Archive for the ‘justin trudeau’ Category

Les brassières à Trudeau
6 novembre 2015

Certains commentateurs ont qualifié de « réponse parfaite » la réplique de Justin Trudeau selon laquelle la principale raison justifiant la parité hommes-femmes dans son Conseil des ministres serait « qu’on est en 2015 ». Wow ! Si c’est cela une réponse parfaite, alors disons qu’elle est parfaitement ridicule.

La définition du sexisme, à la base, c’est de choisir quelqu’un non pas en fonction de ses compétences, mais de son sexe. Ça n’a rien à voir avec le fait d’être en 1970 ou en 2015. Le discours féministe, à une époque où il était nécessaire et avant qu’il ne devienne un paravent camouflant les idées d’une minorité revancharde, visait précisément à ce que la femme soit sélectionnée non pas en fonction de son sexe, mais de sa capacité à faire le même travail qu’un homme. Toute l’idée féministe s’est bâtie sur cette simple réalité et c’est ainsi qu’une égalité effective a été atteinte, voire dépassée dans plusieurs domaines.

Or, quand on choisit des ministres non pas en fonction de leurs qualifications, mais de leur sexe, n’est-ce pas là la base même du sexisme? Ce n’est tout de même pas de la faute des hommes si ceux-ci s’intéressent davantage à la politique que les femmes. Regardez n’importe quelle garderie : les petits garçons jouent à des jeux de guerre, d’affrontements, des jeux physiques, et les jeunes filles préfèrent très souvent la poupée. On appelle cela la biologie : les instincts guerriers de l’homme chasseur et les instincts protecteurs de la femme qui prend soin de ses enfants. La politique étant ce qu’elle est, on y réussit davantage avec des coups bas qu’en cuisinant des gâteaux à ses adversaires. Et la vie étant ce qu’elle est, on retrouve beaucoup plus de femmes dans des métiers mettant à profit leur nature protectrice.

Affirmer, comme le fait Trudeau, qu’une telle politique allait de soi « parce qu’on est en 2015 » sous-entend qu’un homme ne peut pas aussi bien représenter une femme qu’une autre femme. Soit. Dans ce cas, pourquoi ne pas imposer la parité à d’autres secteurs, par exemple dans les hôpitaux ou les écoles ? Pourquoi les jeunes garçons devraient-ils tolérer d’être éduqués par une majorité de femmes alors qu’ils forment près de 50% des élèves ? Pourquoi la majorité des employés des hôpitaux devraient-ils être des femmes tandis que la moitié des patients sont des hommes ? Si on exclut volontairement des hommes compétents d’un poste de ministre, pourquoi ne devrait-on pas écarter des femmes capables d’autres métiers ? Si c’est bon pour pitou, c’est bon pour les minettes.

Cette idée d’imposer des quotas de femmes dans des milieux à prédominance masculine n’est pas nouvelle. Dans notre société matriarcale, on célèbre constamment les femmes qui font des métiers non traditionnels. Pas plus tard que la semaine dernière, un quotidien montréalais vantait les femmes dans le domaine de la construction et il suffit de mettre les pieds dans n’importe quel cégep pour voir placardées un peu partout des affiches vantant un concours « Chapeau, les filles ! » qui récompense les femmes choisissant des métiers habituellement sélectionnés par les hommes. J’espère ne choquer personne ici en notant qu’on ne vante pas souvent dans le journal des hommes ayant choisi de devenir des coiffeurs ou des infirmiers et qu’il n’y a pas de concours « Chapeau, les gars ! » pour inciter ceux-ci à devenir couturiers ou responsables de garderies. Le sexisme, comme les quotas, va toujours à sens unique.

La seule chose qui soit pertinente dans la réponse de Trudeau, au final, c’est qu’il réalise que nous sommes en 2015 et que l’ère du brûlage de brassières est terminée. C’est un bon départ. Maintenant, s’il sortait un peu de ses quartiers bourgeois et qu’il conversait avec la population, il verrait que pour le citoyen ordinaire, ces idées de quotas du sexe sont dépassées et qu’il ne souhaite qu’une seule chose : des politiciens compétents. C’est beaucoup demandé, je sais, mais a-t-on un autre choix ?

Publicités

Le Québec sous la table des décisions
20 octobre 2015

Philippe Couillard a affirmé, au lendemain des élections fédérales, que le résultat démontrait non seulement que le déclin du mouvement indépendantiste se poursuivait, mais également que le Québec serait « de retour à la table des décisions » puisqu’il a appuyé avec force le nouveau gouvernement libéral. Au contraire, le résultat de ces élections a achevé de discréditer le Québec en tant que force dont il faut tenir compte. Nous ne sommes pas à la table ; nous sommes sous la table, tels des appui-pieds de piètre qualité.

Il y a un peu plus d’un siècle, l’ancien premier ministre canadien Wilfrid Laurier, alors questionné par Henri Bourassa quant à sa décision de participer à la guerre des Boers malgré la forte opposition du Québec, avait déclaré ne pas avoir à tenir compte du Québec dans ses décisions parce que « la province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments ».

En effet, comment analyser autrement le comportement politique de gens votant indifféremment tantôt pour le NPD (centralisateur, centre-gauche, pro-environnement) ou pour le PCC (décentralisateur, droite, anti-environnement) ? Les mêmes personnes, à Québec notamment, ont pu mettre un « X » en 2011 pour un parti voulant s’attaquer aux mieux-nantis et lutter contre les changements climatiques, puis mettre le même « X » cette fois-ci pour un parti proposant exactement le contraire.

Ce magasinage politique, où les gens refusent de s’attacher à un parti représentant leurs valeurs, se contentant de suivre la vague, ne permet pas au Québec de prendre sa place à la table des décisions, mais assure plutôt que les partis politiques canadiens ne chercheront plus à prendre en considération le Québec, peu importe leurs décisions.

Pensons-y un instant. Pourquoi un parti fédéral se donnerait-il la peine d’écouter les revendications du Québec dans le cadre de l’élaboration de ses politiques, si le Québec ne vote pas en fonction des dites politiques ? Pourquoi Justin Trudeau déciderait-il en fonction du Québec s’il sait que la moitié de ses appuis ici provient de comtés anglicisés ou à forte proportion d’immigrants où un cochon peint en rouge gagnerait, et l’autre moitié de gens qui « suivent la vague » et n’ont rien à foutre de ce qu’il fait ?

Remarquons que le calcul politique était le même pour le Parti conservateur. La poignée de députés du PCC dans la région de Québec et en Beauce a-t-elle permis au Québec d’être à la table des décisions ? A-t-on vu beaucoup de députés conservateurs du Québec prendre des positions courageuses depuis quatre ans, comme la défense de notre fleuve contre l’oléoduc tant honni ou d’autres enjeux environnementaux ? Bien sûr que non. Ces régions sont acquises, et les mandarins du PCC savent que le Québec ne compte pas : on n’y gagne pas ailleurs en fonction des politiques, mais sur de simples états d’âme.

Depuis l’étrange et honnête aveu de Laurier il y a un siècle, et jusqu’à aujourd’hui, le Québec n’a été à la table des décisions que lorsqu’il a donné avec force son appui à un parti remettant en question notre appartenance au Canada. On n’a jamais autant écouté le Québec qu’entre 1960 et 1995. Le Québec, alors, était sur toutes les lèvres. Le Québec, en votant de manière cohérente et selon les politiques proposées, a forcé des modifications majeures au fonctionnement de l’État canadien. Le Québec était à la table lorsque ses citoyens ont cessé de voter selon leurs sentiments et qu’ils ont embrassé avec force l’idée indépendantiste. Nous étions assis sur la table, et nous avons forcé le Canada à négocier.

Ce n’est donc pas le déclin du mouvement indépendantiste ou le retour à la table des décisions du Québec qu’il faut célébrer aujourd’hui. Il s’agit plutôt du déclin de la force politique du Québec et notre retour non pas en tant que puissance dont le Canada doit tenir compte, mais plutôt comme des enfants un peu bébêtes et sentimentaux, qui jouent sous la table pendant que se prennent les décisions des grands.