Héroïne à bas prix; l’armée responsable?
13 septembre 2007

Voici un graphique qui superpose le nombre de soldats canadiens en Afghanistan et la croissance de la récolte du pavot.

Sources: Chiffres de la FIAS et des médias canadiens pour le nombre de soldats et de l’ONUDC pour la culture du pavot.

Comme on peut le constater, l’augmentation du nombre de soldats n’aide en rien à diminuer la production de drogue dans ce pays. Au contraire, on peut même constater que plus il y a de soldats canadiens en Afghanistan, plus le pavot semble bien se porter!

La théorie officielle, relayée par les principaux médias et de nombreux blogueurs militaristes, affirme que le pavot serait principalement cultivé par les Talibans, qui se serviraient ensuite des profits pour acheter du matériel pour lutter contre les forces d’occupation occidentale. Le gros problème avec cette théorie – outre qu’elle fasse abstraction du fait que les Talibans ont eux-même éradiqué le pavot en 2000 – est justement son incapacité à expliquer la croissance de la culture du pavot compte tenu de la présence des troupes étrangères.

Car si vraiment les Talibans tiraient leurs forces de cette culture, il suffirait donc de s’y attaquer pour leur asséner un très sérieux coup. Mais non seulement la culture du pavot ne régresse pas, mais elle explose, comme on le voit sur le graphique! Ce n’est pas comme si les champs de pavot se cachaient la nuit dans des grottes ou se mêlaient à la population civile. Ils sont là, et il suffit d’épandre des herbicides du haut des airs ou d’aller couper les plantes et on a plusieurs mois pour le faire. Mais en a-t-on la volonté?

Rien n’est moins certain. Surtout quand on connaît l’historique des États-Unis et de la CIA, qui n’a jamais hésité à faire alliance avec des trafiquants de drogue pour atteindre ses objectifs politiques. Selon James Risen, dans son livre « État de guerre », il ne serait pas impossible que la CIA ait fait un pacte avec des seigneurs de guerre, leur assurant de ne pas nuire à leur trafic de drogues en échange d’un soutien contre les Talibans ou à tout le moins d’une neutralité. Cette version des faits a au moins l’avantage d’expliquer la hausse de la production de pavot et l’incapacité (ou plutôt le manque de volonté) des soldats d’y mettre un terme.

Quoi qu’il en soit, qu’on croit à la théorie officielle ou à celle impliquant une collaboration (ou un laisser-aller) entre les troupes d’occupation et les producteurs de pavot, une conclusion s’impose: les soldats canadiens ne font rien d’utile dans ce pays en relation à la culture du pavot et s’il s’avérait que le prix de l’héroïne devait chuter, conséquence de cette hausse de production, ils seront à blâmer quand on constatera une hausse de la dépendance à cette drogue dans les rues de Montréal.

La prochaine fois que vous croiserez un Héroïnomane dans une ruelle ou sur la rue, n’oubliez pas qu’il y a 92% des chances que sa drogue vienne d’Afghanistan, un pays où nous envoyons nos taxes et nos impôts dans une guerre qui ne mène nulle part et où nos soldats donnent davantage l’impression d’une complicité avec les producteurs de drogue qu’un réel désir d’y mettre un terme.

Et si ça se trouve, l’Héroïnomane en question pourrait bien être soldat. À certains moments de la guerre du Viet Nam, près de 20% des soldats américains étaient dépendants de l’héroïne et selon un rapport remis au président Nixon ils avaient davantage de chance de le devenir que de mourir au combat. ((Whiteout: The CIA, Drugs and the Press, A. Cockburn et J. St. Clair, Verso, 1998, p. 238)) Cela démontre déjà le haut niveau de complicité et d’acceptance de l’héroïne et du pavot dans la culture de l’armée américaine des années 60, et ce dans un pays qui ne produisait pas le dixième de ce que produit l’Afghanistan aujourd’hui.

Ramener les soldats canadiens au pays le plus vite possible, d’accord. Mais n’oublions pas d’abord de faire subir une cure de désintoxication à ceux qui auraient vu le pavot d’un peu trop près et de dédommager les utilisateurs d’héroïne au pays qui auront été victimes de la baisse des prix engendrée par la complicité (ou l’incompétence, selon la version des faits qu’on choisit) des troupes canadiennes en Afghanistan.

Dans un quartier près de chez vous, dès le printremps 2009, des Héroïnomanes en uniforme?

À lire: L’empire de la drogue

Députés ou Croisés?
22 juin 2007

Moins d’un Québécois sur quatre approuve l’envoi de soldats canadiens en Afghanistan alors que c’est 70% qui désapprouve. Parallèment, une majorité croit que les troupes devraient être retirées de ce pays immédiatement, et non pas en 2009 ou après. Le peuple parle, mais l’écoute-t-on?

Malheureusement, ça ne semble pas être le cas. Le gouvernement fédéral de Stephen Harper fait la sourde oreille aux demandes des Québécois, préférant jouer les caniches de service pour l’Oncle Sam et faire la sale besogne délaissée par les États-Unis, trop débordés en Irak. Et même au niveau provincial semble se développer le mépris des Québécois, notamment lorsque Couillard a pris à partie des députés ayant refusé d’applaudir des militaires devant quitter pour l’Afghanistan.

La guerre en Afghanistan, on connaît ses raisons:

  • 1) Encercler l’Iran (avec l’invasion de l’Irak) et continuer la politique d‘endiguement de la Russie amorcée durant la guerre froide;
  • 2) Assurer la reprise de la culture du pavot, qui permet un flot ininterrompu d’argent blanchi vers Wall Street;
  • 3) Permettre la construction d’un oléoduc de la mer Caspienne vers les marchés lucratifs du sud-est asiatique.

Le discours humanitaire à la Jeunesse Canada Monde (pour paraphraser Patrick Lagacé), c’est de la frime. Rien à foutre des Afghans. En fait, si: on veut stabiliser le pays pour permettre l’implantation à long terme d’une force américaine stable, la poursuite de la culture du pavot (qui avait été éliminée à 90% par les Talibans) et un climat permettant de faire couler le pétrole.

Et s’il y a des morts, rien à foutre. Dommage collatéral.

Et nos soldats, nos chers soldats, ces gens qui ont CHOISI ce métier et qui ont fait le CHOIX d’aller en Afghanistan, comprennent-ils seulement à quel point ils sont manipulés, brainwashés? On leur bourre tellement la tête qu’ils finissent par croire réellement qu’ils sont les bons et que les autres sont les méchants. Mais la réalité est beaucoup plus compliquée.

En effet, comment croire que les « bons » sont ceux qui s’en vont à l’autre bout du monde imposer leur façon de vivre alors que d’un autre côté on désire empêcher les « méchants » de faire la même chose? Plus crûment: pourquoi le terrorisme canadien et étatsunien en Afghanistan est-il plus acceptable que le terrorisme taliban ou islamiste en général? Dans les deux cas on crée la terreur, on alimente le chaos, et on vise des objectifs stratégiques ou politiques.

Les citoyens du Québec ne sont pas des cons. Ils sont majoritairement opposés à cette guerre car ils savent, ils sentent à quel point on nous ment. Ils refusent de voir nos ressources gaspillées pour faire la guerre de Washington en Asie Centrale. Ils refusent que le Canada sacrifie son image de gardien de la paix, héritée de décennies de modération dans les conflits internationaux, pour devenir le petit chien docile des États-Unis.

Et si cette colère doit s’exprimer contre les soldats, soit! Ces soldats mènent la vie qu’ils ont choisi de vivre, et ils ne méritent pas plus d’applaudissements que l’infirmière débordée, le policier de nuit, le pompier sur appel, l’éboueur, ou quiconque d’autre. N’a-t-on pas le droit d’applaudir qui on désire applaudir?

Manx est d’accord:

Si votre enfant travaille chez Wal-Mart et que vous êtes vraiment anti-Wal-Mart, certaines personnes diront “Bravo, au moins tu as un job”. D’autres diront “Je ne suis pas d’accord avec cela”. Je trouve ridicule de se plaindre sur cette opinion, ou de le trouver honteux ou quoi que ce soit. D’ailleurs, M. Couillard a réagi ainsi parce que son fils s’en va dans les forces armées et il s’est excusé par après.

Par ailleurs, pourquoi les députés – élus! – de l’Assemblée nationale devraient acclamer des militaires qui s’en vont dans une mission que la forte majorité de la population désapprouve? Et pourquoi des députés québécois devraient-ils saluer le gaspillage de fonds public pour protéger les intérêts de Washington en Afghanistan?

Décidément, il y a un décalage démocratique. Combien faudra-t-il faire de manifestations avant que les politiciens entendent l’appel et refusent de cautionner des soldats qui s’en vont tuer des Afghans au nom de l’impérialisme étatsunien? Pourquoi nos députés doivent-ils se lever et acclamer des soldats qui ne sont que des exécutants, des hommes-machines ne faisant que suivre des ordres?

Car comme l’a dit Zach Gebello,

S’il ne sont pas responsables de échecs de cette mission, alors ils ne sont pas plus responsables des succès. Ce sont donc des instruments. Personne n’a à se lever devant un instrument ou une personne qui n’est pas responsable.

Pendant ce temps, la guerre civile continue, et bientôt on comptera des morts québécois parmi les soldats, et peut-être des morts civils, quand notre agressivité aura été « récompensée » par un attentat terroriste…

Et l’inquisition néoconservatrice fait son entrée à l’Assemblée nationale, qualifiant d’hérétique quiconque ne s’agenouille pas devant nos Croisés du vingt-unième siècle…

Couillard pète les plombs
21 juin 2007

Le ministre de la santé du Québec, Philippe Couillard, a très mal agi cet après-midi, en accusant les membres du PQ et de l’ADQ d’être « pathétiques » parce que ceux-ci refusaient d’applaudir des militaires de Val Cartier venus assister aux travaux de l’Assemblée nationale.

Mais quel est ce soi-disant devoir de se lever et d’applaudir des militaires canadiens qui s’en vont dans quelques mois se battre pour l’Oncle Sam en Afghanistan et tuer de l’Afghan? Près de 70% de la population canadienne – et davantage au Québec – s’oppose à cette mission de l’armée, alors pourquoi nos représentants devraient-ils se faire l’écho d’une minorité et ovationner lâchement ces futurs tueurs?

Une armée, ça sert à défendre le pays, et en temps de paix ça peut aider pour les catastrophes naturelles. Une guerre d’invasion et d’occupation comme en Afghanistan est non seulement inutile et coûteuse pour le pays, mais elle est injuste et elle contribue seulement à faire augmenter la haine de Afghans à l’encontre du Canada, ce qui risque de se traduire par des attentats terroristes.

Philippe Couillard a agi comme un petit député d’arrière-banc tandis que ceux qui ont refusé d’applaudir la présence des militaires ont respecté la volonté populaire et ont signifié leur refus de la mission canadienne en Afghanistan.

Couillard saura-t-il seulement s’excuser quand des militaires québécois perdront la vie au combat ou quand des Québécois seront victimes d’attentats terroristes découlant directement de l’occupation de l’armée en Afghanistan?

Mais non… Tellement plus facile d’appuyer bêtement les militaires sans comprendre qu’on nuit à son pays en le faisant et qu’on insulte la vaste majorité de Québécois qui désapprouvent leur mission.