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La ségrégation féministe
11 décembre 2015

Comment sait-on qu’un mouvement est agonisant? Il se retire de la réalité et tente d’abolir tout point de contact, toute possibilité d’ouverture avec des idées étrangères à celles du groupe. Plutôt que de chercher à convaincre le reste de la population de la justesse de ses idées, il n’existe plus que par lui-même et pour lui-même, telle une secte s’auto-satisfaisant. Le féminisme en est peut-être rendu là aujourd’hui, alors qu’une manifestation hallucinée «transinclusive» et interdite aux hommes (incluant les journalistes mâles) se tenait dans les rues de Montréal mardi dernier.

Les organisatrices de cette activité ne se sont même pas donné la peine d’imaginer un semblant d’ouverture envers le sexe tant honni, ces méchants hommes responsables, à leurs yeux, de tous les maux de la Terre. Si tu as un pénis, désolé, tu ne passes pas. On parle de non-mixité en utilisant à peu près les mêmes termes que ceux utilisés par les Blancs sud-africains justifiant la ségrégation sous le régime de l’Apartheid. Chacun chez soi, chacun dans sa communauté, chacun avec les siens, et surtout pas de dialogue.

Ce concept de non-mixité (ou de ségrégation, qui est le mot juste) tire son origine d’une tendance de plus en plus lourde au sein notamment d’universités américaines, celle du «safe space» (espace sécurisé), qui s’appliquait à l’origine aux milieux homosexuels ou transsexuels, mais qui se répand de plus en plus. En clair, on offre à l’individu un endroit où il peut exprimer son identité ou ses idées propres sans jamais être inquiété par des gens qui pourraient avoir une conception différente de la réalité. Il s’agit d’une forme de facebookisation sociale, où il devient possible d’éliminer toute dissension et de vivre exclusivement au sein d’un cercle social partageant ses points de vue.

Par exemple, Erika Christakis, une professeure de Yale, a mis fin à sa carrière d’enseignante cette semaine, après qu’un tollé ait suivi son questionnement d’une directive demandant aux étudiants de ne pas choisir de costumes d’Halloween offensants. Des étudiants ont demandé sa démission, arguant qu’ils ne se sentaient plus «en sécurité» et qu’on ne devait pas tolérer une telle remise en question de leur «safe-space». Situation semblable à l’Université d’Ottawa, où on a annulé un cours de yoga sous prétexte qu’il s’agissait d’une «appropriation culturelle» et que des gens en avaient été offensés (et donc brimés dans leur droit au «safe-space»). Autre cas au Smith College du Massachusetts, où les manifestants ont interdit l’accès à tout journaliste ne faisant pas un serment d’allégeance à leur égard. Avouons toute de même qu’il y a toute une évolution d’une génération contestataire s’étant opposée à la guerre du Viet Nam à une génération de bébés gâtés incapables d’accepter qu’existent d’autres points de vue que les leurs…

C’est ce type de comportements qui mine actuellement la crédibilité d’une manifestation comme celle de mardi. Les organisatrices voulaient créer un «safe-space» et elles semblaient prêtes à écraser quiconque viendrait remettre en question leur conception de la réalité. Ainsi, plusieurs personnes qui ont demandé des éclaircissements quant à leur politique de ségrégation se sont fait insulter par des participantes, puis censurées par les administratrices. S’appuyant sur leurs fantasmes d’une société soi-disant dominée par les hommes où existerait une ségrégation naturelle contre les femmes, ces dernières ont considéré qu’elles étaient en droit d’opérer le même type de discrimination, mais à l’inverse. Sous prétexte d’une injustice imaginée, elles semblent en demander une autre, celle de l’exclusion de toute personne ne partageant pas leur point de vue exalté ; une expulsion basée sur le sexe pour les hommes, et sur les idées pour les femmes n’embarquant pas dans leur délire féminocentriste.

Cette fixation à propos du «safe space» remet en question l’objectif même d’une manifestation: convaincre la population. Pas se convaincre soi-même, pas parler à d’autres vulvocrates qui croient que nous vivons sous un patriarcat encourageant la culture du viol et autre sottise. Non. Parler à la population, au citoyen lambda pour qui l’égalité entre les hommes et les femmes est relativement acquise et qui ne voit pas en quoi les femmes pourraient se sentir infériorisées en 2015. Ce sont ces gens-là qu’il faut convaincre, et on ne les convaincra pas en évitant de confronter leurs idées ou en excluant la moitié de l’humanité de sa cause.

Le féminisme, risquons-nous à le dire, est agonisant précisément parce que beaucoup de celles qui le prônent ont préféré la sécurité au dialogue. Confronter ses idées, c’est difficile, ça fait mal. Ça force à se remettre en question. Ça force à se sortir de sa zone de confort. Il s’agit d’une activité intellectuelle périlleuse demandant l’effort d’une actualisation de ses idées et d’une confrontation à la réalité.

Quand on refuse cette confrontation, on se replie sur soi, on ferme la porte, ça sent le renfermé, ça sent les petits pieds, et on organise des activités ségrégationnistes comme cette manifestation et on contribue à achever de détruire ce qui pouvait rester de crédibilité à un mouvement autrefois utile, mais devenu anachronique.

En cette ère d’austérité, ne serait-il pas temps de revoir le financement accordé aux organisations et aux programmes d’études féministes, qui constituent le terreau fertile d’un tel sexisme revanchard?

Les brassières à Trudeau
6 novembre 2015

Certains commentateurs ont qualifié de « réponse parfaite » la réplique de Justin Trudeau selon laquelle la principale raison justifiant la parité hommes-femmes dans son Conseil des ministres serait « qu’on est en 2015 ». Wow ! Si c’est cela une réponse parfaite, alors disons qu’elle est parfaitement ridicule.

La définition du sexisme, à la base, c’est de choisir quelqu’un non pas en fonction de ses compétences, mais de son sexe. Ça n’a rien à voir avec le fait d’être en 1970 ou en 2015. Le discours féministe, à une époque où il était nécessaire et avant qu’il ne devienne un paravent camouflant les idées d’une minorité revancharde, visait précisément à ce que la femme soit sélectionnée non pas en fonction de son sexe, mais de sa capacité à faire le même travail qu’un homme. Toute l’idée féministe s’est bâtie sur cette simple réalité et c’est ainsi qu’une égalité effective a été atteinte, voire dépassée dans plusieurs domaines.

Or, quand on choisit des ministres non pas en fonction de leurs qualifications, mais de leur sexe, n’est-ce pas là la base même du sexisme? Ce n’est tout de même pas de la faute des hommes si ceux-ci s’intéressent davantage à la politique que les femmes. Regardez n’importe quelle garderie : les petits garçons jouent à des jeux de guerre, d’affrontements, des jeux physiques, et les jeunes filles préfèrent très souvent la poupée. On appelle cela la biologie : les instincts guerriers de l’homme chasseur et les instincts protecteurs de la femme qui prend soin de ses enfants. La politique étant ce qu’elle est, on y réussit davantage avec des coups bas qu’en cuisinant des gâteaux à ses adversaires. Et la vie étant ce qu’elle est, on retrouve beaucoup plus de femmes dans des métiers mettant à profit leur nature protectrice.

Affirmer, comme le fait Trudeau, qu’une telle politique allait de soi « parce qu’on est en 2015 » sous-entend qu’un homme ne peut pas aussi bien représenter une femme qu’une autre femme. Soit. Dans ce cas, pourquoi ne pas imposer la parité à d’autres secteurs, par exemple dans les hôpitaux ou les écoles ? Pourquoi les jeunes garçons devraient-ils tolérer d’être éduqués par une majorité de femmes alors qu’ils forment près de 50% des élèves ? Pourquoi la majorité des employés des hôpitaux devraient-ils être des femmes tandis que la moitié des patients sont des hommes ? Si on exclut volontairement des hommes compétents d’un poste de ministre, pourquoi ne devrait-on pas écarter des femmes capables d’autres métiers ? Si c’est bon pour pitou, c’est bon pour les minettes.

Cette idée d’imposer des quotas de femmes dans des milieux à prédominance masculine n’est pas nouvelle. Dans notre société matriarcale, on célèbre constamment les femmes qui font des métiers non traditionnels. Pas plus tard que la semaine dernière, un quotidien montréalais vantait les femmes dans le domaine de la construction et il suffit de mettre les pieds dans n’importe quel cégep pour voir placardées un peu partout des affiches vantant un concours « Chapeau, les filles ! » qui récompense les femmes choisissant des métiers habituellement sélectionnés par les hommes. J’espère ne choquer personne ici en notant qu’on ne vante pas souvent dans le journal des hommes ayant choisi de devenir des coiffeurs ou des infirmiers et qu’il n’y a pas de concours « Chapeau, les gars ! » pour inciter ceux-ci à devenir couturiers ou responsables de garderies. Le sexisme, comme les quotas, va toujours à sens unique.

La seule chose qui soit pertinente dans la réponse de Trudeau, au final, c’est qu’il réalise que nous sommes en 2015 et que l’ère du brûlage de brassières est terminée. C’est un bon départ. Maintenant, s’il sortait un peu de ses quartiers bourgeois et qu’il conversait avec la population, il verrait que pour le citoyen ordinaire, ces idées de quotas du sexe sont dépassées et qu’il ne souhaite qu’une seule chose : des politiciens compétents. C’est beaucoup demandé, je sais, mais a-t-on un autre choix ?