Archive for the ‘Canada’ Category

Une race de ti-counes
3 mai 2011

Qu’on me pardonne de parler ainsi du peuple québécois, mais ce sont les seuls mots qui me viennent en tête. On parle ici d’un peuple luttant pour sa survie depuis des siècles, faisant face à un ethnocide de la part du gouvernement canadien, tentant de s’émanciper depuis des décennies, de se libérer d’un pays qui fait tout pour éliminer sa langue et en faire une ethnie parmi d’autres. Et ce soir, c’est un vote ethnique qui a propulsé le NPD vers les étoiles et presque rayé le Bloc Québécois de la carte. Un vote ethnique, celui de la race des ti-counes.

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Des ti-counes, tellement ignorants, tellement sans colonne, tellement abrutis par le poids d’un destin trop lourd pour eux, qui ont décidé de voter pour Ruth-Ellen Brosseau, une unilingue anglophone ayant choisi de prendre des vacances à Las Vegas pendant la campagne électorale. Une race de ti-counes ayant voté pour Tyrone Benskin, à peu près incapable d’aligner trois ou quatre mots dans notre langue.

Soyons honnêtes: les Québécois font les choses en grand. Pas question de se faire violence à moitié. Tant qu’à renier ce que nous sommes, à s’écraser devant la nation canadienne, on le fait de manière totale et absolue: on élimine le seul parti qui était réellement à notre service et on appuie des candidats tellement étrangers à ce que nous sommes qu’ils ne connaissent ni notre langue, ni notre culture, ni notre identité, ni nos régions, ni rien de nous. On a décidé de se suicider collectivement, mais pas question pour nous d’agoniser pendant des décennies à souffrir le lent martyr d’une destruction arrachée péniblement par un gouvernement étranger devant se battre contre le rempart de notre volonté de survivre. Nenni. On se tue, mais on se tue élégamment; on détruit ce qui nous représente, on vote pour le symbole le plus éloquent de notre futur: des candidats avec un nom à consonance francophone mais qui ont perdu leur langue. On fait les choses comme il faut; il y a de la beauté dans ce suicide.

Certains diront: ah, mais ce n’est pas si pire, il y a ce bon Jack! Oui, qu’il est doux le sourire de ce bon Jack! Qu’il est agréable de se faire dire « travaillons ensemble » pendant que ce même Jack votait contre une résolution du Bloc, en 2008, demandant que le Québec puisse se soustraire au multiculturalisme à la canadienne. Pour ce bon Jack, voyez-vous, les Québécois forment une ethnie parmi d’autres, au même titre que les Sikhs de Toronto qui lui ont mis un turban sur la tête et l’ont acclamé avec vigueur. Oui, on l’adore ce bon Jack! Ce bon vieux Jack qui a voté contre la demande du Bloc d’accorder le pouvoir au Québec de se retirer de programmes fédéraux violant les compétences du Québec. Mais on l’aime, ce bon Jack!

Nous ne voulons plus être petits. « Think big, stie », disait Elvis Gratton. Nous voulons conquérir le monde. Nous voulons qu’on nous reconnaisse comme des géants. C’est fait. Nous sommes maintenant un objet de rigolade pour tous ceux qui s’intéressent le moindrement à la politique. Un peuple de consanguins ayant opéré une gigantesque vague de droite adéquiste en 2007 pour ensuite, quatre ans plus tard, en opérer une de gauche pour le NPD. Nous sommes une farce, le summum du ridicule qu’on érige en désir de changement, celui d’un peuple de dégénérés tellement illettrés et abrutis que ceux-ci ne voient même pas la contradiction entre ces deux votes. Nous avons un tel désir, enfoui au fond de nous, de mourir, de crever de cette mort qui attend tous les peuples vaincus et qui ont cessé de croire en eux-mêmes, que nous avons rendu le Bloc Québécois, le seul parti qui nous défendait effectivement contre la nation canadienne, responsable d’un blocage qui était, dans le faits, celui d’une fédération incapable de satisfaire nos aspirations.

Méritons-nous encore de vivre et de survivre? J’en doute. Des individus me donnent envie de le croire. Mais une masse, la masse de l’ignorance qu’on confond avec la passion me laisse ce goût amer d’un venin qu’on a distillé dans nos veines depuis trop longtemps et qui a fini par gangrener jusqu’à notre capacité à nous imaginer libres. Notre choix ne semble plus se résumer qu’à un blocage permanent dans une fédération canadienne que nous n’avons pas le courage d’affronter, trop pleutres que nous sommes, ou à embrasser un parti typiquement canadien et tout à fait hostile à ce qui pourrait permettre à notre nation de réellement s’émanciper.

Cette race de ti-counes, c’est la nôtre. Des ti-counes de classe mondiale, devenus la risée de la planète, ce peuple qui vit en suspens depuis une génération parce qu’il est trop peureux pour se donner un pays et trop stupide pour accepter consciemment sa propre disparition.

« La démocratie a parlé » a dit Gilles Duceppe avant d’annoncer sa démission. Oui, la démocratie a parlé. La majorité d’une race d’abâtardis par des siècles de colonialisme s’est mis à genoux devant la nation qui la domine et a décidé qu’il valait mieux laisser mourir ce que nous sommes que de vivre dans le blocage d’une résistance contre des valeurs qui nous sont contraires.

Et le résultat? Plutôt que d’avoir cinquante députés du Bloc faisant des pieds et des mains pour défendre le Québec contre un gouvernement conservateur majoritaire, nous aurons soixante députés du NPD dont plusieurs ne peuvent même pas lire les panneaux routiers en français et dont la seule loyauté ira à un parti dont le centre est situé à Toronto et qui voit dans le Québec non pas une nation en attente d’un pays, mais une province de ti-counes en attente de disparition.

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Pourquoi je vais voter pour le Bloc Québécois
25 avril 2011

J’ai fait mon choix: je vais voter pour le Bloc Québécois. Moins de trois ans après la dernière élection fédérale, je mesure d’autant mieux le cheminement de ma pensée politique que j’avais écrit, à cette occasion, un texte où j’expliquais les raisons m’ayant poussé à préférer le Nouveau Parti Démocratique. J’avais tout faux, et s’il m’a fallu réfléchir longuement sur les conséquences d’un choix sur un autre, il n’y a plus de doute dans mon esprit: cette élection oppose d’un côté des partis canadiens, et de l’autre un parti québécois. Quand ceci est dit, tout est dit.

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En 2008, je basais ma décision de voter pour le NPD essentiellement sur deux raisons: le chef de ce parti, Jack Layton, avait mené une très bonne campagne électorale et le NPD était le seul parti à valoriser activement la répartition de la richesse et des programmes sociaux permettant de nous enrichir collectivement. Paradoxalement, je pourrais tirer exactement les mêmes conclusions aujourd’hui: non seulement Layton est-il encore supérieur à ce qu’il était il y a trois ans – et Gilles Duceppe beaucoup plus faible – mais le NPD est encore une fois le seul des principaux partis politiques fédéraux à parler de mesures sociales progressistes.

Pourtant, j’ai choisi d’appuyer le Bloc Québécois. Je reconnais aujourd’hui les erreurs de ma pensée d’il y a trois ans. D’abord, on ne doit pas voter pour un parti ou un autre en fonction de la performance médiatique d’un chef; nous sommes en démocratie et c’est le parlement qui doit être souverain. Si un homme ou un autre peut nous paraître sympathique ou antipathique, il faut autant que possible exclure ces émotions du raisonnement: on doit voter pour les idées, pas parce que la bouille d’un type nous revient davantage que celle d’un autre. De la même manière, si le NPD a de loin le meilleur programme économique et social des principaux partis, il faut rappeler qu’il ne fait rien pour s’attaquer au principal problème de cette fédération, l’éléphant dans la pièce que les Canadiens-anglais ont choisi d’ignorer: le fait que le Québec n’a pas signé la constitution et que sa situation n’est toujours pas réglée au sein du Canada.

Si cette vérité d’un parti centralisateur et typiquement canadian a été soulignée par plusieurs auteurs, ce sont des expériences personnelles qui m’ont convaincu de la dangerosité d’un vote pour ce parti. Au nombre de ces expériences, on peut penser au fait que le NPD communique systématiquement avec ses membres du Québec en anglais et en français, au mépris de la seule langue officielle du Québec. On peut également souligner le fait que si la quasi-totalité des pages provinciales du NPD sur Facebook sont en anglais, celle du Québec est entièrement bilingue; on lance ainsi le message que s’il est justifiable pour le parti de fonctionner entièrement en anglais dans des provinces anglophones, il ne peut l’être de respecter de la même manière la langue nationale des Québécois. Ajoutez à cela un discours tenu par nombre de ses membres selon quoi la question linguistique ne serait pas importante, qu’il faudrait « passer à autre chose », et vous avez comme résultat un parti qui ne peut pas représenter adéquatement les intérêts du Québec.

Dans cette situation, deux valeurs s’affrontent: d’un côté la volonté des Québécois d’assurer des politiques sociales plus progressistes, et de l’autre leur volonté d’assurer la survie de leur langue dans un contexte où elle est en régression et, osons le dire, en danger de mort. Ces valeurs – qui sont exactement les miennes – ne devraient pas pouvoir être subordonnées l’une à l’autre; dans les faits, on doit se forcer à le faire et j’ai décidé de le faire. La vérité est la suivante: si le français survit, mais que la société opère un terrible virage à droite, nous appauvrissant collectivement et nous faisant régresser socialement, rien n’est perdu, car il serait toujours possible de faire marche arrière plus tard. Par contre, si le français ne survit pas, si nous passons le rubicon de notre déclin et que nous n’arrivons plus à assurer la pérennité de notre langue, quand bien même nous vivrions dans un paradis social-démocrate, nous serions morts. Game Over, pour le dire dans une langue qui serait désormais la nôtre. D’un côté, un recul temporaire, de l’autre, un recul permanent. Oui, ces valeurs peuvent et DOIVENT être subordonnées: on ne peut pas, sous aucun prétexte, mettre en danger ce que nous sommes pour quelque raison que ce soit.

À partir du moment où on comprend l’extrême précarité de notre situation et où on accepte l’idée qu’il est impossible qu’un parti désirant se faire élire d’un bout à l’autre du Canada puisse respecter notre spécificité sans heurter les sensibilités de ceux qui désirent « passer à autre chose » en nous passant sur le corps, on n’a d’autre choix que de mettre de côté l’échelle gauche-droite pour nous concentrer sur le vieux paradigme Québec-Canada qui, loin d’être usé, sera pertinent tant et aussi longtemps que d’une chose le Québec sera séparé, d’autre chose le peuple québécois sera décimé et le français y sera aussi mort que dans les autres provinces.

Oui, on peut trouver que la situation stagne, que rien ne bouge. Oui, on peut questionner la présence du Bloc à Ottawa, d’autant plus que Gilles Duceppe est possiblement l’un des politiciens les plus frileux sur les questions linguistique et identitaire. Par contre, on doit avoir l’honnêteté de reconnaître que ce blocage n’est pas celui du Bloc, mais celui d’une fédération dont la vaste majorité des habitants a décidé de « passer à autre chose » pendant que la minorité québécoise continue d’affirmer que son existence et ses intérêts ne peuvent être ignorés.

Il est légitime d’avoir un désir de changement, de vouloir faire confiance au visage sympathique de Jack Layton et de lui « donner une chance ». Ceci dit, ce changement ne peut pas aller à l’encontre de l’existence du peuple québécois et toute réduction de l’influence du Bloc Québécois à Ottawa aurait comme conséquence l’embellie des forces de ceux qui désirent implanter au Québec l’idée que notre existence et notre survie sont des choses du passé.

Le 2 mai, je vais voter Bloc Québécois. Pas parce que son chef mène une bonne campagne ou parce que je n’aime pas le NPD. Simplement, parce que je suis Québécois et que mes intérêts en tant que Québécois ne pourront jamais être mieux respectés que par un parti qui considère le Québec non pas comme une province parmi d’autres, mais comme un pays en devenir.

La résistance, de Duceppe à Royal
23 mars 2010

Le Québec est-il encore colonisé? Plusieurs auraient envie d’affirmer que cette époque où nous étions infériorisés, où nous laissions les Anglais définir ce que nous étions – évidemment des méchants racistes, et peu importe si nos institutions étaient plus ouvertes aux Juifs et aux étrangers que les leurs -, que cette époque est révolue. Ils ont tort. L’unanimité des partis politiques et de la presse anglophone à dénoncer les propos de « résistance » de Gilles Duceppe démontre, encore une fois, à quel point nous sommes loin d’être un peuple mature, que nous n’avons pas encore conquis la plus grande des libertés: celle de nous définir nous-mêmes.

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Qu’a donc dit Duceppe de si terrible, lors de la célébration des vingt ans du Bloc Québécois, pour mériter l’opprobre général des anglophones? Il a affirmé: « Pour le moment, nous sommes des résistants. Mais les résistants d’hier seront les vainqueurs de demain. » Le mot résistance, a immédiatement affirmé Lawrence Cannon, ferait référence à la résistance française contre les nazis, ce qui impliquerait que le Bloc Québécois traiterait le Canada de naziste. Logique tordue, ne trouvez-vous pas?

Or, puisqu’il est question de résistance française, pourquoi ne pas regarder le discours de Ségolène Royal, cheffe du Parti Socialiste, après les élections régionales? La même journée, à quelques heures d’intervalle:

J’avais appelé dimanche dernier à un vote d’espérance; vous avez répondu. Le vote d’aujourd’hui montre que notre capacité de résistance a été reconnue.

Voilà. Quand Gilles Duceppe parle de résistance, on en fait tout un plat, mais si une politicienne française – dans un pays ayant effectivement subi le joug nazi – utilise le même mot, dans un contexte semblable, aucun problème. Comme une lettre à la poste, affirme le dicton. Qu’on parle de résistance contre le Canada, et les insultes pleuvent; qu’on parle de résistance contre les politiques de Sarkozy, et tout va bien. Vous y comprenez quelque chose?

En fait, la différence est de taille: la France constitue un pays sûr de son identité, ayant pris possession de son histoire et ne laissant ni le passé ni les autres définir sa nature-propre. En France, on est Français, on a le droit d’être Français, et on a le droit de s’exprimer en tant que Français. Et si vous n’êtes pas d’accord, et bien lâchez-moi les baskets.

Au Québec, par contre, il y a toujours cet infect relent de culpabilité qui rode, cette honte qui brise la fenêtre et s’immisce dans la chambre à coucher pour troubler notre endormissement. On nous a tellement affirmé que nous étions mauvais de vouloir seulement exister qu’on a fini par le croire. Non seulement on nous enlève la capacité d’espérer voir nos valeurs et notre langue se perpétuer dans le temps en nous enchaînant dans ce Canada, tombeau des francophones, mais on ajoute l’insulte à l’injure en nous empêchant de même imaginer qu’il puisse être possible de résister à cet état de fait. Pire: ce sont des ministres québécois, issus de notre propre peuple, qui se font les hérauts des culpabilisateurs qui, dans leurs fantasmes, considèrent leur mission civilisatrice à l’égard des barbares québécois comme étant la chose la plus humaine à faire. Le Québec, résister au rouleau-compresseur identitaire canadien, vous voulez rire?

François-Albert Angers, ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, économiste et un des plus grands nationalistes du vingtième siècle, a bien expliqué ce phénomène:

Les « Canadians » […] croient que nous sommes un peuple dégénéré et que l’état de notre langue est la preuve de notre décadence. Cette attitude est normale. Les colonisateurs ne pouvant fonder leur occupation sur la justice, s’appuient sur un sentiment de supériorité. Ils croient que le peuple dominé a besoin de lui, que, privé de sa présence, il sombrerait dans l’anarchie et la pauvreté. ((ANGER, François-Albert, Les droits du français au Québec, Éditions du Jour, 1971, p. 133 ))

Comprenez. Les ministres canadiens qui blâment Duceppe pour avoir parlé de « résistance » ne se sentent pas le moins du monde mal à l’aise avec l’idée que Ségolène Royal puisse, pratiquement au même moment, utiliser la même expression en France. Non, non… C’est que NOUS, petit peuple inférieur, avons besoin de la compassion canadienne; nous avons besoin d’être ramenés dans le droit chemin. Nous sommes le mal, nous portons en nous tous les germes des pires cataclysmes infernaux des quatre cavaliers de l’Apocalypse du nationalisme, et c’est avec tendresse, presque bienveillance, que le pays qui est responsable de notre quasi-disparition nous couve de son amour incestueux et réprimande nos élites comme on s’adresse à un enfant. C’est cela la leçon: nous sommes le mal, et les Canadiens-anglais vont nous protéger de nous-mêmes.

Dans une autre société, on rirait un bon coup en écoutant les propos de Cannon et de ses émules qui, lorsqu’il est question du Québec, font front commun contre l’identité québécoise. On se dirait: « non, mais quels idiots » et on changerait de poste. Mais nous ne sommes pas une autre société, et celle-ci, après 250 ans de culpabilisation identitaire, tend l’oreille, répercute toutes les stupidités de ceux qui, au quotidien, participent au génocide culturel des francophones du Canada. En France, par exemple, avez-vous lu un seul chroniqueur blâmer Ségolène Royal pour son appel à la résistance? Non. Seulement au Québec, évidemment. Nous sommes tellement mauvais intrinsèquement. C’est à se demander comment nous pouvons même souhaiter survivre.

Signe des temps, Duceppe a persisté et signé. C’est tout à son honneur. Il y a dix ou quinze ans, il se serait peut-être confondu en excuses et en explications boiteuses. Mais les temps changent. Lentement, mais fermement, les Québécois relèvent la tête et réalisent qu’ils ont non seulement le droit d’exister, mais qu’ils peuvent, qu’ils doivent s’opposer à ceux qui les en empêchent.

La résistance, pour beaucoup de Québécois, elle se vit au quotidien, dans des villes, des entreprises, des écoles où leur langue et leur culture sont devenues des éléments folkloriques. Qu’un politicien se lève et reconnaisse publiquement que nous avons le droit de résister, voilà qui fait grand bien et apporte un fragile baume sur la plaie béante de notre propre aliénation.

Duceppe a parlé; qu’il agisse maintenant!

Ignatieff n’a rien compris
22 décembre 2009

Michael Ignatieff affirme avoir compris le message. Après avoir promis, il y a quelques mois à peine, de défaire le gouvernement Harper à la première occasion, voilà qu’il promet aux Canadiens de ne pas défaire le gouvernement Harper en 2010. Il n’a vraiment rien compris.

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La politique, c’est un peu comme un mariage; on ne peut pas faire vœux d’éternité en pensant que la majorité des mariages se terminent par un divorce – même si c’est le cas. Il faut faire semblant d’y croire; il faut à tout le moins essayer de faire fonctionner le couple pour le mieux-être de chacun. Le parlement constitue cet espèce de mariage bizarre à plusieurs qu’ont choisi les Canadiens. On peut ne pas être d’accord, on peut considérer que ses adversaires politiques ne sont pas dignes – et Stephen Harper le prouve au quotidien – mais la population a demandé au mariage forcé de fonctionner. Le couple ne se sépare qu’après avoir tout essayé, et non pas parce qu’un des protagonistes croit pouvoir tirer un avantage matériel d’un divorce bien planifié. Voilà pourquoi la cote de popularité de Ignatieff a dramatiquement chuté lorsqu’il a annoncé son intention de défaire les Conservateurs: il n’a pas suivi le rythme normale de la cohabitation imposée par le vote des Canadiens.

Or, en affirmant qu’il allait ne pas les défaire au cours de l’année 2010, il commet exactement la même erreur, mais à l’inverse. Il tente encore une fois d’imposer un rythme non-naturel à la relation parlementaire. Il agit un peu comme agirait un homme ou une femme qui, dans un couple, affirmerait à l’autre que le couple pourrait être victime de la pire violence, des plus tragiques trahisons, des pires manigances, mais qu’il ne pourrait jamais se scinder. En d’autres mots: on donne carte blanche à ses adversaires et on déclare solennellement son incapacité à agir sur le réel en s’emprisonnant dans une relation pouvant se détériorer à chaque instant.

En fait, en agissant de la sorte, Ignatieff démontre non seulement son manque de flair politique, mais également son incapacité à suivre le rythme de la population. Obnubilé par ses propres intérêts quant à la possibilité de défaire ou non le gouvernement en fonction des sondages, il oublie l’intérêt des Canadiens qui ont voté pour lui. Bref, il se croit si clairvoyant, si intelligent, si supérieurement intellectuellement génial qu’il donne l’impression du marié planifiant son divorce en pleine lune de miel. Ses critiques le disent froid, cérébral, calculateur, mais en tentant de décider froidement du meilleur moment de déclencher ou non des élections, il le prouve.

Renverser un gouvernement – ou divorcer – implique d’avoir tout essayé pour éviter d’en arriver là et de conclure à l’existence de profondes divergences ne pouvant trouver de solution dans la cohabitation actuelle. Si Ignatieff passait un peu plus de temps à critiquer le bouffon qui nous sert de premier ministre et à expliquer en quoi un gouvernement libéral agirait différemment, bref s’il donnait l’impression que son parti et celui de Harper étaient réellement différents tant sur le fond que sur la forme, le moment de déclencher des élections viendrait par lui-même.

En s’improvisant grand alchimiste des désirs des Canadiens et en faisant passer les intérêts de son parti avant ceux des idées qu’il doit au moins faire semblant de défendre, il a réussi là où peu auraient cru le voir réussir il y a peu: faire pire que Stéphane Dion.

Ignatieff, un danger pour le Québec
12 septembre 2009

Pour de nombreux Québécois, Michael Ignatieff, chef du Parti Libéral du Canada et prétendant au poste de premier ministre lors des prochaines élections, constitue une énigme. On connaît peu ses valeurs et ses prises de position; on sait simplement qu’il est plus charismatique que Stéphane Dion et un peu moins à droite que Stephen Harper. Mais cela veut-il dire qu’il ferait un bon premier ministre respectant les intérêts des Québécois? Permettez-moi d’en douter.

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En effet, Ignatieff est un libéral parmi les libéraux: il ne conçoit pas l’existence d’autres libertés que celles des individus, de la propriété et du commerce. Pour lui, la guerre froide opposait cette liberté individuelle à celle des droits sociaux (santé, éducation, etc.) et la première a gagné. Fin de l’histoire, comme le prétendait Fukuyama. Tout ce qui s’est produit depuis la chute du mur de Berlin, de la première guerre du Golfe à la guerre du Kosovo (qu’il a appuyé) en passant par le 11 septembre 2001, l’invasion de l’Irak en 2003 (qu’il a appuyé) et la mission canadienne en Afghanistan (qu’il a contribué à rallonger deux fois) ne sont que des souvenirs un peu gâteux de ceux qui n’ont pas encore compris que l’histoire est belle et bien terminée. La bouteille d’eau minérale ne pétille plus, et s’il advenait qu’une bulle se forme, ce ne serait que pur hasard, voire une erreur.

Pour lui, les Occidentaux possèdent un devoir moral d’action dans le reste du monde. À cet effet, il a d’ailleurs écrit en 2005 que George W. Bush serait un visionnaire si la démocratie s’enracinait en Irak. Trois mois avant l’invasion de l’Irak, en 2003, il publiait une longue lettre dans le New York Times expliquant que « l’empire était devenu, dans des endroits comme l’Irak, le dernier espoir pour la démocratie et la stabilité ». Pour lui, les États-Unis forment un empire, et il était normal, voire souhaitable qu’ils imposent leur vision de la liberté aux retardataires moyenâgeux qui n’avaient pas encore réalisé que l’histoire était terminée. D’une étrange façon, Ignatieff embrasse donc à la fois la vision fin-de-l’histoire de Fukumaya et celle du choc des civilisations de Huntingdon. Comment fait-il pour solutionner cet apparent paradoxe? Il s’attaque au nationalisme.

Le nationalisme, ennemi juré d’Ignatieff

Ignatieff, peut-être à l’image de son grand-père Pavel Nikolaïevitch Ignatiev, avant-dernier ministre de l’éducation d’un tsar Nicolas II désireux d’assurer l’homogénéité russe d’un bout à l’autre du pays, avant la révolution, déteste toute forme de nationalisme. À ses yeux, celui-ci constitue une aberration brimant les libertés individuelles, les seules valeurs importantes. L’identité n’est pas innée, mais constitue un choix délibéré. Si on développe une identité nationale, on supprime les autres identités potentielles. Sa solution est simple, voire simpliste: éliminer les identités collectives afin que les individus ne se voient réellement que comme ils sont, individuellement, avec toutes les identités qui avaient été reniées. (( Source ))

En fait, Ignatieff ne pousse pas sa logique jusqu’au bout. L’élimination des identités multiples conduit à une atomisation complète de la société, voire à sa désintégration. On n’est plus Québécois ou Canadien, mais on a atteint ce qu’Ignatieff conçoit, dans son livre Blood and Belonging, comme étant une conscience post-nationale. On est hétérosexuel, métrosexuel, homosexuel, gothique, emo, prep, rap, amateur de ceci ou de cela; il n’y a plus de cohésion entre les individus. Il n’y a plus de « grand tout » (la nation) reliant chaque individu déconnecté avec son prochain. Ceux qui se réclament de cette nation sont ces attardés qui n’ont pas compris la fin de l’histoire.

Or, quelle est la conséquence logique de cette survalorisation des identités individuelles au détriment de l’identité collective? L’indifférence vis-à-vis de la chose publique. L’apolitisme. L’autisme collectif, le repli sur soi, la schizoïdie. Pourquoi voter, quand ce qui me concerne vraiment est la partie de hockey ou la dernière de Star Académie? Pourquoi militer pour une meilleure société quand ma société se résume à l’espace entre mon gros orteil et mon cuir chevelu? Pourquoi faire attention à mon environnement quand ceux qui me suivent me sont aussi des étrangers? Pourquoi même me battre pour quelque chose d’important, quand plus rien n’a de sens, sinon la fête organisée samedi prochain ou le dernier clip de Yo-mutha-fucka? C’est ça, la décadence. Et c’est ainsi que Rome s’est écroulée. Pas parce qu’elle n’était pas puissante. Parce que ses habitants ont préféré se regarder le nombril plutôt que d’embrasser leur fierté d’être des Romains et de se battre pour que les valeurs romaines continuent d’exister.

Pour Ignatieff, la nation québécoise ne devrait pas exister autrement que dans sa forme « civique » ou « inclusive ». Bref, il nous reconnaît le droit d’être des Québécois en autant que ça ne dérange personne. Pas question de protéger notre langue avec des lois. Non, non, pensez aux pauvres anglophones! Pas de place pour les tests de citoyenneté. Non, non, un immigrants arrivé ici hier matin est aussi Québécois que vous! Ignatieff n’a rien contre le Québec tant que celui-ci reste à genoux et qu’il ne s’exprime pas autrement que par des lignes fictives sur la carte canadienne. Le nationalisme québécois, pour lui, c’est cette araignée qu’on tolère au grenier mais qu’on tue sans la moindre pitié lorsqu’elle descend dans la maison.

Dans un monde de plus en plus uniforme et en manque d’identités collectives – il suffit d’observer la progression d’une religion comme l’Islam pour s’en convaincre – a-t-on vraiment besoin d’un énième rouleau-compresseur de l’Histoire espérant jeter aux oubliettes tout ce qui façonne la diversité du genre humain? Le nationalisme, loin d’être une aberration, est l’expression de la pluralité humaine la plus achevée. Dans toutes les villes du monde, ce ne sont pas ces nouveaux habitants « post-nationaux » qui enrichissent le genre humain avec leur culture aussi aseptisée que transnationale, mais bien ces vestiges nationaux d’un passé porteur de sens pour la collectivité.

C’est cela qu’Ignatieff aimerait éliminer. Cette liberté des peuples de se définir eux-mêmes et d’avoir le droit d’atteindre une liberté collective porteuse de sens pour les générations futures. Cette liberté de considérer que ce sont les lois qui modèrent l’individu qui le rendent vraiment libre et qu’il n’y a point de réelle liberté pour chacun de nous sans que notre vie ne soit porteuse d’un sens plus grand que nous-mêmes et partagé par notre voisin.

A-t-on vraiment besoin d’un Ignatieff au Québec?

Jacques Demers, sénateur ou homme de paille?
28 août 2009

Renversant. Je n’ai pas d’autres mots en tête pour qualifier la nouvelle de la nomination de Jacques Demers comme sénateur. Stephen Harper rit-il de nous?

Qu’on se comprenne bien: Jacques Demers est un individu d’une ténacité exceptionnelle, ayant atteint les plus hauts échelons du sport professionnel tout en étant analphabète. C’est également un homme très sympathique, que j’ai eu l’occasion de rencontrer en personne il y a quelques années et qui n’a pas hésité à me faire la conversation, moi qui n’était qu’un adolescent à cet âge. Un homme de coeur, un bon vivant, un exemple de persévérance. Un homme que j’admire.

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Or, être sénateur, il me semble, c’est bien plus que cela. Les sénateurs doivent approuver toutes les lois – et donc les lire. Ils améliorent ou amendent les projets de lois votés par les députés. Ils peuvent présenter des projets de lois. Ils peuvent organiser des enquêtes. Malgré le fait que leur rôle a été grandement amputé au fil des ans, celui-ci demeure bien réel et tangible: un sénateur, c’est bien autre chose qu’un vieil homme assis à ne rien faire sur un salaire de 135 000$ par année.

La question doit donc se poser de la manière la plus honnête possible: Jacques Demers peut-il être un bon sénateur s’il a de la difficulté à lire les manchettes du journal? Cruel questionnement, d’accord, mais tout à fait nécessaire. Et malgré les qualités de coeur de l’homme, la réponse saute tout de même aux yeux.

Par ailleurs, Stephen Harper ne manque pas de front avec cette nomination. Lui, qui en 2006 jurait qu’il allait rendre les sénateurs redevables devant les citoyens, n’a cessé de faire marche arrière depuis. À la veille de Noël, l’an dernier, il a nommé dix-huit nouveaux sénateurs. Dix-huit sénateurs redevables à Stephen Harper. Dix-huit individus ayant décroché le gros lot grâce à Stephen Harper. Tout comme Jacques Demers. Croyez-vous vraiment que ce dernier va dénoncer les Conservateurs si ceux-ci refont des coupures dans l’alphabétisation, comme en 2006? Il affirme vouloir défendre les plus démunis. Parions que cela se fera dans un cadre bien précis où il refusera de mordre la main de celui qui l’a nourri.

En fait, la véritable question devrait être la suivante: à quel jeu Harper joue-t-il? Essaie-t-il de démontrer par l’absurde l’inutilité du sénat, ou bien espère-t-il maladroitement de s’attirer les faveurs du petit peuple québécois à l’approche des élections en nommant un véritable homme de paille qui lui sera redevable? Une seule certitude: cette nomination dévalorise la fonction de sénateur et ridiculise un peu plus nos institutions. Elle nous rappelle également à quel point il est facile pour un politicien de renier ses promesses lorsque ses intérêts personnels sont en jeu.

Une éclatante victoire pour Jacques Demers, mais une défaite pour la légitimité de notre système démocratique. Ce n’est pas un nouveau sénateur avec des dents qui se présente aujourd’hui à la population, mais un sympathique homme de paille trop heureux de sa nouvelle situation et insuffisamment articulé pour s’opposer au gouvernement. Un homme admirable et près du peuple, peut-être, mais qui ne lui est aucunement redevable, merci à Stephen Harper.

Le virage à droite du nouveau pédé
16 août 2009

L’imbroglio autour du changement de nom du Nouveau Parti Démocratique (NPD) en Parti Démocratique (PD), où les nouvelles initiales sonneraient comme le mot « pédé », constitue une pure perte de temps. Que les initiales du parti soient PD, BBQ, ou XYZ ne devrait pas nous détourner des enjeux majeurs que constituent la nouvelle plate-forme du parti.

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En effet, qu’en a-t-on à faire que les initiales du parti donnent lieu à des quolibets au Québec, où les candidats pourraient se faire traiter de « pédés »? N’avons-nous pas dépassé cette période où on ridiculisait ainsi les homosexuels en les traitant des « pédés », de tapettes, ou autres insultes faciles? Si un parti s’empêche de changer de nom parce que quelques retardés au fond de leur rang s’en servent pour les insulter, c’est un signe que ce parti ne désire pas dépasser ce stade. Doit-on vraiment laisser le nom d’un parti nous détourner ainsi des réels enjeux?

Or, les enjeux sont de taille. Quarante-neuf ans après que la Cooperative Commonwealth Federation se soit transformée en NPD, le changement de nom ne se veut pas seulement pratique, mais idéologique. En changeant de nom pour « Parti Démocratique », le parti n’espère pas seulement appliquer une nouvelle couche de peinture sur sa structure, mais il profite de l’attention apportée à ce changement pour camoufler ses réelles intentions: opérer un virage à droite.

Le NPD n’a pas connu l’expérience du pouvoir. Plutôt que de reconnaître l’utilité de rejoindre une large partie des Canadiens d’allégeance sociale-démocrate et de travailler cette base, certains penseurs aimeraient s’inspirer des Démocrates américains, du Labour Party de Tony Blair, qui avait appliqué un programme de centre-droit en étant élu sur la base d’une tradition de centre-gauche et de Derrel Dexter, chef du NPD en Nouvelle-Écosse ayant été élu en proposant des mesures favorisant davantage le privé.

Maintenant que Ignatieff et son Parti Libéral se sont clairement réorientés vers la droite, le NPD espère profiter de l’espace laissé vacant pour offrir un programme un peu plus droitiste, notamment en éliminant l’impôt pour les PME jusqu’à un million de dollars. Il semble loin le temps où Jack Layton réclamait l’annulation de baisses d’impôts de cinquante milliards de dollars consenties aux plus grandes entreprises.

Dans les faits, à qui profiterait cette réorientation? Si le NPD délaisse son créneau de centre-gauche pour s’orienter vers la droite, qui représentera les Canadiens sociaux-démocrates? C’est là une question à laquelle le NPD devrait chercher à répondre au lieu de prendre le vote des progressistes pour acquis. Des allégeances, ça se modifie, surtout quand le véhicule de ses valeurs dérape et prend le champ.

Et si le NPD s’assumait pleinement comme un parti de centre-gauche et travaillait à rallier les Canadiens partageant ses valeurs au lieu de se dénaturer pour espérer gagner quelques votes au centre-droit de l’échiquier politique?

Financement des partis: le (très) petit jeu de Stephen Harper
11 août 2009

Dans une dictature, on interdit simplement les partis politiques risquant de faire ombrage au pouvoir ou on assigne à résidence les opposants politiques. Nous – évidemment – sommes civilisés. C’est donc en coupant les subventions aux partis politiques que le Parti Conservateur espère affaiblir ses opposants. Steven Fletcher, ministre responsable de la Réforme démocratique, est catégorique: le Bloc québécois ne mérite pas d’argent. Cette affirmation surprenante suit celle non moins étonnante d’Andrew Stark, ancien conseiller de Brian Mulroney, qui affirmait la semaine dernière qu’il serait légitime de couper les vivres au Bloc afin d’en finir avec les gouvernements minoritaires.

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Or, que signifie le penchant des Canadiens pour des gouvernements minoritaires? Que le pays est divisé. L’Ouest à la morale grandiloquente et de droite, le Centre et les Maritimes un peu plus libéraux et centristes, le Québec franchement nationaliste et plus ou moins de centre-gauche. Divisé. Personne n’arrive à rallier tout le monde. Harper est incapable de satisfaire à la fois les intérêts du Québec et sa base militante. Ignatieff n’arrive pas à rallier l’ouest. Le Bloc tient sa forteresse et n’a d’autres ambitions que de la maintenir. Le pays est divisé parce que c’est ce qu’il est.

Les choses n’ont pas toujours été ainsi. Avant que Jean Chrétien, dans un ultime effort de laisser un héritage politique digne de ce nom, a décidé en 2002 de limiter à 5000$ le financement des individus et à 1000$ celui des personnes morales tout en allouant 1,75$ par vote (indexé à l’inflation), il a mis fin à une situation de fausse stabilité où les gouvernements majoritaires se succédaient sans pour autant satisfaire les électeurs. À l’époque, le Parti Libéral recevait plusieurs centaines de milliers de dollars à chaque élection de la part de grandes banques ou d’entreprises, alors que l’Alliance Canadienne, qui allait fusionner avec le Parti Progressiste-Conservateur, jouissait d’un large appui populaire et d’une base très militante. Chrétien a peut-être fait le plus grand coup de cochon politique de tous les temps à son successeur et ennemi de toujours, Paul Martin, en lui imposant une réforme pénalisant principalement le Parti Libéral du Canada (PLC). Le résultat? Sans l’argent des grandes entreprises et d’individus aux desseins douteux, il n’a plus été possible de camoufler la division idéologique profonde de ce pays.

Harper, trop content de jouir d’un avantage semblable, n’a pas hésité à renforcer la réforme en imposant un plafond généralisé à 1000$. Et pourquoi pas? Il profite d’une base militante de 50 000 à 100 000 personnes (contre à peine 25 000 pour le PLC). (( Le Droit, Actualités, mardi, 3 février 2009, p. 15, Financement des partis politiques, Les conservateurs établissent un record, De Grandpré, Hugo)) De plus, il jouit d’un système complexe de sollicitation téléphonique ciblant les intérêts de millions de Canadiens en fonction des enjeux du jour. « M. Harper, nous avons établi que telle région est sensible à tel sujet, donc si vous pouviez aborder ce sujet dans votre discours, nous allons leur téléphoner la semaine prochaine ». De l’étude de marché à la puissance dix.

Représenter l’ensemble de la population

Le problème, c’est qu’à trop considérer la politique comme un marché de valeurs et d’idées qu’on sectorise en fonction des comtés à prendre, on finit par perdre de vue sa finalité: représenter les intérêts de l’ensemble de la population. Et dans ce domaine (tout comme d’autres) le tout est plus grand que la somme des parties. Et ce tout, c’est le financement public des partis politiques qui le représente le mieux. Pas le financement obtenu par le découpage des intérêts d’une minorité susceptible de contribuer au parti.

En effet, dans un contexte de système parlementaire britannique où un parti comme le Parti Vert peut obtenir 940 297 votes aux élections fédérales de 2008 (6,8%) sans obtenir le moindre siège, seul le financement public par vote – 1,95$ aujourd’hui – permet de justifier de voter pour celui-ci. Pensez-y. Quel intérêt y aurait-il à voter pour un parti qui n’a aucune chance de gagner? Grâce à ce 1,95$, au moins vous l’encouragez. C’est un peu moins de 2 millions $ que le Parti Vert a pu obtenir grâce à ce financement. Deux millions $ qui serviront à promouvoir les politiques et les valeurs représentant ces 940 297 citoyens ayant fait confiance au parti. Couper cet apport, c’est inciter nombre de votants potentiels à rester à la maison le jour du vote, certains que leurs valeurs ne seront pas représentées de toute façon.

Si Harper réussit dans son projet d’éliminer ce financement public, nous serons le seul pays occidental à laisser les intérêts privés dicter le financement des partis politiques. En Angleterre, les partis d’opposition ayant fait élire au moins 2 députés ou un député avec 125 000 voix obtiennent un financement public. En Allemagne, le financement public s’élève à 1,3 Euro par voix jusqu’à cinq millions de votes et à 1 Euro par la suite. L’Espagne accorde un financement plafonné par circonscription dès qu’un parti obtient 4% des votes et chaque citoyen peut décider de consacrer 0,4% de ses impôts payés à cet effort. La France finance également les partis politiques et va encore plus loin en réglementant la déclaration du patrimoine des élus. (( Source )) En voulant couper les vivres aux partis politiques ne jouissant pas d’une armée de contributeurs « enmoralisés », le Parti Conservateur va à l’encontre de toutes les tendances actuelles.

À l’origine, la véritable cible constituait le PLC de Stéphane Dion. Endetté, criblé de dettes, le parti n’allait nulle part. Il n’aurait pas pu se permettre une campagne électorale et si la loi avait été adoptée, le parti se serait encore davantage appauvri. Calcul politique. Sauf que Harper n’avait pas prévu l’alliance avec le NPD et le Bloc et il s’en est fallu de peu pour que son gouvernement soit renversé, fin 2008.

Aujourd’hui, par contre, la situation a changé. Ignatieff renfloue les coffres du PLC et la véritable bataille se livrera contre le Bloc. Non pas que le PC fonde de grands espoirs sur le Québec en tant que tel, mais il espère qu’en étant celui qui serait arrivé à maîtriser le Bloc et à lui couper les vivres il pourrait jouir d’un appui renouvelé au sein de l’Ontario rurale, plus réfractaire au Québec. Un autre calcul politique. En réduisant le pouvoir d’influence du Bloc, il espère reprendre le contrôle de quelques comtés dans la belle province et pousser le PLC à se commettre en Ontario.

Harper, on le constate, est un fin stratège. En fait, il est peut-être trop bon pour son jeu. Tel un enfant si compétitif qu’il se retrouve seul sans personne pour jouer avec lui après avoir cassé la figure à tous ceux qui s’étaient opposés à son pouvoir, il se bombe le torse, seul, en haut de la butte de ses idéaux. Le roi de la montagne. Tellement obnubilé par le très petit jeu politique qu’il oublie qu’il joue avec nos espoirs, nos valeurs et notre futur.

En sacrifiant le financement public des partis politiques à son désir d’éliminer ses adversaires politiques, Harper espère gagner à un jeu où il n’y aura qu’une seule grande perdante: la démocratie.

La petitesse de Michael Ignatieff
6 juin 2009

La lune de miel entre le Parti Libéral de Michael Ignatieff et les Québécois pourrait être de courte durée. La décision du chef du PLC de faire voter son parti contre le projet de loi du Bloc Québécois consistant à appliquer la loi 101 à toutes les entreprises de juridiction fédérale au Québec démontre à quel point ce parti méprise le Québec et les valeurs communes de ses citoyens.

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En effet, faut-il rappeler qu’un sondage SOM-La Presse en 2007 a révélé que plus de 80% des Québécois considèrent que l’influence de la loi 101 est positif? Mieux: ce chiffre inclut la minorité non négligeable d’anglophones qui n’adhèrent pas à nos valeurs; il y a quasi-unanimité en faveur de la loi 101 et de la protection de notre langue commune. En refusant d’appuyer un projet permettant de franciser le milieu de travail de 200 000 à 250 000 Québécois, quel message lance Ignatieff, sinon qu’il n’a pas nos intérêts à coeur?

C’est bien beau de reconnaître la nation québécoise, d’avoir appris la langue des sauvages et de se montrer ouvert quand cela n’engage à rien, mais on reconnaît les grands hommes par leurs gestes, pas par leurs paroles. René Lévesque serait-il une telle légende s’il s’était contenté de parler de souveraineté sans jamais prendre l’initiative d’un référendum? Et Robert Bourassa, s’il avait parlé d’électricité sans jamais lancer le projet de la Baie James? La parole ne coûte pas grand chose; froisser le Canada anglais en aidant les Québécois dans leur lutte pour la protection du français, voilà qui est plus difficile.

En fait, c’est précisément le noeud du problème: il n’est pas possible de satisfaire les intérêts des Québécois sans offenser les Canadiens anglais. De peur de choquer les Ontariens, entre autres, là où se jouera la prochaine campagne électorale, Ignatieff préfère froisser les Québécois, pariant sur leur méconnaissance de ses positions. S’agit-il là des actions d’un grand politicien ou d’un petit misérable espérant qu’on ne le connaisse pas trop lors du jour du vote?

Le refus d’Ignatieff de reconnaître l’importance de renforcer la loi 101 n’est qu’un signe supplémentaire de la petitesse de cet homme. Là où des géants ont mené d’impressionnantes croisades et ont assumé pleinement leurs positions, Michael Ignatieff se contente de jouer au chat et à la souris avec les Québécois, affirmant les reconnaître dans leur différence tout en leur refusant tout outil leur permettant de pouvoir exprimer cette spécificité.

Et si nous lui montrions que nous sommes un grand peuple qui refuse de jouer ce petit jeu et tient mordicus à ses valeurs et ses convictions en refusant de lui donner notre vote lors des prochaines élections?

Afghanistan: le désaveu de Harper
3 mars 2009

Sacré Harper! Juste comme on a l’impression qu’il ne peut pas se mettre davantage les pieds dans la bouche, il récidive en affirmant que « nous ne vaincrons jamais l’insurrection » en Afghanistan. Ces propos lucides, mais ô combien surprenants de sa part, tenus dans une émission de télévision aux États-Unis, ne devraient pas nous inquiéter. Ce qui préoccupe, par contre, c’est qu’ils soient tenus après plus de sept ans d’efforts militaires, une centaines de soldats tués et 18 milliards $ de notre argent gaspillé dans ce gouffre de la bêtise humaine.

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