2003, année des dernières statistiques désastreuses de l’ISQ entrevoyant un déclin démographique, le nombre d’immigrants accueillis était de 44 555. En 2007, il montait à 46 055, une augmentation de 3,4%. (( Statistique Canada, Tableau 051-00041, Composantes de l’accroissement démographique, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )) Comparons maintenant ces chiffres aux naissances, tributaires du programme des Centres de la petite enfance (CPE) fonctionnant à plein régime et des nouveaux congés parentaux inaugurés en 2006: 74 364 naissances en 2003 et 85 900 en 2007. Une augmentation de 15,5%! Il ne fait aucun doute que l’immigration joue un rôle important, mais est-ce le principal facteur?

Or, l’accroissement du nombre d’immigrants comporte des coûts sociaux. La commission Bouchard-Taylor en est un, les émeutes de Montréal-Nord en sont un autre. Une étude d’un groupe d’économistes réunis sous la bannière de l’Institut de géopolitique des populations, en France, a calculé que les coûts de l’immigration pour l’État français, en 2005, s’élevaient à plus de 24 milliards d’Euros (37,7 milliards $C). De ce chiffre, pas loin de 4,4 milliards d’Euros (6,9 milliards $C) étaient affectés à la justice et au maintien de l’ordre. (( Le Point, no. 1757, France, jeudi, 18 mai 2006, p. 54, Immigration: Un coût de 24 milliards d’euros, Christophe Deloire et Saïd Mahrane ))

Le manque de cohésion sociale coûte cher à la société. Cela ne signifie pas qu’il faudrait éliminer entièrement l’immigration, mais ne vaudrait-il pas mieux miser sur une augmentation du taux de fécondité des Québécoises plutôt que de paqueter des dizaines de milliers d’immigrants dans des ghettos et ensuite en avoir pour des décennies avant de les intégrer?

Par ailleurs, M. Pratte, homme de droite et ancien signataire du très controversé Manifeste pour un Québec lucide, s’épanche longuement sur le fait que la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait doubler entre 2006 et 2056, passant de 14% à 28%. Selon lui, cette charge supplémentaire pour la population active est inquiétante et devrait nous inciter à adopter des réformes (de droite, sous-entendu).

Dans les faits, comme je le soulignais ici, il est important de tenir compte du facteur « productivité ». On ne peut pas dire simplement qu’il y aura deux fois plus de personnes inactives à soutenir par deux fois moins de personnes actives et conclure que nous serions deux fois plus pauvres. C’est tout simplement faux. Au Moyen-Âge, les personnes âgées étaient plutôt rares; est-ce qu’on vivait mieux qu’aujourd’hui?

Ce qui compte, c’est la productivité et la façon dont celle-ci profite à l’ensemble de la société. Entre 1961 (première année de ces statistiques) et 2007, l’indice de productivité est passé de 41,2 à 105,4, une augmentation de plus de plus de 155%! (( Statistique Canada, Tableau 383-00211
Productivité multifactorielle, valeur ajoutée, facteur capital et facteur travail dans le secteur agrégé des entreprises et ses principaux sous-secteurs, selon le Systéme de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), annuel (indice, 2002=100) )) Concrètement, en 2007, un travailleur québécois crée 2,5 fois plus de richesse que 46 ans plus tôt. Qu’est-ce qui nous empêche de croire que la hausse de productivité ne se prolongera pas d’ici 50 ans, elle qui continue d’exploser sous l’impulsion des nouvelles technologies?

Le problème, c’est la redistribution de la richesse créée par cette hausse de la productivité. André Pratte, pour des raisons idéologiques, ne peut pas concevoir une plus grande redistribution de celle-ci, notamment par des hausses d’impôts aux entreprises et aux individus les plus favorisés, des tarifs douaniers pour les empêcher de fuir ces hausses, ou d’autres mesures imaginatives s’assurant que tous puissent profiter de ces gains. Il constate simplement que notre portion de la tarte diminue, que nous serons plus nombreux à la manger, mais il ne veut pas augmenter notre part.

Plus que jamais, André Pratte a tout faux. Ce n’est pas l’immigration qui va nous sauver, mais une hausse des naissances et une meilleure redistribution de la richesse.

Et si, au fait, une société avec davantage de cohésion sociale et plus d’égalité donnait davantage le goût à certains de faire des enfants? On pourrait peut-être ainsi ensuite célébrer le déclin… démagogique!

Frais de scolarité: la malhonnêteté de André Pratte
14 juillet 2009

« Plus c’est cher, plus c’est populaire! » Voilà le titre et le leitmotiv du dernier texte d’André Pratte, l’éditorialiste de droite de La Presse. S’appuyant sur de nouvelles données de Statistique Canada, il s’échine à démontrer, à l’encontre de toute forme de logique économique, que la hausse des frais de scolarité n’aurait pas d’incidence sur la fréquentation des universités. Pure malhonnêteté intellectuelle.

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En effet, s’il est vrai que la fréquentation universitaire est en hausse presque partout au pays, passant notamment au Québec de 250 809 en 2002-2003 à 268 011 en 2007-2008, cela ne signifie pas pour autant que cette hausse soit tributaire du dégel des frais de scolarité. Ce que ne montre pas André Pratte, c’est que la hausse de fréquentation a surtout eu lieu entre 2002 et 2005. La hausse des frais de scolarité ayant été imposée en 2005, on a pu observer la première diminution du nombre d’étudiants québécois inscrits au premier cycle universitaire depuis l’an 2000, passant de 187 464 à 187 242 l’année suivante. ((Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) En considérant les chiffres depuis 2002, M. Pratte camoufle ainsi une partie de la vérité.

Par ailleurs, l’éditorialiste de la rue Saint-Jacques met beaucoup d’emphase sur la hausse de fréquentation des universités en Ontario et en Colombie-Britannique, deux provinces où les frais imposés ont augmenté au cours des dernières années. Ce qu’il oublie de dire, cependant, c’est que la population âgée de 20 à 29 ans de ces deux provinces a explosé durant cette période, augmentant de 9,4% en Ontario et de 11,3% en Colombie-Britannique. Même au Québec, celle-ci a augmenté d’un peu moins de 2%. ((Statistique Canada, Tableau 051-00011, Estimations de la population, selon le groupe d’âge et le sexe au 1er juillet, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )) Est-il surprenant qu’un plus grand nombre de jeunes dans la vingtaine signifie une plus grande fréquentation de l’université?

Parallèlement, le Nouveau-Brunswick, province où les frais de scolarité sont les plus élevés au pays, a vu sa population de jeunes dans la vingtaine diminuer de 6,7% de 2002 à 2008, passant de 98 574 à 92 016 individus. Faut-il se surprendre si le Nouveau-Brunswick a connu une baisse significative de près de 4% ses effectifs universitaires?

On le constate, le facteur démographique n’est pas à négliger lorsqu’il est question de comprendre pourquoi les universités sont de plus en plus fréquentées. Il est facile, tout comme le fait André Pratte, d’affirmer bêtement que hausse des frais de scolarité et hausse de la fréquentation universitaire prouvent qu’il n’y a pas de lien entre les variables, mais cette affirmation n’a pas davantage de sens que cette vieille blague consistant à affirmer que la baisse de l’utilisation du spirographe suite aux années 60 a coïncidé avec une hausse du crime et des violences urbaines. On ne peut pas ignorer qu’il y a de plus en plus de jeunes en âge de fréquenter l’université, tout simplement. Ce n’est pas parce que deux variables évoluent dans un même sens qu’elles sont reliées pour autant.

De la même manière, n’y a-t-il pas une tendance lourde dans notre société à exiger des diplômes universitaires? Auparavant, on pouvait entrer dans une entreprise et y gravir les échelons; aujourd’hui on veut le diplôme, et c’est tout ce qui importe. L’attrait universitaire est indéniable: combien de jeunes prive-t-on de cet accès à cause de frais de scolarité trop élevés?

Contrairement à ce qu’affirme Pratte, l’expérience nous contraint à être prudents lorsqu’on hausse les frais de scolarité. En 1990-1991 et 1991-1992, les frais de scolarité, à l’échelle canadienne, se sont accrus de 15,2% et 16,% respectivement. Le nombre d’étudiants a chuté drastiquement, passant de 677 157 en 1992 à 668 535 l’année suivante, puis 658 284 en 1994-1995 et jusqu’à 633 018 en 1997-1998. En fait, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il y ait autant d’étudiants qu’avant les hausses des frais de scolarité. ((Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) ))

En fait, cela fait du sens: si l’université possède aujourd’hui un fort potentiel d’attraction sur les jeunes, cela ne doit pas nous faire oublier que toute hausse des frais de scolarité entraîne des conséquences. Et celles-ci sont graves: on gaspille le potentiel d’étudiants n’ayant peut-être pas les moyens de s’endetter et on prive la société de leur apport.

Car quoi qu’on en dira, l’éducation est une richesse. Et celle-ci devrait être accessible à tous, pas seulement à ceux qui ont les moyens de se la payer. Le fait que le nombre d’universitaires soit en hausse ne signifie donc pas que les majorations des frais de scolarité soient sans conséquences, mais seulement que le nombre d’étudiants aux études supérieures serait de loin supérieur si on rendait celles-ci accessibles à tous. C’est avant tout une question démographique, ce que ne semble pas comprendre André Pratte.

Éditorialiste à La Presse, voilà tout de même un endroit où le diplôme universitaire ne semble pas obligatoire…

L’irresponsabilité de André Pratte
22 mars 2009

Je n’aime pas André Pratte. En fait, j’admire ses talents journalistiques. Ses textes sont bien écrits, concis, d’une précision à faire rêver le chirurgien des mots qui m’habite. Malheureusement, son talent n’a d’égal que sa capacité à manipuler volontairement les gens qui sont assez dupes pour le croire. Dernier exemple en liste: son plus récent éditorial, où il qualifie d’irresponsable le budget provincial. Irresponsable. Pas parce que Jean Charest a menti aux Québécois lors de la dernière campagne électorale en leur affirmant qu’il n’y aurait pas de déficit. Irresponsable. Parce que le gouvernement devrait, selon Pratte, couper dans les services publics. Une belle connerie.

En effet, selon M. Pratte, il conviendrait « d’ajuster l’envergure des programmes sociaux à [notre] capacité fiscale ». Gros bon sens. Oui. Le problème, c’est que Pratte se refuse à considérer le rôle des précédentes baisses d’impôts, qui ont principalement profité aux classes supérieures, dans son analyse. Il considère la « capacité fiscale » comme étant quelque chose de fixe, qui ne peut être modifié. En conséquence, à ses yeux, la seule façon d’équilibrer le budget serait de couper dans les services ou de facturer les utilisateurs au pro-rata, ce qui handicape systématiquement la classe moyenne et les moins fortunés.

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Pourtant, les baisses d’impôts imposées par les gouvernements du Parti Québécois et du Parti Libéral depuis le début des années 2000 ont privé le Québec de près de 10 milliards $ par année. 10 milliards $! Pratte réfute implicitement ces faits d’un trait de crayon: « les politiciens québécois répondront qu’il est impossible d’augmenter les impôts des Québécois ». Ah oui? Laissez-moi comprendre: on ne devrait pas mieux imposer les plus nantis parce que « les politiciens » disent que c’est « impossible », mais d’un autre côté on devrait demander à ces mêmes politiciens qu’ils coupent nos services. Ça, c’est possible, selon M. Pratte. Vous y comprenez quelque chose?

En vérité, si les politiciens jugent qu’il est impossible de hausser les impôts des mieux nantis, c’est largement à cause d’éditorialistes comme André Pratte, qui ne manquent jamais une occasion de réclamer une baisse. Ça se comprend: pensez-vous sérieusement que André Pratte gagne moins de 100 000$ par année?  Et son patron, le milliardaire Paul Desmarais, lui?  Évidemment qu’il a avantage à ce qu’on baisse les impôts! Bien sûr qu’il y gagnerait! Il fait partie de l’élite, d’une minorité de Québécois qui n’ont que peu à gagner d’une redistribution de la richesse. Pour ces gens, le tout-privé représente presque un paradis. Ils ont les moyens de tout se payer, de l’école privée à l’hôpital privé en passant par des tarifs d’électricité plus élevés, des péages sur les routes, alléluia. Ils en ont les moyens.

Mais pour les autres, la classe moyenne et les plus pauvres, ce n’est pas le cas.

On conçoit souvent négativement l’impôt. Pourtant, il s’agit de la principale source de revenus du gouvernement, et c’est cette nécessaire redistribution de la richesse qui permet de bâtir une société plus cohérente. Les riches sont moins riches, mais ils vivent en paix. Les pauvres sont moins pauvres, et ils n’ont pas besoin de voler les riches. Montrez-moi une société plus égalitaire, je vous montrerai une société qui impose adéquatement ses plus riches. Montrez-moi une société pacifique où il est possible de ne pas barrer ses portes le soir, et je vous montrerai une société qui redistribue convenablement sa richesse grâce à des services publics financés à même les impôts. Tout le monde y gagne. Même les plus aisés, qui n’ont pas à s’isoler dans des villas privées entourées de hautes clôtures et de gardes de sécurité pour se protéger des démunis.  Même eux, ils ont avantage à être mieux imposés afin de jouir d’une société plus égalitaire et moins violente.

Baisser les impôts, c’est faire un pas vers l’anarchie et la désintégration sociale. C’est se rapprocher de sociétés inégalitaires où les plus pauvres ne sont peut-être pas des « assistés sociaux », mais au contraire de dangereux prédateurs. Où les mieux nantis cherchent à s’isoler et se croient investis du droit de tout s’acheter, y compris les autorités publiques. C’est ça, que M. Pratte désire?

Le budget Jérôme-Forget est irresponsable, mais ce n’est pas parce qu’il refuse de couper les services. Il est irresponsable parce qu’il ne répare pas les erreurs du passé en réajustant les impôts des mieux nantis à un seuil plus acceptable. Le party est fini. Les baisses d’impôt nous ont trop coûté. Il est temps de dégriser et de faire payer leur juste-part à ceux qui en ont les moyens. Et tant pis pour la minorité de gens qui, comme André Pratte, y perdraient au change.

Nous sommes en démocratie: visons le mieux-être de la majorité!

Au lieu d’augmenter la taxe de vente et d’accroître ainsi le fardeau de la classe moyenne et des plus pauvres, ne serait-il pas temps de faire contribuer plus équitablement les mieux nantis en haussant leurs impôts?

Au chevet de l’idéologie du mérite
30 septembre 2008

Le rejet par les deux partis (de droite) de la chambre des représentants étatsunienne du plan de sauvetage de 700 milliards $ m’inspire une réflexion sur le rôle de l’État dans l’économie. Peut-on réellement s’en passer? Et doit-on seulement aider les plus méritants?

En effet, ça fait (faisait?) des années qu’on nous servait le même discours néolibéral clamant qu’on devait laisser les forces du marché agir et que tout s’équilibrerait en douceur. Cette vieille idée de la main invisible du marché où l’addition des besoins de chacun donnerait un mieux-être collectif. Sauf qu’on le constate, sans modération le capitalisme à l’extrême s’auto-détruit.

À mes yeux, il y a un parallèle entre l’aide proposée aux grandes entreprises menacées de faillite et les subventions aux artistes abolies par Stephen Harper, de même qu’avec l’aide sociale consentie aux plus démunis. Dans tous ces cas, s’il y a consensus sur le fait que théoriquement on ne devrait pas aider quelqu’un qui n’a pas « mérité » l’aide, on réalise que les conséquences d’une absence d’aide seraient bien pire.

  1. Si on n’aide pas les entreprises menacées de faillite. Celles-ci feront faillite, entraînant vers le bas toute la confiance de consommateurs délaissant le marché, retirant leurs avoirs, et plongeant le pays, voire l’économie mondiale, en récession, ou en crise.
  2. Si on coupe les subventions aux artistes. Nous perdrons notre capacité à nous projeter dans le monde; nous nous ferons avaler tout rond par la culture étatsunienne, et nous perdrons les milliards $ découlant de l’industrie culturelle.
  3. Si on coupe l’aide sociale. Les gens devront voler pour se nourrir (puisqu’il n’y a pas assez d’emplois pour tous), l’insécurité augmentera, la violence aussi, l’itinérance, et même les plus riches y perdront au change, devant s’isoler derrière de coûteux systèmes de surveillance et de sécurité pour se protéger des plus pauvres.

Aujourd’hui, quand je regardais ce vote, où ce sont principalement les Républicains qui se sont opposés, je me suis rendu compte à quel point cette idéologie du mérite est pernicieuse. On oublie que tout est inter-relié. On oublie que ce ne sont pas les riches banquiers de Wall Street qui ont fait des milliards, mais que c’est nous (ou le citoyen américain) qui avons accepté que de telles personnes puissent s’enrichir d’une manière aussi honteuse. Nous sommes à blâmer pour avoir élu des gouvernements de droite depuis plus de vingt ans et qui ne font pas de la nécessaire redistribution de la richesse une priorité. Et nous sommes aussi à blâmer quand nous lisons des journaux qui font de la propagande contre toute forme de redistribution de la richesse et contre n’importe quel parti osant proposer des solutions concrètes aux problèmes actuels.

Au cours des derniers dix ans, nous avons fait la sourde oreille à tous ceux qui ont signifié l’importance du rôle de l’État dans l’économie. Nous avons préféré lire les Pratte, Roy, Dubuc et autres pantins du néolibéralisme travaillant pour le compte de Power Corporation nous vanter les mérites du libre-marché et qualifier n’importe quelle alternative de « passéiste ».

Et bien, nous y voici au résultat. C’est l’heure des comptes. Et encore une fois, on a la preuve irréfutable que le marché n’est pas omnipotent, qu’il ne peut pas tout régler, et que la redistribution de la richesse par l’État et l’aide aux moins fortunés est un mal nécessaire, indispensable.

Les Représentants ont refusé de sauver leur système financier. Car s’ils l’avaient fait, ils auraient dû admettre que l’État a un rôle à jouer et qu’il faut aussi prendre du riche pour donner au pauvre ou au nécessiteux. Il aurait fullu accepter d’imposer davantage la richesse et augmenter les impôts de ceux qui gagnent beaucoup plus que ce qu’ils ont besoin pour vivre.

Et ça, au pays de l’Oncle Sam, c’est impensable.

Ici, heureusement, il y a de l’espoir. Nous sommes moins radicaux, et il existe un parti social-démocrate, le NPD, qui propose justement cela: modérer le capitalisme, dompter ce cheval sauvage qui, si puissant peut-il être, a tout de même la capacité de plonger dans le ravin sans l’organisation et la structuration de l’État.

Au-delà du mérite, il y a la nécessité d’organiser une société qui fonctionne. Et le capitalisme sans garde-fous n’a jamais fonctionné. Et cette idéologie d’un État minimal réfractaire au partage de la richesse, telle que proposée par les Conservateurs, a été un échec, est un échec, et sera encore un échec demain.

Il est temps de penser au futur et de comprendre que la société est un tout, et qu’on ne peut pas plus ignorer la douleur d’une de ses parties qu’on peut s’arracher un bras et croire que la force des autres membres pourra compenser cette perte.