Québec Solidaire face à ses contradictions
13 avril 2011

La décision de Québec Solidaire de s’opposer à l’application de la Loi 101 au cégep fait état d’une curieuse contradiction au sein de ce parti. Les moyens qu’on désire appliquer quand il est question d’économie, d’écologie, de développement social ou éducatif deviennent tabous dès qu’il est question de langue.

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Ainsi, quand il est question de ces secteurs, on n’hésite pas à « brimer les droits individuels » pour le mieux-être collectif. On désire nationaliser l’énergie éolienne, interdire les ports méthaniers, interdire les sacs de plastique, imposer un moratoire sur les OGM, interdire tout investissement dans des entreprises aux pratiques sociales inacceptables, imposer davantage les grandes entreprises, imposer pleinement les gains en capital, réduire les aides fiscales, interdire la vente de savon phosphatés, abroger des lois « antisyndicales », interdire les poursuites abusives, mettre fin aux privatisations, créer Pharma-Québec, interdire la facturation de soins accessoires dans la santé, interdire les écoles publiques non-laïques… On limite la liberté de l’individu parce que le groupe en entier en profite. C’est l’essence de toute philosophie collectiviste et Québec Solidaire l’a bien compris.

Or, quand il est question de langue, on parle de la nécessité de ne pas « restreindre les droits individuels pour promouvoir la langue française au Québec ». On préfère « valoriser » et améliorer la qualité de l’enseignement en français, puis en anglais, dans nos écoles. Bref, on revient aux vieux arguments usés de la « liberté de choix », du bon parler français et de la petite tape dans le dos censés sauver une langue française en déclin. Est-il utile de rappeler qu’au tournant des années soixante-dix, lorsque cette « liberté » était à son apogée, 92,1% des immigrants envoyaient leurs enfants au réseau scolaire de langue anglaise? (( Commission Gendron, Les groupes ethniques, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, p. 218 ))

Cette manière de concevoir la politique est tout à fait symptomatique du refus de Québec Solidaire d’assumer pleinement son rôle de parti au service de la nation québécoise. Qu’on « brime » la sacro-sainte individualité du pollueur, de l’entreprise délinquante, des mieux-nantis, des entreprises privées, de ceux qui aimeraient qu’on finance des écoles confessionnelles, c’est tolérable et acceptable. Mais qu’on finance, au Québec, un réseau d’éducation collégial de langue anglaise destiné uniquement à la minorité anglophone historique, en conformité avec l’esprit de la Loi 101, voilà qui constitue une terrible violation de ces mêmes droits individuels!

Deux poids, deux mesures.

Ce qui se fait ailleurs

Partout au monde, pourtant, l’éducation se donne dans la langue nationale. Le Québec, qui finance un réseau public dans une langue qui n’est pas la langue officielle, de la maternelle à l’université, constitue une exception, voire une aberration.

En France, où les locuteurs de langue occitane atteignent 12% de la population, l’enseignement public se fait exclusivement en français. En Lettonie, où il existe une forte minorité de langue russe composant près de 30% de la population, l’ensemble des écoles de langue russe doivent offrir au moins 60% de leurs cours en letton et l’ensemble du réseau universitaire fonctionne en letton. En Norvège, les minorités n’ont accès à des cours dans leur langue qu’au primaire et au secondaire. En Slovaquie, où la minorité hongroise forme 11% de la population, il y a un réseau slovaque et un réseau bilingue au secondaire tandis que toutes les universités fonctionnent en slovaque. Au Texas, où près de 30% de la population est hispanique, l’ensemble du réseau d’éducation public est de langue anglaise.

Et nous, au Québec, avec 8% de la population de langue anglaise, dont seulement 5,6% sont nés au Québec, nous (sur-)finançons un réseau parallèle de langue anglaise non seulement destiné aux anglophones, mais largement ouvert à la majorité francophone.

Aurait-on idée de dire que la France, la Lettonie, la Norvège, la Slovaquie ou les États-Unis « restreignent les droits individuels » parce qu’ils financent une éducation dans la langue nationale? Bien sûr que non. C’est une simple normalité: l’État, qui existe pour le bien commun de tous, favorise la cohésion sociale et la communication entre ses citoyens en contribuant à former ses citoyens dans la langue nationale.

Cette utilisation de la force étatique pour favoriser une cohésion est bien assimilée par Québec Solidaire dans à peu près tous les secteurs, sauf celui de la langue. Le parti n’hésite pas à bousculer les idées reçues et à aller à l’encontre des dogmes dominants sur à peu près tous les sujets, sauf celui de la langue. Khadir est de toutes les tribunes pour défendre les droits collectifs des Québécois en autant qu’il est n’est pas question de langue.

Le parti aurait peut-être avantage également à s’éloigner d’un milieu montréalais toxique au niveau linguistique et à s’ouvrir pleinement à la réalité d’un Québec de langue française ayant le désir et le droit de constituer une nation aussi complète et normale que toutes les autres sur cette planète. De la même manière, lui qui est habituellement si critique à l’égard du gouvernement, il devrait également dénoncer l’utilisation partisane du Conseil supérieur de la langue française par le gouvernement pour manipuler les données sur la fréquentation des cégeps de langue anglaise.

La protection de notre langue ne doit pas constituer un sujet tabou: ce doit être la fondation de tout projet social ou solidaire. La Loi 101 au cégep ne doit pas constituer la fin, mais le début de tout projet ayant comme finalité le bien-être collectif des Québécois.

Dans « Québec Solidaire », il y a deux mots. On dépense beaucoup d’énergie pour le second; il serait peut-être temps de penser au premier.

L’ultradroite démasquée
31 décembre 2010

Ce que même la CSN qualifie de « montée de la droite » n’en est pas réellement une. Ce n’est pas la droite comme telle qui monte, mais plutôt sa forme la plus extrémiste. La droite, elle, est au pouvoir depuis le début des années 80, nous imposant ses désassurances, son libre-échange, son déficit zéro se faisant sur le dos de la classe moyenne et des moins nantis, ses baisses d’impôts aux plus riches, ses hausses de tarifs pour les autres, son dogme de la productivité (qui profite aux patrons, évidemment), sa valorisation de l’enrichissement individuel, son à-plat-ventrisme devant les compagnies étrangères. Cette droite, on la connaît, on vit avec.


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La nouveauté, en 2010, est plutôt la montée d’une ultradroite tellement radicale et qui s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées auprès de la population. Tentant de profiter du sempiternel sentiment d’identification des Québécois pour le concurrent négligé, elle se présente comme étant minoritaire au sein d’une société dominée par la gauche alors que n’importe quel individu ayant un minimum de conscience politique comprend que c’est plutôt son extrémisme de droite au sein d’une société déjà largement de droite – avec tous ses médias et partis politiques – qui l’isole.

Par exemple, considérons ce fait divers qu’était la présence du seul député d’une formation de gauche, Amir Khadir, à une manifestation de l’organisme Palestiniens et Juifs unis lors d’une campagne de boycottage des produits israéliens sur le Plateau. Cette histoire a été montée en épingle d’abord par Éric Duhaime – un agent à la solde d’organisations paravents de la CIA, selon certains -, pleurant le sort du « pauvre » commerçant vendant les produits de l’apartheid israélien et demandant aux gens d’aller acheter en masse ses produits. Bock-Côté, lui, à qui les médias n’accorderaient certainement pas la moindre attention s’il ne tenait pas un discours résolument de droite, parlait « d’hostilité viscérale à la civilisation occidentale ». On oublie systématiquement de parler des atrocités israéliennes, du lent génocide que ce pays impose aux Palestiniens. On ne parle pas non plus du fait que Khadir est présent à une foule de manifestations pour le sort des défavorisés, qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs dans le monde. Non. Khadir dans le coin rouge, le pauvre commerçant et la civilisation occidentale dans le coin bleu.

En fait, l’ultradroite, face à un monde de plus en plus complexe, fait de la simplification à outrance sa véritable marque de commerce. On peut lire, par exemple, Ian Sénéchal, co-fondateur du Réseau Liberté-Québec (sic), affirmer la légitimité pour les baby-boomers de ne plus avoir à payer pour l’éducation de la génération suivante et lancer un véritable plaidoyer en faveur de l’utilisateur-payeur. Ce type de discours plaît à une certaine frange de la population – souvent moins éduquée – parce qu’il est simple: j’utilise, je paie. Mais ce type de raisonnement n’en est pas moins con pour autant. Ce n’est pas la liberté que de réclamer de ne rien payer pour son voisin; c’est de l’égoïsme qu’on désire ériger en système et une désintégration sociale. Jusqu’où cela pourrait-il aller? Je paie pour l’asphalte dans ma rue, mais pas pour la rue derrière. Je paie pour le feu de circulation au coin de ma rue, mais pas pour celui sur l’autre rue. Je n’ai pas de voiture alors je ne veux pas de rue devant chez moi. Je réclame la liberté de ne pas arrêter à un feu de circulation qu’on m’impose. Je n’utilise pas les services policiers alors je ne paie pas pour eux. Je n’ai pas d’enfants alors je ne veux pas payer pour les balançoires dans les parcs. Je, je, je.

La complexité et l’interdépendance des relations entre les citoyens au sein de notre société découlent d’une compréhension issue de décennies de luttes sociales: l’individu, isolé, est faible. C’est collectivement que nous sommes forts. Le capitalisme sauvage du 19e siècle, véritable machine à broyer les hommes, encourageait cet isolement. Le résultat était que Montréal était la ville avec le plus haut taux d’analphabétisme et de pauvreté infantile en Amérique du Nord. L’ultradroite salive juste à penser à cette merveilleuse époque où l’État était minimal et où l’argent pouvait tout payer et où on pouvait crever de froid et de maladie tout en sachant que son voisin, plus riche, avait la « liberté » de se payer bien mieux.

Si notre société a évolué, si le Québec jouit aujourd’hui d’un niveau de vie parmi les plus élevés au monde, c’est précisément à cause de politiques étatiques redistributrices de la richesse et luttant contre le principe de l’utilisateur-payeur. C’est parce que l’État a décidé de brimer la soi-disant liberté d’une minorité que la majorité s’est élevée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les pays ayant un haut indice de développement humain ont un État relativement fort tandis que des pays sans État, comme la Somalie, croupissent dans les bas-fonds d’à peu près tous les classements du genre. On entend peu l’ultradroite vanter la Somalie, pourtant. Un si beau pays où personne ne paie pour personne. Autre preuve de sa malhonnêteté.

En rejetant ces compromis, en faisant passer leur désir infantile d’une toute-puissance égoïste que la plupart des individus sains d’esprit ont laissé tomber en même temps que le passage des couches au petit pot, cette ultradroite ne s’en prend pas seulement aux partis politiques traditionnels, mais également aux fondements de notre société.

Heureusement pour elle, nous sommes en démocratie. Elle a le droit, à l’image des marxistes-léninistes, son équivalent de l’opposé du spectre politique, de crier son mécontentement et d’appeler à des solutions radicales pour mettre fin à des problèmes qui sont davantage tributaires d’une forme d’autisme politique de ses membres que d’une compréhension sociétale avancée.

Et l’État – ce méchant appareil gauchiste – pourra même assurer leur protection la prochaine fois qu’ils tiendront des rencontres où ils vomiront leur haine de tout ce qui est le moindrement syndiqué et qu’ils élaboreront le merveilleux programme d’un Québec du futur avec ses citoyens isolés, brisés, non-syndiqués, vivant dans la pauvreté et ayant enfin la liberté de ne rien faire du tout sinon de quêter des trente sous.

Le consensus
11 février 2010

Il est aberrant de constater avec quelle facilité le gouvernement libéral crée des consensus factices. Se basant sur les livrets de propagande d’économistes-caniches comme Luc Godbout, Pierre Fortin, Claude Montmarquette et Robert Gagné, réclamant tout autant de sacrifices de la part des citoyens qu’ils reçoivent de généreux émoluments en se nourrissant aux mamelles de l’État pour accomplir leur œuvre de sanctification des politiques du parti au pouvoir, la ministre Courchesne déclame son appréciation d’un « consensus » autour d’une nouvelle hausse des frais de scolarité.

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« Je pense qu’il y a un consensus qui est en train de se mettre en place au Québec, a expliqué la ministre hier en entrevue à La Presse. Quand je parle de consensus, j’exclus les étudiants. Mais on voit que, de plus en plus, l’importance d’augmenter les droits de scolarité se fait sentir. » Notons: le consensus exclut les étudiants. Cela va de soi. Il exclut également le Conseil canadien sur l’apprentissage, qui calculait les coûts du décrochage, conséquence logique de l’augmentation du fardeau imposé aux étudiants. Il exclut la Coalition contre la tarification et la privatisation des services publics, qui souligne qu’une étude a déjà démontré que les hausses de frais déjà annoncées priveront entre 6000 et 13 000 étudiants d’éducation supérieure. Il exclut aussi les centrales syndicales, qui dénoncent l’impact d’une hausse des frais sur l’accessibilité. Il exclut Québec Solidaire, qui s’inquiète de l’endettement des étudiants. Il exclut l’Association canadienne des professeurs d’université, qui estime que les gouvernements fédéraux et provincial abandonnent les étudiants. Et, pire que tout, il exclut les Québécois eux-mêmes, qui s’opposent aux hausses des frais de scolarité dans une proportion des deux tiers. Consensus, vous dites?

En fait, une hausse des frais de scolarité serait extrêmement dommageable pour la société, peu importe ce qu’en pense la ministre Courchesne et son « consensus » qui exclut les étudiants et la majorité de la population. L’investissement de l’État dans l’éducation est rentable. Quand l’État augmente sa participation dans le réseau scolaire, elle fait un placement. Le bulletin statistique du Ministère de l’éducation de décembre 2008 le démontre: le taux de rendement public relié au passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat, se situe autour de 8,5%. Concrètement, en investissant dans l’éducation, c’est l’ensemble de la société qui s’enrichit. Les diplômés universitaires ont de meilleurs salaires (et paient donc davantage d’impôts), sont moins sur le chômage, sont plus en santé; chaque dollar investi pour favoriser la progression d’un étudiant vers les échelons supérieurs de l’éducation rapporte un dividende à l’ensemble de la collectivité.

En cherchant à augmenter encore une fois le fardeau des étudiants, on ne peut que contribuer à réduire leur désir de poursuivre leurs études. Les prêts et bourses ne sont pas disponibles pour tous, et cet endettement ne constitue pas non plus la panacée. En forçant des jeunes qui commencent dans la vie à porter sur leurs frêles épaules le fardeau de l’éducation, on ne peut que les inciter à travailler davantage en-dehors des classes et à délaisser, progressivement, leurs études. Tous ne le font pas, beaucoup s’accrochent, mais chaque décrocheur coûte annuellement 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Si on multiplie cette perte par les 6000 à 13 000 décrocheurs qui ont déjà quitté à cause de la hausse précédente, on obtient une somme pouvant atteindre plus de 140 millions de dollars par année! Il s’agit d’un manque à gagner et de frais qui sont à la charge de l’ensemble des contribuables. Pour récupérer quelques millions sur le dos des étudiants, on s’appauvrit substantiellement d’un autre côté! Vous y comprenez quelque chose?

Le consensus dont parle la ministre n’est pas celui des chiffres, ni des individus. L’éducation est rentable; l’ignorance est coûteuse. Avec un tel « consensus », on peut justifier n’importe quoi. Quand un gouvernement est plus à l’écoute d’une minorité de technocrates et de soi-disant experts grassement rémunérés par l’État ou par des think-tanks privés que de la majorité de la population et des individus directement concernés, on peut s’attendre aux pires absurdité. On peut virer l’État sens dessus dessous et enfoncer dans la gorge des protestataires le grain rance de consensus forgés de toutes pièces pour satisfaire les visés idéologiques du gouvernement. Quand l’idéologie prend le pas sur la plus simple logique qui veut qu’un peuple éduqué soit un peuple en santé, on peut s’attendre aux pires dérives.

Or, avec la faiblesse éternelle d’une opposition péquiste ayant adopté le discours néolibéral et ayant à peine la volonté de s’opposer à l’inacceptable autrement que par des clips de douze secondes constituant autant de croustilles vides pour les nouvelles de dix-huit heures, et d’une opposition adéquiste tournant en rond à force de se chercher à droite et encore davantage à droite, on peut s’attendre au pire.

À défaut d’avoir un consensus au sein de la société, il y en a effectivement un au parlement, si on exclut Amir Khadir, le seul député à avoir un peu de gueule au sein de ce ramassis de carnassiers de l’éducation. Les trois principaux partis de l’Assemblée font fi de la volonté des étudiants, des professeurs, des spécialistes et sacrifient sur l’autel d’un déficit zéro largement causé par leurs propres politiques de droite ce qui leur reste de représentativité.

Quand on jouit de l’appui quasi-unanime de la chambre, quand on sait que l’opposition s’oppose pour la forme, il est facile de se forger des consensus. Il est facile de sacrifier les étudiants et de se priver du rendement de l’éducation publique pour satisfaire des visées idéologiques partagées, sur le fond, par le Parti Québécois et l’Action Démocratique du Québec.

Entre affairistes, corporatistes et carriéristes, on se reconnait, on se respecte.  On se gratte le dos et on se prépare une carrière dans le privé.

Quand le PQ flirte avec l’extrême-droite!
9 novembre 2009

J’ai failli m’étouffer avec mon verre d’eau minérale. Quoi, le PQ a demandé à Éric Caire de joindre ses rangs? C’est une blague, n’est-ce pas?

N’en déplaise à ses affirmations sur son soi-disant positionnement de « centre-droit », Éric Caire est un gars de droite, comme le note avec justesse Josée Legault. La bonne vieille droite usée, celle qui lit les rapports du Fraser Institute ou de l’Institut économique de Montréal au petit coin. Celle de ceux qui s’abreuvent chez Milton Friedman et qui ont poussé à la faillite un pays comme l’Islande. La bonne vieille droite économique à la Reagan ou à la Thatcher. Même Gilles Taillon, qui ne lit pas Le Capital de Karl Marx le soir au lit, considère que les idées d’Éric Caire sont d’extrême-droite. C’est dire! Et c’est cet individu, cet extrémiste d’une idéologie ayant maintes fois prouvé ses incapacités, que le PQ veut recruter?

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Rappelons quelques positions d’Éric Caire, issues directement du petit catéchisme néolibéral:

  • Réforme des syndicats pour réduire les accréditations;
  • Baisse de l’impôt sur le revenu;
  • Hausse des taxes;
  • Doublement ou triplement des coûts de l’électricité;
  • Coupures majeures dans les services aux citoyens et dans la fonction publique;
  • Privatisation totale de la Société des Alcools;
  • Privatisation partielle de la gestion de l’argent des cotisants à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Pauline Marois a beau faire rejouer le vieux 45 tours au vinyle usé du « le PQ est un parti de coalition regroupant des gens de gauche et de droite », il existe un moment où on doit prendre position, où on doit mettre le pied à terre et refuser de se prostituer pour quelques votes. C’est bien beau une soi-disant coalition, mais doit-on tolérer l’inacceptable pour autant? Que dirait-on d’une coalition entre pro-vies ou pro-choix aux États-Unis, par exemple? Il existe un moment où il faut faire un minimum de sens, même quand on est enfermé dans sa tour d’ivoire comme l’est actuellement le Parti Québécois.

En fait, qu’est-ce que cette nouvelle nous apprend? Elle nous apprend que rien n’a changé pour le PQ de Pauline Marois. Le parti, malgré 14 ans d’immobilisme depuis le dernier référendum, n’a pas l’intention de remettre le projet indépendantiste à l’ordre du jour. On se gargarise d’une soi-disant coalition n’ayant de sens que dans l’optique d’un référendum rapide pour accepter les pires détournements de la pensée et le plus incroyable des opportunismes.

À l’origine, la coalition faisait du sens. Quand la sécheresse frappe, le lion boit à côté des gazelles. Quand l’objectif est à portée de main, tant la gauche que la droite peuvent se pincer le nez en attendant le grand soir. Mais quand rien ne se passe, quand le PQ s’embourbe dans sa bureaucratie interne et son discours pathétiquement mou, quand on attend le grand soir depuis plus d’une génération, une telle coalition ne peut pas fonctionner. Le parti doit se donner une direction. De 1995 à 2003, le Parti Québécois a gouverné à droite, et maintenant il se fait l’apôtre tantôt de la social-démocratie, tantôt d’une certaine droite modérée.

Or, il arrive un moment où il faut se décider. On ne peut pas se prétendre social-démocrate et demander à des extrémistes comme Éric Caire de se joindre à son parti. On ne peut pas se déclarer centriste et s’acoquiner avec une minorité de fanatiques de la vieille droite sous prétexte qu’on pourrait aller chercher quelques votes.

Si j’oserais dire, il est précisément là, le problème du PQ. Le parti se considérant seul sur l’échiquier politique à promouvoir l’indépendance, on peut demander aux militants de se pincer le nez pour accepter les pires situations, les pires mollesses. Même si dans les faits le PQ n’a rien fait pour la souveraineté depuis plus d’une décennie, on considère le vote souverainiste comme acquis. Des votes en banques. Les gros BS de l’est qui votent bleu sans se poser de questions. C’est ainsi que le Parti Québécois considère ses électeurs.

Alors, convaincu de ne pas perdre le moindre vote en recrutant un droitiste impénitent comme Caire, convaincu d’avoir le vote automatique de ceux qui croient encore à l’indépendance, le PQ a la voie libre.

Il serait peut-être temps de penser à une alternative. Amir Khadir sera présent demain, à la manifestation contre le prince Charles. Voilà un politicien qui n’a pas peur de se mouiller et qui ne travestirait pas ses idéaux pour une poignée de votes. On peut être en désaccord avec plusieurs de ses propositions, mais il a les couilles de prendre position et d’assumer ses choix.

À quand un Parti Québécois se décidant soit à faire l’indépendance, soit à devenir le parti provincial de droite qu’il est depuis 14 ans? Car devant son inaction prolongée et son acoquinement avec la droite extrémiste, une grande partie de son aile gauche qui se pince le nez depuis plus d’une décennie risque de manquer de souffle et d’appuyer Québec Solidaire aux prochaines élections.

Les magouilles politiques du clan Harel
21 septembre 2009

Quand André Lavallée affirme que c’est Louise Harel, avec qui il a fait équipe au Parti Québécois pendant de nombreuses années, qui a laissé couler l’information sur son passé felquiste afin de le punir pour son refus de joindre Vision Montréal, ce n’est qu’un énième exemple de la façon sale dont Louise Harel et son équipe font de la politique. Dans un jeu où les intérêts dépassent de loin l’hôtel de ville de Montréal, Harel s’entoure de gens aux méthodes plus que discutables, qui n’hésitent pas à infiltrer et à manipuler d’autres partis pour atteindre leurs objectifs: l’élection de Harel et la mainmise des réseaux péquistes sur les infrastructures politiques municipales en vue des prochaines élections provinciales.

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Au coeur de cette partie politique, Frédéric Lapointe, président du PQ dans Crémazie, directeur de campagne de Lisette Lapointe lors des dernières élections provinciales, un proche de Nicolas Brisson (organisateur politique de Louise Harel dans la première partie de son odyssée vers la mairie), de André Boisclair et partie intégrante des réseaux reliés au Parti Québécois et à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Lors des dernières élections municipales, Lapointe a remarqué que l’appui du PQ à Union Montréal dans Ahuntsic a causé la division du vote des indépendantistes, contribuant à l’élection de Hasmig Bellini, une fédéraliste notoire. Dans un quartier où tant Maria Mourani du Bloc Québécois que Lisette Lapointe du PQ ont obtenu des majorités se comptant en centaines de votes, l’établissement de tout un réseau sympathique au Parti Libéral dans Ahuntsic, avec ses nombreuses personnes payées à temps plein, ne pouvait que contribuer à faire perdre péquistes et bloquistes lors des prochaines élections. Frédéric Lapointe a donc développé, avec son réseau d’influence, un profond intérêt pour la politique municipale, en particulier sur le Plateau-Mont-Royal.

En effet, le quartier a été témoin de l’élection du premier député de gauche au Québec depuis des décennies, Amir Khadir. Le calcul effectué par de nombreux péquistes est le suivant: le 8% de voix de Québec Solidaire empêche l’élection de nombreux députés du PQ dans des luttes serrées. On a donc deux choix: soit on fait alliance avec Québec Solidaire et on introduit les concepts d’élection référendaire et de meilleure redistribution de la richesse dans le programme du PQ, soit on se concentre à battre Khadir sur le terrain, lui qui a gagné avec une mince avance de 700 voix. On a choisi la deuxième option, évidemment – il ne faudrait tout de même pas que le PQ soit réellement indépendantiste ou social-démocrate au-delà du discours!

Or, pour espérer battre Amir Khadir sur le terrain, il importait de s’assurer du contrôle de la machine municipale de Projet Montréal (PM), assez proche de Québec Solidaire, qui a fait élire un conseiller municipal lors des dernières élections et qui est en voie de ravir une bonne partie du quartier avec plusieurs candidats de qualité. Une personne influente de Projet Montréal m’a expliqué, sous couvert de l’anonymat: « Si Projet Montréal gagne tout le Plateau, ça met en poste sept élus et trois attachés-politiques, donc dix personnes payées à temps plein, qui sont en communication avec les gens de leur quartier et qui vont indirectement travailler à consolider les appuis à Québec Solidaire ». C’est exactement ce que veulent éviter des péquistes comme Frédéric Lapointe et Louise Harel. Et c’est pour cela que Lapointe a infiltré Projet Montréal.

Richard Bergeron, l’homme à abattre

Projet Montréal, c’est le parti de Richard Bergeron. Il a toujours refusé de faire de la politique comme les autres, ne voulant rien savoir du financement occulte incitant un retour d’ascenseur et est demeuré intraitable quant aux objectifs du parti pour la métropole, surtout en ce qui concerne l’éthique et le développement urbain. Pour Lapointe et ses amis, c’était l’homme à abattre, le naïf ne méritant pas de se faire élire avec ses idéaux rose-bonbon.

Après avoir infiltré PM avec une dizaine de personnes et avoir fait d’énormes pressions sur Bergeron pour qu’il se retire, pavant la voie à une fusion avec Vision Montréal, Lapointe et plusieurs membres du réseau Harel ont organisé une réunion de la dernière chance, milieu juillet. Cette réunion a eu lieu chez Guillaume Vaillancourt, ancien membre influent de PM et aujourd’hui candidat de Vision Montréal pour la mairie du Plateau-Mont-Royal. Il y avait aussi Richard Bergeron, Magda Popeanu (présidente de PM et fidèle à M. Bergeron), Atim Leon (aujourd’hui candidat pour Vision Montréal) et, bien sûr, Frédéric Lapointe lui-même. On a demandé à Richard Bergeron de partir, en échange de quoi Vision Montréal lui offrirait la mairie d’Outremont. Fidèle à ses convictions, il a refusé.

Quelques jours plus tard, Frédéric Lapointe a rencontré un organisateur politique de PM pour lui offrir une « ultime ultime chance de faire la fusion ». Manipulateur, il annonçait la stratégie de Harel si PM refusait la fusion. Il s’agissait d’annoncer des candidats de prestige, un à un, pour s’opposer à ceux de Vision Montréal. Une de ceux-là étaient Elsie Lefebvre, contre Éric Daoust (ce qui manque particulièrement de classe de la part de Lefebvre, puisque Daoust a été son lieutenant politique pendant des années et il lui a toujours été fidèle). Ensuite, Lapointe annonça que Guillaume Vaillancourt allait quitter PM pour Vision Montréal. Devant la réaction d’incrédulité de son interlocuteur, il a ajouté: « quand Louise Harel va l’appeler, il va faire ce qu’on va lui demander de faire ». Ce qu’il a fait. Puis, il annonça qu’ils allaient mettre une pression « de la mort » sur une candidate importante de Projet Montréal (dont je dois taire le nom) afin qu’elle se retire avant les élections. « Elle ne sera plus capable, elle va craquer et elle va se retirer », a ajouté Lapointe.

Le but est simple et la logique respectée: il faut mettre Projet Montréal à mort si on veut reprendre le Plateau des mains se son équipe, très (trop?) près des citoyens, et enlever ses appuis à Québec Solidaire, avant que le parti ne devienne plus important encore et nuise davantage aux efforts du Parti Québécois pour se faire élire. Au passage, on espère aller chercher quelques sièges supplémentaires pour Vision Montréal. « Ces gens-là [reliés à Lapointe et Brisson] ne sont pas « fair » », m’explique une de mes sources. « Ils mentent, menacent, organisent des spins, enlèvent des pancartes. Gagner pour gagner, c’est tout ce qui compte pour eux. » Malgré le limogeage de Brisson, on peut se questionner sur la pertinence pour Louise Harel de s’acoquiner avec Frédéric Lapointe et de participer, ne serait-ce qu’indirectement, à de telles méthodes.

Au fond, la véritable question est la suivante: à qui profite les magouilles de l’équipe Harel? Aux citoyens, qui subissent les choix imposés selon les calculs politiques de l’heure, ou aux élites politiques qui se servent d’une démocratie municipale bien malade pour atteindre leurs propres objectifs?

En vérité, la seule solution consiste peut-être à s’informer soi-même, à s’intéresser à la politique, à ouvrir nos lumières et à éblouir ceux qui se terrent dans la noirceur pour court-circuiter la démocratie. Car actuellement, on a peut-être simplement la politique que nous méritons: une politique de l’ombre, de manigances, pour une population qui ne se donne même plus la peine de se passionner pour ses enjeux et de voter en conséquence.

Et si on s’y intéressait suffisamment pour que ce soient les intérêts des Montréalais – et non ceux des partis politiques provinciaux – qui soient mis de l’avant? Avant de « redémarrer Montréal », comme le propose Harel, il serait peut-être intéressant de se demander par quoi elle espère remplacer cette vieille machine politique désuète ne fonctionnant qu’en réseau… très fermé!

Le changement pour le changement, est-ce vraiment ce dont a besoin Montréal?


AJOUT (23 septembre 2009):

J’aimerais apporté quelques précisions et corrections à ce texte. Les voici.

  • Certains ont mal interprété mon choix du mot « infiltrer » pour parler de Lapointe qui est arrivé à Projet Montréal.   Le mot « infiltrer », selon le dictionnaire, signifie: « Introduire (qqn) dans un milieu dans le but de surveiller sans attirer la méfiance. » Cela ne veut pas nécessairement dire que Lapointe avait un but précis dès son arrivée à Projet Montréal, sinon en tant qu’observateur ayant compris l’importance des partis municipaux pour pouvoir aider les partis provinciaux.  Son attaque ne visait peut-être pas Québec Solidaire dès le début, mais elle visait certainement à améliorer la mainmise du PQ sur les partis municipaux.
  • Au sujet de la réunion chez Guillaume Vaillancourt, j’ai commis un impair.  Lapointe se serait contenté de demander à Bergeron ce que ce dernier voulait pour qu’il démissionne, lui offrant au passage la mairie du Plateau Mont-Royal s’il laissait le champ libre à Louise Harel.  C’est plutôt Siou Fan Houang, de Projet Montréal, qui a proposé la mairie d’Outremont, ce que Bergeron a refusé.  Cela n’invalide cependant pas le fait que Lapointe négociait au nom de Louise Harel alors qu’il était membre en règle de Projet Montréal.  C’est d’ailleurs dès cette réunion en question que les menaces du réseau Lapointe ont réellement commencé (« Vous ne valez que 5% », « On va vous rayer de la carte »), et non pas dans la rencontre qu’a eue Lapointe avec un membre influent de Projet Montréal un peu plus tard.  Notons que la dite réunion s’est terminée par un claquage de porte et des cris.
  • Quelques jours plus tard, Lapointe a joué ses dernières cartes en demandant au dit-membre influent à au moins quatre reprises ce que Bergeron voulait pour partir.  Il a précisé la stratégie de Harel contre Projet Montréal.  Il n’a jamais pu accepter qu’un politicien puisse rester fidèle à ses convictions et refuse un poste important.  (À cet effet, des membres du réseau Lapointe me harcèlent depuis quelques jours, et ils ont une chose en commun: ils parlent de Bergeron comme d’un « loser »).

Pour le reste, j’aimerais attirer votre attention sur ceci: il y a présentement 18 commentaires de personnes du réseau Lapointe/Brisson sur ce blogue. Il y a une enfilade de près de 40 commentaires sur mon statut Facebook à cet effet et on me harcèle presque par messages privés. Si j’avais quelques doutes sur les méthodes de ce réseau, je n’en ai plus du tout.

Ce billet n’est pas exempt de petites erreurs sur les détails, mais l’image centrale est véridique. Croyez-vous que c’est un hasard si de nombreux politiciens provinciaux s’en viennent au municipal? Ce sont des gens comme le réseau Lapointe qui permettent à la machine de fonctionner en huilant ses rouages de mystères et de tractations secrètes. Qui utilise qui n’est pas toujours clair, mais c’est d’un commun accord qu’ils acceptent tantôt d’être utilisés, tantôt d’utiliser les autres. Et c’est Harel ou le PQ qui en récolte les fruits.

Et le grand perdant, comme toujours, est le citoyen qui aimerait qu’on fasse de la politique autrement.

L’intégrité d’Amir Khadir
1 janvier 2009

Il faudrait choisir. On se plaint du désabusement des jeunes vis-à-vis de la politique, de leur manque d’implication, et on blâme souvent la langue de bois des politiciens et leur cynisme, leur incapacité à être fidèles à leurs valeurs et à réellement travailler pour le bien commun. On les accuse d’être des girouettes, de cacher leurs véritables ambitions, d’être des affairistes, des opportunistes. D’être incapables de prendre position par peur de déplaire à une partie de leur électorat. D’être mous, des quasi-larves qu’on méprise.

Pourtant, lorsqu’un d’eux sort du lot et affirme haut et fort ses positions, on cherche à le faire taire. Tel cet enseignant du très conservateur Cégep de Sainte-Foy, Gilbert Gagnon, qui a porté plainte contre Amir Khadir parce que ce dernier a lancé une chaussure contre une image de George W. Bush.

On lui reproche quoi, au fait, au nouveau député de Québec Solidaire? On réprouve sa capacité d’être un humain contre les autres, qui puisse descendre à hauteur de rue plutôt que de vivre isolé dans ses bureaux ou une cossue résidence, et qui a des émotions et peut les exprimer. On réprime sa capacité à faire ce que la majorité des Québécois rêverait pourtant de faire: lancer une chaussure contre ce Bush qui a violé à peu près toutes les lois internationales durant son sanglant mandat à la tête des États-Unis. On le condamne parce qu’il a osé faire ce que beaucoup auraient fait eux-mêmes.

Sauf que ce n’était pas politiquement correct.

Évidemment que ce n’était pas politiquement correct. Mais le politiquement correct est précisément ce qui ne fonctionne pas dans notre démocratie. Nos élus n’osent plus dire ce qu’ils pensent parce que ce n’est pas politiquement correct. Nos représentants ne nous représentent plus. Ils changent leurs idées comme leurs chemises, mentent fréquemment, camouflent leurs véritables positions. Le politique des idées, des valeurs, des enjeux a capitulé devant les politicards de la petite politique des stratégies à la petite semaine et qui consiste à ne jamais rien dire qui puisse être controversé.

Au contraire, il en faudrait des dizaines d’Amir Khadir. Des politiciens qui vivent au niveau de la rue, qui peuvent serrer des mains et regarder leurs électeurs dans le blanc des yeux en disant « je vais me battre pour cet enjeu ». Des hommes politiques dont on connaît les positions et qu’on élit non pas en fonction d’un vote stratégique ou d’un jeu de chaise musicale mais parce que leurs valeurs sont connues et nous représentent.

Des politiciens qu’on connaît et qui nous connaissent.

On peut être en désaccord avec les valeurs prônées par Amir Khadir et Québec Solidaire. Beaucoup de gens dans une région aussi conservatrice que Québec ne se sentent pas rejoints par les enjeux sociaux défendus par QS. Ils ont le droit. Cependant, en cherchant à remettre le couvercle sur la marmite des idées, Gilbert Gagnon contribue à favoriser la langue de bois et à promouvoir une façon de faire de la politique qui empêchera les idées et les valeurs que lui et sa région peuvent avoir en commun de véritablement s’exprimer au niveau politique. Bref, en réprimant un député qui sort du lot il empêchera d’autres députés de se lever et de défendre ses propres valeurs à une autre occasion. Il se tire donc dans le pied.

En démocratie, le véritable pouvoir doit aller aux électeurs. Si un député agit excessivement, les électeurs ont le pouvoir de le condamner en lui retirant leur confiance lors des prochaines élections. Ceci dit, l’inverse doit également être vrai. Si un député ne fait rien du tout, fuit les débats, refuse de prendre position, vit sa vie comme une marmotte qui a peur de son ombre, les électeurs ont non seulement le pouvoir mais l’obligation morale de lui retirer leur confiance et d’élire un député qui les représente réellement. Et si aucun des deux principaux partis n’offre de candidats réellement authentiques et qui sauront se tenir debout pour ce qu’ils croient, les électeurs ont le même devoir de refuser ce petit jeu et de voter pour un autre candidat d’un parti mineur, même si celui-ci n’a pas de chance d’être élu.

La prochaine fois qu’on se plaindra du manque d’intérêt des jeunes pour la politique ou du fait que ceux-ci ne se sentent pas rejoints par les enjeux proposés, il serait intéressant de se rappeler que le problème ne vient peut-être pas du soi-disant manque d’intérêt de la prochaine génération quant aux affaires publiques, mais peut-être de leur lucidité vis-à-vis de députés qui ont abdiqué de leur rôle de protecteurs des valeurs citoyennes pour se soumettre à des intérêts partisans ou financiers qui échappent à toute forme de contrôle.

Le frisson QS et le départ du démagogue Dumont!
8 décembre 2008

Une nouvelle carrière pour le démagogue régionaleux?

Une nouvelle carrière pour le démagogue régionaleux?

J’aimerais pouvoir écrire que je n’ai rien ressenti. Dire que je suis resté stoïque devant le discours d’Amir Khadir, premier député de Québec Solidaire. Dire que j’en ai rien à foutre de ce parti sexiste qui discrimine les hommes en imposant des quotas de femmes dans ses rangs. Ce serait mentir.

Car j’aime Québec Solidaire autant que je le hais.

J’aime Québec Solidaire parce que je l’ai vu naître. J’ai milité au Parti de la démocratie socialiste (PDS) puis j’ai été témoin de la fusion qui a permis la création de l’Union des forces progressistes (UFP), dont j’étais membre. Et j’ai été profondément attristé de voir le parti s’acoquiner avec une féministe réactionnaire comme Françoise David. J’ai déchiré ma carte de membre, je l’ai mise aux poubelles, car je ne voulais pas avoir quoi que ce soit à faire avec un parti prônant le sexisme et le féminisme dans ses rangs.

Mais aujourd’hui, ce soir… Amir Khadir est un exemple pour moi. Il n’a jamais eu peur de dire ce qu’il fallait dire. Il a osé critiquer la version officielle du 11 septembre 2001. Il ose parler de nationalisations, de gratuité de l’éducation. C’est un immigrant, mais un immigrant intégré, qui cite les paroles de Claude Dubois dans ses discours et qui me parle directement au coeur.

Je hais Québec Solidaire pour toutes ses Françoise David, mais j’adore le parti pour tous ses Amir Khadir.

Je suis divisé. C’est une question de principe: en tant qu’homme ayant été témoin de tant de discriminations et de sexisme à l’égard des hommes depuis ma jeunesse, je ne peux pas, idéologiquement, appuyer un parti féministe-sexiste. Cependant, d’un autre côté, Québec Solidaire représente l’apothéose de mes positions économiques, étant le seul parti réellement social-démocrate sur l’échiquier politique et le seul parti offrant une alternative crédible, s’appuyant sur tout ce qu’il y a de plus actuel, pour lutter contre cette machine infernale nommée « marché » et qui nous gobe, nous, notre âme, notre argent, nos vies.

Je ne sais plus que penser. J’aime ce parti autant que je le déteste. Si seulement… Si seulement Québec Solidaire pouvait laisser tomber ses mesures sexistes et accepter une véritable égalité des hommes et des femmes, je serais le premier militant, j’irais même mettre des dépliants dans les boîtes aux lettres. Sauf qu’en ce moment, j’aurais l’impression de me trahir et d’appuyer un parti qui cautionne et désire encourager la discrimination et les sexisme à l’égard des hommes. Un parti appuyé par de nombreux groupes féministes radicaux, méprisants, et déconnectés de la réalité. Des femmes que même les femmes de ma génération détestent, elles qui ont compris la chance qu’elles ont et qui ont un véritable désir d’égalité des sexes, pas d’une revanche telle que proposée par ces fanatiques.

Et ce soir, même dans mon frisson, je suis divisé, encore et toujours.

Par contre, je suis plus qu’heureux du départ de Mario Dumont de l’ADQ. Ce type représentait (quelle joie de parler de lui au passé!) tout ce qui ne fonctionne pas dans le Québec profond, tous les préjugés, toute la démagogie et l’absence d’analyse, le « girouettisme » et l’adhésion à des dogmes néolibéraux ayant prouvé leurs échecs un peu partout.

Même si Jean Charest est à peine moins radical que Dumont, je crois qu’on peut dire qu’avec l’élection du seul député de centre-gauche au Québec et avec la défection du chef adéquiste, c’est véritablement la fin de ce que j’avais appelé, au lendemain des dernières élections provinciales, une Grande Noirceur.

Ceci dit, ma joie est ternie par l’idée que nous aurons à subir Jean Charest majoritaire pendant quatre ou cinq ans, ce Jean Charest lui aussi de droite, et qui, à l’image du sexisme de Québec Solidaire, a imposé des quotas de femmes à son conseil des ministres, se privant d’excellents candidats sous prétexte qu’ils ont le mauvais sexe.

Comme quoi le sexisme ne connaît pas l’échelle gauche-droite…

Maintenant… Pour qui voteront les régionaleux? À quand un vote progressiste et moderne pour nos régions, dont plusieurs semblent résolument ancrées dans le passé? Ou tiens, une meilleure question: à quand une refonte de la carte électorale, où le vote d’un citoyen de la couronne montréalaise vaut présentement deux fois moins que celui de plusieurs régions… Encore mieux: à quand la proportionnelle?

On dit parfois que les élections apportent les réponses. Dans mon cas, j’ai tellement de questions et je me sens tellement divisé que j’en ai mal à la tête. On verra la suite des choses.

Pourquoi je ne voterai jamais Québec Solidaire
22 novembre 2008

Je suis un homme de convictions, personne ne pourra jamais en douter.  Comme je l’écrivais sur le blogue de Carl (mon blogueur préféré, mais dont je suis tout de même déçu de l’appui qu’il donne à Québec Solidaire, lui qui est de ma génération et qui doit être témoin des progrès réalisés par les femmes et des nouvelles inégalités qui frappent les hommes) j’ai beau aimer le programme proposé par Québec Solidaire, le seul parti qui semble réellement connecté avec la réalité de l’échec retentissant de l’économie néolibérale, mais je ne voterai pas pour ce parti.

En effet, autant j’apprécie leur sensibilité pour les gens ordinaires, la classe moyenne et les moins fortunés, je ne peux m’imaginer voter pour un parti aussi sexiste que l’est Québec Solidaire.  Soyons clairs, précis, et disons les vraies choses: un parti qui s’impose un quota de femmes candidats, c’est-à-dire qui choisit ses candidats en fonction non pas de leur compétence mais de leur sexe, c’est la définition texto du sexisme, et je ne mange pas de ce pain-là.

Contrairement au discours passéiste adopté par Françoise David, celle dont l’égo avait empêché de se joindre à l’UFP et l’avait incité à créer son propre parti avant de le fusionner avec celui de Amir Khadir, les choses ont beaucoup évoluées depuis quelques décennies.  Aujourd’hui, les femmes sont majoritaires dans la santé, dans l’éducation, et elles sont largement favorisées dans une foule de secteurs, que ce soit dans la justice ou en ayant un Conseil du Statut de la Femme qui les défendent.  Les jeunes femmes sont libérées, et ce sont les hommes qui font pâle figure à leurs côtés, une réalité qui ne semble pas déranger les vaginocrates de Québec Solidaire…

Qu’on le veuille ou non, la politique est un monde d’hommes.  Cela ne veut pas dire qu’on doit refuser les femmes, mais la politique est un sport extrême et il est normal que les hommes soient naturellement davantage portés vers un secteur de lutte agressive et d’échanges d’idées hyper-rationnelles que les femmes.   Si une femme se sent d’attaque et a les compétences requises pour se lancer en politique, bravo!  Mais de quel droit peut-on décider que les femmes doivent obligatoirement composer 50% de l’effectif de Québec Solidaire?  De quel droit peut-on se priver d’un candidat compétent sous prétexte qu’il est un homme?  Aurait-on idée d’imposer un quota de coiffeurs, d’infirmiers ou d’instituteur?  On crierait à l’injustice, et on aurait raison de le faire: on doit choisir les gens en fonction de leurs talents et non pas de leur sexe.

On pourrait pourtant me rétorquer qu’il s’agit d’un point mineur et que cette situation ne devrait pas m’empêcher de voir les points positifs proposés par le parti.  Je ne suis pas d’accord.  Cette façon de concevoir la politique ne m’inspire pas confiance et ne me lance pas le message que Québec Solidaire est un parti ancré dans le présent et relié à la génération montante.  Je reste sur l’impression d’un parti qu’on a oublié dans le passé et qui n’a pas su se débarrasser des vieux dogmes féministes radicaux qui empêchent une réelle égalité des sexes.

Je voudrais appuyer Québec Solidaire, mais je ne peux pas.  C’est plus fort que moi, mais je vois en Françoise David une ennemie, une femme du passé qui n’a pas constaté l’extrême chance des femmes d’aujourd’hui et qui analyse la société à partir d’un passé révolu au lieu de s’ancrer dans le présent et de représenter un espoir pour le futur de toute la société, les femmes comme les hommes.

Dix raisons pour le PQ
22 mars 2007

Parti QuébécoisJ’ai fait mon choix! Après des semaines d’hésitations, tergiversant entre l’idée de voter Québec Solidaire, Parti Québécois ou un autre parti mineur, j’ai finalement décidé: c’est le Parti Québécois qui aura mon vote. Voici pourquoi:

10) Parce que Stephen Harper veut choisir le prochain premier ministre du Québec à notre place. Il affirme qu’il ne négociera pas avec un chef souverainiste et donc il exhorte les Québécois à voter ADQ ou PLQ. C’est assez insultant comme demande, ne trouvez-vous pas? Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ça a été une bonne motivation de faire exactement le contraire!

9) Parce que Québec Solidaire m’a déçu sur la questions des hommes. J’aime beaucoup le parti de Khadir et David, mais je trouve que son discours ultra-féministe est quelque peu déconnecté de ma réalité de tous les jours. Je ne suis pas d’accord avec leur proposition de nommer une femme à la tête de la commission sur les accomodements raisonnables sous principe que c’est une femme. Je crois aussi qu’aujourd’hui, en 2007, ce sont les hommes qui ont besoin d’un coup de pouce et que les femmes, surtout les plus jeunes, ont atteint une égalité de fait.

8 ) Parce que l’ADQ doit être bloquée absolument. Ce parti menace nos valeurs, notre façon de vivre, et on risque de se retrouver avec un gouvernement néolibéral sur le plan économique et néoconservateur sur le plan social. Un mélange de Duplessis et de Séraphin. Une explosion de la pauvreté urbaine, une désintégration du tissu social, le chaos dans les relations de travail. Non, je ne veux pas cela pour le Québec!

7) Parce que André Boisclair m’a agréablement surpris. Je l’ai souvent trouvé trop à droite et je n’aime pas toujours sa manière d’agir. Il m’a déçu lorsqu’il a rejeté la proposition du SPQ-Libre de nationaliser l’énergie éolienne. Cependant, depuis quelques semaines il agit beaucoup plus en chef, il est plus réceptif aux progressistes qui sont l’âme et le coeur du PQ, et il a gagné les deux débats, TLMEP et celui des chefs. Je m’imagine de plus en plus avec Boisclair comme premier ministre, et s’il n’est pas parfait, il me semble le moins pire actuellement.

6) Parce que le système actuel ne permet pas de « gaspiller » son vote. Le système est mal fait; il devrait faire place à la proportionnalité et aux petits partis. Mais ce sont les règles du jeu, et dans mon comté ça se décider avec quelques centaines de votes entre le PQ et le PLQ. Chaque vote d’un souverainiste qui va ailleurs qu’au PQ, c’est la possibilité d’élire le député du PLQ qui risque de faire gagner Charest et de donner la balance du pouvoir à Dumont et ses poteaux. Chaque souverainiste et chaque progressiste devrait y réfléchir à deux fois avant de voter Québec Solidaire. L’enjeu est trop important cette fois-ci. Et c’est un sympathisant de QS qui vous l’écrit…

5) Parce que le Parti Québécois est le parti qui rassemble le plus le Québec. C’est le parti qui a beaucoup fait avancer notre nation depuis 1976 avec ses politiques sociales audacieuses. C’est le parti qui, malgré ses imperfections, nous représente, avec sa vaste coalition allant du centre-gauche au centre-droit.

4) Parce que le PQ assure le gel des frais de scolarité. Augmenter ces frais, c’est augmenter le décrochage scolaire et augmenter la pauvreté. Boisclair a raison de faire de l’éducation sa priorité, et ce message me rejoint.

3) Parce que le PQ va empêcher la privatisation du Mont-Orford. Charest a commis l’inimimaginable: il a jeté aux ordures un bien public qu’on s’était donné depuis plus de 90 ans pour le remettre aux mains d’un promoteur qui l’avait financé lors de la dernière campagne électorale. C’est dégueulasse.

2) Parce que le PQ est le mieux placé pour régler la question des accomodements raisonnables. Dumont et l’ADQ se prétendent les champions des AR, mais il ne fait que surfer sur la vague, comme toujours. Il ne propose rien de concret, rien d’évident. Le PLQ, lui, est coincé par une vaste majorité de son électorat de l’ouest de l’île de Montréal qui ne veulent rien savoir de ce sujet. Seul le Parti Québécois est en mesure de régler cette question, de faire le pont entre des communautés culturelles nous respectant et nous les intégrant.

1) Parce que je suis indépendantiste et que le PQ est le seul parti pouvant nous amener vers la souveraineté du Québec. Lorsque nous serons indépendants, nous referons nos divisions gauche-droite, nous referons nos partis, nous lâcherons le PQ, nous changerons le système. Mais le dernier budget fédéral, où on essayait d’acheter le vote des Québécois, a rallumé mon désir d’indépendance et ma conviction qu’elle était nécessaire le plus vite possible.


    Et vous, avez-vous choisi pour qui vous allez voter le 26 mars prochain? Et quelles sont vos raisons?

Mise à jour: (13h30)

Un excellent texte intitulé « Le faux monde ». Un véritable plaidoyer contre le populisme de l’ADQ et les phrases creuses de son chef à l’égard du soi-disant « vrai monde ». À lire absolument!