Sarkozy, le chien de garde de Paul Desmarais
3 février 2009

« Si le Québec se sépare du Canada, ce sera ma fin ». Cette confession de Paul Desmarais, qui possède Power Corporation, a été livrée au journal français Le Point en juillet 2008. Elle illustre la force de son idéologie fédéraliste et explique pourquoi Nicolas Sarkozy a été aussi vindicatif vis-à-vis des indépendantistes québécois dans son allocution lors de la remise de la légion d’honneur à Jean Charest, hier. Le président français n’est qu’un homme politique de plus à être tombé dans les filets du puissant empire.

Sarkozy doit tout à Desmarais. En janvier 1995, il renonce à son poste de porte-parole du gouvernement pour appuyer la candidature d’Édouard Balladur aux élections présidentielles. Celui-ci est écrasé au premier tour (18,6% des voix) et Sarkozy se fait huer à deux reprises, en mai et en octobre. Persona non grata. Quel avenir pour l’homme charismatique?

C’est à l’occasion de la remise de la Grande-Croix de la légion d’honneur française, la plus haute distinction, à Paul Desmarais le 15 février 2008, que le nouveau président explique de quelle façon ce dernier lui a porté secours :

« Un homme m’a invité au Québec dans sa famille. Nous marchions de longues heures en forêt et il me disait : Il faut que tu t’accroches, tu vas y arriver, il faut que nous bâtissions une stratégie pour toi. Preuve, cher Paul, que tu n’es pas Français, car il n’y avait plus un Français qui pensait ça. Nous avons passé 10 jours ensemble, au cours desquels tu m’as redonné confiance à tel point que, maintenant, je me considère comme l’un des vôtres. Et, sans vouloir inquiéter tes enfants, je peux dire que je me sens un membre de la famille – l’héritage en moins bien entendu. »

Desmarais a utilisé son puissant empire pour relancer la carrière de Sarkozy, et celui-ci lui rend maintenant les intérêts sur son investissement.

En effet, comment interpréter autrement cette profession de foi fédéraliste jusqu’à l’excès du président de la République française? En qualifiant la moitié des Québécois de « sectaires », « enfermé sur eux-mêmes » et qu’ils « détestent » autrui, Sarkozy relayait ainsi les valeurs de son vieil ami Desmarais, ce franco-ontarien pour qui l’indépendance du Québec signifierait la fin de son idéal franco-canadien.

Sarkozy ne se contente pas de payer ses dettes en paroles, il le fait aussi en actes. En annonçant la privatisation de Gaz de France, l’été dernier, et sa reprise par le groupe Suez, que possède partiellement Power Corporation, il a contribué à enrichir spectaculairement son ami Paul, un des deux seuls étrangers présents au restaurant le Fouquet’s le soir de sa victoire aux élections présidentielles.

Le voici le vrai retour sur placement pour le milliardaire du domaine Sagard, à Charlevoix. La voilà la vraie valeur de l’amitié.

Les autres « amis »

Paul Desmarais a beaucoup d’autres « amis ». En fait, l’homme que le Globe and Mail a qualifié en 2005 de personnalité la plus puissante du Canada ((Globe and Mail, 27 octobre 2005)) a ses entrées à peu près partout au pays. On se demande s’il devient ami avec des hommes puissants ou si ses amis deviennent miraculeusement puissants. ((Plusieurs informations viennent de ce lien))

  • Jean Chrétien, ancien premier ministre: Avant de devenir chef du Parti Libéral du Canada, Chrétien a sa place sur le conseil d’administration de la Consolidated Bathurst, une filiale de Power Corporation. France, sa fille, est mariée avec André Desmarais, le fils de Paul. Lorsqu’il devient premier ministre, Chrétien retire l’appui du Canada à une condamnation des violations des droits humains par la Chine après que celle-ci menace de retirer aux firmes canadiennes (dont Power Corporation, représentée par André Desmarais) des projets électriques. Raymond Chrétien, le neveu de Jean, est présentement chez Fasken Martineau, un important cabinet d’avocats dont Power Corporation est client. Auparavant, il était ambassadeur en France. Le conseiller principal de Chrétien depuis trente ans est Mitchel Sharp, qui siège sur la commission Trilatérale de David Rockefeller depuis 1981.
  • Paul Martin, ancien premier ministre : Martin commence à travailler pour Desmarais en 1960. En 1974, Desmarais fait de Martin le président de la « Canada Steamship Lines » et le rend incroyablement riche en 1981 lorsqu’il lui vend la compagnie. ((Diane Francis, National Post, 17 avril 2003))
  • Pierre Elliot Trudeau, ancien premier ministre : Il a siégé sur le International Advisory Board de Power Corporation. ((Globe and Mail, 5 août 1994)) Son assistant, Ted Johnson, un ami du chef de l’équipe de Jean Chrétien Eddie Goldenberg, a été vice-président et secrétaire de Power Corporation. Michael Pitfield, qui a été secrétaire de cabinet de Trudeau de 1975 à 1979, a été vice-président de Power Corporation et est directeur émérite aujourd’hui.
  • Maurice Strong : Cet homme, un « croisement entre Raspoutine et Machiavel », selon la journaliste Ann-Marie McDonald, a été président de Power Corporation jusqu’en 1966. Il est devenu un bureaucrate du Parti Libéral et a été nommé directeur de Petro-Canada lorsque Trudeau a créé la compagnie d’État en 1976. Il a été un architecte de l’accord de Kyoto, un conseiller du président de la Banque mondiale et co-auteur d’un livre avec l’ancien secrétaire soviétique Gorbatchev sur l’établissement d’un nouvel ordre mondial.
  • Brian Mulroney, ancien premier ministre : Connaissant Mulroney depuis 1972, Desmarais a été un véritable mentor économique pour lui. Suite à sa défaite électorale en 1993, Mulroney a travaillé pour Desmarais. Son ancient assistant au cabinet ministériel, Don Mazankowski, est présentement le directeur de Power Corporation.
  • William Davis et John Robarts, anciens premier ministres de l’Ontario : Ils ont tous deux siégé sur le conseil d’ administration de Power Corporation.
  • John Rae , le frère de l’ancien premier ministre ontarien (NPD) Bob Rae : Il est présentement vice-président et sur l’exécutif de Power Corporation.
  • Daniel Johnson fils, ancien premier ministre du Québec : Il travaille pour Power Corporation de 1973 à 1981. Il est vice-président du groupe de 1978 à 1981. C’est sous la pression de Paul Desmarais lui-même qu’il a cédé sa place à Jean Charest en 1998. ((Globe and Mail, 27 octobre 2005))

On le constate, Paul Desmarais n’est pas un citoyen comme un autre. Son rôle dans la vie ne se limite pas à faire de l’argent et à garder un profil bas. Desmarais crée ses opportunités et il se sert de sa richesse pour aider des amis desquels il espère la même chose en temps voulu. En ce sens, il ne faut pas se surprendre du comportement de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des indépendantistes; il fait seulement son travail de chien de garde des intérêts de Power Corporation et de son riche ami, Paul Desmarais.

Ce qui est plus troublant, par contre, c’est le fait qu’en faisant primer ses intérêts privés avant ceux de sa nation, Sarkozy nuit à l’image de son pays et ne représente pas adéquatement ses citoyens. Voilà cependant un aspect sur lequel nous avons peu d’impact et ce sera aux Français d’avoir la lucidité de correctement agir lors des prochaines élections.

Tout ce que nous pouvons faire, d’ici là, est de rappeler le peu de crédibilité du président de la République française à chaque fois qu’il ouvre la bouche pour débiter ses âneries sur une situation qu’il ne comprend pas.  Et ne veut pas comprendre.

La Presse: information ou manipulation?
21 septembre 2008

Pourquoi La Presse s’acharne-t-elle sur le Bloc pendant cette campagne électorale tout en présentant positivement le gouvernement Harper?

Parce qu’elle appartient à Power Corporation, qui profiterait largement de l’élection du Parti Conservateur.

Portrait de famille.

Power Corporation of Canada, propriété du milliardaire Paul Desmarais, possède 100% du groupe Gesca, qui possède les quotidiens La Presse, Le Soleil, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, le Quotidien et le site de nouvelles Cyberpresse.ca.

Elle possède aussi la Power Financial Corporation, qui possède à 50%, via la Parjointco N.V. la Pargesa Holding SA, la Great-West Lifeco inc. et l’IGM Financial inc.

Voici les actifs de la Power Financial Corportation:

  • Pargesa Holding SA:
  1. Elle possède à 48,6% le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), du milliardaire Albert Frère, qui fut l’une des deux seules personnes invitées par Nicolas Sarkozy le soir de sa victoire (l’autre étant Paul Desmarais lui-même). Ce groupe a des intérêts dans les autres compagnies possédées par la Pargesa Holding SA (voir ci-dessous), mais possède en outre Rockland Pipeline Company, basée à Houston au Texas, American Cometra Inc., une compagnie gazière et pétrolière de Forth Worth, Canadian Cometra, l’équivalent de cette dernière mais en Alberta et Canrock Pipeline Company Ltd., basée à Calgary. Il va sans dire que toute politique espérant modérer la frénésie pétrolière en Alberta serait nuisible pour le GBL.
  2. Possède également à 54,1% avec GBL Imerys, une compagnie de transformation de métaux industriels.
  3. A des intérêts dans Lafarge, la bétonnière, qui profite du boom albertain pour construire notamment des tuyaux servant à l’exploitation ou au raffinage des sables bitumineux albertains.
  4. A des intérêts dans Pernod-Ricard.
  5. Est impliquée dans Suez, qui est déjà pressentie pour être fusionnée avec la société d’État Gaz de France suite à la privatisation de celle-ci par Nicolas Sarkozy.
  6. A des intérêts dans Total, la cinquième pétrolière du monde, qui investit des milliards $ dans les sables bitumineux albertains.
  • Great-West Lifeco inc. : cette compagnie, qui avait un actif de 394 milliards $ à la fin 2007, propose via plusieurs de ses filiale des assurances-vie. On imagine très bien l’incroyable fortune que procurerait à cette entreprise une privatisation des soins de santé au pays.
  • IGM Financial Inc., qui contrôle notamment le Investors Group et la Mackenzie Financial Corporation.

Maintenant, la question qui tue: pourquoi, au milieu de toutes ces compagnies pétrolières, d’assurances ou d’investissements, Power Corporation possède-t-elle à 100% une filiale « médias », et spécifiquement au Québec?

Il suffit peut-être de lire La Presse ou Cyberpresse.ca pour comprendre. Pendant cette campagne électorale, pas un jour ne passe sans que ses éditorialistes ne s’attaquent tantôt au Bloc Québécois, tantôt au Nouveau Parti Démocratique, tantôt au Parti Libéral du Canada. Pas une semaine sans qu’on monte de toutes pièces une fausse polémique pour discréditer les adversaires du Parti Conservateur. Que ce soit en mettant en première page un énième torchon de Jacques Brassard, qui pourtant écrivait ses folies presque anonymement dans d’autres quotidiens du groupe Gesca depuis des mois, en publicisant la montée au front d’ex-bloquistes ou en montrant constamment Harper sous son meilleur jour, Gesca et Power Corporation sont en campagne électorale.

Est-ce si surprenant de voir Power Corporation appuyer si ouvertement le Parti Conservateur? Je ne crois pas. D’abord, le lien filial entre les Desmarais et le Parti Libéral du Canada (PLC) a été détruit; Jean Chrétien, dont la fille est mariée à André Desmarais, n’est plus dans le coup, ni même Paul Martin, qui a été président de la filiale de Power Corporation Canadian Steamship Lines Inc. bien avant de devenir premier ministre du Canada. En outre, le PLC de Stéphane Dion est beaucoup moins à droite économiquement que ses prédécesseurs et son Tournant Vert risque de pénaliser les entreprises polluantes albertaines.

Mais surtout, le Parti Conservateur est le seul parti majeur au pays pouvant assurer les intérêts de Power Corporation. Il entend défendre les pétrolières et le boom anarchique des sables bitumineux en Alberta (ce qui est bon pour GBL, Lafarge, Imerys et Total) et ses politiques économiques de droite, favorisant notamment le concept d’utilisateur-payeur, risquent d’enrichir la Great-West Co. si elles sont appliquées à la santé. De même, la politique étrangère du gouvernement Harper ressemble à s’y méprendre à celle de son homologue français, ce qui renforce les liens entre les Desmarais, les Frère, Sarkozy et Harper.

Et puisque traditionnement le Québec a toujours été plus progressiste, un peu plus en avance socialement sur le reste du Canada, qu’il est l’endroit où se jouera les prochaines élections et qu’il déterminera si le Parti Conservateur sera minoritaire ou majoritaire, il va de soi que Power Corporation envoie tous ses laquais de La Presse (Alain Dubuc, André Pratte, Mario Roy, etc.) et du reste du réseau Gesca pour s’assurer que le vote sorte du bon côté.

Et si ce n’est pas suffisant, on peut toujours demander de l’aide à l’Institut Économique de Montréal (IEDM), le petit frère du radicalement à droite Fraser Institute, dont la présidente, Hélène Desmarais, est la femme de Paul Desmarais Jr…

On le constate, l’information se porte très mal au Québec. Il est difficile de bien s’informer, et quand des journaux soi-disant sérieux comme La Presse manipulent et désinforment, violent nos esprits pour satisfaire les appétits cannibales de leurs riches propriétaires, je crois qu’il est de notre devoir de citoyens non seulement de les dénoncer, mais également, plus simplement, de ne plus acheter ces torchons qui cherchent à modifier notre compréhension du monde pour la façonner à l’image des intérêts de la famille Desmarais.

Et de passer le mot aux autres: ce que vous lisez dans La Presse n’est pas de l’information, mais l’opinion aseptisée de Power Corporation et de ses filiales.

Le rôle du journaliste et du journalisme en général doit être celui du quatrième pouvoir, c’est-à-dire de dénoncer les excès et les incompétences des autres. Quand le journaliste décide de se taire et de faire le dos rond à son maître qui piétine notre démocratie pour assouvir ses instincts carnassiers, il devient le collaborateur de l’appropriation par une minorité de notre richesse collective.

Et les collabos ne méritent pas d’être lus. Ils doivent être systématiquement démasqués, dénoncés, puis éliminés du système, comme les petites tumeurs qu’on retire du patient cancéreux. Il en va de la survie de tous les autres tissus sains, ceux qui ne demandent qu’à vivre et à exprimer toute la richesse de notre pouvoir collectif libéré des entraves d’une minorité de tyrans qui s’offrent le luxe de s’acheter médias et politiciens pour assouvir leurs désirs de puissance.


Je dédie ce billet à tous ceux qui ont le courage de dénoncer l’utilisation par Power Corporation de son groupe de presse Gesca (et des « journalistes » qui y travaillent) pour manipuler et désinformer la population.


Lire ce texte de Lutopium sur les liens entre Power Corporation et Gazprom, ce qui explique pourquoi La Presse appuie le projet de port méthanier à Rabaska…