L’argent apatride
29 mai 2007

La volonté de Stéphane Dion de mettre un frein aux prises de contrôle étrangères de compagnies canadiennes constitue certes une excellente nouvelle. On peut espérer que le gouvernement passe une loi et limite le pourcentage d’actionnaires étrangers dans des secteurs clefs de notre économie.

Pourtant, ça semble être un coup d’épée dans l’eau. D’abord parce que le Parti Libéral n’a rien fait dans ce sens pendant les 12 années qu’il a passées au pouvoir. Ensuite – et surtout – parce que la provenance des actionnaires d’une compagnie n’a que peu d’importance.

En effet, un actionnaire, c’est quelqu’un qui veut un rendement sur son placement. Que ce soit par la croissance du titre acheté ou un dividende, celui-ci n’a qu’une chose en tête: le profit. Que la compagnie soit canadienne, française ou zimbabwaise ou que l’actionnaire soit néo-zélandais, thaïlandais ou sénégalais importe peu; seul son argent a de la valeur et cet argent n’a pas de nationalité.

On rétorquera peut-être que l’actionnaire canadien se sent davantage concerné par le sort d’une compagnie canadienne, ou qu’une partie de ses profits est redistribuée dans la collectivité. Mais c’est surestimer tant la conscience sociale d’un investisseur motivé avant tout par le profit et sa capacité à réellement influer sur l’économie locale. D’ailleurs c’est connu: plus on a d’argent, moins on en dépense proportionnellement dans sa localité; on est souvent plus attiré par des produits de luxe, importés, des voyages, et autres biens qui ne font pas autant rouler l’économie.

Le nouvelle croisade de Stéphane Dion n’est pas vaine pour autant; il est grand temps de se questionner sur la perte de pouvoir de la société sur ses entreprises. Mais ce n’est pas seulement en changeant la nationalité d’un investisseur qu’on améliore la situation. Il faut également que le gouvernement s’implique dans les secteurs-clefs de l’économie afin de réellement les protéger de la rapacité de compagnies qui ont davantage à coeur leurs profits – et le bien-être de leurs actionnaires – que le bonheur de la collectivité.