La corruption du privé
19 novembre 2007

Je lisais un article dans le Journal de Montréal de jeudi dernier qui parlait de la suspension de Daniel Labrecque, le directeur adjoint des travaux publics de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, mon ancien quartier. M. Labrecque aurait reçu des pots-de-vin, dont un voyage de golf au Portugal en 2007, en échange de la remise d’un contrat de déneigement à une entreprise plutôt qu’à une autre. Cette situation est tout à fait caractéristique des types de problèmes engendrés par la privatisation de services au citoyen.

En effet, on a beau ne pas aimer les Cols bleus – qui sont pourtant d’honnêtes travailleurs de la classe moyenne ne demandant qu’à gagner leur vie honnêtement – ce n’est pas avec eux que ce type de situation se produirait. Car à partir du moment où un service est assuré par la ville elle-même, celle-ci est directement redevable du service offert devant les citoyens.

Au contraire, en privatisant une partie du déneigement, on installe un échelon supplémentaire: l’entreprise n’est plus redevable au citoyen, mais bien à un représentant d’un sous-échelon du fonctionnariat d’un arrondissement de municipalité. Bref, à un fonctionnaire qui, comme tous les hommes devant octroyer des contrats au secteur privé, est susceptible d’être corrompu.

Ce n’est rien d’exceptionnel. À partir du moment où on décide collectivement de confier des parties du secteur public au privé, on assiste non seulement à une augmentation des coûts (il faut payer le profit de l’entreprise!) mais également une augmentation du risque de corruption. Et c’est pas mal plus facile qu’on peut le croire.

Tiens, par exemple, je sais que la ville veut confier le service XYZ au secteur privé et je dirige une entreprise qui peut offrir le service XYZ. Je rencontre la personne en charge de l’attribution du contrat, et en jasant avec celle-ci, je découvre ses intérêts. Il suffit ensuite de lui offrir discrètement quelque chose qui lui plaise en lui signifiant qu’il y aura d’autres cadeaux du genre si mon entreprise est retenue. C’est juste assez subtil pour ne pas donner l’impression d’être illégal, mais ne nous trompons pas: c’est tout à fait illégal.

Désormais, quand on parlera de privatiser un service offert au citoyen, il serait bon d’ajouter le facteur corruption dans le calcul. Car outre la hausse des coûts provoquée par la nécessité du profit, il ne faudra pas oublier celle découlant de la corruption et des enquêteurs qui seront nécessaires pour la débusquer.

Encore une fois, si le déneigement était confié aux travailleurs municipaux, on n’aurait pas de problème. Et pour avoir habité Ahuntsic-Cartierville pendant dix ans, je peux témoigner à quiconque de l’excellence du travaile des Cols bleus dans ce quartier, tant au niveau du déneigement que de l’entretien des patinoires, de l’enlèvement des feuilles mortes ou de l’entretien paysager.

Au lieu de se laisser graisser la patte et d’aller jouer au golf au Portugal en dilapidant l’argent public pour une compagnie de déneigement, M. Labrecque ferait mieux de confier le déneigement à ceux qui sont le plus en mesure de le faire au meilleur prix: les employés de la ville de Montréal.