L’indépendance face au pic pétrolier
2 octobre 2007

Pendant que le PQ de Pauline Marois semble revenu au point zéro de la tergiversation et des sempiternelles « conditions gagnantes » (une formule qu’on a remplacée par le soi-disant don de clairvoyance de Mme. Marois pour comprendre le juste moment où la population québécoise serait fin prête à voter pour l’indépendance), et que le Parti Québécois semble s’enliser dans de nouvelles luttes électorales vaines ne menant pas à l’indépendance nationale – soi-disant l’article premier du parti – une nouvelle dynamique se met en place et les analyses du parti feraient bien de s’y consacrer: le pic pétrolier.

Comme j’écrivais dans Demain la crise?, la croissance exponentielle de la demande mondiale de pétrole et l’incapacité chronique à répondre à cette demande propulsera bientôt le prix du baril de pétrole à des sommets inégalés. Dans ce contexte, les pays détenant le pétrole auront un avantage GÉANT sur ceux qui n’en ont pas. Et le Canada en a du pétrole. Et beaucoup.

En effet, le Canada est maintenant le deuxième pays du monde quant aux réserves de pétrole, avec 179 milliards de barils en réserve (contre 250 milliards pour l’Arabie Saoudite, un chiffre qui pourrait être largement gonflé par le régime en place), dont 175 milliards viennent des sables bitumineux de l’Alberta. ((Oil and Gas Journal, Décembre 2004))

Jusqu’à tout récemment, ces réserves n’étaient pas comptabilisées, car avec un pétrole à 10-20$ le baril il n’était pas rentable de les exploiter. Désormais, avec un pétrole qui vogue allègrement vers les 100$ le baril, ces sables bitumineux se révèlent une source de profit inestimable pour le pays, et ce même si les redevances à l’État au Canada sont parmi les plus basses du monde.

Concrètement, l’Alberta, et par ricochet le Canada tout entier, vont s’enrichir considérablement grâce à la flambée du prix du pétrole.

Maintenant, comment convaincre les Québécois de la nécessité de se séparer si ce faisant nous nous privons de tous ces revenus qui mettront le pays à l’abri des pires conséquences de la crise économique qui découlera de l’effondrement économique découlant du pic pétrolier? Voilà un problème plus que primordial, car pour la majorité des gens ce ne sont pas des questions de culture, de langue ou de fierté d’avoir un drapeau à l’ONU qui les intéressent: ils veulent savoir s’ils seront plus riches ou non dans un pays souverain.

Évidemment, le Québec n’est pas démuni: notre hydro-électricité nous garantie des avantages sur d’autres pays qui n’ont pas de pétrole et en plus doivent s’en procurer pour faire fonctionner des centrales électriques. Mais la timidité de tous les gouvernants depuis une quinzaine d’années et leur refus de construire de nouvelles centrales nuisent à nos chances de pouvoir prospérer en vendant cette électricité à des États du nord-est des États-Unis qui sont en manque d’énergie abordable.

Bref, le Québec ne serait pas dans une situation désespérée en tant que pays indépendant, mais il ne disposerait pas des revenus que peut procurer la manne pétrolière actuelle (et future). Et si on demandait clairement aux gens ce qu’ils choisiraient entre un drapeau du Québec à l’ONU et une plus grande prospérité dans le contexte canadien actuel, il y a fort à parier qu’ils choisiront la seconde option.

Encore faudrait-il que le Canada se dote de politiques sociales et économiques permettant une redistribution optimale des revenus du pétrole albertain afin que tous puissent en profiter, et pas seulement les Albertains ou les plus nantis.

Voilà de la matière à réfléchir pour le Parti Québécois. Car c’est bien beau de rouler sa bosse pendant trente ans sur les espoirs (déçus) des gens, il arrive parfois un moment où même ceux-ci ne sont plus assez puissants pour opposer une autre réalité à l’inéparable lutte pour la survie quotidienne de ceux qui ne veulent surtout pas perdre leurs acquis.