La Presse en guerre contre les étudiants
1 mai 2012

L’avantage de toute crise, c’est qu’elle force quiconque veut y participer à laisser tomber son masque. Lorsqu’un débat est aussi tranché que celui opposant les étudiants au gouvernement, on a tendance à laisser tomber les nuances et à mettre tout son poids dans une direction ou une autre.

Dans le cas d’un média, néanmoins, on s’attendrait à un minimum de respect pour l’intelligence des lecteurs. À La Presse, propriété de Gesca (Power Corporation), dont la direction est reliée de près au PLQ, on a laissé tomber toute prétention à l’objectivité. Ce journal qui fut un jour intéressant et honnête, est devenu tout aussi malhonnête que le gouvernement dont il liche les souliers.

Aujourd’hui, 1er mai, par exemple, Alain Dubuc, qu’on a rapatrié du journal Le Soleil pour ajouter du poids aux textes anti-étudiants d’André Pratte, qualifiait les offres de la FECQ et de la FEUQ de « braquage » et les accusait de ne pas mettre d’eau dans leur vin et de constituer des « enfants-rois ». Aucun mot sur le caractère honnête des propositions, aucun commentaire sur le fait que c’est le gouvernement qui s’entête en refusant toute négociation sur la hausse, aucune remarque sur le fait que des étudiants qui sacrifient leur session et leur temps pour le bien d’autrui sont l’anti-thèse d’enfants-rois. Non, à La Presse, on suit la ligne gouvernementale : les étudiants sont intransigeants.

Hier, 30 avril, André Pratte écrivait un texte surréaliste où il accusait les étudiants de former une « tyrannie de la minorité » et où il incluait dans ses calculs l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Jean-François Lisée a bien démoli l’argumentaire de Pratte en soulignant que l’électorat du PLQ est tout aussi minoritaire, ce qui n’enlève pas la légitimité du gouvernement. Malgré tout, La Presse suivait la ligne gouvernementale : les étudiants grévistes sont minoritaires.

Hier encore, 30 avril, Alain Dubuc se commettait dans un éditorial où il proclamait que la fermeté du gouvernement constituait une démonstration de démocratie. Encore une fois, la ligne gouvernementale : nous ne céderons pas.

Et ça continue :

  • 27 avril – Pratte affirme que la hausse est légitime et que le gouvernement ne doit pas céder.
  • 27 avril – Dubuc justifie la position gouvernementale d’exclure la CLASSE.
  • 26 avril – Mario Roy soutient que la FECQ et la FEUQ doivent se dissocier de la CLASSE.
  • 21 avril – Pratte : si le gouvernement cède, on ouvrira la porte à tous les radicaux.
  • 17 avril – Pratte : tous ceux qui accusent le gouvernement de favoriser la violence sont complices de celle-ci.
  • 13 avril – Pratte : le gouvernement ne doit pas céder face à la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (sic).
  • 13 avril – Dubuc : la hausse est juste, le gouvernement n’a pas à céder sur quoi que ce soit.

Et ça continue, et ça continue.

Les éditorialistes de La Presse sont en guerre. À une certaine époque, le combat des journalistes était celui du quatrième pouvoir, celui qui critiquait le gouvernement, qui le dénonçait, qui représentait les forces mouvantes d’une société. La Presse, en ce début de vingt-unième siècle est devenu le laquais du gouvernement Charest. Son porte-parole. Son organe officiel. Le petit chien-chien qui va chercher les pantoufles quand il fait trop froid pour sortir du lit.

Ce n’est pas pour rien que Gesca ne veut pas publier les états financiers de La Presse et des autres médias du réseau, malgré les demandes incessantes d’un Yves Michaud, par exemple. C’est simplement parce que le but de ce journal n’est pas de faire un profit, n’est pas d’informer, n’est pas d’être rentable.

Le seul but de La Presse, c’est la manipulation de l’opinion publique, et les pertes encourues dans cette opération sont largement compensées par la présence d’un gouvernement au service de ses propriétaires.

Si vous achetez La Presse, si vous lisez La Presse, si vous considérez que ce journal jouit de la moindre crédibilité, non seulement nuisez-vous à la lutte des étudiants, mais vous contribuez également à l’affaiblissement de notre démocratie et à la vente de feu de nos institutions.



Ce texte venait à peine d’être écrit qu’André Pratte remettait ça en accusant les étudiants d’avoir du culot de proposer une contre-offre et qu’il s’agissait de « pelleter les nuages ». Que ce soit clair : si vous achetez La Presse, vous encouragez cette propagande.

Le négationniste de la langue
21 avril 2010

Quand Alain Dubuc a publié son texte Les angoissés de la langue le 9 avril dernier, dans La Presse à Power Corporation, j’y ai lu un tel concentré de préjugés et de faussetés que je n’ai pas cru devoir y répondre. Et puis – il faut le dire – j’étais également très pris par la préparation du rassemblement pour le français, ayant lieu deux jours plus tard. Une anecdote m’a fait changé d’idée et donner le goût de détruire, point par point, le tissu de mensonges publié en réponse à l’étude de Pierre Curzi.

Source de l’image

Ainsi, une personne me contait qu’elle avait épinglé un article parlant du recul du français sur le babillard de son entreprise. Le lendemain, comme toute réponse, on avait mis le texte de Dubuc par-dessus, comme s’il s’agissait d’une réfutation en règle. Voilà la force de la crédibilité d’un média de masse.

Or, Dubuc ne mérite pas cette crédibilité. Les principaux arguments de son texte, que je reprends un par un, sont tous au mieux trompeurs, au pire l’oeuvre d’un travail journalistique bâclé.

Les arguments d’Alain Dubuc:

1) La peur du recul du français provient des chiffres de la langue maternelle, qui est passée sous le 50% à Montréal et le 80% au Québec.

Par un habile amalgame, Dubuc reprend l’argument courant consistant à voir dans le simple recul de la langue maternelle un recul généralisé du français, alors que les études de Curzi et de la plupart des démographes crédibles se concentrent bien davantage sur la langue d’usage. Il devient facile ensuite pour Dubuc d’invalider l’idée que le français régresse en statuant que la langue maternelle ne constitue pas un bon indicateur, car elle ne permet pas de bien constater la hausse des langues tierces.

Évidemment que le recul de la langue maternelle ne permet pas de jauger de la situation! Le problème, c’est précisément qu’il ne s’agit que d’une fraction des signaux permettant de constater le déclin du français. En cherchant à en faire un argument central de ceux qui s’inquiètent légitimement du recul de notre langue commune, Dubuc crée un argument faible et s’assure ensuite de mieux le détruire.

Très malhonnête comme méthode.

2) La cause de l’anglicisation de Montréal n’est pas linguistique; ce sont les francophones qui déménagent vers les banlieues.

L’exode des francophones vers les banlieues comme cause de l’anglicisation de Montréal est un mythe. Montréal ne devient pas anglaise parce que les banlieues, gonflées par des francophones délaissant la ville-centre, se francisent.

En fait, l’ensemble des banlieues montréalaises subit une baisse du français presque aussi rapide que la ville de Montréal elle-même. Entre 2001 et 2006, le recul pour Montréal était de l’ordre de -2.4%, alors qu’il était de -2% pour l’ensemble des banlieues rapprochées.

La cause de l’anglicisation de Montréal EST donc linguistique, contrairement à ce qu’affirme Dubuc.

3) Le calcul de la différence entre l’attraction de la langue française et de la langue anglaise est trop « alambiqué pour être pris au sérieux ».

Quand les chiffres démontrent qu’on a tort, on lance la calculette au loin et on affirme qu’ils ne veulent rien dire.

Ce que n’aime pas Dubuc, c’est l’utilisation de l’Indice de vitalité linguistique (IVL) par Curzi, pour démontrer la différence d’attrait entre les deux langues. Cet indice – rappelons-le – mesure, en divisant le nombre de locuteurs d’usage par ceux de langue maternelle, le degré d’attrait d’une langue par rapport à une autre.

Il ne s’agit nullement d’une formule « alambiquée » ou d’une lubie de statisticien: l’IVL permet de voir clairement si une langue maternelle est capable de devenir une langue d’usage, c’est-à-dire si un enfant dont les premiers mots sont en français risque de parler le français à la maison à n’importe quel moment de sa vie ou s’il ne risque pas de perdre sa langue et de s’angliciser. Le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement permettant à une langue de se renouveler.

Ce que démontrent les statistiques, simplement, c’est que l’IVL de l’anglais à Montréal est de 1.43, contre seulement 1.09 pour le français, ce qui signifie que l’anglais est presque cinq fois plus attractif que le français. Ce n’est pas plus complexe que cela, et si Alain Dubuc avait le début du commencement d’une bonne foi, il le reconnaîtrait lui-même.

4) L’étude ne fait pas de distinction entre la langue d’usage et la langue publique.

L’étude ne fait pas cette distinction, car cette distinction n’est pas importante. L’indice de la langue publique existe, et il a été littéralement haché en morceaux et enterré par le statisticien et démographe Charles Castonguay. Au-delà des problématiques méthodologiques reliées à cet indice (il est presque impossible à calculer), celui-ci est… purement inutile.

En effet, il est de peu d’utilité de savoir quelle langue parle un anglophone en-dehors de son domicile; ce qui compte, c’est l’attachement véritable à une langue, c’est-à-dire de savoir quelle est la langue dans laquelle « vit » un individu. Par exemple, il est possible pour un individu de parler anglais à la maison, de baragouiner le français en public, mais l’impact, la trace laissée par cet individu dans la société, sera résolument anglaise, puisque son monde, sa vision des choses, les médias qu’il écoute, ce qu’il lit, ce qu’il écrit, tout se fera en anglais.

La langue d’usage, en intégrant la langue publique, constitue donc un indice beaucoup plus complet et fiable sur l’attachement réel à une langue ou à une autre.

5) Les chiffres de 2006 ne reflètent pas l’attraction de l’anglais aujourd’hui, mais des choix faits souvent avant la loi 101.

Je crois qu’on atteint de nouveaux sommets avec cette affirmation. Qu’on comprenne bien Alain Dubuc dans toute sa « grandeur »: les immigrants récents choisissent davantage le français, donc ce que nous voyons aujourd’hui ne serait qu’un aperçu de ce qui se faisait avant.

Cette affirmation ne fait pas le moindre sens d’un point de vue de la logique. Si les immigrants choisissaient de plus en plus le français, comment se fait-il que le français régresse? Si nous sommes tributaires des choix d’il y a trente-cinq ans, pourquoi les études ont-elles souligné une amélioration rapide de la situation linguistique après l’adoption de la loi 101, et un recul sensible depuis au moins une décennie? Pourquoi – soudainement – serions-nous en train de subir une situation vieille de plusieurs décennies alors qu’il était possible, dans les années 1980, de mesurer les gains concrets issus de la loi 101?

6) Parler de l’île de Montréal sans regarder l’ensemble de la région métropolitaine est « parfaitement arbitraire ».

Dubuc trouve injuste qu’on inclut Pointe-Claire dans les données de Montréal, par exemple, mais non Longueuil. Laissez-moi redonner la justice à ce brave éditorialiste. Les chiffres, je les ai calculés: entre 2001 et 2006, Pointe-Claire a perdu -1% d’anglophones et -2% de francophones pendant que Longueuil « gagnait » 5% d’anglophones et perdait -3% de francophones. Oui, vous avez bien lu: Longueuil s’anglicise plus rapidement que Pointe-Claire.

Et si on prend l’ensemble de la région métropolitaine (Montréal, Laval et les couronnes nord et sud), la croissance totale des locuteurs de langue d’usage anglaise atteint 6%, contre seulement 1% pour le français!

Arbitraire ou non, l’anglais progresse partout!

* * *

On le constate, on a raison d’être angoissés du recul du français. Celui-ci est généralisé et bien réel.

Quand Dubuc conclut son torchon en écrivant « le français n’est pas menacé », s’appuyant sur ses faux-arguments, il met simplement des lunettes roses à une personne à qui il vient de crever les deux yeux.

Contre les préjugés et les mensonges, qui aura maintenant le courage de déclarer publiquement que le négationniste de la langue Dubuc, de même que le journal pour lequel il écrit, n’ont plus la moindre crédibilité? À une époque où Power Corporation et sa Presse sont en guerre ouverte contre tout renforcement de la loi 101, voilà des faits qu’il ne faudra pas oublier…

La Presse: information ou manipulation?
21 septembre 2008

Pourquoi La Presse s’acharne-t-elle sur le Bloc pendant cette campagne électorale tout en présentant positivement le gouvernement Harper?

Parce qu’elle appartient à Power Corporation, qui profiterait largement de l’élection du Parti Conservateur.

Portrait de famille.

Power Corporation of Canada, propriété du milliardaire Paul Desmarais, possède 100% du groupe Gesca, qui possède les quotidiens La Presse, Le Soleil, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, le Quotidien et le site de nouvelles Cyberpresse.ca.

Elle possède aussi la Power Financial Corporation, qui possède à 50%, via la Parjointco N.V. la Pargesa Holding SA, la Great-West Lifeco inc. et l’IGM Financial inc.

Voici les actifs de la Power Financial Corportation:

  • Pargesa Holding SA:
  1. Elle possède à 48,6% le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), du milliardaire Albert Frère, qui fut l’une des deux seules personnes invitées par Nicolas Sarkozy le soir de sa victoire (l’autre étant Paul Desmarais lui-même). Ce groupe a des intérêts dans les autres compagnies possédées par la Pargesa Holding SA (voir ci-dessous), mais possède en outre Rockland Pipeline Company, basée à Houston au Texas, American Cometra Inc., une compagnie gazière et pétrolière de Forth Worth, Canadian Cometra, l’équivalent de cette dernière mais en Alberta et Canrock Pipeline Company Ltd., basée à Calgary. Il va sans dire que toute politique espérant modérer la frénésie pétrolière en Alberta serait nuisible pour le GBL.
  2. Possède également à 54,1% avec GBL Imerys, une compagnie de transformation de métaux industriels.
  3. A des intérêts dans Lafarge, la bétonnière, qui profite du boom albertain pour construire notamment des tuyaux servant à l’exploitation ou au raffinage des sables bitumineux albertains.
  4. A des intérêts dans Pernod-Ricard.
  5. Est impliquée dans Suez, qui est déjà pressentie pour être fusionnée avec la société d’État Gaz de France suite à la privatisation de celle-ci par Nicolas Sarkozy.
  6. A des intérêts dans Total, la cinquième pétrolière du monde, qui investit des milliards $ dans les sables bitumineux albertains.
  • Great-West Lifeco inc. : cette compagnie, qui avait un actif de 394 milliards $ à la fin 2007, propose via plusieurs de ses filiale des assurances-vie. On imagine très bien l’incroyable fortune que procurerait à cette entreprise une privatisation des soins de santé au pays.
  • IGM Financial Inc., qui contrôle notamment le Investors Group et la Mackenzie Financial Corporation.

Maintenant, la question qui tue: pourquoi, au milieu de toutes ces compagnies pétrolières, d’assurances ou d’investissements, Power Corporation possède-t-elle à 100% une filiale « médias », et spécifiquement au Québec?

Il suffit peut-être de lire La Presse ou Cyberpresse.ca pour comprendre. Pendant cette campagne électorale, pas un jour ne passe sans que ses éditorialistes ne s’attaquent tantôt au Bloc Québécois, tantôt au Nouveau Parti Démocratique, tantôt au Parti Libéral du Canada. Pas une semaine sans qu’on monte de toutes pièces une fausse polémique pour discréditer les adversaires du Parti Conservateur. Que ce soit en mettant en première page un énième torchon de Jacques Brassard, qui pourtant écrivait ses folies presque anonymement dans d’autres quotidiens du groupe Gesca depuis des mois, en publicisant la montée au front d’ex-bloquistes ou en montrant constamment Harper sous son meilleur jour, Gesca et Power Corporation sont en campagne électorale.

Est-ce si surprenant de voir Power Corporation appuyer si ouvertement le Parti Conservateur? Je ne crois pas. D’abord, le lien filial entre les Desmarais et le Parti Libéral du Canada (PLC) a été détruit; Jean Chrétien, dont la fille est mariée à André Desmarais, n’est plus dans le coup, ni même Paul Martin, qui a été président de la filiale de Power Corporation Canadian Steamship Lines Inc. bien avant de devenir premier ministre du Canada. En outre, le PLC de Stéphane Dion est beaucoup moins à droite économiquement que ses prédécesseurs et son Tournant Vert risque de pénaliser les entreprises polluantes albertaines.

Mais surtout, le Parti Conservateur est le seul parti majeur au pays pouvant assurer les intérêts de Power Corporation. Il entend défendre les pétrolières et le boom anarchique des sables bitumineux en Alberta (ce qui est bon pour GBL, Lafarge, Imerys et Total) et ses politiques économiques de droite, favorisant notamment le concept d’utilisateur-payeur, risquent d’enrichir la Great-West Co. si elles sont appliquées à la santé. De même, la politique étrangère du gouvernement Harper ressemble à s’y méprendre à celle de son homologue français, ce qui renforce les liens entre les Desmarais, les Frère, Sarkozy et Harper.

Et puisque traditionnement le Québec a toujours été plus progressiste, un peu plus en avance socialement sur le reste du Canada, qu’il est l’endroit où se jouera les prochaines élections et qu’il déterminera si le Parti Conservateur sera minoritaire ou majoritaire, il va de soi que Power Corporation envoie tous ses laquais de La Presse (Alain Dubuc, André Pratte, Mario Roy, etc.) et du reste du réseau Gesca pour s’assurer que le vote sorte du bon côté.

Et si ce n’est pas suffisant, on peut toujours demander de l’aide à l’Institut Économique de Montréal (IEDM), le petit frère du radicalement à droite Fraser Institute, dont la présidente, Hélène Desmarais, est la femme de Paul Desmarais Jr…

On le constate, l’information se porte très mal au Québec. Il est difficile de bien s’informer, et quand des journaux soi-disant sérieux comme La Presse manipulent et désinforment, violent nos esprits pour satisfaire les appétits cannibales de leurs riches propriétaires, je crois qu’il est de notre devoir de citoyens non seulement de les dénoncer, mais également, plus simplement, de ne plus acheter ces torchons qui cherchent à modifier notre compréhension du monde pour la façonner à l’image des intérêts de la famille Desmarais.

Et de passer le mot aux autres: ce que vous lisez dans La Presse n’est pas de l’information, mais l’opinion aseptisée de Power Corporation et de ses filiales.

Le rôle du journaliste et du journalisme en général doit être celui du quatrième pouvoir, c’est-à-dire de dénoncer les excès et les incompétences des autres. Quand le journaliste décide de se taire et de faire le dos rond à son maître qui piétine notre démocratie pour assouvir ses instincts carnassiers, il devient le collaborateur de l’appropriation par une minorité de notre richesse collective.

Et les collabos ne méritent pas d’être lus. Ils doivent être systématiquement démasqués, dénoncés, puis éliminés du système, comme les petites tumeurs qu’on retire du patient cancéreux. Il en va de la survie de tous les autres tissus sains, ceux qui ne demandent qu’à vivre et à exprimer toute la richesse de notre pouvoir collectif libéré des entraves d’une minorité de tyrans qui s’offrent le luxe de s’acheter médias et politiciens pour assouvir leurs désirs de puissance.


Je dédie ce billet à tous ceux qui ont le courage de dénoncer l’utilisation par Power Corporation de son groupe de presse Gesca (et des « journalistes » qui y travaillent) pour manipuler et désinformer la population.


Lire ce texte de Lutopium sur les liens entre Power Corporation et Gazprom, ce qui explique pourquoi La Presse appuie le projet de port méthanier à Rabaska…

Le front de boeuf d’Alain Dubuc
6 mai 2008


Alain Dubuc, cet ancien maoïste-trotkiste devenu le plus grand défenseur du néolibéralisme et des inégalités sociales (ce qui n’est pas sans nous rappeler quelqu’un) qui sont sa résultante, a pondu un texte assez discret dimanche dernier pour souligner la stagnation du pouvoir d’achat des Canadiens.

Au lieu de s’excuser et de reconnaître que son idéologie du tout-privé est la cause de ce problème, Dubuc blâme la formation et l’éducation, des cibles on-ne-peut plus faciles et abstraites.

Dans les faits, ça fait vingt-cinq ans que le Canada applique le néolibéralisme et toutes les théories économiques débiles et créatrices de pauvreté issues de l’université de Chicago et appliquée dans le tristement célèbre Chili de Pinochet. Ça fait vingt-cinq ans qu’on privatise silencieusement, qu’on attaque les syndicats, et que le taux de syndicalisation – et les salaires de la classe moyenne, puisqu’ils sont intimement liés – baissent ou stagnent. Vingt-cinq ans qu’on nous applique ce remède de cheval de soi-disant « lucides » et soi-disant pour notre bien.

Vingt-cinq ans plus tard, observons les résultats obtenus par la droite au pouvoir: les riches sont (infiniment) plus riches, les pauvres sont plus pauvres, et la classe moyenne s’étiole entre les deux. Bravo! Et c’est cette recette que nos partis de droite que sont le PQ, le PLQ et l’ADQ veulent encore une fois nous enfoncer dans la gorge?

Maintenant ça a le mérite d’être clair: un vote pour la droite, c’est un vote pour davantage de ce qui nous mine depuis vingt-cinq ans. Un vote pour l’immobilisme et une aggravation des inégalités sociales. Un vote contre la classe moyenne et la majorité de la population.

Ça prend vraiment un front de boeuf comme Alain Dubuc pour prêcher un système pendant vingt ans et ensuite rejeter sur d’autres les conséquences directes de celui-ci.

L’idéologie d’Alain Dubuc
5 novembre 2007

On ne risque plus de choquer grand monde en affirmant qu’Alain Dubuc est un piètre éditorialiste dont l’oeuvre se rapproche davantage de celle d’un propagandiste de la droite qu’autre chose. Je ne le lis plus qu’un oeil, le sourire en coin, le plus souvent pour rigoler. Mais rendons à César ce qui lui appartient: le chien-chien de Power Corporation a du talent.

Dans son dernier torchon, Dubuc laisse entendre que le PQ serait un parti de droite parce que la gauche et la droite ne seraient soudainement plus ce qu’ils étaient. Rien de moins.

« Dans les sociétés industrialisées, la ligne de partage repose de moins en moins sur l’opposition entre l’économique et le social. Ce qui distingue maintenant la gauche de la droite, c’est bien davantage le traitement des minorités, l’accueil des immigrants et l’exclusion. »

Dubuc est un apôtre de la fin des idéologies. Selon lui, l’idéologie n’existe plus que chez les autres, et elle aurait été remplacée par le « gros bon sens ». C’est un phénomène assez connu que les idéologies au pouvoir ont tendance à justifier leur place au soleil en se réclamant du bien commun et en affirmant que rien d’autre ne saurait exister en-dehors d’eux. Mais c’est faux. Dubuc a une idéologie, et son idéologie est le libéralisme économique à outrance, et cette idéologie est tout à fait de droite.

En cherchant à réduire le débat gauche-droite à de simples trivialités sur l’immigration et le traitement des minorités, Dubuc chercher à discréditer les politiques sociales qui pourraient émaner du PQ et à semer la zizanie au sein du parti, espérant qu’en lançant des roches à l’aile-gauche celle-ci réagira en critiquant le soi-disant virage à droite du PQ.

Oui, on a le droit d’affirmer que le PQ est un parti de droite. On peut parler de la désassurance des frais dentaires en 1982, du déficit zéro, etc. Ce ne sont pas là des mesures du « gros bon sens », mais un choix idéologique ayant toute une trainée de conséquences. Le virage à droite du PQ, s’il a eu lieu, n’est pas le moindrement relié aux minorités ou à l’exclusion au sens où l’entend Dubuc.

Et puis, si on en parlait d’exclusion? Si on parlait de ces personnes aujourd’hui à la bouche hideuse, qui n’ont pas été chez le dentiste depuis 1982 car elles n’en ont pas le moyens? Et si on parlait des jeunes qui ne poursuivent pas leurs études à cause des frais de scolarité trop élevés? Et si on parlait de jeunes immigrés qui doivent vivre dans la criminalité car un travail au salaire minimum n’arrive pas à leur permettre de vivre décemment? Et si on parlait de l’exclusion de la droite, de la vraie droite, de celle dont Dubuc fait la promotion à tous les jours dans ses torchons mais dont il n’ose à peine se réclamer?

Au fond, le vrai danger n’est pas que Dubuc arrive à convaincre quiconque ayant un minimum de culture politique. Il est trop évident que ce qu’il avance est faux et que son seul désir est de nuire au PQ. Non, le seul danger est qu’à force de répéter ses mensonges, il arrive à convaincre ceux qui ne s’y intéressent que d’un oeil. L’autre, celui que je tiens fermé.

« Un mensonge répété mille fois reste mensonge, un mensonge répété un million de fois devient vérité. »
-Joseph Goebbels

Et la question à mille dollars: pourquoi les journaux de Gesca lui permettent-ils de mentir aux Québécois jour après jour après jour après jours?

Le vrai message
29 juin 2007

Avec l’arrivée de Pauline Marois à la tête du Parti québécois, les trois principales formations politiques du Québec s’entendent sur la nécessité de créer de la richesse. Le mot «richesse» n’est donc plus tabou, en grande partie grâce au livre Éloge de la richesse publié l’an dernier par notre collègue Alain Dubuc.

C’est par ce paragraphe qu’André Pratte commence son dernier éditorial; à ses yeux il faudrait suivre les idées de la droite sarkozienne consistant à privilégier le travail sans tenir compte des conditions de vie des gens; bref de transformer la société en une société de workaholics. Venant du propagandiste habituel de La Presse, un tel discours rétrograde est peu surprenant.

Cependant, ce qui est un peu choquant, c’est cette prétention selon laquelle l’intrusion du discours de droite au sein de la société québécoise aurait quelque chose à voir avec le livre-torchon d’Alain Dubuc, un véritable éloge du cheap labor et de l’accumulation de la richesse pour une minorité.

Bref, d’un côté Pratte entend justifier un programme rejetant tout le concept de partage de la productivité (permettant à tout le monde de pouvoir bien vivre en travaillant moins et en ayant davantage de loisirs) et de l’autre il plug son copain du Soleil et tente de faire croire que c’est un peu à cause de lui que la société s’en va dans cette direction.

Il reconnaît donc implicitement le rôle de l’équipe d’éditorialistes de Gesca comme en étant un d’influence sur la société québécoise. Non seulement considère-t-il qu’il faut aller plus à droite mais en plus il se félicite et félicite son copain Dubuc de promouvoir la bonne nouvelle!

Heureusement, les gens ne sont pas dupes: Pratte et Dubuc sont les deux mêmes faces de la même propagande néolibérale des médias de Power Corporation. Deux éditorialistes gagnant dans les six chiffres par année et qui défendent leur niveau de vie et celui de leurs propriétaires.

C’est ça le vrai message: « je suis riche et laissez-moi le devenir davantage ». Et tant pis pour les autres! Et tant pis si les autres doivent travailler 60 heures par semaine pour joindre les deux bouts!


Je suis toujours pris dans le déménagement et je n’ai pas encore internet dans mon nouvel appartement. Je vous écris donc du travail; je serait de retour très bientôt. Merci beaucoup à Renart et à Jimmy pour leurs textes et merci à tous de continuer à visiter le blogue même s’il y a temporairement moins de textes!