Archive for the ‘enseignants’ Category

Le goulag syndical
11 novembre 2015

À quelques jours d’un nouveau débrayage dans le monde de l’éducation, il est bon de se rappeler que ce ne sont pas tous les professeurs qui appuient cette mesure. Plusieurs d’entre eux ont pris ouvertement position contre la grève. La question n’est donc pas de savoir s’il y a des dissidents, mais plutôt de savoir pourquoi ceux-ci seraient obligés de se soumettre à la décision d’un monopole syndical.

Soulignons d’entrée de jeu que la liberté syndicale n’existe pas au Québec. Bien sûr, on a le droit d’être membre d’un syndicat, mais, contrairement à un pays comme la France, il n’est pas possible pour deux employés d’un même secteur d’entreprise d’être membres de deux syndicats différents; le syndicat a le monopole de l’accréditation dans le secteur déterminé. On ne permet pas non plus à un employé de choisir de ne pas cotiser à un syndicat, même s’il refuse d’en être membre. C’est la formule Rand.

En d’autres mots: même si ton syndicat ne te représente pas correctement, même s’il coupe le micro de ceux qui s’opposent à ses propositions, même s’il magouille pour arriver à ses fins, tu es obligé non seulement de lui payer des cotisations, mais en plus on t’interdit de devenir membre d’un syndicat concurrent.

La logique est celle-ci: c’est le groupe qui passe en premier, et puisque toute pluralité des idées et des voix risquerait d’en affaiblir l’unité, tous les moyens sont bons pour éliminer la dissidence.

À petite échelle, cette logique fait penser aux anciennes républiques socialistes des pays de l’Est. Ces pays communistes se targuaient d’être des démocraties populaires. Sur le papier, le comité de travailleurs soumettait ses idées et les délégués remontaient les suggestions jusqu’en haut, où l’exécutif se devait d’appliquer les décisions de la base. En réalité, tout le monde sait que c’étaient le premier secrétaire-général et son entourage qui prenaient les décisions. C’est ce qui se produit dans n’importe quel régime avec un parti unique: le pouvoir se concentre entre quelques mains et, toujours au nom de la majorité, on brime toute forme de dissidence. C’est le groupe qui compte, toujours le groupe. On peut se permettre n’importe quoi quand on le fait au nom d’un groupe. La solidarité y est forcée pour les uns, et le goulag assuré pour d’autres.

Qui a peur du pluralisme syndical?

Si le pluralisme syndical existait au Québec, ce ne serait pas la fin du mouvement syndical, loin de là. Plutôt que d’avoir des syndicats-partis-uniques qui prétendent représenter des travailleurs captifs et dont les dirigeants doivent manigancer pour se maintenir au pouvoir, chaque employé serait libre d’être membre du syndicat de son choix, ou même de ne pas être membre du tout s’il croit en son rapport de force individuel.

Ainsi, au sein d’un même corps d’enseignants, pour reprendre l’exemple actuel, il pourrait y avoir trois ou quatre syndicats différents, chacun en compétition avec les autres pour garder leurs membres (et leurs cotisations). Chaque syndicat aurait sa propre orientation idéologique, sa propre échelle salariale, et il serait libre de s’allier ou non aux autres dans le cadre de moyens de pression communs.

Ce système n’empêcherait pas les grèves, mais il en limiterait parfois l’ampleur. Il offrirait un choix aux travailleurs: être membre d’un syndicat, d’un autre, ou d’aucun. Ceux qui ne sont pas satisfaits des décisions prises par leurs représentants pourraient au moins voter avec leurs pieds. Pas besoin du mur de Berlin qu’est la formule Rand pour empêcher les travailleurs de s’enfuir. Beaucoup moins de micros coupés en perspective ou de membres qui ont peur de représailles s’ils s’expriment librement.

Les syndicats, eux-mêmes, y gagneraient. Leurs structures n’auraient de choix d’être moins lourdes et la minorité d’apparatchiks sans scrupules qui y sévit devrait céder le pas à des gens plus soucieux de s’attirer les faveurs des membres. La crédibilité sociale de ces organisations s’en trouverait augmentée.

En attendant, on connaît la recette. Les bannières, les «so-so-so», les parents frustrés, les grands discours sur l’éducation camouflant les hausses salariales indécentes. Et peut-être aussi des syndiqués anonymes, dans quelque maison de banlieue, qui garderont gratuitement des enfants privés d’école, parce que c’est là leur seule résistance: la vraie solidarité…

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Rangez vos bannières et retournez enseigner !
27 octobre 2015

Vous êtes beaux tout de même, enseignants sur le bord du trottoir, avec vos drapeaux d’une quelconque centrale syndicale, à brandir vos étendards à la face des automobilistes comme si vous pouviez ainsi l’imprimer sur leurs rétines. Pensez-vous sérieusement que parce que vous agitez « CSN » 1000 fois dans la journée les citoyens vont davantage vous appuyer ? Vous êtes enseignants, retournez enseigner, c’est ça que la population veut.

Oh, vous êtes intelligents. Il le faut bien pour enseigner. Vous drapez votre discours des habits dorés de la protection de l’école publique, de la défense des élèves, ou d’autres lieux communs pour faire oublier à la population que vous demandez des augmentations salariales de 13,5 % sur trois ans et de pouvoir continuer à travailler 32 heures par semaine tout en étant payés sur la base de 40. C’est ça l’enjeu; vous le savez et les citoyens le savent aussi. Vos drapeaux ne sont que le symbole de cette tromperie.

Au fond, on aimerait bien vous donner raison. Vous éduquez nos enfants, et pour vous accommoder dans cette tâche, on vous donnerait tout ce que vous demandez et bien davantage. C’est vrai, pourquoi devriez-vous travailler 32 heures par semaine quand le chômage est si élevé ? Travaillez-en 16 et nous doublerons le nombre d’enseignants. Pourquoi se contenter de 13,5 % sur trois ans ; doublons votre salaire. N’oublions pas non plus la toilette en or jouxtant la salle des profs.

La réalité, pourtant, c’est qu’il existe une capacité de payer qui finit par être atteinte dans n’importe quelle société. La loi de White stipule que le développement économique découle de l’énergie disponible per capita. Augmentez la quantité d’énergie accessible et rien n’est impossible. C’était d’ailleurs là un discours typique des années 60, avant que la réalité d’un monde fini ne fasse son apparition au début de la décennie suivante, alors que les États-Unis atteignaient leur pic pétrolier (1971) et qu’était publié l’année suivante « Les limites de la croissance », un rapport majeur faisant état d’une réalité pourtant accessible à n’importe quel enfant – ou enseignant -, à savoir que la croissance infinie sur une planète finie est impossible.

D’ailleurs, il suffirait de vous demander de regarder autour de vous, de questionner vos proches, de humer un peu l’air pour y déceler les parfums du déclin. Connaissez-vous beaucoup de travailleurs qui se sont enrichis depuis quarante ans ? À l’époque, un seul salaire permettait de faire vivre toute une famille. Aujourd’hui, même deux ne suffisent plus toujours. La vie est devenue beaucoup plus dure pour beaucoup de gens, et ce n’est pas la conséquence d’un affaiblissement du rapport de force collectif, comme veut le faire croire la fable syndicale, mais simplement une conséquence prévisible de la baisse de l’énergie disponible per capita. La population augmente, mais l’énergie disponible stagne ou diminue. Avant, la tarte grandissait pour tout le monde, mais aujourd’hui, si on donne une pointe plus grosse à un groupe, c’est qu’il y en aura moins pour les autres.

Bref, alors que la population québécoise doit travailler de plus en plus fort, pour des salaires qui peinent à rejoindre l’inflation, pourquoi devriez-vous, chers enseignants, faire partie d’une sorte de caste privilégiée ? Pourquoi devrait-on hausser les impôts, les taxes, les tarifs d’Hydro-Québec ou autres pour défendre votre groupe plutôt qu’un autre ?

On ne peut qu’appuyer en pensée votre cause et vos propos. Tout le monde aimerait une école publique mieux financée, une classe moyenne prospère et vigoureuse, des enseignants heureux partageant un savoir nécessaire à bâtir l’âge d’or que nous promettent les lendemains qui chantent.

La réalité doit toutefois primer sur nos fantasmes et la réalité de notre déclin est un fardeau qui doit être partagé par tout le monde, sans qu’un groupe puisse, aux dépens des autres, s’en dispenser. Cela est valide pour les enseignants, mais également pour n’importe quel autre groupe au sein de la société : chacun doit faire sa part.

Enseignants, vous êtes payés pour enseigner, vous avez des conditions de travail avantageuses par rapport à une grande partie de la population. Rangez vos bannières et retournez enseigner.