Les valeurs « canadiennes » de René Lévesque
18 septembre 2009

René Lévesque, un des plus grands Canadiens? Figurant au nombre des 18 plus grands Canadiens, selon le magazine Maclean’s, René Lévesque mérite cette reconnaissance notamment parce qu’il aurait épousé des « valeurs canadiennes » comme le centrisme, l’honnêteté, l’engagement en faveur de la démocratie et la non-violence. Valeurs canadiennes… ou québécoises?

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Le centrisme. Depuis l’élection du Parti Québécois, en 1976, tous les gouvernements du Québec se sont tenus au centre de l’échiquier. De 1976 à 1982, au centre-gauche, et depuis au centre-droit, avec quelques tentatives un peu plus à gauche. À chaque fois qu’un gouvernement a tenté de tirer vers les extrêmes, il s’est fait ramener très rapidement à l’ordre par la population. On peut simplement penser aux grandes manifestations contre Jean Charest dans les premières années de son mandat de 2003, et de quelle façon il a dû adoucir son discours de réingénierie de l’État.

Au Canada, par contre, on n’a jamais hésité à s’éloigner du centre, surtout vers la droite. Les gouvernements de Mulroney (1984-1993) et de Harper (depuis 2006) se sont clairement affichés à droite. Le premier a été un partisan de privatisations massives (dont celle de Petro-Canada, véritable joyau) et le second utilise sensiblement les mêmes recettes économiques que George W. Bush. Avant d’être élu, Harper a séduit des Québécois désillusionnés par la corruption du Parti Libéral du Canada, mais dès qu’il a commencé à appliquer ses politiques moins centristes, ses appuis ont fondu comme neige au soleil.

C’est le Québec qui a toujours ramené les gouvernements vers le centre. Le centrisme est une valeur beaucoup plus québécoise que canadienne.

Honnêteté et engagement en faveur de la démocratie. Personne n’est contre la vertu; tous les pays au monde se disent « en faveur de la démocratie ». Jusqu’à ce qu’une crise survienne et qu’on puisse réellement mesurer cet engagement. Et y a-t-il eu une crise plus profonde que le référendum très serré de 1995 pour mesurer l’attachement canadien à la démocratie?

Alors que le Parti Québécois a joué franc-jeu, a respecté les dépenses allouées pour la campagne du OUI et a été intègre dans tout le processus, le gouvernement canadien a littéralement volé le référendum. Quelques exemples au hasard:

  • Près de 42 400 immigrants ont reçu prématurément leur citoyenneté avec la consigne claire de voter pour le NON. « Vous êtes Canadien maintenant; votez en conséquence! »
  • Plus de 15 000 Canadiens hors-Québec ont pu voter grâce aux manoeuvres frauduleuses de l’avocat Casper Bloom, payé avec des ressources non comptabilisées dans les 5 millions de dollars permis par la loi.
  • L’augmentation des attributions de certificat de citoyenneté a bondi de 87 % entre 1993 et 1995.
  • Trois jours avant le référendum, plus de 100 000 Canadiens sont arrivés à Montréal dans des vols nolisés, par autobus, ou par train. Il a été démontré que plusieurs de ces voyages ont été gratuits, et donc payés par l’État canadien lui-même, en violation directe des lois du Québec.
  • En 1998, le Directeur général des élections du Québec a conclu que 56 000 personnes ne détenant pas de carte d’assurance-maladie du Québec (et n’habitant donc pas le territoire du Québec) ont voté illégalement au référendum de 1995.

La voilà, la belle honnêteté canadienne et cet engagement en faveur de la démocratie. Au seul moment où le Canada a réellement eu la chance de mettre en application ces principes dont il se gargarise depuis des décennies, il a échoué lamentablement et a violé la volonté de tout un peuple.

Non-violence. L’Histoire récente du Canada a toujours opposé les pacifistes québécois aux Va-t-en-guerre canadiens-anglais. Déjà, le 27 avril 1942, lors d’un référendum sur la conscription, les Canadiens-anglais votaient OUI à 80% alors que les Canadiens-français votaient NON à 85%. Et aujourd’hui, rien n’a changé. Un sondage démontre que 73% des Québécois s’opposent à la présence canadienne en Afghanistan, contre seulement 54% des Canadiens. Pire: Harper et Ignatieff ont tous deux appuyé l’invasion de l’Irak par les États-Unis; aujourd’hui, des soldats québécois mourraient en Irak si un de ces deux chefs avait été au pouvoir en 2003.

En fait, des révélations ont démontré que c’est la peur de favoriser l’élection du Parti Québécois qui a poussé Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, à s’opposer à la guerre en Irak. Dit plus clairement: sans le Québec, le Canada serait allé en Irak.

C’est grâce au Québec que le Canada s’est mérité cette image de nation non-violente et pacifique. Le fait que les deux principaux partis, actuellement, partagent la même vision militaire du pays ne démontre qu’une chose: la baisse du pouvoir politique du Québec; en 2009, on peut gagner le pouvoir sans le Québec.

On le constate, le centrisme, l’honnêteté, l’engagement en faveur de la démocratie et la non-violence ne sont pas des valeurs canadiennes, mais québécoises.

Or, si René Lévesque est un grand Canadien parce qu’il a réussi à convaincre le Canada d’accepter ces valeurs, ce n’est peut-être pas grâce à lui, mais plutôt malgré lui. Le Canada s’est toujours trouvé de nobles valeurs lorsque le nationalisme québécois était assez fort pour le tenir en respect. Ne pas tenir compte des valeurs québécoises aurait constitué un sérieux coup de pouce aux indépendantistes, Lévesque ou pas Lévesque. Ce n’est donc pas Lévesque qui a permis de changer le Canada pour le mieux, mais les indépendantistes eux-mêmes. Grâce à leur puissance, ils ont forcé le Canada à changer et à tenir davantage compte des valeurs québécoises.

Voilà une leçon que certains Canadiens feraient mieux de se rappeler avant de dénigrer le mouvement indépendantiste québécois. Si le Canada est ce qu’il est aujourd’hui, c’est grâce aux Québécois et à leurs valeurs.

Crime d’honneur ou crime de non-intégration?
24 juillet 2009

Un crime d’honneur. Il semble que ce soit la vérité derrière l’assassinat sauvage de quatre femmes d’origine afghane en Ontario le mois dernier. L’une des victimes serait l’ex-femme de l’homme accusé, une des filles aurait tenté de divorcer (à l’encontre des valeurs conservatrices des accusés) et une autre vivait une relation non approuvée par le paternel avec un homme d’origine pakistanaise. L’honneur. Une merveille d’intégration. Mais nous ne sommes pas les seuls.

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En effet, l’Allemagne et l’Italie ont été secoués par des événements semblables au cours des dernières années. Dans le premier pays, un homme d’origine turque de 19 ans a assassiné sa soeur (avec l’aide de ses frères) en 2005, car il souhaitait « réparer l’honneur de la famille » soi-disant atteint par le modèle de vie « trop libre » de sa soeur de 23 ans. (( Le Figaro, mercredi, 19 avril 2006, p. 6, EUROPE, Le débat sur l’intégration relancé en Allemagne, Immigration Le procès d’un « crime d’honneur » a dévoilé le quotidien d’une famille turque « arrivée physiquement en Allemagne, mais restée moralement en Anatolie »., Cécile CALLA )) Dans le second, à l’été 2006, une jeune fille d’origine pakistanaise a été égorgée par son père parce que ce dernier ne tolérait pas son habillement et sa relation avec un jeune Italien. (( Libération, no. 7869, QUOTIDIEN PREMIERE EDITION, MONDE, samedi, 26 août 2006, p. 7, Un «crime d’honneur» ravive le racisme en Italie, Ulcéré par son mode de vie à l’occidentale, un Pakistanais a égorgé sa fille de 20 ans., JOZSEF Eric, Rome de notre correspondant )) Plusieurs, dans ces deux pays, se sont alors questionnés sur le fait qu’il y ait peut-être trop d’immigrants et qu’on permettait ainsi l’établissement de véritables sociétés parallèles en étant incapables de bien les intégrer, étant donné leur nombre.

En fait, la question qui doit se poser est plus précise: sommes-nous prêts, collectivement, à assumer les coûts de l’immigration? Comme je l’écrivais dernièrement, une étude française a démontré que les coûts se chiffrent en dizaine de milliards $ par année pour un pays comme la France. Le massacre de Kingston est étranger à nos valeurs et à notre culture: combien coûtera à l’État la gestion de celui-ci? Combien pour l’enquête, pour le coroner, pour le juge, pour les avocats, pour les frais d’incarcération? Et ce n’est là qu’une estimation économique de la chose. Comment calcule-t-on le sentiment d’insécurité qui peut naître, à tort ou à raison, des suites de ces événements?

On peut continuer de se gargariser de multiculturalisme et d’ouvrir toutes grandes nos frontières même si nous ne sommes pas en mesure d’acclimater correctement ces nouveaux arrivants. C’est facile de laisser la porte de sa maison ouverte sans avoir à se préoccuper si nos convives auront suffisamment d’attention pour s’intégrer harmonieusement. En quelque sorte, c’est de l’égoïsme: « venez ici, amenez vos richesses, dépensez votre argent et gonflez notre démographie, mais nous vous laissons dans votre trou ». Ce n’est pas de ce Québec dont je rêve. On donne l’hospitalité à 50 000 immigrants par année et on leur offre le déshonneur d’une société éclatée et sans direction, et après on s’étonne de les voir se replier sur leurs anciennes valeurs et de commettre des crimes d’honneur? L’immigrant cherche un sens, il cherche une société et des nouvelles valeurs auxquelles adhérer. Nous leur offrons des ghettos où ils pourront continuer de vivre selon les croyances de leurs pays d’origine tout en jouissant des avantages d’être ici.

Au contraire, je crois que si nous étions en mesure d’accueillir moins d’immigrants et de suppléer ce manque par des programmes permettant de hausser la natalité, nous pourrions mieux aider ces nouveaux arrivants. Nous pourrions réduire l’attrait des groupes moins intégrés et donner un sens plus clair à la société. En étant plus nombreux, et en affichant ainsi nos valeurs plus fortement – langue française, égalité des hommes et des femmes, primauté du droit, etc. – nous leur lancerions une message beaucoup plus fort quant à la nécessité qu’ils laissent tomber leurs anciens dogmes pour adopter les nôtres.

Certains diront qu’il n’est pas moral de vouloir forcer autrui à laisser tomber une patrie de son identité. Ils ont tort, à mon avis. Il ne s’agit pas d’oublier d’où arrive un immigrant, d’occulter ce qui fait de lui un être spécial portant des valeurs différentes, mais plutôt de l’inciter à accommoder ses valeurs aux nôtres, et pas le contraire. Lui lancer le message qu’il est la bienvenue et que nous sommes heureux de le voir parmi nous en autant qu’il respecte nos valeurs de base. Et actuellement, les immigrants sont tellement nombreux, et la culture québécoise si faible, qu’il est tentant pour les nouveaux arrivants de se replier sur eux-mêmes. Ils ont une maison dans Saint-Léonard, ils travaillent (en anglais) quelque part au centre-ville, mais ils sont Afghans, pas Québécois. C’est cela qu’il faut changer.

Ainsi, forcer l’assimilation en réduisant le nombre d’immigrants et en favorisant le nombre de naissances permettrait seulement d’améliorer la cohésion sociale et de faire du Québec un endroit certes ouvert sur le monde, mais où les règles d’entrée sont claires et indélébiles.

Car si un homme en est venu à tuer ses propres enfants par « honneur », c’est peut-être qu’il n’a pas trouvé ici un peuple assez honorable et aux valeurs assez fortes et claires pour qu’elles méritent d’être défendues contre toute autre forme d’honneur barbare et rétrograde.

Afghanistan: le désaveu de Harper
3 mars 2009

Sacré Harper! Juste comme on a l’impression qu’il ne peut pas se mettre davantage les pieds dans la bouche, il récidive en affirmant que « nous ne vaincrons jamais l’insurrection » en Afghanistan. Ces propos lucides, mais ô combien surprenants de sa part, tenus dans une émission de télévision aux États-Unis, ne devraient pas nous inquiéter. Ce qui préoccupe, par contre, c’est qu’ils soient tenus après plus de sept ans d’efforts militaires, une centaines de soldats tués et 18 milliards $ de notre argent gaspillé dans ce gouffre de la bêtise humaine.

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(suite…)

Ces soldats qui pensent trop
9 février 2009

Réfléchir à la mort. S’agit-il des pensées d’un dépressif sur le point de se suicider? Non. C’est un aspect du « programme d’entraînement en résilience militaire » (PERM) enseigné depuis quelques années à la base militaire de Valcartier. Et si les gestes désespérés de trois soldats de la base depuis un mois avaient quelque chose à y voir?

Même s’il est un peu tôt pour tirer des conclusions, ça frappe l’esprit. Le militaire qui a tenu en haleine les policiers pendant une douzaine d’heures hier sur la rue de l’Etna à Val-Bélair n’était pas le premier. Le 17 janvier dernier, sur la rue du Castor, à moins de 2 km. de là, une amie d’un soldat a appelé les policiers car elle craignait que celui-ci soit dépressif et armé. Et la même journée, un autre militaire menaçait de mort des policiers et a résisté à son arrestation. On était habitué aux soldats revenant de mission et souffrant de troubles mentaux (environ 17%), mais de voir une telle détresse avant d’aller en Afghanistan a de quoi surprendre. Peut-être que les militaires pensent trop?

En effet, le PERM, qui s’inspire du concept de résilience développé par Boris Cyrulnik, incite les soldats à réfléchir sur la vie, la mort, leur rôle et leur façon de tuer. Par exemple, on y dissèque l’acte de tuer pour mieux y faire face en temps voulu:

  1. La décision. Elle se prend en trois temps : A. Lors de l’enrôlement B. Au cours du vol vers le lieu de la mission D. Quand le doigt est sur la gâchette;
  2. L’acte et les réactions corporelles immédiates;
  3. L’euphorie;
  4. Le back flash ou le temps des remords. Se vit si le sens de la mission n’est pas clair dans l’esprit du soldat;
  5. La rationalisation, ou trouver des bonnes raisons pour justifier l’acte.

Le but de ce programme est de réduire les cas de détresse psychologique après un épisode de combat. Il vise à fournir des réponses toutes prêtes aux soldats afin de les recentrer sur leur mission. Ainsi, on incite le militaire à simplifier le sens de celle-ci à l’extrême: si on est en Afghanistan, c’est pour aider les petites filles à aller à l’école. Paradoxalement, on demande donc au soldat de réfléchir à sa vie, à la possibilité de la mort et d’adopter une compréhension de sa mission dictée par l’état-major. On espère donc le rendre plus solide psychologiquement en alliant compréhension de soi-même, de la vie et de la mission en général.

Le problème, il me semble, est insurmontable: comment arrêter la réflexion du militaire? Le PERM fait tout pour inciter le soldat à réfléchir mais l’intime de trouver des réponses simples à ses questions (en Afghanistan pour les petites filles). Ça ne fonctionne pas. Quand on choisit de devenir soldat, on accepte de suivre des ordres. Pour beaucoup, c’est sécurisant: il n’y a plus de questions, on se contente d’obéir. À partir du moment ou on demande à un soldat de réfléchir, on ouvre une boîte de Pandore dont on ne peut connaître la finalité.

En effet, à partir du moment où le soldat est conditionné à s’interroger, pourquoi s’arrêterait-il en chemin? Qu’est-ce qui l’empêche d’aller au bout de sa réflexion, de considérer l’inutilité de la mission afghane, par exemple? Pourquoi endiguerait-il ce cri profond lui rappelant que cette guerre n’est pas la nôtre et qu’elle a peut-être d’autres objectifs que « d’aider des petites filles »?

Ainsi, en les faisant (trop) réfléchir sur la vie et leur mission, les soldats courent le risque de devenir instables. Sous prétexte de les aider à se préparer à faire face aux traumatismes de la guerre, on crée chez eux un état de stress pré-traumatique avant leur mission. Et comme toujours, c’est à la société civile de s’occuper du problème.

Ne vaudrait-il pas mieux reconnaître qu’un bon soldat est un soldat qui ne pense pas et se contente de suivre les ordres? Il gâche peut-être sa vie pour des raisons que 66% des Québécois désapprouvent mais c’est son choix. En devenant soldat, il a choisi de devenir un outil aux mains de l’armée et de laisser tomber son libre-arbitre. Laissons-le libre de mourir pour des causes qu’il ne comprend pas et ne lui imposons pas en plus le fardeau de devoir réfléchir à ce qu’il fait!

Soldats ou futurs mésadaptés sociaux?
25 décembre 2008

Ça s’est passé mardi le 23 décembre. Mon amie, qui travaille à la SAQ, est arrivée vers midi pour faire son quart de travail, et s’est installée toute souriante à sa caisse. Elle a accueilli son premier client d’un « bonjour » accompagné d’un sourire. Sauf que celui-ci ne lui a pas répondu avec un sourire, mais a plutôt commencé à l’engueuler parce qu’elle lui avait parlé français, la traitant de « fucking frog », de « bitch » et lui disant qu’elle se devait de parler anglais. Elle a alors fait la transaction très rapidement, espérant se débarrasser de cet individu au regard hagard et crachant son venin gratuitement sur elle. Sauf qu’à la fin, le type voulait un sac, et mon amie lui a donc expliqué que les sacs sont payants à la SAQ (depuis juillet ou août si ma mémoire est bonne) et il lui a alors répliqué, la pointant d’un doigt menaçant à quelques centimètres du visage: « J’étais soldat en Afghanistan et j’ai tué des gens pour moins que ça, bitch ». Il a ensuite été sorti de force par deux gardiens de sécurité, non sans qu’il continue à gueuler et à insulter tout le monde.

* * *
Ce type constituait-il une exception ou existe-t-il un réel problème chez les soldats de retour du combat? Je penche pour la deuxième option.

Une vaste étude étatsunienne effectuée entre le 30 septembre 2001 et le 30 septembre 2005 sur 103 788 soldats vétérans d’Irak ou d’Afghanistan a conclu que 25% de ceux-ci (25 568 soldats) ont reçu un diagnostic de troubles mentaux, dont 56% de ceux-ci avaient deux ou davantage de ces troubles.

La plupart du temps, le soldat de retour du combat souffre d’un État de Stress Post-Traumatique (ESPT). Comme l’explique Anciens combattants Canada:

De nombreuses études ont démontré que, plus l’exposition du militaire au traumatisme de guerre est longue, intensive et horrifiante, plus celui-ci risque de devenir émotivement drainé et souffrir d’épuisement. Cela se produit même chez les soldats les plus forts et les plus sains; par ailleurs, ce sont souvent ces derniers qui sont les plus troublés par la guerre, car ils résistent beaucoup au traumatisme. […] Les psychiatres ont réalisé, après la Seconde Guerre mondiale, que ces problèmes ne sont habituellement pas une maladie mentale naturelle, comme la schizophrénie ou la maniacodépression, mais bien une forme différente de maladie mentale résultant d’une trop grande exposition au traumatisme de la guerre.

De plus, une étude de la sociologue Deborah Harrison, publié en 2000, démontre que les femmes de soldats sont plus à risque de souffrir de violence conjugale.

* * *

Voilà donc ce qu’est un soldat qui revient du combat: un être souvent mésadapté, une bombe humaine prête à exploser sans raison. Cette fois-ci, ce n’avait été que des mots, mais qu’en sera-t-il si l’homme se fait couper sur l’autoroute ou insulté dans la rue? Sortira-t-il un canif suisse de ses culottes pour égorger quelqu’un? Le soldat qui revient du combat constitue souvent une menace pour la population en général. Si plusieurs victimes d’ESPT intériorisent leurs troubles et finissent parfois par se suicider, d’autres extériorisent leur frustration et deviennent une menace pour autrui. Quand on a vu la mort de près, quand on a tiré sur quelqu’un qui vous regarde dans les yeux et qu’on y a pris un plaisir morbide, ne devient-il pas tentant, de retour au pays, de continuer à voir la vie comme un éternel combat où la mort, plus souvent qu’autrement, devient une finalité?

Je les plains ces soldats. Ils sont naïfs; ils croient réellement dans leur esprit qu’ils vont en Afghanistan pour aider. Ils se voient comme des sauveurs et ne comprennent pas que cette guerre n’est pas la nôtre mais que nous devrons subir les conséquences sociales et économiques de leur détresse psychologique lors de leur retour au pays. Combien de vies seront ainsi gâchées? Combien ça peut coûter soigner tous ces nouveaux troubles psychiatriques?

Quand on parle du coût de la guerre, je crois qu’il faudrait inclure ces coûts-là. Ne pas penser que « nos » soldats s’en vont tuer de l’Afghan pour revenir avec un diplôme universitaire et une petite valise remplie de nouvelles habiletés sociales. Ils sont partis comme de simples petits gars de chez nous croyant aider et ils reviennent souvent en profonde détresse, deviennent une menace contre la société et auraient besoin de se faire soigner, voire isoler des autres citoyens.

Avec mon amie, ce n’étaient que des mots. Mais la prochaine fois?

Combien de jeunes Québécois sacrifierons-nous ainsi sur l’autel d’une guerre qui n’est pas la nôtre mais dont nous souffrirons les conséquences par notre faute?

Maxime Bernier: le Canada est en Afghanistan pour contrôler le pavot
5 octobre 2008

L’entrevue qu’a donnée Julie Couillard a Tout le Monde en Parle était touchante. On l’a vue, l’âme à nue, nous parler de sa relation avec l’ex-ministre Maxime Bernier. Mais au-delà du drame humain qu’elle subit depuis des mois, qui, si lourd soit-il à porter, est justement sa propre pierre qu’elle devra traîner derrière elle, une révélation m’a particulièrement intéressé: Julie Couillard a affirmé que Maxime Bernier, qui était ministre de la défense nationale – doit-on le rappeler? – croyait que la mission canadienne en Afghanistan était motivée par le contrôle du pavot et que le but n’avait jamais été de démocratiser ce pays.

Tout d’abord, il faut établir quelque chose: dans toute cette histoire c’est la parole de Julie Couillard contre Maxime Bernier. Ceci dit, une chose m’apparaît claire: Julie Couillard n’a aucune raison de mentir sur ce point; en fait, comment cette femme, sans aucun passé politique, sans aucune étude ni même intérêt évident pour la politique internationale, pourrait-elle sortir de son chapeau de magicienne une explication en apparence si controversée? Si elle avait voulu inventer pour discréditer M. Bernier, elle aurait pu simplement dire qu’il ne voyait pas l’intérêt de cette guerre pour le Canada, mais si elle a parlé de l’opium, c’est forcément parce qu’il en a été question. Ainsi, il est plus que probable qu’elle dise la vérité.

La question de la drogue m’intéresse depuis longtemps. J’ai été, au début, tout à fait scandalisé quand j’ai lu que la CIA a été impliquée dans le trafic de la drogue, notamment en Amérique centrale et en Asie du sud-est. Puis, j’ai beaucoup lu sur le sujet et j’en suis venu à cette conclusion: la drogue est un élément important de notre économie et le gouvernement des États-Unis, sous couvert d’une lutte contre celle-ci, essaie d’en contrôler la production et le trafic.

Voici un petit tour d’horizon de ce que j’ai déjà écrit sur le sujet.

  • L’empire de la drogue: J’expliquais dans ce billet de quelle façon les Talibans avaient réduit la production de pavot de 91% en 2001, poussant les États-Unis à les attaquer pour reprendre ce lucratif commerce. Je parlais également de la relation entre Wall Street et le commerce de la drogue.
  • Celui qui tient la batte: Je me questionnais ici sur la nécessité ou non d’avoir du respect pour les soldats canadiens qui s’en vont risquer leur vie pour protéger la production de pavot.
  • Made in China: J’expliquais ici de quelle façon le contrôle des ressources, que ce soit le pétrole ou la drogue, fait partie d’une guerre larvée entre les États-Unis et la Chine.
  • Députés ou Croisés?: Dans un de mes bons textes, je tentais de circonscrire les trois principales raisons de l’invasion et de l’occupation prolongée de l’Afghanistan par l’OTAN. Parmi ces raisons: le contrôle du pavot.

Il peut être difficile d’accepter l’idée que les États-Unis, ces soi-disant champions de la lutte contre la drogue, font le commerce du pavot eux-mêmes. Pourtant, ça s’est déjà produit et ça se reproduira. Car non seulement l’argent blanchie sert à Wall Street (qui doit faire face à une crise sans précédent, et le crédit à risque n’en est que le début), mais la drogue est un excellent moyen de cacher les frais de la guerre et donc, ainsi, de subordonner l’aspect moral de la question à des questions d’ordre géostratégiques ou économiques. En clair: la morale n’a que peu d’importance quand on est un empire au faîte de sa puissance et qu’on entend tout faire pour le demeurer. Ça n’importe pas davantage aujourd’hui que dans les années 1980, quand la CIA trafiquait de la drogue pour financer la lutte aux Soviétiques:

[Les] agents de la DEA [Drug Enforcement Agency] étaient tout à fait au courant de la firme qui trempait dans la drogue et qu’utilisait la CIA pour envoyer de l’argent aux Moudjahidins, c’est-à-dire Shakarchi Trading Company. Cette compagnie d’origine libanaise avait été le sujet d’une longue enquête de la DEA sur le blanchiment d’argent. Un des principaux clients de la Shakarchi était Yasir Musullulu, qui avait déjà été pincé en essayant de délivrer un chargement de 8,5 tonnes d’opium afghan à des membres des Gambino, le puissant syndicat du crime new-yorkais. ((Whiteout: The CIA, Drugs, and the Press, Alexander Cockburn & Jeffrey St. Clair, Verso, New York, 1998.))

Le problème avec les Talibans – et Maxime Bernier devait en être conscient – n’était pas que les pauvres petites filles n’aient pas accès à l’école. Non. Le problème était cet ordre du Mollah Mohammed Omar en juillet 2000 qui demanda l’arrêt de la production du pavot et qui fit chuter la production mondiale de 70% d’un seul coup. Il était là le problème. Et pendant que les Talibans éradiquaient le pavot, leurs opposants, l’Alliance du Nord, triplait son nombre d’hectares plantés de 2458 à 6342. ((Drugs, Oil, and War: The United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina, Peter Dale Scott, Rowman & Littlefield, 2003, p.33)) Et avec qui les États-Unis s’allièrent-ils pour déloger les Talibans? You bet it, avec l’Alliance du Nord.

Ainsi, il n’a jamais été question de restaurer la démocratie ou de faire la chasse à Ben Laden. Le vrai but consistait à relancer la machine à dollars que sont les plantations de pavot. Et si on démocratisait en même temps, tant mieux, en autant que les élites soient corruptibles et qu’on puisse continuer d’y faire la loi.

C’est tout cela que savait Maxime Bernier. Et si je peux me permettre, ce que savait Bernier, Harper le savait. À mon avis, le Canada a échangé sa participation prolongée jusqu’en 2011 en Afghanistan aux côtés des États-Unis contre quelque chose d’autre. Quoi, difficile à dire. Mais pour qu’un moraliste fondamentaliste comme Harper envoie nos soldats se faire tuer pour des plants de pavots, ce devait être quelque chose d’important.

Dans tous les cas, bravo à Mme. Couillard. Elle ne nous a pas seulement révéler les dessous d’un individu narcissique, méprisant ses électeurs et sans aucune fidélité vis-à-vis de son premier ministre (ce « buveur de Pepsi », dixit Bernier, selon Couillard), mais elle nous a également permis de mieux comprendre les réelles motivations derrière la présence canadienne en Afghanistan.

J’espère que tous ces soldats qui s’en vont risquer leurs vies pour que de riches banquiers aient leur argent et que de pauvres drogués perpétuent leur dépendance réalisent ce qu’ils font. Personnellement, si j’étais soldat ce soir et que je prenais conscience de cette triste réalité, je quitterais la profession sur-le-champ.

Vous êtes plusieurs à m’écrire personnellement. Si vous êtes soldats ou que vous connaissez un soldat ayant été témoin du trafic de drogue supervisé (ou intensément toléré) par l’armée canadienne, envoyez-moi un courriel. Je vous garantis l’anonymat.

En espérant que les choses puissent changer et que tous ces naïfs avec un autocollant « Support our troops » puissent avoir assez honte pour enlever cette saleté qui ne souille pas seulement leurs véhicules mais également la réputation de notre pays de même que notre jeunesse, trop souvent victime de ces drogues qu’on dénonce en public mais dont on encourage la production en privé.

La guerre vue par…
30 juillet 2008

La guerre vue par le gouvernement du Canada et son armée de tueurs en uniformes.

La guerre vue par ceux qui subissent le gouvernement du Canada et son armée de tueurs en uniformes, et qui grandiront en ayant le goût de se venger.

Laissez brûler, laissez pourrir
8 avril 2008

Le manège militaire de Québec a brûlé. So what, comme disent les soldats, dans la langue qu’on leur impose. Laissez brûler, laissez pourrir. La terre retourne à la terre. Et bon débarras!

Il y a quelque chose de triste, voire de pathétique, dans tous ces appels de Québec à la reconstruction de « notre » manège militaire. Il se trouve même des gens pour reprocher à RDI et TQS de ne pas avoir diffusé en direct des images du feu de joie.

Non, mais soyons sérieux une minute. Le manège militaire de Québec symbolise l’armée canadienne, une institution francophobe qui fait des guerres impopulaires et injustes, auxquelles s’opposent toujours une majorité de Canadiens-français (puis de Québécois, maintenant que les Canadiens-français ont presque tous été assimilés). La sauvage répression des Patriotes, la guerre des Boers, la première guerre mondiale, la deuxième guerre mondiale, et maintenant la guerre en Afghanistan. Une insitution 100% canadian qui envoie fièrement des petits Québécois de chez nous se faire trucider au front.

Et vous voulez reconstruire le symbole de notre statut de peuple conquis, colonisé, auquel on impose les décisions du vainqueur?

Moi je dis laissez brûler, laissez pourrir, et qu’on regarde les ruines en se rappelant que ce qui peut paraître très impressionnant et tout-puissant peut disparaître du jour au lendemain, avec un peu de volonté… ou quelques bidons d’essence.

Du coquelicot à la fleur de pavot?
12 novembre 2007

Tous les ans, on le voit réapparaître sur les manteaux et les chemises de tous les bien-pensants soucieux de leur image, vers la fin octobre ou le début novembre: le coquelicot. Cette fleur représente un hommage aux sacrifices des soldats de la Première guerre mondiale, qui fut par la suite étendu aux autres guerres d’importance.

Mais pourquoi le coquelicot? Simplement parce que les terrains crayeux de la Flandre furent surchargés de chaux pendant les combats, ce qui constitue le sol le plus fertile qui soit pour cette fleur. Ainsi, elle apparut durant la guerre, en même temps que les morts, et elle disparut par la suite, lorsque la chaux fut bien absorbée par le sol.

Le lieutenant-colonel John McCrae écrivit le poème « Au champ d’honneur » en mai 1915, et c’est à partir de celui-ci que commença dans l’imaginaire collectif ce lien entre la fleur et les guerres.

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

L’honneur, la patrie, le sacrifice. Des guerres où on se battait pour nos valeurs, pour notre liberté. Une guerre où les soldats étaient des héros, dont les actions étaient célébrées et acclamées car elles étaient justes. Une vraie guerre, de vrais soldats courageux, au front pour nous.

Rien à voir avec la guerre en Afghanistan, cette guerre de l’empire de la drogue. Une guerre où les soldats ne savent plus qui ils attaquent, ni pourquoi ils attaquent. Une guerre où on se terre dans des campements cachés pour attaquer l’ennemi de nuit, trop peureux pour accepter le corps à corps. Une guerre où les soldats canadiens sont plus occupés à fumer du pot ou à s’injecter de l’héroïne (il faut bien que les plantations de pavot qu’ils protègent servent à quelque chose) qu’à protéger nos soi-disant libertés.

Une guerre sans envergure, menée par des lâches au service d’intérêts financiers n’ayant rien à avoir avec qui que ce soit ici.

Le coquelicot est peut-être dépassé, au fond. Ne devrions-nous pas le remplacer par la fleur de pavot, qui représente de mieux en mieux cette guerre? Voilà qui serait certainement un contre-poids à la pathétique propagande de l’armée canadienne consistant à mettre de petits « support our troops » au centre de coquelicots rouges, essayant de faire un lien entre les héros des guerres mondiales et les lavettes sans conscience qui vont se droguer en Afghanistan…

Dans une guerre injuste, ceux qui la mènent sont le bras armé de l’injustice et s’ils ne sont pas assez intelligents pour prendre conscience de la gravité de leurs gestes et se rendre compte qu’ils n’ont PAS l’appui de la population, alors ils méritent de sombrer dans l’oubli, loin, très loin des héros qui ont combattu lors des guerres mondiales.

Car la guerre est une solution de dernier recours; ça ne doit pas être un outil parmi d’autres aux mains d’une minorité de nantis qui veulent refonder le monde selon leurs intérêts.

Le Bloc contre-attaque
22 septembre 2007

Les cinq conditions du Bloc Québécois pour entériner le discours du trône sont une excellente occasion pour le parti de reprendre l’offensive, lui qui s’est trop souvent retrouvé cantonné dans des positions un peu complexes et loins des préoccupations quotidiennes des gens.

Premièrement, le Bloc ne veut plus simplement encadrer le pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence du Québec; on veut désormais éliminer ce pouvoir. Car si les Conservateurs se targuent d’être des décentralisateurs, contrairement aux Libéraux et aux Néodémocrates selon certains analystes politiques, ils ne traduisent pas cette volonté dans la réalité en empiétant eux aussi sur les champs de compétence provinciaux, notamment en s’ingérant au niveau de la santé et de l’éducation. En réclamant la fin de ce pouvoir, le Bloc tend un piège très difficile à éviter pour… Jean Charest et le PLQ, qui devra maintenant soit s’allier avec un parti souverainiste soit justifier l’acceptation de l’intrusion d’Ottawa dans les affaires de la province.

Deuxièmement, le Bloc exige des Conservateurs l’adoption de Kyoto et la création d’une bourse du carbone à Montréal. Kyoto, largement populaire au Québec, doit devenir un enjeu pour les prochaines élections et le Bloc entend ainsi démontrer que le Parti Conservateur n’en a rien à faire de cette question. Voilà qui pourrait en faire réfléchir plusieurs, surtout dans les centres urbains, où cette question est de plus en plus brûlante (sans mauvais jeu de mot)…

Troisièmement, le Bloc désire que le système de gestion de l’offre soit maintenu dans son intégralité, afin de protéger les agriculteurs des dérives d’une baisse des prix des matières premières dans un contexte de mondialisation des marchés et de déréglementation néolibérale mettant en compétition le milieu agricole québécois et ceux du tiers-monde.

Ensuite, le Bloc exige de l’aide pour les populations au prise avec la crise forestière, une mesure particulièrement appréciée et utile pour la population gaspésienne et celle du nord du Québec.

Et finalement, mais non le moindre, on exige le départ des troupes canadiennes d’Afghanistan en février 2009. Considérant que la très grande majorité des Québécois s’opposent à l’occupation de l’Afghanistan par le Canada, voilà qui devrait inciter plusieurs personnes à ne pas céder aux sirènes conservatrices et à se rappeler qu’un vote pour le Parti Conservateur est effectivement un vote pour la guerre et pour une approche militariste de la politique internationale, faisant effectivement du Canada un pays non seulement qui gaspille ses précieuses ressources pour acheter des armes, mais qui en plus devient une cible pour les terroristes à cause de son attitude belliqueuse.

Ces cinq conditions ne sont pas un feu de paille; elles signifient une prise de conscience majeure au sein du Bloc Québécois sur la nécessité de confronter le Parti Conservateur sur ses points faibles. On prend le pari qu’un parti démontrant un tel mépris pour les valeurs québécoises ne pourra pas obtenir de meilleurs scores que ceux déjà obtenus. Et on fait également le pari que dans un débat entre Harper et Duceppe, le premier ministre ne pourra jamais justifier ses politiques face à l’électorat québécois.

Dans le fond, on a décidé au Bloc que c’était fini de se laisser manger la laine sur le dos et on a décidé de se battre pour les valeurs québécoises, peu importe les implications du jeu politique. Voilà une approche tout à fait honnête qui pourrait rapporter gros dans un monde politique idéal où les gens ont des valeurs bien établies et la conviction de voter selon leurs valeurs.

Mais dans la réalité, qu’en sera-t-il?