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La ségrégation féministe
11 décembre 2015

Comment sait-on qu’un mouvement est agonisant? Il se retire de la réalité et tente d’abolir tout point de contact, toute possibilité d’ouverture avec des idées étrangères à celles du groupe. Plutôt que de chercher à convaincre le reste de la population de la justesse de ses idées, il n’existe plus que par lui-même et pour lui-même, telle une secte s’auto-satisfaisant. Le féminisme en est peut-être rendu là aujourd’hui, alors qu’une manifestation hallucinée «transinclusive» et interdite aux hommes (incluant les journalistes mâles) se tenait dans les rues de Montréal mardi dernier.

Les organisatrices de cette activité ne se sont même pas donné la peine d’imaginer un semblant d’ouverture envers le sexe tant honni, ces méchants hommes responsables, à leurs yeux, de tous les maux de la Terre. Si tu as un pénis, désolé, tu ne passes pas. On parle de non-mixité en utilisant à peu près les mêmes termes que ceux utilisés par les Blancs sud-africains justifiant la ségrégation sous le régime de l’Apartheid. Chacun chez soi, chacun dans sa communauté, chacun avec les siens, et surtout pas de dialogue.

Ce concept de non-mixité (ou de ségrégation, qui est le mot juste) tire son origine d’une tendance de plus en plus lourde au sein notamment d’universités américaines, celle du «safe space» (espace sécurisé), qui s’appliquait à l’origine aux milieux homosexuels ou transsexuels, mais qui se répand de plus en plus. En clair, on offre à l’individu un endroit où il peut exprimer son identité ou ses idées propres sans jamais être inquiété par des gens qui pourraient avoir une conception différente de la réalité. Il s’agit d’une forme de facebookisation sociale, où il devient possible d’éliminer toute dissension et de vivre exclusivement au sein d’un cercle social partageant ses points de vue.

Par exemple, Erika Christakis, une professeure de Yale, a mis fin à sa carrière d’enseignante cette semaine, après qu’un tollé ait suivi son questionnement d’une directive demandant aux étudiants de ne pas choisir de costumes d’Halloween offensants. Des étudiants ont demandé sa démission, arguant qu’ils ne se sentaient plus «en sécurité» et qu’on ne devait pas tolérer une telle remise en question de leur «safe-space». Situation semblable à l’Université d’Ottawa, où on a annulé un cours de yoga sous prétexte qu’il s’agissait d’une «appropriation culturelle» et que des gens en avaient été offensés (et donc brimés dans leur droit au «safe-space»). Autre cas au Smith College du Massachusetts, où les manifestants ont interdit l’accès à tout journaliste ne faisant pas un serment d’allégeance à leur égard. Avouons toute de même qu’il y a toute une évolution d’une génération contestataire s’étant opposée à la guerre du Viet Nam à une génération de bébés gâtés incapables d’accepter qu’existent d’autres points de vue que les leurs…

C’est ce type de comportements qui mine actuellement la crédibilité d’une manifestation comme celle de mardi. Les organisatrices voulaient créer un «safe-space» et elles semblaient prêtes à écraser quiconque viendrait remettre en question leur conception de la réalité. Ainsi, plusieurs personnes qui ont demandé des éclaircissements quant à leur politique de ségrégation se sont fait insulter par des participantes, puis censurées par les administratrices. S’appuyant sur leurs fantasmes d’une société soi-disant dominée par les hommes où existerait une ségrégation naturelle contre les femmes, ces dernières ont considéré qu’elles étaient en droit d’opérer le même type de discrimination, mais à l’inverse. Sous prétexte d’une injustice imaginée, elles semblent en demander une autre, celle de l’exclusion de toute personne ne partageant pas leur point de vue exalté ; une expulsion basée sur le sexe pour les hommes, et sur les idées pour les femmes n’embarquant pas dans leur délire féminocentriste.

Cette fixation à propos du «safe space» remet en question l’objectif même d’une manifestation: convaincre la population. Pas se convaincre soi-même, pas parler à d’autres vulvocrates qui croient que nous vivons sous un patriarcat encourageant la culture du viol et autre sottise. Non. Parler à la population, au citoyen lambda pour qui l’égalité entre les hommes et les femmes est relativement acquise et qui ne voit pas en quoi les femmes pourraient se sentir infériorisées en 2015. Ce sont ces gens-là qu’il faut convaincre, et on ne les convaincra pas en évitant de confronter leurs idées ou en excluant la moitié de l’humanité de sa cause.

Le féminisme, risquons-nous à le dire, est agonisant précisément parce que beaucoup de celles qui le prônent ont préféré la sécurité au dialogue. Confronter ses idées, c’est difficile, ça fait mal. Ça force à se remettre en question. Ça force à se sortir de sa zone de confort. Il s’agit d’une activité intellectuelle périlleuse demandant l’effort d’une actualisation de ses idées et d’une confrontation à la réalité.

Quand on refuse cette confrontation, on se replie sur soi, on ferme la porte, ça sent le renfermé, ça sent les petits pieds, et on organise des activités ségrégationnistes comme cette manifestation et on contribue à achever de détruire ce qui pouvait rester de crédibilité à un mouvement autrefois utile, mais devenu anachronique.

En cette ère d’austérité, ne serait-il pas temps de revoir le financement accordé aux organisations et aux programmes d’études féministes, qui constituent le terreau fertile d’un tel sexisme revanchard?

Les hypocrites du climat
29 novembre 2015

La Conférence de Paris sur le climat, qui encombre les principaux médias pendant deux semaines, constitue l’apothéose de la malhonnêteté écologique actuelle. Des dizaines de milliers de personnes consommeront des centaines de milliers de litres d’énergies fossiles pour demander aux autres – oui, toujours aux autres – de réduire leur empreinte écologique.

Ils ont des slogans ambitieux et des stratégies médiatiques originales, mais cela suffit-il à contrebalancer l’extrême incohérence de leur discours ? On peut lire certains soi-disant écologiques québécois qui justifient cette aberration en affirmant qu’il n’est pas grave de brûler autant de pétrole pour aller jusqu’à Paris si c’est pour forcer les gouvernements à « faire quelque chose » pour nous sortir du pétrole.

Ces gens, comme beaucoup trop de gens en général, attendent toujours que quelqu’un, quelque part, fasse les choix à leur place. Plutôt que de prendre l’initiative de réduire eux-mêmes leur dépendance au pétrole, ils demandent au gouvernement de l’imposer. Plutôt que de sortir leur vélo pour aller au travail, ils réclament qu’on taxe les voitures. Plutôt que de cultiver leur propre lopin de terre, ils exigent des efforts des agriculteurs. Plutôt que de réduire eux-mêmes leur rythme de vie, ils demandent qu’on l’impose aux autres.

Tout cela n’est pas sans rappeler l’ancien vice-président étatsunien Al Gore, qui s’est fait un nom en prêchant la lutte aux changements climatiques, mais qui s’achetait ensuite une villa de dix mille pieds carrés avec neuf salles de bain, six foyers et des fontaines extérieures électriques…

Les gens ne sont pas dupes et ils rejettent cette hypocrisie.

Ce qui manque dans le mouvement écologiste, en ce moment, ce ne sont pas des projets, de l’argent, des taxes, des engagements gouvernementaux ou de super-vedettes qui se font voir la face partout avant de prendre l’avion et de rentrer chez eux en VUS. Ce qui manque, ce sont des femmes et des hommes qui, comme le disait Gandhi, sont le changement qu’ils veulent voir dans le monde. Des personnes qui, par leurs actions, en inspirent d’autres.

Les vrais écologistes

Les vrais écologistes ne sont pas ceux qui montent dans un avion rempli de 50 000 litres de kérosène pour aller palabrer à Paris à propos de ce que devraient faire les autres. Les vrais écologistes sont ceux qui vivent le changement. Je pense notamment aux Jardins de la Grelinette, une ferme de moins d’un hectare à Saint-Armand, en Montégérie, qui fait vivre toute une famille et dont les légumes, biologiques, sont distribués localement. Je pense à Déménagement Myette, une entreprise montréalaise offrant des déménagements en vélo pendant l’été. Je pense à tous ceux qui font le choix du transport en commun, qui possèdent des véhicules moins énergivores, qui baissent le thermostat d’un cran, qui isolent leur maison, qui font pousser un potager. Je pense à ceux qui vivent dans des mini-maisons et qui y sont confortables. Je pense à ceux qui font le choix de vivre sans électricité

Au final, nous n’aurons pas le choix de réduire notre rythme de vie. Notre richesse actuelle, alors qu’un chômeur contemporain vit mieux qu’un roi du moyen-âge, résulte de l’exploitation effrénée des énergies fossiles. Puisque le pic pétrolier est déjà derrière nous et que l’énergie per capita continuera de diminuer dans un futur prévisible, ces changements seront inévitables. Ceux qui ont fait le choix de vivre avec moins sont des précurseurs, et des inspirations autrement plus efficaces que ces vieux politiciens séniles à Paris.

Si on espère adoucir le déclin et ainsi limiter l’impact sur le climat, ce ne sont pas de discussions stériles à des sommets mondiaux dont nous avons besoin. Des cabotins y bavardent depuis des décennies et ils continueraient de discuter bien après qu’il n’y aurait plus ni pétrole ni contribuables pour payer leurs voyages. Il suffit plutôt d’encourager ces personnes qui ont déjà décidé de faire les changements nécessaires et de s’inspirer de leurs réussites (ou de leurs échecs) afin de bâtir le monde de demain.

L’ère des grandes solutions gouvernementales ou planétaires est terminée. Vivement le retour au local et aux gens qui pratiquent ce qu’ils prêchent au quotidien !

Coderre le petit maire
25 novembre 2015

La décision du maire de Montréal de demander une dérogation à la Loi 101 pour accueillir des réfugiés syriens dans les écoles réservées à notre minorité de langue anglaise constitue une telle aberration qu’on se demande si le maire n’a pas trop respiré d’effluves nauséabonds lors de sa visite du collecteur défectueux. On sait que le monsieur est un fédéraliste convaincu, mais il y a des limites à ne pas franchir.

La Charte de la langue française constitue la pierre angulaire du Québec moderne et le rempart contre l’assimilation des francophones en Amérique du Nord. Doit-on encore parler de son importance ? La Commission Laurendeau-Dunton a démontré, pendant les années soixante, que la population active masculine francophone arrivait au douzième rang des revenus parmi tous les autres groupes ethniques, devançant seulement les Italiens et les Amérindiens. En 1972-73, près de 90% des enfants d’immigrants fréquentaient l’école anglaise. Trente ans plus tard, ils n’étaient plus que 8%. Ce changement, c’est la Loi 101, et spécifiquement l’article obligeant les immigrants à fréquenter l’école dans la langue commune, qui l’a permis.

Donc, Coderre veut qu’on suspende la seule loi qui permet aux Québécois d’espérer protéger leur langue commune. Tout ça pour pouvoir accueillir davantage de Syriens. Notons ici l’absurdité de la logique : beaucoup de gens se questionnent déjà sur notre capacité d’intégrer un si grand nombre de réfugiés (alors que nous recevons, proportionnellement à notre population, plus d’immigrants que la plupart des pays industrialisés) et le monsieur Coderre veut nous enlever notre principal atout : l’intégration en français. Le seul résultat qui peut être espéré d’une telle absurdité consiste en une augmentation encore plus problématique des poches de non-intégration dans la région de Montréal, ces quartiers où le français a une vitalité aussi faible que le pendjabi ou l’arabe.

Coderre se justifie en expliquant que les écoles de langue anglaise ont des places disponibles. Mais à qui sont réservées ces places ? Selon la Charte de la langue française, elles sont réservées à la minorité de langue anglaise, les anglos de souche. Pas aux immigrants. En d’autres mots : si ces écoles ont un surplus de places disponibles, pourquoi ne pas simplement transférer les ressources vers le réseau dans la langue nationale ? Le problème, c’est qu’on touche ici aux privilèges de la minorité de langue anglaise, des privilèges politiques qu’ils ne voudront jamais abandonner. Et c’est donc le Québec français qui écope.

Comme je le démontrais dans mon livre Apartheid Universitaire (Éditions Louise Courteau, 2012), le réseau d’éducation de langue anglaise, au Québec, est systématiquement surfinancé par rapport au poids démographique des anglophones de souche. Le problème est beaucoup plus criant au cégep et à l’université, où le 6% d’anglophones de souche se partagent respectivement 14% et 29% du financement total, mais il s’agit là d’une conséquence de toutes les dérogations et affaiblissements qui ont été imposés au fil des ans. La Charte de la langue française est constamment dépecée et ce sont des fédéralistes comme Coderre qui y participent.

Nous faire respecter dans notre maison

Vous souvenez-vous de la chanson « Chez nous » de Daniel Boucher ? Dans celle-ci, l’artiste fait du Québec une maison. Il affirme vouloir accueillir des gens de partout, de toutes couleurs, mais qu’il ne veut pas se gêner de dire qu’il aime sa maison, et qu’il aime ses valeurs et que c’est « d’même de que ça s’passe ». N’est-ce pas représentatif de ce que nous voulons vraiment, nous, les Québécois ? Accueillir des gens d’ailleurs, d’accord, mais n’ont-ils pas ensuite le devoir de nous respecter, de s’intégrer, d’apprendre notre langue, de respecter nos valeurs ?

Nous sommes plusieurs à être opposés à la venue de ces réfugiés syriens, mais là n’est pas l’enjeu principal. La question consiste plutôt à se demander de quelle manière on peut espérer que ces gens nous respectent si nous modifions nos lois fondamentales pour les accueillir. Pour revenir à l’analogie de la maison : ouvririez-vous toutes grandes vos portes à des gens qui y marchent avec leurs bottes sales ? À des gens qui fument si vous êtes non-fumeur ? À des gens qui décident de défoncer le mur de votre salon parce qu’ils ont besoin de cet espace ?

Non, évidemment.

Le Québec est notre maison. Nous sommes ouverts, accueillants, mais il y a un nombre limite de visiteurs qui peuvent y être accueillis et ceux-ci doivent respecter des règles fondamentales. Une de ces règles, c’est que l’éducation des immigrants doit se faire en français. On ne force personne à venir ici, mais s’ils viennent, ce sont les règles. Entrez chez nous, mais enlevez vos bottes.

Coderre, en demandant qu’on déroge à notre loi fondamentale, ne fait pas preuve d’ouverture ou d’accueil à l’égard de ces Syriens. Il atteste plutôt sa fermeture et sa complète déconnexion d’avec les valeurs québécoises. Il démontre encore une fois que son attachement au Canada – un pays de langue anglaise peinturluré grossièrement d’un bilinguisme de façade – dépasse de loin celui du Québec et que s’il a à choisir entre déplaire à des anglophones en francisant certaines de leurs écoles ou aux Québécois en violant la loi, il choisira de violer la loi n’importe quand.

Le maire de Montréal a le devoir historique de protéger notre langue commune. En se mettant au service de la minorité la plus choyée au monde et en œuvrant à contourner la loi pour remplir leurs écoles, il prouve qu’il n’a pas l’étoffe d’un maire et qu’il n’est pas à sa place à ce poste. La question qui tue : les Québécois seront-ils encore suffisamment nombreux à Montréal aux prochaines élections pour avoir l’influence suffisante pour le remplacer ?

Les alliés du totalitarisme islamiste
16 novembre 2015

Les attentats islamistes de Paris nous rappellent une vérité cruelle que beaucoup refusent d’entendre : l’islam n’est pas une religion de paix et d’amour. C’est une religion conquérante, une religion qui prospère dans le terreau fertile des peuples mous, une religion qui profite de l’immigration massive, une religion qui s’exprime parce que nous, Occidentaux ou Québécois, sommes plus inquiétés de nous faire accuser d’islamophobie par Françoise David que de défendre nos valeurs en nous réinventant. Nous sommes les alliés de l’islam radical parce que nous refusons le défi que cette religion nous lance.

Le génial historien Arnold Joseph Toynbee écrivait : «Les civilisations meurent par suicide, non par meurtre». Selon lui, c’est le refus du défi qui cause la chute des civilisations. Celles-ci croissent et se développent sous l’impulsion d’une minorité créatrice qui, peu à peu, se transforme en minorité dominante, incapable de s’attirer le soutien autrement que par la force brute. Éventuellement, à moins d’une réorientation créatrice, les barbares aux limites de la civilisation finissent par s’allier aux barbares à l’intérieur et ils utilisent les voies de communication de la civilisation pour lui porter un coup fatal.

L’islam, actuellement, est en voie de devenir un totalitarisme religieux au même titre que les totalitarismes athées du XXe siècle. Boualem Sansal, écrivain algérien actuellement favori pour le prestigieux prix Goncourt, affirmait récemment :

«L’islam radical est déjà pleinement engagé dans la réalisation de cette transformation [vers le totalitarisme religieux]. Il a redonné vie et force à l’islam, assoupi depuis des siècles, six au moins, et un formidable désir de puissance, de conquête et de revanche aux musulmans épuisés par ces longs siècles d’appauvrissement culturel, économique et politique, aggravé à partir du XIXe siècle par le rouleau compresseur de la colonisation puis par des décennies de dictature postindépendance stérilisante. Sa jeunesse, la détermination de ses stratèges, la foi inaltérable de ses fidèles, la fougue et le goût du sacrifice de ses militants, feront la différence face aux tenants de l’ordre actuel, à leur tour atteints d’atonie, voire de déclin. »

Cet islam radical se dirige inéluctablement vers le totalitarisme et la domination parce qu’il n’a plus d’opposition en Occident. Les Lumières semblent désormais éteintes. L’athéisme a remplacé la foi chrétienne. Les merveilles techniques qui semblaient destinées à devenir le quotidien de toute l’humanité apparaissent de moins en moins accessibles, même aux Occidentaux. Les voyages sur la Lune, la guérison de la maladie, les voitures volantes, toutes ces promesses appartiennent désormais aux vieux récits de science-fiction. L’islam radical progresse parce que nous sommes en déclin. Nous avons jeté notre propre religion pour embrasser la science et la technique, et même celles-ci nous laissent de plus en plus tomber. Notre mode de vie n’inspire plus quantité de musulmans et, conséquemment, notre domination à laquelle ils consentaient faiblement, devient de moins en moins tolérable.

Si nous voulons lutter contre l’islam radical, il faut donc à la fois cesser de dominer les régions où il est présent – cesser de les bombarder ou de corrompre leurs gouvernements serait un bon point de départ – et nous réinventer nous-mêmes.

Le péril immigrant
 
Parallèlement, une baisse de l’immigration permettrait de réduire l’accès des islamistes à nos voies de communications intérieures, pour citer Toynbee, et d’augmenter nos chances d’intégrer les islamistes. Si la situation de l’immigration est problématique en France, elle est carrément scandaleuse au Québec. Selon des données de l’OCDE (2012), la France recevait 163 446 immigrants, pour une population totale de 63,5 millions d’habitants, soit un ratio de près de 1/389. Au Québec, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, nous recevions, la même année, 55 044 immigrants, pour une population de 8,1 millions d’habitants, soit un ratio de près de 1/147.

En clair, la France, pays souverain, relativement confortable dans son identité, sa langue et ses coutumes, reçoit, proportionnellement à sa population, près de 2,6 fois MOINS d’immigrants que le Québec, simple province francophone dans un océan anglais, et nation qui a tellement peur de s’affirmer… À titre informatif, le Québec reçoit, proportionnellement à sa population, plus d’immigrants que le Danemark, le Chili, le Royaume-Uni, la Corée, l’Italie, la Finlande, le Portugal, les États-Unis, la République tchèque, la France, le Japon, Israël, la Hongrie, la Grèce, la Pologne, l’Estonie, la République slovaque, le Mexique… Nous sommes une autoroute sur laquelle roulent les autobus de l’intégrisme.

Dans les minutes ayant suivi l’attentat parisien, le président Hollande a décrété la fermeture des frontières. Pourquoi une mesure serait-elle efficace lors d’un attentat et inutile le reste du temps ? Les frontières, n’en déplaise à une certaine gauche se déclarant tout autant « citoyenne du monde » que le monde ne veut rien dire pour elle, peuvent servir à intercepter les terroristes, à réduire le flot d’immigrants permettant de cacher les terroristes, et à protéger un territoire comme celui de la France (ou le nôtre).

Aujourd’hui, nos pensées vont à la France, mais la France n’est pas seulement attaquée parce qu’elle est la France, mais parce qu’elle est l’Occident. Aujourd’hui, nous sommes tous Français, car c’est notre civilisation qui est attaquée. Nous avons tous la responsabilité – le devoir, même – de réagir en luttant de toutes les manières possibles contre les terroristes, en nous réinventant, mais également en cessant d’appuyer des partis qui veulent augmenter l’immigration ou qui ont plus peur qu’on s’en prenne aux droits individuels des islamistes sur notre territoire qu’aux droits collectifs des Québécois.

Le goulag syndical
11 novembre 2015

À quelques jours d’un nouveau débrayage dans le monde de l’éducation, il est bon de se rappeler que ce ne sont pas tous les professeurs qui appuient cette mesure. Plusieurs d’entre eux ont pris ouvertement position contre la grève. La question n’est donc pas de savoir s’il y a des dissidents, mais plutôt de savoir pourquoi ceux-ci seraient obligés de se soumettre à la décision d’un monopole syndical.

Soulignons d’entrée de jeu que la liberté syndicale n’existe pas au Québec. Bien sûr, on a le droit d’être membre d’un syndicat, mais, contrairement à un pays comme la France, il n’est pas possible pour deux employés d’un même secteur d’entreprise d’être membres de deux syndicats différents; le syndicat a le monopole de l’accréditation dans le secteur déterminé. On ne permet pas non plus à un employé de choisir de ne pas cotiser à un syndicat, même s’il refuse d’en être membre. C’est la formule Rand.

En d’autres mots: même si ton syndicat ne te représente pas correctement, même s’il coupe le micro de ceux qui s’opposent à ses propositions, même s’il magouille pour arriver à ses fins, tu es obligé non seulement de lui payer des cotisations, mais en plus on t’interdit de devenir membre d’un syndicat concurrent.

La logique est celle-ci: c’est le groupe qui passe en premier, et puisque toute pluralité des idées et des voix risquerait d’en affaiblir l’unité, tous les moyens sont bons pour éliminer la dissidence.

À petite échelle, cette logique fait penser aux anciennes républiques socialistes des pays de l’Est. Ces pays communistes se targuaient d’être des démocraties populaires. Sur le papier, le comité de travailleurs soumettait ses idées et les délégués remontaient les suggestions jusqu’en haut, où l’exécutif se devait d’appliquer les décisions de la base. En réalité, tout le monde sait que c’étaient le premier secrétaire-général et son entourage qui prenaient les décisions. C’est ce qui se produit dans n’importe quel régime avec un parti unique: le pouvoir se concentre entre quelques mains et, toujours au nom de la majorité, on brime toute forme de dissidence. C’est le groupe qui compte, toujours le groupe. On peut se permettre n’importe quoi quand on le fait au nom d’un groupe. La solidarité y est forcée pour les uns, et le goulag assuré pour d’autres.

Qui a peur du pluralisme syndical?

Si le pluralisme syndical existait au Québec, ce ne serait pas la fin du mouvement syndical, loin de là. Plutôt que d’avoir des syndicats-partis-uniques qui prétendent représenter des travailleurs captifs et dont les dirigeants doivent manigancer pour se maintenir au pouvoir, chaque employé serait libre d’être membre du syndicat de son choix, ou même de ne pas être membre du tout s’il croit en son rapport de force individuel.

Ainsi, au sein d’un même corps d’enseignants, pour reprendre l’exemple actuel, il pourrait y avoir trois ou quatre syndicats différents, chacun en compétition avec les autres pour garder leurs membres (et leurs cotisations). Chaque syndicat aurait sa propre orientation idéologique, sa propre échelle salariale, et il serait libre de s’allier ou non aux autres dans le cadre de moyens de pression communs.

Ce système n’empêcherait pas les grèves, mais il en limiterait parfois l’ampleur. Il offrirait un choix aux travailleurs: être membre d’un syndicat, d’un autre, ou d’aucun. Ceux qui ne sont pas satisfaits des décisions prises par leurs représentants pourraient au moins voter avec leurs pieds. Pas besoin du mur de Berlin qu’est la formule Rand pour empêcher les travailleurs de s’enfuir. Beaucoup moins de micros coupés en perspective ou de membres qui ont peur de représailles s’ils s’expriment librement.

Les syndicats, eux-mêmes, y gagneraient. Leurs structures n’auraient de choix d’être moins lourdes et la minorité d’apparatchiks sans scrupules qui y sévit devrait céder le pas à des gens plus soucieux de s’attirer les faveurs des membres. La crédibilité sociale de ces organisations s’en trouverait augmentée.

En attendant, on connaît la recette. Les bannières, les «so-so-so», les parents frustrés, les grands discours sur l’éducation camouflant les hausses salariales indécentes. Et peut-être aussi des syndiqués anonymes, dans quelque maison de banlieue, qui garderont gratuitement des enfants privés d’école, parce que c’est là leur seule résistance: la vraie solidarité…

Les brassières à Trudeau
6 novembre 2015

Certains commentateurs ont qualifié de « réponse parfaite » la réplique de Justin Trudeau selon laquelle la principale raison justifiant la parité hommes-femmes dans son Conseil des ministres serait « qu’on est en 2015 ». Wow ! Si c’est cela une réponse parfaite, alors disons qu’elle est parfaitement ridicule.

La définition du sexisme, à la base, c’est de choisir quelqu’un non pas en fonction de ses compétences, mais de son sexe. Ça n’a rien à voir avec le fait d’être en 1970 ou en 2015. Le discours féministe, à une époque où il était nécessaire et avant qu’il ne devienne un paravent camouflant les idées d’une minorité revancharde, visait précisément à ce que la femme soit sélectionnée non pas en fonction de son sexe, mais de sa capacité à faire le même travail qu’un homme. Toute l’idée féministe s’est bâtie sur cette simple réalité et c’est ainsi qu’une égalité effective a été atteinte, voire dépassée dans plusieurs domaines.

Or, quand on choisit des ministres non pas en fonction de leurs qualifications, mais de leur sexe, n’est-ce pas là la base même du sexisme? Ce n’est tout de même pas de la faute des hommes si ceux-ci s’intéressent davantage à la politique que les femmes. Regardez n’importe quelle garderie : les petits garçons jouent à des jeux de guerre, d’affrontements, des jeux physiques, et les jeunes filles préfèrent très souvent la poupée. On appelle cela la biologie : les instincts guerriers de l’homme chasseur et les instincts protecteurs de la femme qui prend soin de ses enfants. La politique étant ce qu’elle est, on y réussit davantage avec des coups bas qu’en cuisinant des gâteaux à ses adversaires. Et la vie étant ce qu’elle est, on retrouve beaucoup plus de femmes dans des métiers mettant à profit leur nature protectrice.

Affirmer, comme le fait Trudeau, qu’une telle politique allait de soi « parce qu’on est en 2015 » sous-entend qu’un homme ne peut pas aussi bien représenter une femme qu’une autre femme. Soit. Dans ce cas, pourquoi ne pas imposer la parité à d’autres secteurs, par exemple dans les hôpitaux ou les écoles ? Pourquoi les jeunes garçons devraient-ils tolérer d’être éduqués par une majorité de femmes alors qu’ils forment près de 50% des élèves ? Pourquoi la majorité des employés des hôpitaux devraient-ils être des femmes tandis que la moitié des patients sont des hommes ? Si on exclut volontairement des hommes compétents d’un poste de ministre, pourquoi ne devrait-on pas écarter des femmes capables d’autres métiers ? Si c’est bon pour pitou, c’est bon pour les minettes.

Cette idée d’imposer des quotas de femmes dans des milieux à prédominance masculine n’est pas nouvelle. Dans notre société matriarcale, on célèbre constamment les femmes qui font des métiers non traditionnels. Pas plus tard que la semaine dernière, un quotidien montréalais vantait les femmes dans le domaine de la construction et il suffit de mettre les pieds dans n’importe quel cégep pour voir placardées un peu partout des affiches vantant un concours « Chapeau, les filles ! » qui récompense les femmes choisissant des métiers habituellement sélectionnés par les hommes. J’espère ne choquer personne ici en notant qu’on ne vante pas souvent dans le journal des hommes ayant choisi de devenir des coiffeurs ou des infirmiers et qu’il n’y a pas de concours « Chapeau, les gars ! » pour inciter ceux-ci à devenir couturiers ou responsables de garderies. Le sexisme, comme les quotas, va toujours à sens unique.

La seule chose qui soit pertinente dans la réponse de Trudeau, au final, c’est qu’il réalise que nous sommes en 2015 et que l’ère du brûlage de brassières est terminée. C’est un bon départ. Maintenant, s’il sortait un peu de ses quartiers bourgeois et qu’il conversait avec la population, il verrait que pour le citoyen ordinaire, ces idées de quotas du sexe sont dépassées et qu’il ne souhaite qu’une seule chose : des politiciens compétents. C’est beaucoup demandé, je sais, mais a-t-on un autre choix ?

Rangez vos bannières et retournez enseigner !
27 octobre 2015

Vous êtes beaux tout de même, enseignants sur le bord du trottoir, avec vos drapeaux d’une quelconque centrale syndicale, à brandir vos étendards à la face des automobilistes comme si vous pouviez ainsi l’imprimer sur leurs rétines. Pensez-vous sérieusement que parce que vous agitez « CSN » 1000 fois dans la journée les citoyens vont davantage vous appuyer ? Vous êtes enseignants, retournez enseigner, c’est ça que la population veut.

Oh, vous êtes intelligents. Il le faut bien pour enseigner. Vous drapez votre discours des habits dorés de la protection de l’école publique, de la défense des élèves, ou d’autres lieux communs pour faire oublier à la population que vous demandez des augmentations salariales de 13,5 % sur trois ans et de pouvoir continuer à travailler 32 heures par semaine tout en étant payés sur la base de 40. C’est ça l’enjeu; vous le savez et les citoyens le savent aussi. Vos drapeaux ne sont que le symbole de cette tromperie.

Au fond, on aimerait bien vous donner raison. Vous éduquez nos enfants, et pour vous accommoder dans cette tâche, on vous donnerait tout ce que vous demandez et bien davantage. C’est vrai, pourquoi devriez-vous travailler 32 heures par semaine quand le chômage est si élevé ? Travaillez-en 16 et nous doublerons le nombre d’enseignants. Pourquoi se contenter de 13,5 % sur trois ans ; doublons votre salaire. N’oublions pas non plus la toilette en or jouxtant la salle des profs.

La réalité, pourtant, c’est qu’il existe une capacité de payer qui finit par être atteinte dans n’importe quelle société. La loi de White stipule que le développement économique découle de l’énergie disponible per capita. Augmentez la quantité d’énergie accessible et rien n’est impossible. C’était d’ailleurs là un discours typique des années 60, avant que la réalité d’un monde fini ne fasse son apparition au début de la décennie suivante, alors que les États-Unis atteignaient leur pic pétrolier (1971) et qu’était publié l’année suivante « Les limites de la croissance », un rapport majeur faisant état d’une réalité pourtant accessible à n’importe quel enfant – ou enseignant -, à savoir que la croissance infinie sur une planète finie est impossible.

D’ailleurs, il suffirait de vous demander de regarder autour de vous, de questionner vos proches, de humer un peu l’air pour y déceler les parfums du déclin. Connaissez-vous beaucoup de travailleurs qui se sont enrichis depuis quarante ans ? À l’époque, un seul salaire permettait de faire vivre toute une famille. Aujourd’hui, même deux ne suffisent plus toujours. La vie est devenue beaucoup plus dure pour beaucoup de gens, et ce n’est pas la conséquence d’un affaiblissement du rapport de force collectif, comme veut le faire croire la fable syndicale, mais simplement une conséquence prévisible de la baisse de l’énergie disponible per capita. La population augmente, mais l’énergie disponible stagne ou diminue. Avant, la tarte grandissait pour tout le monde, mais aujourd’hui, si on donne une pointe plus grosse à un groupe, c’est qu’il y en aura moins pour les autres.

Bref, alors que la population québécoise doit travailler de plus en plus fort, pour des salaires qui peinent à rejoindre l’inflation, pourquoi devriez-vous, chers enseignants, faire partie d’une sorte de caste privilégiée ? Pourquoi devrait-on hausser les impôts, les taxes, les tarifs d’Hydro-Québec ou autres pour défendre votre groupe plutôt qu’un autre ?

On ne peut qu’appuyer en pensée votre cause et vos propos. Tout le monde aimerait une école publique mieux financée, une classe moyenne prospère et vigoureuse, des enseignants heureux partageant un savoir nécessaire à bâtir l’âge d’or que nous promettent les lendemains qui chantent.

La réalité doit toutefois primer sur nos fantasmes et la réalité de notre déclin est un fardeau qui doit être partagé par tout le monde, sans qu’un groupe puisse, aux dépens des autres, s’en dispenser. Cela est valide pour les enseignants, mais également pour n’importe quel autre groupe au sein de la société : chacun doit faire sa part.

Enseignants, vous êtes payés pour enseigner, vous avez des conditions de travail avantageuses par rapport à une grande partie de la population. Rangez vos bannières et retournez enseigner.

Le Québec sous la table des décisions
20 octobre 2015

Philippe Couillard a affirmé, au lendemain des élections fédérales, que le résultat démontrait non seulement que le déclin du mouvement indépendantiste se poursuivait, mais également que le Québec serait « de retour à la table des décisions » puisqu’il a appuyé avec force le nouveau gouvernement libéral. Au contraire, le résultat de ces élections a achevé de discréditer le Québec en tant que force dont il faut tenir compte. Nous ne sommes pas à la table ; nous sommes sous la table, tels des appui-pieds de piètre qualité.

Il y a un peu plus d’un siècle, l’ancien premier ministre canadien Wilfrid Laurier, alors questionné par Henri Bourassa quant à sa décision de participer à la guerre des Boers malgré la forte opposition du Québec, avait déclaré ne pas avoir à tenir compte du Québec dans ses décisions parce que « la province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments ».

En effet, comment analyser autrement le comportement politique de gens votant indifféremment tantôt pour le NPD (centralisateur, centre-gauche, pro-environnement) ou pour le PCC (décentralisateur, droite, anti-environnement) ? Les mêmes personnes, à Québec notamment, ont pu mettre un « X » en 2011 pour un parti voulant s’attaquer aux mieux-nantis et lutter contre les changements climatiques, puis mettre le même « X » cette fois-ci pour un parti proposant exactement le contraire.

Ce magasinage politique, où les gens refusent de s’attacher à un parti représentant leurs valeurs, se contentant de suivre la vague, ne permet pas au Québec de prendre sa place à la table des décisions, mais assure plutôt que les partis politiques canadiens ne chercheront plus à prendre en considération le Québec, peu importe leurs décisions.

Pensons-y un instant. Pourquoi un parti fédéral se donnerait-il la peine d’écouter les revendications du Québec dans le cadre de l’élaboration de ses politiques, si le Québec ne vote pas en fonction des dites politiques ? Pourquoi Justin Trudeau déciderait-il en fonction du Québec s’il sait que la moitié de ses appuis ici provient de comtés anglicisés ou à forte proportion d’immigrants où un cochon peint en rouge gagnerait, et l’autre moitié de gens qui « suivent la vague » et n’ont rien à foutre de ce qu’il fait ?

Remarquons que le calcul politique était le même pour le Parti conservateur. La poignée de députés du PCC dans la région de Québec et en Beauce a-t-elle permis au Québec d’être à la table des décisions ? A-t-on vu beaucoup de députés conservateurs du Québec prendre des positions courageuses depuis quatre ans, comme la défense de notre fleuve contre l’oléoduc tant honni ou d’autres enjeux environnementaux ? Bien sûr que non. Ces régions sont acquises, et les mandarins du PCC savent que le Québec ne compte pas : on n’y gagne pas ailleurs en fonction des politiques, mais sur de simples états d’âme.

Depuis l’étrange et honnête aveu de Laurier il y a un siècle, et jusqu’à aujourd’hui, le Québec n’a été à la table des décisions que lorsqu’il a donné avec force son appui à un parti remettant en question notre appartenance au Canada. On n’a jamais autant écouté le Québec qu’entre 1960 et 1995. Le Québec, alors, était sur toutes les lèvres. Le Québec, en votant de manière cohérente et selon les politiques proposées, a forcé des modifications majeures au fonctionnement de l’État canadien. Le Québec était à la table lorsque ses citoyens ont cessé de voter selon leurs sentiments et qu’ils ont embrassé avec force l’idée indépendantiste. Nous étions assis sur la table, et nous avons forcé le Canada à négocier.

Ce n’est donc pas le déclin du mouvement indépendantiste ou le retour à la table des décisions du Québec qu’il faut célébrer aujourd’hui. Il s’agit plutôt du déclin de la force politique du Québec et notre retour non pas en tant que puissance dont le Canada doit tenir compte, mais plutôt comme des enfants un peu bébêtes et sentimentaux, qui jouent sous la table pendant que se prennent les décisions des grands.

Lent déclin
25 février 2014

On apprenait aujourd’hui qu’une société d’État québécoise allait couper jusqu’à 3% des heures de ses employés au courant de la prochaine année. Malgré une augmentation des ventes, l’achalandage serait en diminution, ce qui expliquerait de telles coupes. La situation à laquelle ont à faire face ces employés ressemble beaucoup à ce qui adviendra de l’ensemble de la société.

Lorsque nous étions dans la partie montante de la courbe de la consommation des énergies fossiles, tout était prévisible lorsqu’on travaillait pour une société d’État syndiquée : l’ancienneté augmentait constamment, les salaires suivaient grosso modo le coût de la vie ; le futur n’était peut-être pas toujours rose, mais il était plus rose que gris. Si la richesse, la vraie — à ne pas confondre avec la monnaie, qui sert à répartir cette richesse — consiste en un ratio définissant la quantité d’énergie disponible par capita, il ne fait aucun doute que jusqu’aux années 70 en Amérique du Nord (pic pétrolier des États-Unis en 1970 ou 1971) ou 2005 sur la planète en général (pic pétrolier glocal), le futur était meilleur que le passé.

Cette vision des choses allait de pair avec la Foi dans le progrès, notre véritable religion laïque, celle qui a été embrassée dès le 18e siècle en France et aux États-Unis, puis au tournant des années 1960 au Québec. Quand on considère l’Histoire comme étant linéaire, quand on croit que hier était le repaire des barbares et demain celui de la crème et des fraises, cela aide de voir son niveau de vie augmenter d’année en année. Sinon, comment avoir la foi ? Comment croire que notre situation serait à ce point exceptionnelle que nous échapperions à la fin tragique de toutes les autres civilisations avant la nôtre ?

Désormais, notre foi est en crise. Le futur ne sera jamais plus beau que le présent. Il sera laid. Pas laid d’une manière apocalyptique, mais plutôt laid comme ce que John Michael Greer appelle un « effondrement catabolique ». Cet effondrement se caractérise par des crises amenant une réduction de la complexité, elle-même entraînant un répit jusqu’à une autre crise, puis une autre réduction de la complexité, et cela jusqu’à l’effondrement final, plusieurs siècles plus tard.

Il n’y a pas de porte de sortie à cette situation qui est la nôtre. À partir du moment où le pétrole, le sang de notre économie, devient plus rare et plus coûteux en énergie à extraire, nos ressources doivent être déviées vers cette extraction, asphyxiant progressivement le reste de l’économie. Toute tentative de créer de grands projets pour lutter contre ce problème se butte à ce qui avait déjà été défini dans le classique « Les limites de la croissance », publié en 1972, et qui expliquait que tout projet nécessitait des ressources qui manqueraient alors aux besoins fondamentaux.

Cela nous ramène à nos employés de la société d’État. S’ils veulent lutter contre les coupures que leur impose indirectement un État en manque de ressources, ils devront s’organiser. Ils sont syndiqués, donc ils peuvent s’organiser syndicalement. Or, pour cela, ils ont besoin d’être prêts à faire des sacrifices. Ils peuvent, notamment faire la grève lors du renouvellement de leur convention collective. Ils auront bien sûr un peu d’argent de leur organisation syndicale, mais s’ils veulent faire la grève, ils devront se mettre eux-mêmes, chaque employé, de l’argent de côté en prévision ce celle-ci.

Si vous avez bien suivi ma logique, vous comprenez le problème : toute somme d’argent qui sera mise de côté afin de préparer une lutte contre les coupures devra être prélevée de revenus qui sont déjà en décroissance à cause de ces mêmes coupures. Concrètement : si un employé n’a plus d’heures, comment se mettra-t-il de l’argent de côté ? Il peut bien sûr couper ailleurs, mais au final, cet « ailleurs » finira toujours par avoir un impact sur quelqu’un d’autre. Si cela se trouve, ce sont les coupures d’autres entreprises qui ont mené à des choix ayant poussé nombre de consommateurs à se priver du service de la dite société d’État.

On se trouve alors dans un cercle vicieux, où chaque coupure en entraîne de nouvelles. Il s’agit d’une dépression, mais contrairement à celle des années 1930, celle-ci n’aura pas de fin avant très, très longtemps.

D’ici là, mieux vaut attacher sa tuque. Nous n’avons peut-être pas appris à considérer l’Histoire d’une manière linéaire, mais celle-ci n’en a rien à foutre. Nos villes sont bâties sur les ruines de civilisations ayant, eux aussi, cru qu’on pouvait croître à jamais dans un environnement fini.

Le marchandage vert des Cowboys Fringants
11 février 2014

Récemment, le groupe de musique Les Cowboys Fringants annonçait sur sa page Facebook avoir réalisé une tournée « verte » pour son album « Que du vent ». Les 105 683 kilomètres parcourus seront « compensés » par la plantation de 624 arbres, ce qui en ferait, selon les musiciens, une tournée éco-neutre. Ce projet est même en nomination aux Vivats de l’environnement. Les félicitations d’usage des fans n’ont pas manqué, mais une question demeure : les Cowboys sont-ils vraiment verts ou tentent-ils plutôt de marchander ce qui ne pourra jamais l’être ?

Il y a deux raisons pourquoi ce calcul environnemental est malsain. D’abord, et au mieux de mes connaissances, on ne prend pas en compte les impacts indirects de la tournée, dont les coûts environnementaux menant à la construction du ou des véhicules utilisés, l’électricité et le matériel nécessaire pour les spectacles, de même que le déplacement de tous les spectateurs vers les lieux du spectacle. En mettant d’un côté les kilomètres et de l’autre les arbres, on agit comme si les véhicules apparaissaient au début de la tournée et disparaissaient par la suite, sans aucun impact de quelque autre acteur dans le calcul. On ne prend pas en compte, par exemple, le fait que plusieurs automobiles se sont approchées de leur fin de vie avec cette tournée et qu’il y aura des impacts environnementaux pour disposer de la ferraille par la suite.

Par ailleurs, ce calcul contribue à déresponsabiliser la population de ses choix environnementaux. Ainsi, si 105 683 kilomètres sont compensés par 624 arbres, on peut donc déduire qu’un arbre vaut 196 kilomètres. Moi, par exemple, ayant une terre de 10,5 hectares et donc peut-être 50 000 arbres, je pourrais donc conduire en toute impunité sur plus de 10,6 millions de kilomètres, soit près de 14 allers-retours vers la Lune. Y a-t-il une seule personne qui peut sérieusement croire que cela serait responsable et « éco-neutre » pour la planète ? Si on extrapolait, n’importe qui pourrait planter des arbres — et qui parle d’en prendre soin ; c’est facile de planter, mais plus difficile de leur assurer une vie longue à l’abri des tronçonneuses — pour ensuite prendre son VUS préféré et aller manger des kilomètres pour le plaisir. À ce jeu, les plus grands défenseurs de l’environnement sont peut-être les ruraux qui vont assister au Monster Spectacular une fois l’an au Stade olympique de Montréal !

Cette manière de calculer, de tenter de négocier avec la planète, ne peut nous faire oublier les étapes classiques d’un deuil, dans ce cas-ci de celui de la civilisation industrielle : déni, colère, marchandage, dépression et acceptation. Les Cowboys, comme beaucoup d’entre nous, en sont au troisième stade : après avoir beaucoup dénoncé, dans leurs chansons ou ailleurs, les conséquences néfastes de notre mode de vie, ils tentent de marchander : « Peut-être pourrions-nous conserver notre mode de vie si nous faisons [ceci] ou [cela] ». Malheureusement pour eux — et pour nous — on ne marchande pas avec la planète. On ne peut pas davantage maintenir un mode de vie inadéquat en plantant quelques arbres qu’on peut négocier quelques années supplémentaires avec le gars à la faucheuse quand l’heure est venue.

Si on fait remarquer cela aux fans, la réaction est habituelle : « Mais, mais… Au moins ils font quelque chose ! C’est mieux que rien ! ». Vraiment ? Est-ce VRAIMENT mieux que rien ? À mon avis, et avec tout le respect que j’ai pour les Cowboys Fringants et pour leur excellente musique, il aurait été mieux pour l’environnement de ne rien faire, c’est-à-dire ne pas faire de tournée et de ne pas planter d’arbres. Quand on est sur un cours d’eau et qu’on fonce vers la chute, la question n’est pas de ralentir la progression, mais de l’arrêter. En faisant tous ces kilomètres, et malgré les arbres plantés, le groupe a contribué à une pollution et à une déplétion d’énergies fossiles non renouvelables. Il aurait mieux fallu ne rien faire.

Le vrai changement vert ne sera probablement jamais mis en œuvre ni par les Cowboys, ni par nous. Il y a trop à gagner, individuellement, à s’accrocher à la civilisation industrielle telle que nous la connaissons. Si les Cowboys Fringants voulaient changer les choses, ils le pourraient simplement : mettre fin aux tournées en-dehors du sud du Québec, faire des concerts seulement dans des villes où on peut se déplacer en train, faire un concert acoustique sans électricité, le faire le jour pour profiter de la lumière, ne pas accepter de vendre des billets à quiconque habite plus loin que 20 kilomètres du lieu du concert, etc. Je ne retiendrai pas mon souffle : cela n’arrivera pas volontairement. Un jour, la plupart de ces propositions seront appliquées, mais ce sera parce que l’énergie coûtera trop cher pour être gaspillée comme elle l’est actuellement, même en échange de quelques arbres.

On ne marchande pas avec la planète. Les Cowboys Fringants gagneront peut-être un prix, mais nous serions tous perdants si nous devions faire la promotion de l’idée selon laquelle on peut se permettre tous les excès en échange de quelques centaines d’arbres. Le vrai changement commence en chacun de nous par la réduction de notre dépendance au pétrole et par une économie de l’énergie. Toute autre conception, au final, ne sera « Que du vent »…