Les indépendantistes unis… contre Marois
9 novembre 2008

Disons-le tout de go: Jean-Claude St-André n’est pas un deux de pique au sein du Parti Québécois. Il a été membre du comité des jeunes pour le OUI en 1980 dans Anjou, secrétaire puis président du parti dans la même ville par la suite, membre du C.A. de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1985-1986, conseiller à l’exécutif régional dans Montréal-Ville-Marie entre 1988 et 1992, attaché politique du député d’Anjou Pierre Bélanger en 1992-1993, directeur de la campagne référendaire dans l’Assomption en 1995, puis député du même comté de 1996 à 2007. Voici une icône, un monument du Parti Québécois. Une statue que Pauline Marois a arraché de son socle et poussé au sol pour la remplacer par une fausse idole parachutée qu’on espère imposer aux électeurs du comté. Une situation prévisible qui éclaire sur ce qu’est devenu le Parti Québécois de Pauline Marois.

En effet, rien ne me surprend dans cette bagarre lors de l’assemblée d’investiture de Scott McKay; c’était écrit dans le ciel que le parti allait encore une fois s’entre-déchirer. Ça va bientôt faire deux ans que je blogue et ça fait deux ans que je tiens le même discours: le Parti Québécois était à l’origine une coalition composée d’une aile-gauche, d’une aile-droite, et de militants indépendantistes « purs et durs ». Le seul ciment qui permet à des gens aux horizons si divers de continuer à cohabiter est la perspective d’un référendum sur l’indépendance du Québec. Pas de référendum, pas de cohabitation. En rejetant l’indépendance comme l’a fait Mme. Marois, elle fût à la source de ces conflits, bien davantage encore qu’en évinçant M. St-André de son comté.

Désormais, la leçon est acquise: le Parti Québécois n’est plus un parti indépendantiste. M. St-André a tout faux quand il affirme qu’il est « triste que des indépendantistes en viennent aux coups entre eux ». Des indépendantistes ne se sont pas battus hier; des indépendantistes ont affronté des immobilistes et des opportunistes du Parti Québécois. Le Parti Québécois de Pauline Marois n’est plus un parti indépendantiste, et on voit les premiers craquements dans la coalition qui permettait au PQ d’exister en tant que parti majeur. Les prochains à quitter seront probablement l’aile-gauche, quoi que Marois travaille fort pour ne pas les perdre.

J’aime bien l’analyse de Pierre JC Allard:

La valeur respective de St-André ni celle de McKay ne sont ici en cause, mais la question qu’on entend dans les tranchées de Verdun n’est pas tout à fait rhétorique. « Qu’est-ce que cette dame peut bien avoir dans la tête ? » Une dissension exposée sur la place. Ne veut-on vraiment pas reprendre le comté du vieux chef ? Madame contre Monsieur ? La question encore plus pertinente, en fait, serait de se demander à quoi pensait le Parti Québécois quand il la mis à sa tête cette dame qui n’en veut faire qu’à la sienne, en vert … et contre tous.

En effet, la véritable question est de savoir quelle mouche a piqué les péquistes lorsqu’ils ont mis à leur tête une vieille bourgeoise hautaine, arrogante et passéiste. André Boisclair s’est peut-être cassé la gueule, mais Marois est en train d’éclipser son prédécesseur en terme de destruction du parti. Car si le premier laissait suspicieux, la seconde incite ouvertement au mépris, voire à la haine.

On dit souvent que de chaque épreuve naît sa propre solution, que les plus belles fleurs poussent dans le fumier. Je ne sais pas ce que décidera M. St-André, mais il pourrait se présenter comme candidat indépendant ou – pourquoi pas? – au Parti Indépendantiste, car le Parti Québécois a préféré se passer d’un excellent candidat, apprécié de son comté et dont la seule faute a été de vouloir respecter l’article un du parti, et ainsi se débarrasser définitivement de ces indépendantistes qui n’ont plus leur place dans un parti devenu aussi fédéraliste que les deux autres clones de centre-droit.

Quand on renverse une idole, on attire le mauvais sort. Désormais, les plus farouches adversaires de Marois ne seront ni adéquistes ni libéraux, mais indépendantistes.

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Le bout du chemin pour le Bloc?
11 septembre 2008

Des lettres ouvertes, La Presse en reçoit des dizaines de milliers par année. Elles finissent, pour la plupart, à la fin du premier cahier, sous la section « Opinions », et si on gratifie les personnalités plus connues d’une photo et d’une demi-page, les autres n’ont droit qu’à un petit espace plus que limité où on y encastre leurs idées, n’hésitant pas à couper leurs textes s’ils ne s’y insèrent pas parfaitement.

Dans le cas de Jacques Brassard, cependant, on a mis sa lettre ouverte en première page du journal. À mon avis, il s’agit simplement d’une tentative de manipulation de l’opinion publique de la part de La Presse et d’une énième attaque camouflée contre le Bloc Québécois, la seule alternative sérieuse au Parti Conservateur au Québec.

Ceci dit, le débat est lancé, qu’on le veuille ou non. Et je suis d’accord avec le plupart des analystes et blogueurs qui qualifient l’analyse de Brassard de faible, voire simpliste, et qui dénoncent les idées très à droite de l’ex-ministre péquiste.

Chantal Hébert souligne l’extrême simplicité de son analyse:

La comparaison avec le NPD est simpliste. L’idée d’une déviation à tout crin vers la gauche ne résiste pas à l’analyse du travail du Bloc aux Communes.

La tête à Papineau publie deux textes que M. Brassard a déjà envoyés au journal Le Quotidien plus tôt cette année, où l’ancien homme politique qualifie les changements climatiques d’insignifiants et encense George Bush tout en affirmant que John McCain sera le meilleur pour lui succéder.

Le Lendemain de Brosse a écrit un texte particulièrement corrosif pour dénoncer le « torchon » de Brassard:

Il va sans dire que Brassard a une admiration sans borne pour les États-Unis, ce pays qui a réussi à créer 7 millions de nouveaux pauvres durant le règne de Bush, une ancienne superpuissance économique qui est maintenant l’ombre d’elle-même, un royaume devenu une cabane, où la pauvreté monte en flèche et la dégénération des services sociaux menace véritablement le fameux rêve américain. Et dire le contraire ferait de vous le porte-étendard de la gau-gauche à go-go, selon les Jacques Brassard de ce monde.

Même si le texte de Jacques Brassard est grosso modo un ramassis de préjugés et de pré-réchauffé semblant sortir tout droit du passé et dont un enfant de dix ans n’aurait pas la moindre difficulté à relever les incohérences, il y a un point sur lequel l’ex-ministre ne se trompe pas: le Bloc Québécois est effectivement désemparé d’avoir perdu ses chevaux de bataille qu’étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal.

En fait, et si vous me permettez de mettre de côté le vieil épouvantail Brassard, je crois que le Bloc est plus que désemparé: il s’en va nulle part. Et j’irais même plus loin: à mon avis, si la tendance se maintient, se sera la dernière élection du Bloc Québécois en tant que parti réellement majeur au Canada et en tant que super-puissance du Québec. C’est le bout du chemin qui s’annonce.

En effet, et comme je l’écrivais à propos du PQ il y a quelque temps déjà, le Bloc Québécois (tout comme son grand frère de Québec) est une coalition arc-en-ciel intégrant en son sein des gens aux opinions politiques extrêmement diverses et qui se situent en différents endroits sur le continuum gauche-droite et dont le seul ciment est l’option souverainiste. Un peu comme lorsqu’en période d’extrême-sécheresse la gazelle et le lion partagent un même plan d’eau, la seule condition empêchant aux gauchistes et aux droitistes de se livrer une lutte à mort est la perspective d’un idéal plus grand à atteindre: l’indépendance du Québec.

Voici ce que j’écrivais en mai 2007, à propos du Parti Québécois:

Si la raison d’être du parti est l’indépendance du Québec, il doit recréer cette coalition et décider que la prochaine élection est une élection référendaire. Pas de place pour un programme de gauche ou de droite risquant de semer la division: on promet que si on est élu on déclare l’indépendance et relance des élections dans le pays du Québec. Le PQ se saborde dès la souveraineté réalisée et on recrée des partis en fonction de nos allégeances de gauche ou de droite, comme en France.

Il y a exactement une semaine, j’écrivais que le rejet de l’option souverainiste par Pauline Marois équivaut à un sabordage du Bloc:

Conséquemment, l’affiliation fraternelle du Bloc Québecois au Parti Québécois ne peut que nuire au premier, car en s’associant à un parti qui ne peut plus être considéré comme indépendantiste – en faisant passer le projet du pays au second plan – il pousse de nombreux électeurs, dont votre serviteur, à s’intéresser davantage à d’autres enjeux qu’à celui de la souveraineté.

Concrètement, le projet souverainiste est le ciment qui amalgame les ambitions de citoyens aux idéologies diverses (gauche ou droite) et sans celui-ci les gens de gauche seront évidemment tentés de voter pour un parti de centre-gauche comme le Nouveau Parti Démocratique tandis que ceux de droite seront sensibles au discours de Stephen Harper et du Parti Conservateur.

Voilà. C’est exactement ce qui est en train de se produire: un souverainiste comme Brassard ne voit plus l’intérêt de voter pour le Bloc et préfère voter Conservateur.

Mais que se produirait-il si le Bloc effectuait un virage plus à droite? Car il faut l’avouer, si le parti est encore de centre-droit au niveau économique, il est résolument de centre-gauche sur de nombreuses autres questions, surtout morales. Le Bloc Québécois a pris un pari qui a fonctionné pendant quelques années: avoir un programme légèrement plus à gauche pour séduire l’électorat urbain tout en prenant pour acquis que les régions allaient toujours voter Bloc. À quelque part, on peut comprendre les régions de s’être senties délaissées. Mais le Bloc avait-il le choix?

Si le parti avait fait le pari inverse, c’est-à-dire s’il avait orienté ses politiques davantage vers la droite, notamment en appuyant la guerre en Irak, en s’opposant au registre des armes à feu et en n’appuyant pas Kyoto (le genre de mesures qu’aurait affectionné M. Brassard), il aurait perdu tous ses appuis dans la région de Montréal sans en conquérir de nouveaux en région. Bref, la situation n’aurait pas été meilleure.

Dans les faits, le Bloc est dans une situation impossible. Depuis que Marois a définitivement tué le projet indépendantiste, il n’y a plus rien qui puisse unir ce parti. Rien qui puisse justifier de voir le lion et la gazelle boire la même eau. La sécheresse est terminée; c’est le retour de la loi de la jungle. Le retour d’autres enjeux, ceux, éternels, de la lutte entre la gauche et la droite.

Dans ces conditions, je ne vois pas comment le Bloc Québécois pourra justifier sa présence au cours des prochaines années. Certes, il pourra défendre le « consensus québécois », mais malheureusement ce consensus n’existe que rarement. La plupart du temps, il y a de profondes divergences entre la région de Montréal, plus ouverte et sensible aux problèmes sociaux, et des régions aux idées plus conservatrices. Sans le parapluie protecteur du projet souverainiste, c’est la douche froide pour le Bloc Québécois, écartelé qu’il est entre son aile-gauche et son aile-droite.

À terme, la carte électorale risque de changer en profondeur. Le NPD pourrait établir de nouvelles places fortes à Montréal et le Parti Conservateur à Québec. Et le Bloc? Sans projet indépendantiste en vue, la seule question est de se demander s’il choisira une mort lente ou rapide.

Et s’il choisit de se battre? Alors il devra convaincre les péquistes de se débarrasser de Pauline Marois et de la remplacer par un vrai leader remettant le projet indépendantiste sur les rails.

Qui veut le pouvoir?
1 septembre 2008

Généralement, dans un pays démocratique, le but des partis politiques d’opposition est d’atteindre le pouvoir. Ils doivent dénoncer les erreurs gouvernementales, le manque de vision du parti au pouvoir et essayer de convaincre qu’ils sont davantage en mesure d’effectuer le travail. Tout ça, en théorie, bien sûr.

Or, il semble que personne ne veuille du pouvoir au Canada. Pendant que le Parti Conservateur, pourtant minoritaire, navigue sans cap et sans la moindre orientation claire sur l’océan d’une période pourtant trouble, se permettant même au passage de couper les fonds aux artistes sans la moindre raison, on a l’impression que les trois autres partis ne veulent rien savoir du pouvoir.

Le Bloc Québécois a peur de reculer dans les régions au Québec, le Nouveau Parti Démocratique doit gagner le vote de l’aile-gauche de Libéraux plus occupés à clamer haut et fort l’amour de leur chef qu’à proposer un programme intelligible à la population, et ces mêmes Libéraux vivent dans la terreur de voir Stéphane Dion se faire écraser en campagne électorale. Bref, on a un gouvernement qui ne fait rien et une opposition, divisée, résolue à attendre.

Ci-bien qu’on se retrouve dans la situation loufoque actuelle, où le premier ministre devra lui-même violer propre sa loi pour déclencher des élections. Et le plus drôle dans toute cette saga, c’est que M. Harper tente de justifier sa contradiction en affirmant que l’opposition aurait cherché à le défaire plus tard, avant le terme de son mandat en octobre 2009. Faut vraiment prendre les gens pour des crétins. Comme le souligne L’Esprit Vagabond:

Bref, tu veux déclencher des élections, mets tes culottes, déclenche-les et pointe pas un autre du doigt pour justifier ta décision!

On aime ça au Canada se blâmer les uns et les autres à savoir qui portera l’odieux du déclenchement d’une campagne électorale. Comme si celle-ci était inutile, voire nuisible, et que celui qui en est responsable devait être traité comme s’il avait amené la peste bubonique au village. Pourtant, cette élection serait la chance de réaffirmer nos valeurs et de voter pour un parti différent, proposant un futur plus à notre image.

Quand un gouvernement méprise autant la population que le Parti Conservateur, on devrait s’attendre à constater une rapide progression et de grandes envolées lyriques de la part de l’opposition. Son silence ne fait que démontrer la force d’une mouvance conservatrice satisfaite d’elle-même jusqu’à l’excès et n’ayant même pas besoin d’avoir de programme électoral pour espérer gagner, jouant plutôt sur les sentiments anti-intellectuels d’une partie de la population comme d’autres l’ont déjà fait auparavant.

Quand on n’a rien à offrir et aucun plan, il suffit alors de se laisser porter par les flots et de jouer les petits bénis-oui-oui face à nos voisins du sud. Et le plus triste dans tout cela, c’est que ce sont peut-être eux qui ont raison: le plus stable et le « meilleur » des gouvernements coloniaux n’est-il pas celui qui se contente de suivre les ordres de la métropole?

Voilà peut-être qui explique pourquoi personne ne semble vouloir du pouvoir. Peut-être parce qu’il n’existe plus. Ou presque.

Les incohérences de Dumont face au projet Marois
23 octobre 2007

J’écoutais Mario Dumont ce midi en direct à RDI, lors d’une conférence de presse dénonçant le nouveau projet identitaire du Parti Québécois. En gros, le discours de Dumont se résumait en quelques points.

1) Le projet proposé par Marois est encore une ébauche et l’Assemblée nationale n’est pas un endroit où présenter des projets de lois qui n’ont pas été bien structurés;

2) Le projet est douteux d’un point de vue constitutionnel;

3) Le projet crée un malaise même chez les péquistes.

Tout d’abord, M. Dumont peut-il nous expliquer quel est le meilleur endroit où discuter des politiques d’immigration et d’intégration visant l’ensemble de notre nation, sinon à l’Assemblée nationale? Ce n’est sûrement pas à la taverne Chez Maurice, aux danseuses du Vegas ou dans le sous-sol de l’oncle Robert. C’est à l’Assemblée nationale qu’on doit en discuter. En disant qu’un projet doit être finalisé avant d’être débattu à l’Assemblée, Dumont explique de quelle façon l’ADQ fonctionne: tout est préparé dans le noir, loin des caméras, et les débats de la chambre ne sont qu’un gros show pour les nouvelles de 18 heures. C’est une insulte non seulement pour les citoyens, qui ont élu des représentants devant discuter des sujets les préoccupants, mais également pour l’institution qu’est l’Assemblée nationale.

Ensuite, quelqu’un peut-il demander à Mario Dumont de ne pas parler de constitutionnalité? De quel droit peut-il le faire, lui qui a décrété au milieu des années 90 un moratoire constitutionnel, affirmant que la question était sans importance et qu’il y avait d’autres priorités? Étrange comme les temps changent. Les priorités de Dumont, on les connaît: suivre le courant et surfer sur la vague des sondages. Sauf que quand vient le temps de se mouiller, il a peur le petit! C’est lui qui a le premier repris le débat des accomodements raisonnables, et quand vient le temps d’agir, il s’enfuie comme un lâche! Mais il a raison: si vraiment le projet est inconstitutionnel, alors les Québécois devront rejeter la constitution et voter l’indépendance. Pas facile pour un chef de parti soi-disant autonomiste qui vivote entre deux chaises depuis quinze ans.

Finalement, le malaise, il n’est pas chez les péquistes, mais chez ceux qui ont peur de prendre les moyens pour réaliser leurs objectifs. C’est facile de créer des commissions, d’appeler à l’intégration des immigrants, de se plaindre du recul du français à Montréal. Très facile. Mais beaucoup plus difficile de prendre le taureau par les cornes et de voter les nécessaires lois pour effectuer les changements souhaités. Dumont, comme à son habitude, préfère crier haut et fort et faire de grands gestes devant les caméras, mais quand vient le temps d’agir, c’est le silence radio.

Le projet de test sur les connaissances du français est une excellente idée, déjà en vigueur dans de nombreux pays, tels les États-Unis, la Suisse ou la Finlande. Grâce à un tel test, on permet d’améliorer la cohésion sociale en permettant aux immigrants de mieux comprendre leur société d’accueil et aux natifs de moins se sentir menacés par des gens qui ne s’intègrent pas toujours facilement.

D’un point de vue politique, Marois a véritablement eu un éclair de génie. J’ignore qui sont les politologues dans son équipe, mais je leur lève mon chapeau: en opposant les intérêts identitaires québécois à la constitution canadienne, on peut – enfin! – prouver que le meilleur intérêt des Québécois est l’indépendance, puisque la constitution empêche le Québec de se doter de ses propres politiques d’immigration.

Et on force également Mario Dumont à faire face à ses incohérences et à choisir sa chaise: fédéraliste et respectueux d’une constitution empêchant le Québec de protéger son identité, ou indépendantiste et désireux de sortir du cadre constitutionnel canadien contraignant.

Et puis, si le PQ bat de l’aile depuis qu’il a relégué aux oubliettes le projet indépendantiste, il peut tout de même espérer recoller les morceaux entre ses diverses factions (purs et durs, aile-gauche, aile-droite) car le ciment identitaire est tout aussi solide et important que celui de l’indépendance.

Voilà qui devrait ramener à la raison ceux qui ont entendu les sirènes adéquistes et qui ont voté pour une girouette incapable d’avoir le courage de ses ambitions.

Division péquiste
1 octobre 2007

Le 2 mai dernier, j’écrivais un texte intitulé La fin du PQ? où j’exposais mon idée selon laquelle la seule chose qui unisse ce parti est la quête vers l’indépendance. D’un côté on a une aile-gauche, échaudée par vingt-cinq années de néolibéralisme et qui ne demeure au PQ que dans l’espoir de voir le vieux rêve d’une indépendance au service d’un projet de société réalisé; de l’autre on a une aile-droite, pour qui l’indépendance est surtout un trademark, une affirmation nationale, « un pays sur la carte », et donc un simple but.

L’aile gauche a toujours vu l’indépendance comme un moyen de réduire les inégalités sociales et d’améliorer les conditions de vie des Québécois. L’aile droite considérait davantage l’accession du Québec à la souveraineté comme une fin, c’est-à-dire la reconnaissance de la spécificité québécoise à l’échelle internationale. Et les purs et durs, ils désiraient surtout en finir avec les Anglais et voir leur pays enfin « sur la map ». Un tel mélange de visions complètement différentes de ce que devait être l’indépendance ne pouvait qu’exploser une fois le rendez-vous manqué.

Ce problème des contradictions entre la fin et les moyens vient hanter jusqu’aux blogueurs souverainistes, qui se divisent en deux camps quant à savoir ce qu’il convient de faire du cas Pierre Morin.

D’un côté il y a ceux, dont je fais partie, qui désirent voir Pierre Morin congédié pour ses agissements et qui considèrent qu’on ne peut pas accepter qu’un employé au service d’un parti politique travaillant dans le sanctuaire de l’Assemblée nationale puisse faire des campagnes de salissage aux frais des contribuables et sous un faux pseudonyme. Notre désir en est purement un d’idéal: nous refusons que des gens puissent se foutre à ce point de notre démocratie et puissent continuer à exercer leur fonction dans NOTRE parlement après avoir ainsi souillé l’institution.

Bref, nous ne voulons pas savoir qui profitera ou ne profitera pas de son départ ou non et ce qu’il arrivera par la suite. Pour nous, il s’agit d’une question de principe, et celui-ci n’obéit à aucun compromis.

De l’autre côté, une certaine droite péquiste aimerait jouer le jeu de la real politik en affirmant que Pierre Morin serait moins dangereux au parlement les mains liées qu’au chômage en train de bloguer toute la journée. Même si ce raisonnement se tient, il est profondément partisan et démontre que pour une partie des blogueurs souverainistes la lutte ne se faisait pas contre quelqu’un qui usurpait la confiance des citoyens quant au parlement et aux institutions politiques, mais se faisait contre un adversaire du Parti Québécois.

Concrètement, si Pierre Morin avait été péquiste, à leurs yeux ça aurait été acceptable. Mais puisqu’il était adéquiste, ça ne l’était plus et il faudrait désormais le ménager pour éviter d’en faire un martyr.

Un tel raisonnement me donne la nausée.

Cette façon de pensée conduit à de nombreux excès. Car à partir du moment où on reconnaît que la fin justifie les moyens et qu’on peut accepter à peu près n’importe quoi sous prétexte que ça va aider notre cause, on donne le même droit à ses adversaires.

On donne le droit aux services secrets de conclure des ententes avec des dealers de drogue pour assurer le financement occulte de campagnes militaires secrètes.

On donne le droit aux fanatiques de commettre des actes violents puisque leurs actes visent une fin qui est noble.

On permet tous les excès. Et c’est inacceptable.

Car au fond, ce n’est pas qu’une histoire de division entre blogueurs souverainistes et blogueurs partisans péquistes, c’est une démonstration de la paralysie qui atteint le Parti Québécois depuis des années, pris dans un discours axé sur la fin mais oubliant les moyens, omettant d’expliquer concrètement en quoi l’indépendance du Québec serait un moyen d’améliorer la redistribution de la richesse et les conditions de vie des plus défavorisés, par exemple.

Qu’on le veuille ou non, le Parti Québécois est devenu un parti comme tous les autres. Il est prêt à tout pour se faire réélire, même à renier son article un. Ça ne vous fait pas penser à un autre parti, ça? Un parti qui se renie au gré des sondages pour gagner des votes?

Au fond, je suis peut-être un romantique idéaliste: j’aimerais que la bataille se fasse honnêtement, à visage découvert, et en misant sur les idées et les programmes politiques votés par les membres. Malheureusement, que ce soit à l’ADQ, au PQ de Pauline Marois ou chez certains blogueurs souverainistes péquistes, on ne vise que la victoire et on se fout des principes ou des raisons derrières celle-ci. On veut vaincre, et tant pis pour les idéaux qu’on fait semblant de défendre!

La seule façon de se sortir de ce merdier, au niveau politique comme au niveau de la blogosphère, c’est un virage à 180 degrés de Pauline Marois vers une indépendance rapide ou l’appui à un autre parti. Un parti qui saura vraiment rallier tout le monde vers ce but tout en étant au-dessus des tactiques déloyales de ses adversaires.

Signer la pétition demandant le renvoi de Pierre Morin

Comme un coup de canon
25 mai 2007

La décision du Parti Québécois de voter contre le budget de Monique Jérôme-Forget est comme un coup de canon dans un ciel bleu; personne ne l’avait vu venir. L’ADQ avait déjà annoncé qu’elle s’opposerait au budget; elle espérait ainsi dépeindre les deux autres partis comme étant de vieux partis hostiles à ses propositions. Et le PLQ comptait sur la désorganisation du PQ pour s’assurer du soutien de celui-ci – ou de son abstention – afin de faire passer son budget. Mais c’était sans compter sur l’effet Marois.

En effet, depuis qu’il devient de plus en plus évident que Pauline Marois sera le prochain chef du Parti Québécois – et qu’un sondage ait donné 40% des intentions de vote au PQ avec elle à sa tête – le PQ se retrouve dans une situation beaucoup plus avantageuse qu’il y a quelques mois. Les Libéraux ont sans doute cru pouvoir prendre le PQ de vitesse, en proposant des élections trop rapides pour le parti puisse être prêt, mais même sans chef le Parti Québécois est un adversaire extrêmement coriace, qui peut toujours surprendre: il peut très bien accélérer le rythme de la course à la direction et même se lancer dans une campagne avec un chef intérimaire, et surfer sur la vague du renouveau inspiré par Pauline Marois.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques.

D’abord, Le parti peut très bien avoir à porter le fardeau de la chute du gouvernement et du nouveau déclenchement d’élections. Le PLQ a alors beau jeu de dire qu’ils se sont fait battre à cause de baisses d’impôts « à la classe moyenne », et ce sera au PQ de répéter, contre une presse corporatiste largement acquise aux arguments néolibéraux, que ces baisses d’impôts profitent surtout aux plus riches, et non au citoyen lambda. Une grosse commande, s’il en est une!

Ensuite, le PQ n’a toujours pas de chef, et il y a le risque improbable mais possible que quelqu’un décide de se présenter contre Pauline Marois, ce qui empêcherait le couronnement hâtif permettant de se lancer en puissance dans la campagne électorale estivale. Le PQ pourrait certes régler le problème en resserrant (encore) ses règles pour les éventuels candidats, mais il donnerait l’impression de vouloir museler une éventuelle opposition à Marois. Et on ne se lance pas en campagne avec du grenouillage.

Puis, ne l’oublions pas, les finances du parti sont à sec. Le PQ a fait la dernière campagne à crédit, et avec les résultats décevants de celle-ci, il n’a presque plus d’argent, contrairement aux coffres bien garnis de l’ADQ et du PLQ.

Finalement, il y a le danger ultime: perdre les prochaines élections et se ramasser avec le problème insoluble de la reconsidération de l’option souverainiste, des éternels débats entre l’aile-gauche et l’aile-droite, et l’implosion potentielle du parti qui suivrait la défaite.

En ce sens, cette position du Parti Québécois est extrêmement courageuse, et même osée, mais si le calcul politique s’avère imprécis, ou si un nouveau pépin doit survenir en cours de route, le parti peut payer chèrement cette bravade.

Car sur le fond, le PQ a entièrement raison de voter contre ce budget qui utilise l’argent du déséquilibre fiscal pour donner des bonbons aux plus riches. Mais en politique comme dans la vie, parfois même le meilleur des principes peut se faire briser par la dure et plate réalité.

Boisclair doit partir
28 mars 2007

Pierre Dubuc a raison: André Boisclair n’est plus l’homme de la situation à la tête du Parti Québécois. Le secrétaire général du SPQ-Libre et éditeur de l’excellent mensuel de gauche l’Aut’Journal connaît bien Boisclair; il a même eu l’occasion de l’affronter lors de nombreux débats dans la course à la direction du parti. Et selon plusieurs militants péquistes, il a été un des meilleurs débatteurs.

On dira ce qu’on veut bien, mais Boisclair n’a jamais réussi à connecter avec la population. Les gens ne s’identifient pas à lui. Si dans une campagne électorale, les idées sont importantes, l’image du chef n’est pas à négliger. Mario Dumont a réussi à aller chercher une quarantaine de sièges sans équipe, sans cadre financier et sans programme crédible; qu’aurait pu accomplir le PQ avec à sa tête un chef charismatique et populaire?

Parce qu’à la fin, dans l’isoloir, ça se résume souvent à ça: « est-ce que je fais confiance à ce parti et à celui qui le dirige, oui ou non? ». Et pour monsieur ou madame Tout-le-monde, Boisclair n’inspirait pas la confiance, mais plutôt le doute. Il a beau être intelligent, il n’a commencé à être en mesure à faire passer ses idées qu’une ou deux semaines avant le vote, soit beaucoup trop tard. Il a beau avoir de l’expérience politique, il s’est mis à dos l’aile progressiste du parti avant même le début de la campagne électorale.

Comme je l’écrivais dans mon billet Continuité, le vote de la gauche a augmenté lors de cette élection. Comment se fait-il que le PQ ne peut pas aller en chercher une plus grande partie, surtout chez les souverainistes qui ont voté Québec Solidaire? Boisclair a hérité d’un parti survolant littéralement les intentions de vote et en quelques mois la division s’est installée et il a perdu la confiance d’un peu tout le monde.

Un chef, c’est important. C’est celui qui incarne l’image de l’équipe. C’est celui qui fait dire « je ne suis pas sûr de telle ou telle proposition, mais je lui fais confiance à lui ». Un chef charismatique, c’est celui qui peut convaincre l’aile-gauche de rester au PQ et les gens de certaines régions de ne pas succomber à la plainte adéquiste.

Un chef charismatique, c’est le ciment qui solidifie les fondations d’un parti. Et André Boisclair n’est pas cet homme. Malgré tout le respect que j’ai pour lui, pour son combat, pour sa fierté, sa combativité, il doit céder sa place et le PQ doit se lancer dans une nouvelle course à la direction en prévision des prochaines élections.

Des élections où le parti devra absolument se montrer plus fort, car il n’aura plus affaire à un populiste seul, mais à une équipe adéquiste beaucoup plus solide et déterminée à jeter aux ordures notre social-démocratie.