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Les brassières à Trudeau
6 novembre 2015

Certains commentateurs ont qualifié de « réponse parfaite » la réplique de Justin Trudeau selon laquelle la principale raison justifiant la parité hommes-femmes dans son Conseil des ministres serait « qu’on est en 2015 ». Wow ! Si c’est cela une réponse parfaite, alors disons qu’elle est parfaitement ridicule.

La définition du sexisme, à la base, c’est de choisir quelqu’un non pas en fonction de ses compétences, mais de son sexe. Ça n’a rien à voir avec le fait d’être en 1970 ou en 2015. Le discours féministe, à une époque où il était nécessaire et avant qu’il ne devienne un paravent camouflant les idées d’une minorité revancharde, visait précisément à ce que la femme soit sélectionnée non pas en fonction de son sexe, mais de sa capacité à faire le même travail qu’un homme. Toute l’idée féministe s’est bâtie sur cette simple réalité et c’est ainsi qu’une égalité effective a été atteinte, voire dépassée dans plusieurs domaines.

Or, quand on choisit des ministres non pas en fonction de leurs qualifications, mais de leur sexe, n’est-ce pas là la base même du sexisme? Ce n’est tout de même pas de la faute des hommes si ceux-ci s’intéressent davantage à la politique que les femmes. Regardez n’importe quelle garderie : les petits garçons jouent à des jeux de guerre, d’affrontements, des jeux physiques, et les jeunes filles préfèrent très souvent la poupée. On appelle cela la biologie : les instincts guerriers de l’homme chasseur et les instincts protecteurs de la femme qui prend soin de ses enfants. La politique étant ce qu’elle est, on y réussit davantage avec des coups bas qu’en cuisinant des gâteaux à ses adversaires. Et la vie étant ce qu’elle est, on retrouve beaucoup plus de femmes dans des métiers mettant à profit leur nature protectrice.

Affirmer, comme le fait Trudeau, qu’une telle politique allait de soi « parce qu’on est en 2015 » sous-entend qu’un homme ne peut pas aussi bien représenter une femme qu’une autre femme. Soit. Dans ce cas, pourquoi ne pas imposer la parité à d’autres secteurs, par exemple dans les hôpitaux ou les écoles ? Pourquoi les jeunes garçons devraient-ils tolérer d’être éduqués par une majorité de femmes alors qu’ils forment près de 50% des élèves ? Pourquoi la majorité des employés des hôpitaux devraient-ils être des femmes tandis que la moitié des patients sont des hommes ? Si on exclut volontairement des hommes compétents d’un poste de ministre, pourquoi ne devrait-on pas écarter des femmes capables d’autres métiers ? Si c’est bon pour pitou, c’est bon pour les minettes.

Cette idée d’imposer des quotas de femmes dans des milieux à prédominance masculine n’est pas nouvelle. Dans notre société matriarcale, on célèbre constamment les femmes qui font des métiers non traditionnels. Pas plus tard que la semaine dernière, un quotidien montréalais vantait les femmes dans le domaine de la construction et il suffit de mettre les pieds dans n’importe quel cégep pour voir placardées un peu partout des affiches vantant un concours « Chapeau, les filles ! » qui récompense les femmes choisissant des métiers habituellement sélectionnés par les hommes. J’espère ne choquer personne ici en notant qu’on ne vante pas souvent dans le journal des hommes ayant choisi de devenir des coiffeurs ou des infirmiers et qu’il n’y a pas de concours « Chapeau, les gars ! » pour inciter ceux-ci à devenir couturiers ou responsables de garderies. Le sexisme, comme les quotas, va toujours à sens unique.

La seule chose qui soit pertinente dans la réponse de Trudeau, au final, c’est qu’il réalise que nous sommes en 2015 et que l’ère du brûlage de brassières est terminée. C’est un bon départ. Maintenant, s’il sortait un peu de ses quartiers bourgeois et qu’il conversait avec la population, il verrait que pour le citoyen ordinaire, ces idées de quotas du sexe sont dépassées et qu’il ne souhaite qu’une seule chose : des politiciens compétents. C’est beaucoup demandé, je sais, mais a-t-on un autre choix ?

Le Québec sous la table des décisions
20 octobre 2015

Philippe Couillard a affirmé, au lendemain des élections fédérales, que le résultat démontrait non seulement que le déclin du mouvement indépendantiste se poursuivait, mais également que le Québec serait « de retour à la table des décisions » puisqu’il a appuyé avec force le nouveau gouvernement libéral. Au contraire, le résultat de ces élections a achevé de discréditer le Québec en tant que force dont il faut tenir compte. Nous ne sommes pas à la table ; nous sommes sous la table, tels des appui-pieds de piètre qualité.

Il y a un peu plus d’un siècle, l’ancien premier ministre canadien Wilfrid Laurier, alors questionné par Henri Bourassa quant à sa décision de participer à la guerre des Boers malgré la forte opposition du Québec, avait déclaré ne pas avoir à tenir compte du Québec dans ses décisions parce que « la province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments ».

En effet, comment analyser autrement le comportement politique de gens votant indifféremment tantôt pour le NPD (centralisateur, centre-gauche, pro-environnement) ou pour le PCC (décentralisateur, droite, anti-environnement) ? Les mêmes personnes, à Québec notamment, ont pu mettre un « X » en 2011 pour un parti voulant s’attaquer aux mieux-nantis et lutter contre les changements climatiques, puis mettre le même « X » cette fois-ci pour un parti proposant exactement le contraire.

Ce magasinage politique, où les gens refusent de s’attacher à un parti représentant leurs valeurs, se contentant de suivre la vague, ne permet pas au Québec de prendre sa place à la table des décisions, mais assure plutôt que les partis politiques canadiens ne chercheront plus à prendre en considération le Québec, peu importe leurs décisions.

Pensons-y un instant. Pourquoi un parti fédéral se donnerait-il la peine d’écouter les revendications du Québec dans le cadre de l’élaboration de ses politiques, si le Québec ne vote pas en fonction des dites politiques ? Pourquoi Justin Trudeau déciderait-il en fonction du Québec s’il sait que la moitié de ses appuis ici provient de comtés anglicisés ou à forte proportion d’immigrants où un cochon peint en rouge gagnerait, et l’autre moitié de gens qui « suivent la vague » et n’ont rien à foutre de ce qu’il fait ?

Remarquons que le calcul politique était le même pour le Parti conservateur. La poignée de députés du PCC dans la région de Québec et en Beauce a-t-elle permis au Québec d’être à la table des décisions ? A-t-on vu beaucoup de députés conservateurs du Québec prendre des positions courageuses depuis quatre ans, comme la défense de notre fleuve contre l’oléoduc tant honni ou d’autres enjeux environnementaux ? Bien sûr que non. Ces régions sont acquises, et les mandarins du PCC savent que le Québec ne compte pas : on n’y gagne pas ailleurs en fonction des politiques, mais sur de simples états d’âme.

Depuis l’étrange et honnête aveu de Laurier il y a un siècle, et jusqu’à aujourd’hui, le Québec n’a été à la table des décisions que lorsqu’il a donné avec force son appui à un parti remettant en question notre appartenance au Canada. On n’a jamais autant écouté le Québec qu’entre 1960 et 1995. Le Québec, alors, était sur toutes les lèvres. Le Québec, en votant de manière cohérente et selon les politiques proposées, a forcé des modifications majeures au fonctionnement de l’État canadien. Le Québec était à la table lorsque ses citoyens ont cessé de voter selon leurs sentiments et qu’ils ont embrassé avec force l’idée indépendantiste. Nous étions assis sur la table, et nous avons forcé le Canada à négocier.

Ce n’est donc pas le déclin du mouvement indépendantiste ou le retour à la table des décisions du Québec qu’il faut célébrer aujourd’hui. Il s’agit plutôt du déclin de la force politique du Québec et notre retour non pas en tant que puissance dont le Canada doit tenir compte, mais plutôt comme des enfants un peu bébêtes et sentimentaux, qui jouent sous la table pendant que se prennent les décisions des grands.

Où sont les nationalistes ?
26 août 2012

Où sont les nationalistes ? Qui, parmi les partis politiques en liste aux prochaines élections peut brandir bien haut notre fierté d’être des Québécois ? Qui peut parler en notre nom autrement qu’en baissant la voix et en s’excusant à telle ou telle minorité ?

Le plus grand drame de l’histoire récente du Québec est la confusion entre le nationalisme et l’indépendantisme. Le nationalisme construit la nation et la mène vers une indépendance effective, dépassant largement la simple présence de frontières sur une carte du monde. L’indépendantisme, lui, vise les frontières, veut gérer des impôts, et est prêt à sacrifier sa base nationaliste pour une victoire hypothétique : le Grand Soir. Les indépendantistes seraient satisfaits d’un Québec « indépendant » tout comme la France l’est, dans leur esprit.

Or, les nationalistes, les vrais, comprennent que même la France n’est pas véritablement indépendante. Que veulent dire des frontières sur une carte quand on n’a plus de contrôles douaniers, quand on ne contrôle plus son immigration ou si peu, quand les décisions sont prises au sein de l’oligarchie mondialiste, dans de petits clubs privés où on se substitue à la volonté populaire ?

En ce sens, il ne suffit pas de se déclarer indépendantistes ; il faut avant tout être des nationalistes et comprendre que l’indépendance du genre « un pays sua mappe » ne constitue qu’une ÉTAPE vers l’indépendance réelle. Il faut comprendre que le nationalisme sans indépendance est sain alors que l’indépendantisme sans nationaliste s’auto-détruit.

C’est ainsi que nous avons aujourd’hui des partis qui se proclament indépendantistes mais qui œuvrent à arracher le nationalisme comme s’il était une mauvaise herbe dans leur plate-bande. Je pense ici à Québec solidaire, principalement, mais également à Option nationale, deux partis qui ont adopté l’idéologie multiculturaliste, qui appuient le communautarisme — quoi de plus anti-nationaliste ? — et qui sont d’autant indépendantistes que cette indépendance ne veut rien dire du tout. À les écouter, il faudrait construire un pays sans nation québécoise, découpé en communautés, un saucisson de descendants français enroulé autour du St-Laurent, entre des terres « autochtones » et des territoires immigrants ou anglophones.

Ce dont nous avons le plus besoin, aujourd’hui, c’est d’un parti nationaliste. Pas un parti presque nationaliste, ou à peu près nationaliste, ou nationaliste les fins de semaine et les jours fériés. Un vrai parti réellement nationaliste. Un parti qui construit et affirme notre nation. Un parti qui dit : « Ceci est notre terre, voici nos valeurs et celles-ci ne sont pas négociables ». Un parti qui s’oppose au mondialisme économique, qui envoie paître les accords internationaux nous désavantageant, un parti qui ne fait plus de compromis sur notre langue et qui traite chaque Québécois comme un citoyen ayant l’obligation de respecter nos valeurs fondamentales.

Ce qu’il manque, au Québec, c’est un parti de la gauche du travail, et de la droite des valeurs. L’union sacrée entre les résistants contre le capitalisme et les résistants contre l’empire. L’union sacrée entre ceux qui veulent la liberté pour les travailleurs et ceux qui veulent la liberté pour le peuple et le respect de ses valeurs.

L’empire est transnational, mondialiste.

La résistance doit être locale et nationale.

À quand un parti réellement nationaliste au Québec, et qui présente des candidats d’un bout à l’autre de notre nation ? À quand un Chavez québécois ? Un Poutine québécois ? Un Ahmadinejad, un Kaddafi, un De Gaulle, un Castro, un Lumumba ? À quand un vrai dirigeant québécois nous donnant envie de relever la tête ?

Camille Laurin a présenté sa Loi 101, la plus grande nos lois nationalistes, il y a trente-cinq ans aujourd’hui. Il serait bien déçu de ce que nous sommes devenus.

Tout est permis
20 avril 2012

« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

— John F. Kennedy

Le 20 avril 2012 restera gravé comme une date de rupture. Jusqu’à maintenant, nous avions un gouvernement insensible, mais nous pouvions croire qu’il démontrait un certain intérêt pour les revendications des étudiants. Aujourd’hui, Jean Charest a dépassé les bornes en faisant de l’humour noir sur leur dos. Il n’a plus la crédibilité pour gouverner. Il est indigne de sa fonction et, désormais, tout est permis pour le déloger de son piédestal et lutter contre la violence et le mépris de ses propos.

Quand le mépris remplace le dialogue, les bombes commencent à pleuvoir. Les choses ont toujours fonctionné ainsi. C’est la fin du dialogue entre les Patriotes et le gouverneur britannique qui a mené à la Révolte de 1837-38. C’est également la fin du dialogue entre le mouvement indépendantiste québécois et le gouvernement canadien qui a mené à Octobre 1970. Quand les oreilles se ferment, quand la personne en face de soi cesse d’être un interlocuteur valable, quand on n’attend même plus à voir une parcelle d’humanité dans son regard, tout est permis.

L’attitude du gouvernement Charest est celle d’un pyromane. Il se promène dans l’ombre et il fout le feu. Il envoie ses sbires, dans son parti ou chez Gesca, faire le sale travail et lui se félicite de voir l’édifice de nos idéaux brûler pour qu’il puisse enfin y envoyer ses pompiers. Montréal ressemble de plus en plus à chaque jour à une ville assiégée et il blague. Des étudiants se font matraquer ou gazer, et lui suggère de les envoyer dans le Nord pour leur « trouver un emploi ». Ce gouvernement ne représente plus la population.

Tout est permis.

Dire que tout devient permis, c’est réaliser une chose : ce gouvernement n’est plus légitime. Il a violé le contrat social qui unit la population québécoise à ses leaders. Il a violé cette tradition typique de chez nous consistant à ouvrir le dialogue pour trouver des compromis, à rejeter l’affrontement pour trouver des terrains d’entente, à écouter la rue lorsqu’elle se manifeste si clairement. Il a violé les principes fondateurs de notre démocratie, de notre vivre-ensemble, de nos valeurs. Il n’a plus la légitimité de nous représenter. Il est à l’origine d’une violence qui nous est étrangère parce que nous n’avions jamais été témoins d’un tel mépris.

Étudiants, cassez des vitres. Étudiants, prenez des pavés. Étudiants, détruisez ce qui doit être détruit si vous en avez le désir. Il n’y a plus de dialogue. Assiégez la ville si c’est là votre volonté. Aucune de vos manifestations ne peut surclasser la violence du mépris et de la répression de ce gouvernement.

Charest a choisi d’ignorer la rue. Si c’est d’un Printemps québécois dont il est question, celui-ci doit aller jusqu’au bout : jusqu’au renversement de ce gouvernement pourri.

Et puisque tous les ponts ont été coupés, puisque Jean Charest lui-même trouve le moyen de rigoler pendant qu’on assassine la démocratie étudiante, puisque celui-ci méprise jusqu’aux valeurs fondamentales des Québécois, désormais, tout est permis.

Tout est permis.

Option nationale ou Option provinciale?
9 novembre 2011

Un commentateur, sur la page Facebook d’Option nationale, l’a bien exprimé hier: « Mais c’est la plateforme de Québec Solidaire! ». Il a raison: Option nationale se positionne à peu près dans le même registre idéologique que Québec Solidaire, que ce soit sur la question de la nationalisation des ressources naturelles, de la création de Pharma-Québec, de la gratuité scolaire ou de la valorisation du transport collectif. Pourquoi, alors, voter pour Option nationale si un parti déjà établi propose sensiblement le même programme? « Pour l’indépendance », disent certains. Pourtant, Option nationale, sur la plupart de ses propositions, n’est pas davantage indépendantiste que Québec Solidaire (ou le Parti Québécois).



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Le problème fondamental de la plupart des propositions de Québec Solidaire et d’Option nationale tient au fait que l’indépendance n’est pas un pré-requis. Nous n’avons pas davantage besoin d’être « indépendants » (je mets ce terme entre guillemets car la réelle indépendance constitue davantage que de mettre un « pays sua mappe », comme je l’écrivais ici) pour nationaliser nos ressources, pour instaurer la gratuité scolaire que pour donner un mandat différent à la Caisse de dépôt et placement ou pour œuvrer à notre indépendance énergétique. Ce sont là des mesures qui peuvent être prises par une province, n’importe laquelle. René Lévesque n’a pas attendu l’indépendance pour participer à la nationalisation de l’hydro-électricité au Québec, par exemple.

Quand on vise l’indépendance d’un peuple, c’est pour lui offrir les pouvoirs de faire les choses autrement. En France, on a tué le roi pour instaurer la république. Aux États-Unis, on a déclaré l’indépendance pour ne plus se faire imposer des taxes punitives en or alors qu’on tentait d’établir les bases d’un système monétaire différent. En Iran, on s’est débarrassé du Shah pour bâtir une république islamiste. Dans la plupart des pays africains, on a déclaré l’indépendance pour mettre fin à la mainmise coloniale sur les ressources du pays. Or, le Québec, même dans le giron canadien, jouit de la plupart des pouvoirs lui permettant de gérer son éducation, ses ressources, et de vivre selon ses valeurs (dans une certaine limite). La seule façon de justifier l’indépendance serait donc de la réclamer pour obtenir les pouvoirs qui nous manquent afin de mettre fin à une situation d’injustice.

Me suivez-vous? Le cœur des revendications d’Option nationale concerne des pouvoirs que nous avons déjà. Ressources naturelles, c’est à nous. Éducation, c’est à nous. Santé, c’est à nous. Gestion de notre mode électif, c’est à nous. Outils économiques, c’est en grande partie à nous. Ce sont là des combats importants, mais ce sont des combats provinciaux. L’indépendance n’est pas davantage nécessaire pour établir la gratuité scolaire qu’un jeune adulte devrait avoir à quitter la maison parentale pour avoir son propre lit. L’indépendance constitue un moyen non pas d’obtenir des pouvoirs provinciaux, mais d’obtenir des pouvoirs nationaux permettant une réelle indépendance.

Un chèque en blanc?

Il nous faut revenir à la base. Qu’est-ce que l’indépendance? L’indépendance, pour le peuple québécois, c’est sa capacité à se gérer lui-même, à prendre ses propres décisions et à être entièrement maître de son destin. Une constitution, comme le propose Option nationale, constitue un geste d’indépendance; elle n’est cependant pas l’indépendance, mais seulement un médium permettant d’inscrire dans l’imaginaire les valeurs fondatrices du peuple. La constitution doit servir à parapher les valeurs fondamentales et inaliénables d’un peuple, s’opposant aux valeurs qui précédaient l’indépendance et qui opprimaient le peuple. Par exemple, aux États-Unis, la constitution affirme que seul le Congrès peut créer la monnaie physique et que cette monnaie doit être en argent ou en or. Cette mesure s’opposait à l’utilisation exclusive par la Grande-Bretagne de l’étalon-or et à la mainmise de l’économie américaine par celle-ci. En clair, la constitution américaine permettait une libération, même si on a violé cette garantie un siècle et demi plus tard en créant la Réserve fédérale.

Dans le programme d’Option nationale, il y a peu de choses qui peuvent être inscrites dans une constitution. On parle de constitution, mais on parle du véhicule, pas de ce qu’on y met à l’intérieur. On ne parle pas, entre autres, de la mainmise totale du secteur bancaire sur les nations occidentales et de quelle manière on espérerait se libérer de cette situation (ceux qui doutent de cette mainmise n’ont qu’à ouvrir la télévision et voir de quelle façon on a forcé Papandréou en Grèce et Berlusconi en Italie à démissionner). On ne parle pas de création d’une monnaie québécoise. On ne parle pas de la libération de l’ALÉNA, de l’OMC, du FMI et d’autres accords internationaux qui limitent notre indépendance. On ne définit pas de quelle manière on va offrir des services à nos minorités nationales, anglophone ou allophones (dire qu’on va « davantage » respecter le poids démographique des anglophones n’est pas plus significatif que de dire que le mois de février est « davantage » chaud que le mois de janvier). On ne définit pas la création d’une armée québécoise.

En clair, on demande un chèque en blanc. On propose une litanie de mesures provincialistes n’ayant rien à voir avec l’indépendance et on demande à la population d’embarquer avec l’espérance qu’une possible constitution serait écrite et qu’un possible référendum suivrait. Au lieu d’avoir les deux étapes péquistes nous éloignant de l’indépendance – élection et référendum – on ajoute désormais une troisième occasion pour nos ennemis de réduire notre capacité à devenir indépendants. Qu’est-ce qui nous garantit, dans cette plateforme, de ne pas revivre le sempiternel débat sur les « conditions gagnantes », ou de parler de « discussion nationale » et autres péquisteries menant à un cul-de-sac et nous éloignant de la victoire?

Dans le cas de Québec Solidaire, on peut comprendre que l’indépendance passe au second rang. Ce parti a de solides liens avec le NPD, plusieurs de ses membres sont fédéralistes, et on vise clairement la gauche économique. Dans le cas d’Option nationale, cependant, cette attitude est tout à fait inacceptable. Plutôt que d’unir le peuple derrière l’idée du contrôle total de notre territoire, on le divise avec des question secondes sur l’éducation, la santé, ou l’économie. Des questions importantes d’un point de vue provincial, mais complètement triviales sur le strict plan de l’atteinte de la réelle indépendance pour le peuple québécois. Des questions qui risquent d’éloigner plusieurs citoyens un peu plus à droite au plan économique.

Pour une VRAIE indépendance

Il s’agit d’une tautologie que d’affirmer qu’il faut faire l’indépendance pour la faire. C’est pourtant la réalité: tant qu’on se contentera de parler de pouvoirs provinciaux pendant qu’on regarde la plupart des pays soi-disant indépendants se faire littéralement violer par le cartel bancaire dès qu’ils tentent de relever la tête, on n’arrivera à rien. Le Québec n’est pas encore indépendant. La Grèce ne l’est pas davantage. L’Italie non plus. Ni la France. Ni les États-Unis, dans une certaine mesure.

Ce que propose Aussant, c’est de mieux gérer notre petit pré carré, celui qu’on nous laisse et qui n’indispose pas trop les forces à l’œuvre. Un peu comme Lévesque ou Parizeau allaient rassurer les banquiers de Wall Street dans les années 70, Aussant ne semble pas avoir l’envergure d’un politicien en mesure de mener un combat véritablement indépendantiste, soit celui non par pour créer une illusion d’indépendance, mais une véritable indépendance. Celle, significative, qui renverse l’Histoire.

Tout n’est pas noir dans ce programme. Il y a plusieurs idées intéressantes et je suis certain que de nombreux progressistes y trouveront leur compte, hésitant entre ce parti et celui d’Amir Khadir. Il s’agit pourtant d’un programme provincialiste n’ayant pas ni le courage ni le désir de s’attaquer aux privilèges du monde de la finance (pas de monnaie québécoise, pas d’indépendance québécoise), au sur-financement de la minorité de langue anglaise, à la défense de notre territoire, dans le but de créer non pas un clone du Canada que nous désirons créer, mais une véritable forteresse québécoise en terre d’Amérique, flambeau de la pensée française sur ce continent et lueur d’espoir pour les autres peuples – y compris ceux de pays soi-disant indépendants – à la recherche d’un ordre mondial alternatif plus respectueux de la volonté et des valeurs de chaque peuple.

Option nationale: que du flou!
8 novembre 2011

Option nationale, la nouveau parti de Jean-Martin Aussant, vient de lancer sa plate-forme. Si on y trouve des idées intéressantes, il s’agit également d’un ramassis d’approximations et d’à peu près qui ne sont pas sans nous faire penser aux idées défendues par le Parti Québécois. En parcourant ce document, le lecteur en vient presque à se demander: « Tout ça pour ça? ». Quelques points, en vrac. Les parties qui sont en gras sont de moi.

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2.1 Fera en sorte que l’État québécois soit maître d’œuvre de tout développement de nos ressources naturelles par le biais d’une nationalisation, en collaborant avec le secteur privé pour l’exploration, l’extraction et la distribution. Pour chaque projet qu’il autorisera, c’est le gouvernement du Québec qui décidera de la répartition des revenus et de la structure de propriété – création d’une société d’État, possibilité d’un régime épargne-actions (REA), part des firmes privées, etc. En toute circonstance, la majorité des profits dégagés par l’exploitation de nos ressources naturelles reviendra dorénavant à la population du Québec. Cette politique s’appliquera particulièrement aux secteurs minier, forestier et des hydrocarbures.

J’aimerais qu’on m’explique de quelle manière on peut nationaliser en « collaborant » avec le secteur privé. Le privé n’a pas le moindre intérêt à « collaborer »; le privé est là pour faire de l’argent. Il s’agit ici d’une manière élégante pour Aussant de ménager la chèvre et le chou. On va nationaliser… oui, mais avec le privé. C’est un peu comme si on disait: on va gérer l’abattoir avec la collaboration des poulets! Ce n’est pas sérieux.

2.17  Favorisera l’établissement  de  sièges  d’organisations  internationales  à Montréal  et Québec.

« Favorisera ». Comment? Va-t-on continuer à dilapider les fonds publics pour donner des crédits d’impôts à des entreprises hyper-rentables? Tout le monde est pour la vertu, mais ce « favorisera » est tout à fait imprécis et flou. Il ouvre la porte à n’importe quoi et à son contraire.

3.4 Reverra graduellement le financement des réseaux d’éducation francophone et anglophone afin qu’il corresponde davantage au poids démographique respectif de chaque groupe. Le financement des établissements privés sera également revu afin de renforcer le principe d’un réseau d’éducation universel, public et laïc au Québec.

Tous mes lecteurs savent que la fin du sur-financement des universités de langue anglaise constitue une de mes plus grandes priorités. Hors, est-ce que Aussant propose ici de faire équivaloir le financement au poids démographique de la minorité de langue anglaise? Pas du tout! Il propose de le faire correspondre « davantage ». En clair, en ce moment les universités de langue anglaise reçoivent 29,3% du financement (pour une minorité anglophone historique de 5,6%), et si on ramenait ce financement à 28% on aurait respecté la promesse de le faire « davantage » correspondre. De la même manière, si je proposais d’en faire davantage pour l’itinérance, j’aurais respecté ma promesse en remettant une cenne noir au premier itinérant croisé. Ce n’est pas sérieux. Ou bien on fait correspondre le financement au poids démographique ou on ne le fait pas! Aussant démontre que lui, tout comme le PQ, n’a pas l’intention de s’attaquer aux privilèges de la minorité de langue anglaise.

En fait, à propos de la langue, Option nationale n’a pas repris une seule des revendications du Mouvement Québec français. On voit bien que ce n’est pas une réelle priorité pour Aussant et qu’il n’a pas l’intention de travailler en équipe avec les organisations en place.

3.6  Renforcera l’enseignement  de  l’histoire  nationale  et  politique  du  Québec  au  niveau secondaire et instaurera un cours obligatoire d’histoire au collégial.

Encore une fois, « renforcera » est un mot flou qui n’indique pas les réelles intentions. Va-t-on donner deux cours de plus? Si oui, quels autres cours coupera-t-on? Sinon, va-t-on augmenter les heures de classe? Qui va payer pour ça? Combien ça coûtera? Amateurisme.

3.8 Préparera davantage les étudiants du secondaire à la vie sociale et économique par une meilleure introduction au fonctionnement du système de justice, des organismes de l’État et du monde politique, des institutions économiques – incluant les coopératives et mutuelles – et par une initiation à toutes les formes d’entrepreneuriat et d’engagement à la vie en société.

« Davantage ». Encore.

6.2  Reverra le mode de scrutin afin d’y insérer une composante de proportionnalité.

Une « composante ». Quelle composante? Quel niveau de proportionnalité? Va-t-on sacrifier le poids des électeurs de Gaspé, de Baie-Comeau ou de Val d’Or, pour augmenter celui de la région métropolitaine, beaucoup plus nombreuse? On ne le dit pas.

6.5  Restreindra l’accès des lobbys aux instances gouvernementales.

Comment?

* * *

Dans un document de quelques pages, on utilise sept fois le mot « davantage ». C’est tout à fait flou et imprécis.

Pire: on ne parle pas du tout d’économie. On propose la gratuité scolaire, « davantage » de cours d’histoire, une commission d’enquête, une électrification des transports collectifs, l’Internet haute-vitesse pour tous, un fonds d’indemnisation universel de l’AMF, l’instruction obligatoire jusqu’à 18 ans, un deuxième cours de langue au secondaire, une formation de perfectionnement pour les travailleurs, un cours d’éducation physique à tous les jours à l’école (le lecteur attentif notera que ça commence à faire beaucoup de cours supplémentaires pour les mêmes élèves), une augmentation des budgets alloués à l’éducation, un accès de tous les Québécois à un médecin de famille, un budget pour la protection des langues autochtones, des incitatifs fiscaux pour développer « l’offre culturelle québécoise » (sic), des budgets pour inciter les jeunes à la culture, le financement public des partis politiques, un rehaussement des seuils de l’assurance-juridique; comment va-t-on se payer cela? Ce ne sont pas de mauvaises idées. Mais la question qui tue: on prend l’argent où? Est-ce qu’on l’imprime? Est-ce qu’on vole une banque? On se paie ça comment?

Je ne dis pas que ces mesures soient impossibles à se payer. En fait, je crois qu’on pourrait le faire. Mais ça impliquerait de hausser les impôts des mieux nantis (on n’en parle pas), des entreprises (on n’en parle pas), de sortir de l’ALÉNA (pour éviter que les entreprises fuient nos impôts en délocalisant vers le Mexique), de défier l’OMC et le FMI, etc.

Bref, Jean-Martin Aussant se promène en hélicoptère et il lance de l’argent par la porte ouverte.

Ce n’est pas crédible.

En fait, et malgré plusieurs idées intéressantes dans ce programme, on a l’impression qu’il a été écrit sur un coin de table par des cégépiens. Beaucoup de rêves, mais pas de concret. Beaucoup de dépenses, peu de revenus. Beaucoup de promesses floues, peu d’engagements fermes.

Il serait temps de sonner la fin de la récréation et de renvoyer les « gros cerveaux » qui ont écrit ce document (selon les propos d’Aussant sur sa page Facebook) à leur table à dessin et de réécrire une plate-forme crédible non pas basée sur du pelletage d’argent et des approximations, mais sur du concret.

Sinon, autant tout remballer et retourner au Parti Québécois qui lui, à tout le moins, a développé une expertise dans le flou et l’approximatif.


AJOUT: Si vous voulez rire un peu regardez cette image, extraite de la page Facebook d’Option nationale. Un anglophone intervient sur la page, et toute une litanie de colonisés se dépêchent de lui répondre dans sa langue, lui permettant de continuer à vivre replié sur lui-même sans jamais avoir à apprendre le français. Et ce sont ces gens qui appuient Option nationale. Des gens sans colonne, à l’image de ce parti.

Une autre action inutile signée RRQ
6 novembre 2011

Le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) avait annoncé une « grande action » contre la corruption; on a encore eu droit à un pétard mouillé. Tout comme lorsqu’une simple banderole (1000$ de l’argent des militants) accrochée à un avion avait constitué une « action réussie » lors de la visite du prince l’été dernier, ou lorsqu’on a lancé du ketchup au visage du maire de Mascouche, le RRQ a la victoire facile. Hier, en occupant les bureaux très régionaux de SNC-Lavalin à Québec, le réseau a une fois de plus démontré à quel point il est déconnecté de la réalité québécoise.

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Le fantasme du RRQ est toujours le même: il existerait un réseau occulte, une « nébuleuse » de forces fédéralistes à l’œuvre au Québec et qui utiliseraient l’argent et la corruption pour affaiblir le mouvement indépendantiste. Cette pensée est à l’origine de la plupart des actions du RRQ. L’occupation de SNC-Lavalin, une entreprise ayant contribué massivement à la caisse du PLQ, constituait la suite logique d’une idée certes séduisante – il suffirait de détruire ce monstre caché pour réaliser l’indépendance – mais sans aucun fondement concret. Encore une fois, le RRQ se trompe de cible. Et encore une fois, après s’en être pris à un maire francophone, à des militants francophiles, c’est encore une fois à une entreprise québécoise qu’on s’en prend. Prochaine cible: Gilles Vigneault ou la Bottine Souriante?

Blague à part, l’idée directrice du RRQ est fausse et c’est ce qui contamine la plupart de ses actions. Ce n’est pas parce qu’existerait un réseau fédéraliste occulte qui manierait les médias à sa guise et dirigerait dans l’ombre nos destinées que l’idée d’indépendance ne lève pas. L’idée d’indépendance ne lève pas parce que la population y est indifférente; on ne lui a jamais appris ce que constitue réellement l’indépendance. Après des décennies de péquisteries où on parle de faire du Québec un pays pour mieux l’enchaîner aux accords internationaux ou pour utiliser la monnaie du pays d’à côté, tout en respectant scrupuleusement les privilèges de la minorité anglophone, on en est venu à considérer l’indépendance comme étant tout à fait interchangeable avec l’état actuel. En fait, plusieurs ne voient même pas en quoi l’indépendance représenterait une quelconque forme d’indépendance si on remplace un Canada mondialiste et culturellement asservi au dogme multiculturaliste par un Québec mondialiste tout aussi à genoux.

Le RRQ vit dans le passé. Le pouvoir qui nous opprime ne vient plus d’Ottawa, et à peine de Washington. L’Empire est partout; les banques ont pris le contrôle d’à peu près tous les pays, imposant leur vision purement utilitariste et commerciale des choses. Il faut relire Soral pour comprendre de quelle manière la quasi-totalité des pays soi-disant indépendants sur cette planète sont en fait devenus des subalternes des banques, qui permettent le jeu politique en autant que celui-ci ne mine pas leur pouvoir (voir également vidéo ci-bas).

« Il faudra bien déclarer l’indépendance face à Ottawa » me répliquerait-on. Ah oui? Et à quand l’indépendance face au cartel bancaire? Le RRQ – et de nombreux militants formés à son école passéiste – considèrent encore l’indépendance comme étant un simple processus de création d’un État à l’ONU et bingo! tout est réglé. Rien n’est plus faux. Même la France n’est plus indépendante. Le Front National français, malgré quelques remugles d’un racialisme n’ayant plus sa raison d’être et que Marine Le Pen tente d’éliminer, est devenu un parti tout aussi indépendantiste que le Parti Québécois l’a déjà été. Pourtant, la France est indépendante, non? Non. Elle ne l’est plus. On lui laisse gérer son petit carré de sable tant que cela ne dérange pas les banques.

Évidemment, cela ne veut pas dire que l’indépendance de papier – un pays sua mappe! – est inutile. Elle permettrait de mieux gérer notre carré de sable et de contrôler un peu mieux notre immigration et nos politiques – tant que cela ne nuit pas au cartel bancaire. Mais si cette indépendance ne mobilise plus les troupes, c’est parce que nombre de mouvements qui la revendiquent se limitent à cette gestion du petit carré de sable en faisant abstraction de toute réflexion philosophique sur la réelle signification du mot « indépendance » en ce début de vingt-unième siècle. Ils veulent faire du Québec l’équivalent des autres sans se rendre compte que cette équivalence ressemble de plus en plus à un artifice.

En occupant une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin sous prétexte que ses employés ont contribué à la caisse du PLQ, le RRQ contribue à nous enfermer dans cette logique de l’apparence et cette idée tout à fait fausse qu’il suffirait de lutter contre la corruption et d’affaiblir les forces « fédéralistes » (au fait, combien de fédéralistes convaincus avez-vous rencontré depuis une décennie?) pour donner un nouveau souffle au mouvement. En fait, la corruption est plutôt le SIGNE du désengagement complet des citoyens de la chose publique parce que ceux-ci ont compris que les partis politiques se ressemblent tous et que leurs politiques sont équivalentes, en directe ligne avec le catéchisme du cartel bancaire. Les citoyens sont tellement désespérés qu’ils sont prêts à croire n’importe qui ou n’importe quoi qui donne une apparence de changement (NPD, Legault, etc.).

Elle est là, la vraie cible.

J’écrivais récemment qu’il faut descendre dans les livres avant de descendre dans la rue. Je crois que c’est ce que devrait faire le RRQ. Il lui faudrait mettre à jour son discours afin de cesser de lutter contre des réseaux fantômes omniscients dans l’esprit de ses dirigeants, et plutôt chercher à construire la véritable résistance de demain, qui se fera contre le système économique actuel et qui se construira sur ses ruines, avec l’aide des autres peuples, mais dans le respect des particularités de chacun.

En attendant, on doit se battre pour ne pas perdre notre langue et notre culture (où était le RRQ le 16 octobre dernier quand des citoyens ont pris la rue contre le sur-financement des institutions de langue anglaise?), et préparer une lutte non pas contre le PLQ – une simple succursale du cartel bancaire – mais contre le système en entier. On doit se battre non pas pour attirer des kodaks, mais pour développer un argumentaire permettant de construire les luttes de demain. À cet effet, on peut s’inspirer de ce qui se fait en France, notamment avec le mouvement Égalité et Réconciliation. Dans tous les cas, si on ne veut pas lutter pour une indépendance réelle, qu’on le fasse au moins pour la langue et il y a des centaines de cibles plus pertinentes qu’une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin (à commencer par McGill et tout le réseau d’institutions de langue anglaise sur-financées).

Malgré cela, il faut féliciter les militants qui ont pris la peine de se battre pour ce en quoi ils croient. À mes yeux, c’était inutile, mais toute personne qui se tient debout est le plus beau des monuments, pour paraphraser Georges Dor. Reste à souhaiter que le dévouement et la force extraordinaire de ces militants soit mieux utilisée par le RRQ qui, incidemment, semble beaucoup plus utile lorsqu’il se limite à son nouveau rôle d’agence de sécurité lors de manifestations.

Option Nationale: ça commence très mal
2 octobre 2011

Il y a de ces espoirs qui ne peuvent qu’être déçus. Comment pouvait-on espérer, par exemple, qu’un député péquiste peu connu à l’extérieur des cercles de l’orthodoxie du parti, se révélerait le sauveur tant attendu pour relancer le projet indépendantiste? Jean-Martin Aussant, avec la création d’Option Nationale, a fait couler beaucoup d’encre au sein du mouvement. Malheureusement, son alliance avec Philippe Leclerc, un ennemi du Québec français et un multiculturaliste assumé, est en train de tuer dans l’œuf tout projet de parti se distinguant réellement du Parti Québécois et faire de son parti un simple copier-coller du parti que Marois est en train de saborder.

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Aussant parle de Philippe Leclerc comme étant un atout majeur pour « son » parti à naître (notons qu’Option Nationale n’est PAS une initiative populaire; c’est le joujou personnel de M. Aussant). Qu’est-ce que cela nous dit à propos d’Option Nationale? Que ce parti n’a pas l’ambition de protéger notre langue en danger ou de réaliser une indépendance significative nous permettant de nous libérer du multiculturalisme à la canadienne.

Comme je l’ai expliqué dans un billet précédent, Philippe Leclerc est un ennemi du français en tant que langue commune au Québec. À ses yeux, le français ne constitue pas le ciment unificateur de notre nation et il n’a pas le moindre problème à considérer des gens habitant ici depuis des décennies et refusant obstinément d’apprendre notre langue comme étant des « compatriotes ». Pire, il considère comme étant une honte le fait de considérer qu’un Québécois devrait être en mesure de parler la langue officielle du Québec. Il adhère aussi entièrement au culte du multiculturalisme à la canadienne, ce qui lui a été reproché avec force par plusieurs commentateurs.

Aurait-il changé? Aurait-il enfin vu la lumière? Pas du tout.

Dans une lettre publiée dans Le Soleil, il continue de faire l’apologie de la « diversité » de Montréal (lire: son anglicisation) et il recommande qu’on s’adresse aux immigrants non pas en tant que Québécois en devenir, mais en tant que Néo-Québécois, favorisant de ce fait même leur exclusion.

Semblant englué dans la vieille mentalité péquiste post-1995 ayant mené aux catastrophes linguistique et identitaire actuelles, il désire qu’on mette l’accent sur le fait de « convaincre » des immigrants de voter pour une cause qui, génétiquement, leur est tout à fait étrangère. Il préfère tenter de convaincre des gens qui ont tout pour être contre nous (les immigrants qui viennent ici rêvent surtout de stabilité et pour beaucoup d’américanité) plutôt que de faire le pont avec ceux des nôtres qui auraient tout pour être avec nous. Il perpétue la grande tromperie issue de cette croyance naïve et mensongère que le nationalisme serait quelque chose de mal s’il ne s’édulcorait pas lui-même à ce point qu’il ne signifierait plus qu’un mot dénué de sens qu’on agite mollement pour ne pas faire peur.

Philippe Leclerc représente ce qui ne fonctionne pas actuellement au sein du mouvement indépendantiste. Une foule d’apparatchiks péquistes ont grandi à l’école de la honte, celle où, soufflant le chaud comme le froid, on leur a appris la fierté d’être Québécois du bout des lèvres, en autant que cela ne dérange pas trop les autres, en autant qu’on fasse le dos rond devant autrui et qu’on oublie ce que nous sommes quand on parle à un Immigrant (« I » majuscule) ou à un Anglophone (« A » majuscule). Ce nationalisme mollasson où on peut clamer le pays (s’il est « inclusif », autre connerie du laboratoire péquiste de destruction de notre nationalisme), parler de la protection de la langue française (sans s’attaquer à l’anglais), parler d’intégration des immigrants (sans jamais leur demander le moindre effort), parler de modernité (en reniant nos valeurs) ou parler d’indépendance (sans jamais écrire de constitution ou faire de gestes de rupture). Philippe Leclerc constitue le pinacle, l’achèvement le plus parfait de cette génération de petits faiseux ayant décidé de se mettre un veston-cravate et qui se pensent nuancés parce qu’ils sont mous.

Non, la venue de Philippe Leclerc dans le projet de M. Aussant ne constitue pas un atout majeur pour le peuple québécois. Il s’agit simplement de la venue, dans ses rangs, d’un individu refusant de reconnaître que l’indépendance doit être autre chose qu’un projet désincarné et étant incapable s’engager à respecter le caractère français de notre nation. Il ne s’agit pas d’un atout, mais d’un poids, celui d’un passé péquiste dont nous cherchons à nous libérer et qui doit laisser la place à la ferme action en faveur du peuple québécois, un peuple résolument francophone qui intègre les immigrants en autant que ceux-ci adhèrent à ses valeurs de base.

S’il y avait davantage de Philippe Leclerc dans cette société, nous n’aurions plus à défendre le français.

Il serait déjà disparu.

La prostitution de notre projet pour faire plaisir à une minorité, on n’appelle pas cela un projet de société.

Il reste à souhaiter que Jean-Martin Aussant se ressaisisse et qu’il se débarrasse de cet anglomane multiculturaliste aux idées plus proches de celles d’un Trudeau que de celles d’un Bourgault.

Nous avons déjà assez d’ennemis qui veulent affaiblir notre nation et notre langue.

Pas besoin d’en engager un en plus.

De la soi-disant division des indépendantistes
20 août 2011

Plusieurs militants, députés et stratèges péquistes, dont Jean-François Lisée, parlent de la création d’un nouveau mouvement indépendantiste comme représentant une énième division entre indépendantistes. Selon ce spin, relayé par plusieurs médias d’allégeance fédéraliste, hors du PQ, point de salut. Dans les faits, ce ne sont pas les indépendantistes qui se divisent, mais plutôt les nationalistes.

Cette analyse est celle du politologue Denis Monière, signataire du manifeste du Nouveau Mouvement pour le Québec, qui expliquait en début de semaine à Radio-Canada de quelle manière le Parti Québécois est devenu un parti autonomiste, s’accommodant du fédéralisme canadien et cherchant à obtenir des pouvoirs fédéraux plutôt que de bâtir un nouveau pays, notamment par l’écriture d’une constitution.

Je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Ce ne sont pas les indépendantistes qui se divisent, mais plutôt les nationalistes, entre d’un côté ceux qui s’accommodent du Canada et jouent la carte autonomiste et ceux qui ont décidé de faire face à l’échec de quarante ans d’étapisme péquiste n’ayant conduit qu’à la stagnation du mouvement et à la corruption des idéaux du parti par des carriéristes n’ayant comme objectif et finalité que de gérer une province.

Faire face à la réalité

De nombreux péquistes ont peur de faire face à cette réalité: la stratégie péquiste a échoué. Les vieux discours du genre « on a besoin du pouvoir pour préparer un référendum » ne convainquent plus personne. On a vu le PQ au pouvoir, et on a vu le PQ se mettre à genoux devant Péladeau pour une poignée de votes à Québec dans le dossier de l’amphithéâtre. On a aussi vu que le PQ, après plus de quarante ans d’existence, n’a toujours pas écrit de constitution d’un Québec indépendant. De la même manière, il nous faut avoir l’honnêteté de reconnaître que le dernier geste important en faveur de notre langue nationale, ce dernier geste d’État, a été accompli en 1977, alors que l’auteur de ces lignes n’était même pas né.

La première étape pour faire face à une situation difficile, c’est la reconnaissance de cette situation. On peut tout à fait comprendre la douleur, en particulier pour des baby-boomers ayant connu le Parti Québécois des années soixante-dix, de reconnaître que le Parti Québécois a été au bout de sa logique attentiste et autonomiste. On préfère s’attacher à ses vestiges et couler avec le bateau que de reconnaître qu’il n’y a plus rien à tirer de ce parti. Alors on s’en remet sur les vaines attaques des tentatives de division, du contrôle des médias, de l’acharnement contre Marois… On refuse de faire face à la réalité.

Peu importe la forme que prendra le nouveau mouvement, il ne pourra réussir que si les derniers indépendantistes au PQ le joigne et participent à la construction d’un nouvel État, ce qui implique de se départir de la pensée magique de molle de la construction graduelle d’un pays sans heurt et sans douleur. Créer un pays constitue un geste de rupture. C’est autant radical que nécessaire. Comme toute femme accouche dans la douleur, le pays ne peut naître sans confrontation et gestes d’affirmation.

On ne peut pas accepter, collectivement, de se laisser dicter les règles du jeu par le gouvernement canadien ou qui que ce soit. Un parti politique qui veut l’indépendance du Québec doit refuser de gouverner une province. Il doit déclarer qu’au jour UN de son élection il gouvernera un pays, qu’il rapatriera les impôts, qu’il fermera les bases militaires canadiennes, qu’il constituera sa propre monnaie, qu’il appliquera une nouvelle constitution d’un État indépendant.

C’est cela, se tenir debout. C’est radical ET nécessaire.

De plus en plus d’indépendantiste réalisent que le PQ les a entraînés dans un cul-de-sac. Certains se demandent même si le PQ n’aurait pas été infiltré tellement il a réussi à tuer le mouvement.

Il est plus que temps de tuer la bête puante de l’opportunisme politique et de l’autonomisme afin de bâtir un nouveau mouvement ayant comme seule et ultime finalité la création d’un État québécois pleinement indépendant et seul rempart contre l’assimilation des francophones sur ce continent.

Une dernière chance de survie pour le PQ
23 juin 2011

La crise au Parti Québécois est beaucoup plus profonde qu’elle n’y parait. Malgré toute l’antipathie qu’on peut éprouver pour les méthodes autoritaires de Pauline Marois et de son entourage, le simple fait de changer de chef n’offrirait pas de solution durable au problème fondamental du parti: c’est l’idée-même d’indépendance qui est en crise et le PQ ne pourra survivre s’il ne se réapproprie pas le côté révolutionnaire du projet.

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Comme le soulignait récemment l’historien Pascal Cyr, l’indépendance prônée par le Parti Québécois s’affiche de plus en plus comme étant une idée d’un autre temps; on n’a pas pris acte des profonds changements des dernières décennies et de la subordination croissante des États aux impératifs économiques d’organisations n’ayant aucun compte à rendre à la population. Pris dans la tourmente de la libéralisation des échanges économiques, et n’étant plus en mesure d’imposer adéquatement des multinationales menaçant de délocaliser leur production, les pays soi-disant indépendants ne le sont déjà plus réellement. On n’a qu’à observer de quelle façon le FMI tente d’imposer son plan d’austérité et de privatisations à une Grèce affaiblie… précisément par des années d’une même recette économique.

L’intellectuel français Alain Soral explique bien l’étendue du problème dans son dernier essai Comprendre l’empire dont le sous-titre « Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations? » résume l’ampleur du problème. En clair, selon lui, le moteur de la politique des derniers siècles est la tentative de la Banque de s’émanciper du contrôle politique. Cette quête a notamment expliqué la Révolution française, de même que les nombreuses tentatives ratées cherchant à redonner le pouvoir économique à la collectivité (communisme, fascisme). Rejoignant Pascal Cyr, il explique d’ailleurs les conquêtes de la social-démocratie nationaliste du vingtième siècle comme constituant le lest jeté par la Banque face à la peur de voir les deux idéologies pré-citées se répandre au sein de la population. L’appétit financier des grands de ce monde a donc accepté une réduction de son appétit de peur de perdre toute son assiette; ce fut le printemps des peuples, ou la création de cette troisième voie représentée par le gaullisme français ou, d’une certaine manière, par la social-démocratie québécoise et la quête d’indépendance politique prônée par le Parti Québécois dès ses débuts.

Or, aujourd’hui, après la chute du Bloc communiste, l’indépendance politique ne veut plus rien dire parce que le pouvoir politique est tout à fait à genoux devant les intérêts économiques. La population – cette sagesse populaire – sent bien ce glissement puisqu’elle semble avoir perdu non seulement son respect pour les politiciens, mais également parce qu’elle ne se donne même plus la peine d’aller voter. On a compris que le pouvoir, s’il était largement à Québec en 1976, ne s’y trouve que très réduit en 2011. Du côté d’Ottawa, c’est à peine mieux: les accords économiques signés par le Canada rendent ce pays tout aussi aliéné que le Québec a pu l’être au cours des siècles.

Pourtant, on ne peut simplement affirmer que l’idée d’indépendance est dépassée, comme le fait Pascal Cyr, sans expliquer clairement par quoi. Dire que le Québec ne peut plus être indépendant parce que le politique s’est éclipsé devant l’économique est une chose. Faire face aux conséquences réelles de cette éclipse en est une autre. Ces conséquences sont pourtant tout à fait terribles: atomisation croissante de la société, recul du français, corruption, appauvrissement généralisé de la classe moyenne et des moins-nantis. Ces tares ne sont uniquement québécoises: c’est à l’échelle mondiale qu’on voit les inégalités sociales augmenter, les langues nationales perdre de leur influence et les intérêts privés prendre le pas sur les intérêts collectifs.

Un parti contre l’Empire

Le mot fait peur, mais osons l’écrire: nous faisons désormais partie de l’Empire. Un empire qui n’est plus britannique comme au 19e siècle, qui n’est plus étasunien comme au vingtième, qui n’est même pas canadien. Nous sommes à la botte d’un système économique ayant fait de nos politiciens des collaborateurs d’un ordre économique injuste privilégiant une minorité – au détriment du bien-être de la majorité – et transformant nos représentants en bouffons d’un jeu où toutes les décisions sont prises en-dehors de notre Assemblée nationale.

Le Parti Québécois, depuis 1976, a oscillé tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Parfois, on a pris le parti du peuple, parfois celui des banquiers. Depuis Lucien Bouchard, on a définitivement choisi la seconde option, et la création de Québec Solidaire a été le premier pieu que le parti s’est lui-même planté en son cœur.

L’indépendance, n’en déplaise à certains, constitue un projet révolutionnaire. C’était vrai en 1837, c’était vrai en 1976, et c’est encore vrai aujourd’hui. Les Patriotes se battaient contre le pouvoir colonial britannique, les indépendantistes des années soixante-dix luttaient contre l’oppression canadienne; aujourd’hui, le combat a évolué et c’est contre le mondialisme, le libre-échange et l’affaiblissement du pouvoir des nations qu’il faut reprendre la lutte.

Tout projet ne prenant pas acte de la perte de pouvoir des États et se contentant de réclamer un « pays sur la mappe » sans expliquer de quelle façon celui-ci permettrait de lutter contre l’hégémonie de la finance internationale est condamné à échouer.

À l’inverse, un parti comme celui que propose de créer François Legault ne ferait que lier encore davantage le Québec à ces mêmes intérêts.

La seule solution durable, à long terme, est celle consistant à réclamer non pas une indépendance de papier, mais une indépendance effective. Il faut développer un discours plus combatif, et cesser d’avoir peur de pointer les chaînes qui nous oppriment, à commencer par notre adhésion à l’OMC, au FMI et à l’ALÉNA. Tout parti réellement indépendantiste devrait cesser de jouer les prostitués d’un ordre économique rendant l’indépendance des peuples de plus en plus improbable et se réclamer d’une réelle solidarité nationale, prélude à une solidarité internationale de peuples vivant chacun chez eux, selon leurs us et coutumes, mais se respectant les uns les autres.

L’autre option porte un nom: démission. La démission non pas des politiciens qui ont quitté le Parti Québécois, mais celle d’un peuple qui, usé par des décennies de verbiage sur une indépendance imaginée, risque de choisir des chaînes qui ont au moins le mérite de s’assumer.

Révolution, contre-révolution.

Nous en sommes là.

Ou le Parti Québécois s’assume pleinement et devient le fer de lance d’un nouveau mouvement anti-mondialisme de reconquête de l’économique par le politique, ou bien il disparaît.

C’est sa dernière chance.