Archive for the ‘Médias’ Category

La Presse en guerre contre les étudiants
1 mai 2012

L’avantage de toute crise, c’est qu’elle force quiconque veut y participer à laisser tomber son masque. Lorsqu’un débat est aussi tranché que celui opposant les étudiants au gouvernement, on a tendance à laisser tomber les nuances et à mettre tout son poids dans une direction ou une autre.

Dans le cas d’un média, néanmoins, on s’attendrait à un minimum de respect pour l’intelligence des lecteurs. À La Presse, propriété de Gesca (Power Corporation), dont la direction est reliée de près au PLQ, on a laissé tomber toute prétention à l’objectivité. Ce journal qui fut un jour intéressant et honnête, est devenu tout aussi malhonnête que le gouvernement dont il liche les souliers.

Aujourd’hui, 1er mai, par exemple, Alain Dubuc, qu’on a rapatrié du journal Le Soleil pour ajouter du poids aux textes anti-étudiants d’André Pratte, qualifiait les offres de la FECQ et de la FEUQ de « braquage » et les accusait de ne pas mettre d’eau dans leur vin et de constituer des « enfants-rois ». Aucun mot sur le caractère honnête des propositions, aucun commentaire sur le fait que c’est le gouvernement qui s’entête en refusant toute négociation sur la hausse, aucune remarque sur le fait que des étudiants qui sacrifient leur session et leur temps pour le bien d’autrui sont l’anti-thèse d’enfants-rois. Non, à La Presse, on suit la ligne gouvernementale : les étudiants sont intransigeants.

Hier, 30 avril, André Pratte écrivait un texte surréaliste où il accusait les étudiants de former une « tyrannie de la minorité » et où il incluait dans ses calculs l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Jean-François Lisée a bien démoli l’argumentaire de Pratte en soulignant que l’électorat du PLQ est tout aussi minoritaire, ce qui n’enlève pas la légitimité du gouvernement. Malgré tout, La Presse suivait la ligne gouvernementale : les étudiants grévistes sont minoritaires.

Hier encore, 30 avril, Alain Dubuc se commettait dans un éditorial où il proclamait que la fermeté du gouvernement constituait une démonstration de démocratie. Encore une fois, la ligne gouvernementale : nous ne céderons pas.

Et ça continue :

  • 27 avril – Pratte affirme que la hausse est légitime et que le gouvernement ne doit pas céder.
  • 27 avril – Dubuc justifie la position gouvernementale d’exclure la CLASSE.
  • 26 avril – Mario Roy soutient que la FECQ et la FEUQ doivent se dissocier de la CLASSE.
  • 21 avril – Pratte : si le gouvernement cède, on ouvrira la porte à tous les radicaux.
  • 17 avril – Pratte : tous ceux qui accusent le gouvernement de favoriser la violence sont complices de celle-ci.
  • 13 avril – Pratte : le gouvernement ne doit pas céder face à la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (sic).
  • 13 avril – Dubuc : la hausse est juste, le gouvernement n’a pas à céder sur quoi que ce soit.

Et ça continue, et ça continue.

Les éditorialistes de La Presse sont en guerre. À une certaine époque, le combat des journalistes était celui du quatrième pouvoir, celui qui critiquait le gouvernement, qui le dénonçait, qui représentait les forces mouvantes d’une société. La Presse, en ce début de vingt-unième siècle est devenu le laquais du gouvernement Charest. Son porte-parole. Son organe officiel. Le petit chien-chien qui va chercher les pantoufles quand il fait trop froid pour sortir du lit.

Ce n’est pas pour rien que Gesca ne veut pas publier les états financiers de La Presse et des autres médias du réseau, malgré les demandes incessantes d’un Yves Michaud, par exemple. C’est simplement parce que le but de ce journal n’est pas de faire un profit, n’est pas d’informer, n’est pas d’être rentable.

Le seul but de La Presse, c’est la manipulation de l’opinion publique, et les pertes encourues dans cette opération sont largement compensées par la présence d’un gouvernement au service de ses propriétaires.

Si vous achetez La Presse, si vous lisez La Presse, si vous considérez que ce journal jouit de la moindre crédibilité, non seulement nuisez-vous à la lutte des étudiants, mais vous contribuez également à l’affaiblissement de notre démocratie et à la vente de feu de nos institutions.



Ce texte venait à peine d’être écrit qu’André Pratte remettait ça en accusant les étudiants d’avoir du culot de proposer une contre-offre et qu’il s’agissait de « pelleter les nuages ». Que ce soit clair : si vous achetez La Presse, vous encouragez cette propagande.

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Les Fils de la poubelle
10 novembre 2011

Quand on pense aux radio-poubelles, on pense spontanément à la ville de Québec et à une certaine droite populiste sans classe qui y sévit depuis plusieurs années. Pourtant, ce genre de radio existe à Montréal, sur Internet, dans l’indifférence la plus totale. Ainsi en est-il d’un obscur groupuscule de pseudo-militants indépendantistes qui pollue la toile avec des propos homophobes, sexistes, discriminatoires et haineux. J’ai nommé les « Fils de la liberté ».



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Derrière ce nom pompeux, affublé d’un sous-titre tout aussi prétentieux – « La réponse à 1984 est 1837! », comme si le simple fait de juxtaposer le célèbre livre d’Orwell avec la rébellion patriote pouvait prouver quoi que ce soit sinon le manque total de culture historique de ceux qui ont eu cette idée bizarre – se cachent Jean-Philippe Décarie-Mathieu, Simon Thouin, Fred Pageau, Mathieu Duchesne, Christian Bergevin et André Forget.

Dans leur émission de la semaine dernière, ils s’en sont d’abord pris aux homosexuels: « Si tu veux vraiment voir de quoi ça a l’air 100 000 personnes, va-t-en à la parade des tapettes » (4:24). Ils ont également parlé de la Grèce comme ayant seulement réussi à produire « Nana Mouskouri, les Jeux olympiques et la sodomie » (15:50). Finalement – et le pire de tout – ils ont parlé de Françoise David (vers 5:30), la cheffe de Québec Solidaire, de la manière la plus dégradante qui soit:

Pour promouvoir son prochain livre, euh, de rage et de tampons, euh, de frustration et de lesbianisme… euh c’est pas témoignage d’une femme fontaine… aaaahhh merci… la fontaine est tarie depuis très longtemps, c’est à sec… (*rires*) … c’est comme du papier sablé. […] Je pensais qu’il y avait un porte-parole homme et femme à Québec Solidaire je vois juste deux hommes.

L’homosexualité et l’apparence physique. Peut-on croire, en 2011, qu’on en soit encore rendu là? Mes lecteurs – qui sont fort heureusement beaucoup plus nombreux que ceux qui suivent les péripéties de ces adeptes de la radiophonie de fond d’égout – savent que je critique parfois des personnes, ou des groupes. Je le fais à propos de leurs idées ou de leurs gestes; c’est-à-dire à propos de ce qui peut se changer.

Il y a en effet une forte nuance à apporter entre la critique de l’essence d’un individu et celle de ses idées ou de ses comportements. Ainsi, lorsque ces individus – dont l’un crache son fiel du fond du placard (de source sûre) – s’attaquent aux homosexuels ou à la féminité de Françoise David, ils s’en prennent à l’essence, à des choses qui ne peuvent pas être changées. C’est l’équivalent le plus clair et net du racisme; dire qu’on déteste un Noir, par exemple, est méprisable parce qu’un individu ne choisit pas la couleur de sa peau. De la même manière, personne ne choisit d’être homosexuel ou d’avoir l’air plus ou moins viril.

Ce qui est le plus triste, c’est que les auteurs de cette émission présentent des thèmes avec une prétention intellectuelle. Je dis « prétention », bien évidemment, car les sujets ne sont traités qu’en surface et avec la subtilité d’un camion de quarante pieds dans une ruelle. Quand on écoute une radio-poubelle de Québec, on s’attend à du ridicule, à des niaiseries, à du langage prépubère; ils ne se prennent pas au sérieux. Dans le cas de cette bande au discours haineux, on ajoute l’intellect au misérable; une belle crotte sur laquelle on étend de la crème fouettée.

Je ne sais pas si Françoise David portera plainte contre ces gens. Elle devrait. Bien sûr, certains pourraient être tentés de dire que ce ne sont que des imbéciles à l’homosexualité refoulée ou des pseudo-révolutionnaires de salon à l’égo aussi gros que leur insignifiance, mais il serait dangereux, collectivement, de ne pas réagir quand on entend de tels propos.

Si on laisse passer de telles aberrations, que laissera-t-on passer la prochaine fois? Il arrive un moment où, collectivement, on doit mettre son pied à terre et se faire respecter. L’intimidation, qu’elle vienne du RRQ, des « Fils de la liberté » ou d’un quelconque autre mouvement pseudo-révolutionnaire, n’a pas sa place.

De la division?

Je devine déjà les haut-cris d’une minorité qui affirme que ce serait encore favoriser la division que de s’en prendre les uns aux autres entre indépendantistes. Non, ce ne serait pas le cas. Le mouvement indépendantiste est un beau et un grand mouvement, mais il y a plusieurs pommes pourries qui le gangrènent.

Dans un article précédent, par exemple, j’ai expliqué – et prouvé à l’aide de copies d’écran – de quelle manière Carl Contant, chef de section du RRQ dans Lanaudière, a tout fait pour empêcher une manifestation pour la Loi 101. Ici, je pourrais également parler d’un des animateurs des Fils de la liberté, Mathieu Duchesne, qui m’a intimidé en me disant qu’il se demandait pourquoi j’étais encore en vie et que je devrais me cacher. On pourrait également parler de Jean-Philippe Décarie-Mathieu – un autre des Fils de la liberté – qui a insulté gratuitement le militant Jason Keays. La liste est longue. La question à se poser est la suivante: jusqu’à quel point doit-on se pincer le nez pour oublier l’existence de ces individus qui se servent de la cause pour se donner une estime d’eux-mêmes qu’ils n’auraient pas autrement?

J’ai rencontré une très bonne personne dernièrement. Un militant, un vrai. Actif, il a occupé un poste important au RRQ, il a organisé une manifestation contre l’exploitation du gaz de schiste, il a coorganisé deux manifestations pour une Loi 101 plus forte, il a été de tous les combats pour la langue. Dernièrement, il m’a annoncé qu’il cessait de militer. Pourquoi? À cause de tous ces gens. À cause de l’intimidation. À cause de membres de son ancienne organisation qui lui cherchent noise et parce qu’il en a assez de ces pommes pourries.

Voilà le vrai prix du silence. Quand on refuse de réagir face à l’intimidation, quand on laisse des gens faire ce qu’ils veulent et qu’on n’agit pas sous prétexte qu’ils sont une minorité, on finit par toucher à la force vitale des vrais militants et on décourage ceux qui auraient envie de s’impliquer dans ce mouvement.


Ajout: Les Fils de la poubelle on affirmé que leur site serait plus populaire que le mien à cause qu’il serait en meilleure position sur le site Alexa; mais ils ont « oublié » de souligner que la réputation du mien est près de deux fois supérieure à la leur, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup plus de liens entrants vers le mien, et des liens de qualité, que vers le leur. Enfin, bref, nul besoin de faire un concours de popularité; il est facile d’attirer beaucoup de paranoïaques avec des mots clefs comme « Rothschild » et autres. Le fait est que leur site web est peu visité, beaucoup moins que celui-ci, et que ça n’invalide pas ma dénonciation de leur homophobie et de leurs commentaires haineux à l’encontre de Françoise David.

L’inconscient collectif
26 décembre 2010

Google vient de lancer un outil tout à fait fantastique: Ngram Viewer. En numérisant plus de 5,2 millions de livres, l’entreprise a construit une gigantesque base de données permettant de recouper la fréquence d’utilisation des mots en fonction de leur époque. Au-delà de l’aspect purement statistique de la chose, c’est d’un voyage au fond de notre inconscient collectif qu’il s’agit. En comparant divers mots ou expressions, on peut établir la force d’une idée ou mieux comprendre les changements sociétaux.

Par exemple, en observant le graphique de l’expression « indépendance du Québec », on constate que celle-ci n’a jamais été plus utilisée qu’en 1976, avec l’élection du Parti Québécois. Pendant les années 80, avec le « beau risque », sa fréquence a chuté, pour se stabiliser dans les années 1990, avant de chuter de nouveau après le dernier référendum.

Autre exemple: en croisant les mots « Canada » et « Québec », on obtient à peu près l’année 1970. C’est donc dire que dans la littérature francophone, le Canada a perdu de son importance au profit du Québec à peu près dans ces années. Il s’agit d’une évidence pour tout observateur aujourd’hui, mais on peut établir statistiquement le moment de ce changement dans l’inconscient collectif.

Exemple supplémentaire: on peut croiser les mots « nationalisation » et « privatisation ». Alors que le premier monte jusque vers 1980, témoin de son époque, il chute par la suite, croisant son opposé vers le milieu de la décennie. Il n’y a pas de coïncidence: c’est bel et bien dans les années 1980 que les premières réformes de droite, les premières désassurances, les premières privatisations ont eu lieu. On constate depuis que la droite économique a le vent dans les voiles, comme le témoigne la croissance du concept.

Un autre exemple? Regardez ce graphique superposant les expressions « Loi 101 » et « Québec français ». Aucun hasard ici non plus: c’est vers le début des années 1990 que les fruits des mesures scolaires et de la francisation découlant de la Loi 101 paraissaient le plus; on remarque également la corrélation entre les deux expressions; selon ce graphique, on peut déduire que le destin du Québec français est relié à celui de la Loi 101.

Encore une fois: en recoupant « Canadien français » et « Québécois » et en observant le moment où ces deux données se croisent, on peut obtenir la date presque précise du début de la Révolution tranquille.

Les exemples ne manquent pas, on le constate. L’intérêt d’un tel outil ne consiste pas seulement à valider les événements passés, mais peut-être à prévoir ceux du futur. Pour le moment, les données s’arrêtent à 2008, mais nous ne sommes qu’au début de la Révolution numérique. D’ici quelques années, on pourrait imaginer une base de données encore plus complète – appuyée par les nombreux livres en format numérique qui sortent à chaque année – et actualisée plus fréquemment. On pourrait imaginer, après les sondeurs et les politologues, des analystes de tendance qui, comme les boursicoteurs et leurs données statistiques, pourraient quantifier l’inconscient collectif et faciliter l’actualisation d’idées et de concepts devenant en vogue.

Mieux encore: on pourrait imaginer des algorithmes de recherche plus poussés augmentant la puissance d’un tel outil, un peu à la manière de la recherche sur Internet. Rappelons-nous qu’au début du Web, les pages étaient trouvées en fonction du nombre de mots sur chacune de celles-ci; il a fallu attendre Google, qui, en comptabilisant les liens, a pu établir la crédibilité de chaque site et donner une valeur différence aux mots selon celle-ci. Avec les livres électroniques de type Kindle, IPad ou autres, qui deviendront la norme d’ici une ou deux décennies, il n’est pas exclu qu’un tel algorithme tenant compte du nombre de téléchargements ou d’achats d’un livre pour en établir la crédibilité soit créé.

Il deviendrait donc possible de naviguer non plus seulement dans le présent du contenu en ligne, mais dans l’inconscient collectif total, représenté dans son imaginaire par la création littéraire.

Nous vivons à une époque fantastique, ne trouvez-vous pas?

Laissons Andrew Coyne vomir son Maclean’s
27 septembre 2010

Que n’importe quel torchon canadien écrive quoi que ce soit à propos d’un soi-disant gène structurel ou intrinsèque typique des Québécois et les poussant à la corruption ne devrait même pas nous surprendre ou nous choquer. L’histoire du journalisme jaunissant canadien regorge de ce racisme abâtardi, des incitations à la haine et à l’émeute de The Gazette ayant mené à l’incendie du parlement de Montréal en 1849, en passant par les hallucinations de Jan Wong qui établissait un lien entre la tuerie de Dawson et la Loi 101, en 2006, ou encore par les insanités de Diane Francis et autres créatures qui, dans un pays sainement constitué, auraient de la difficulté à tenir captive une audience d’une dizaine de personnes.

Dès qu’il est question du Québec, le vieux fond orangiste, suprémaciste et raciste colonial des Canadiens prend le dessus sur ce qui devrait leur faire office de cerveau et c’est avec une insolente bonhommie qu’ils défèquent sur notre nation et se prétendent observateurs de notre prétendue infériorité, nous, les colonisés, qui ne mériteraient que de disparaître ou d’être enfin civilisés. Et nous qui avons tellement peur d’exister, nous qui ne sommes Québécois que du bout des lèvres, mordons à l’hameçon de notre propre infériorisation.

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Réglons la question dès le départ. Les arguments de Maclean’s sont tellement faibles qu’il est d’une facilité déconcertante de les invalider.

  • Le Québec, plus corrompu que le reste du Canada? Allons donc. Disons plutôt que le Québec règle ses problèmes de corruption quand ils arrivent. Trois premier ministres de la Colombie-Britannique ont démissionné à cause de scandales de corruption au cours des dernières décennies et le Canada lui-même s’est construit sur la corruption de John A. MacDonald.
  • La corruption, symptôme du nationalisme québécois? N’importe quoi. C’est bel et bien Lévesque qui a instauré les règles les plus strictes de gouvernance et aucun gouvernement du Parti Québécois – malgré tout ce qu’on peut lui reprocher – n’a jamais été accusé du tiers des actions reprochées présentement à Charest.
  • La corruption, causée par une trop grande présence de l’État? C’est exactement le contraire! Les données démontrent que les pays les moins corrompus (Nouvelle-Zélande, Danemark) sont ceux qui ont une présence étatique plus importante alors que les plus corrompus (Somalie, Afghanistan) n’ont pour ainsi dire pas de gouvernement ni d’institutions; en fait, c’est d’une logique implacable: c’est bel et bien le privé qui augmente les risques de corruption et c’est toujours parce que l’État se désengage et réduit ses garde-fous que les enveloppes brunes circulent plus facilement.

Maintenant, passons aux choses sérieuses. Qu’en avons-nous à foutre de l’opinion du Maclean’s ou de n’importe quel autre revue jaunie? « C’est une revue sérieuse », qu’on entend dire un peu partout. Ah oui? C’est quoi le sérieux pour vous, dites-moi? Du papier glacé, une propriété de Rogers et du papier de toilette à fleur de lys? Non, le Maclean’s n’est pas plus ou moins sérieux que n’importe quel autre média. En fait, il nous prouve, avec cette aberration, qu’il est tout sauf sérieux. Il entretient les mythes à l’égard du Québec chez les Canadiens et il contribue à démontrer, comme l’a affirmé Bernard Landry aujourd’hui, qu’il y a bel et bien deux nations dans ce pays.

Ne serait-il pas temps un peu pour nous d’arrêter de sur-réagir quand n’importe quel scribouilleur vomit sa prose sur notre nation? Ne serait-il pas temps de comprendre et d’accepter que c’est NORMAL que le Canada, à l’aide de ses médias, se serve de n’importe quel prétexte pour démoniser les Québécois? Ce n’est pas notre faiblesses intrinsèque qui est mise en cause ici, mais plutôt notre statut de peuple conquis ayant des réflexes du colonisé plus à l’écoute des besoins de son maître que de ses propres désirs de liberté. Oui, Maître. Merci, Maître. Voulez-vous vous essuyer encore davantage les pieds sur mon dos, Maître? C’est ce que nous sommes: des conquis.

Maintenant, si nous voulons changer les choses, si nous voulons à nouveau être un peuple fier, qu’on ignore un peu ce qu’écrivent ces ferrailleurs de la stupidité et qu’on cesse de se préoccuper des « quand dira-t-on » canadiens. Nous avons le droit d’exister, nous avons le droit de vouloir la liberté et les mensonges ne changeront jamais rien à notre fierté; ils ne peuvent que renforcer notre désir de nous séparer d’un Canada fétide, raciste et francophobe où pullulent toutes sortes de déchets journalistiques à la Andrew Coyne.

Le javel mortuaire
16 septembre 2010

Richard Martineau publie aujourd’hui un billet sur son blogue où il critique Patrick Bourgeois, le chef du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), pour son acceptation de commentaires désobligeants sur son site web à propos de la mort de Claude Béchard. Pour Martineau, ce sont des messages haineux, dégoûtants, qui n’auraient rien à voir avec l’ensemble d’un Québec « secoué » par le décès prématuré de Béchard. Quand quelqu’un meurt, on n’a pas le droit ni de se réjouir, ni de le critiquer, voilà le message en filigrane. Il s’agit d’une forme particulièrement vicieuse de pensée.

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En effet, au nom de quelle justification moralement tordue une personne décédée gagne-t-elle soudainement en valeur et peut-elle s’épargner le jugement d’autrui? Un individu peut être toute sa vie le dernier des salauds, massacrer des enfants, tuer six millions de Juifs comme Hitler l’aurait fait, mais à l’heure de son décès il faut tout oublier sous prétexte qu’il est mort, que c’est la vie et qu’on ne s’en prend pas à un mort. Critiquer un mort, c’est mal vu, c’est laid, c’est sale. On a tellement peur de la mort qu’on la sacralise. Rédemptrice, elle transforme le pire des hommes en personne respectable dont la mémoire doit être respectée.

Je ne dis pas que Béchard doit être méprisé pour autant. On peut clairement objecter que Béchard n’a rien fait pour mériter le mépris. Sauf qu’il s’agit d’une opinion personnelle et que le propre de telles opinions est précisément qu’elles peuvent se discuter. Si des gens considèrent que l’œuvre de Béchard doit être critiquée, pourquoi devraient-ils s’en empêcher sous prétexte qu’il est mort? S’ils croient que Béchard était une nuisance, pourquoi devraient-ils se taire? Béchard, après tout, était l’homme derrière le Suroît, derrière la privatisation avortée du Mont Orford, derrière le projet Rabaska… Si l’homme a œuvré de son vivant à dilapider les richesses naturelles ou écologiques du Québec, et si nos descendants auraient eu à en payer le triste prix n’eût été de l’opposition de la population à ces tristes projets, cela ne doit-il pas être dénoncé? Le javel mortuaire ne peut pas tout blanchir.

Quand on pense à la mort d’un individu foncièrement mauvais, à un meurtrier par exemple, s’épargne-t-on la joie de dire « bon débarras » par respect pour la mort de l’homme? Non. On juge sa vie, on la méprise et on l’oublie. Pourquoi agit-on différemment avec d’autres personnes? Si un individu tue un seul humain, on peut le mépriser, mais s’il a tenté de vendre l’héritage des Québécois aux amis du parti et qu’il a contribué toute sa vie au succès d’une formation politique corrompue, contribuant à la fois au recul de la démocratie et à l’affaiblissement environnemental du Québec pour des générations à venir, on devrait respecter son dernier repos?

Patrick Bourgeois lui-même m’avait reproché, après le décès de Lhasa de Sela, mes critiques selon lesquelles cette grande dame ne représentait rien de la culture québécoise. Bourgeois avait tort alors, mais il a raison aujourd’hui: on a le droit de juger de l’importance d’un individu pour notre nation, mort ou vivant. La mort ne blanchit rien, elle n’excuse rien. Une femme qui, malgré son incroyable talent, ne représentait pas la culture québécoise avec ses chansons dans des langues étrangères, c’est une vérité avant ou après la mort. Un homme qui, malgré sa gentillesse et son respect des individus, se sert de son rôle de représentant de la population pour affaiblir le Québec, c’est une vérité avant ou après la mort.

Le passage vers l’au-delà ne doit pas constituer un tamis permettant de séparer ceux qui peuvent se faire juger de ceux qui ne peuvent pas. Nous allons tous y passer; qu’on ne donne pas l’illusion à ceux qui sont ici et nuisent au Québec que nous allons les célébrer avec des funérailles nationales et oublier leurs travers au moment de leur décès.

Qu’ils deviennent des hommes et des femmes de bien dès aujourd’hui ou qu’ils assument le fardeau du jugement de ceux qui seront encore là à l’heure de leur mort!

Les vautours
15 janvier 2010

Les vautours sont des animaux nécrophages qui se nourrissent surtout de carcasses et qui occupent une niche écologique essentielle à la bonne santé de tous les animaux, ainsi qu’à celle de l’homme. Ils chassent en volant haut dans le ciel, repérant les morts ou les individus à l’agonie. Ils descendent alors en piquée, installent leurs caméras et microphones et filment la misère humaine. « Monsieur, monsieur, comment vous sentez-vous maintenant que vous n’avez plus de toit, que toute votre famille a été tuée et que des dizaines de cadavres en décomposition inondent votre pelouse? »

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Les vautours sont parfois qualifiés de « culs-de-sac épidémiologiques » pour leur capacité à encaisser virus et bactéries sans les transmettre. Ils débarrassent les cadavres et les empêchent ainsi de contaminer la nappe phréatique ou de propager des maladies. Ils s’assurent, en faisant du voyeurisme de la détresse la plus totale des Haïtiens leur pain et leur beurre, que cette misère ne puisse pas contaminer notre petits cerveaux proprets en posant des questions dérangeantes. Des questions du genre: comment se fait-il que ce pays soit si pauvre? Ou encore: pourquoi cet État est si faible et désorganisé? Ou bien: comment se fait-il que devant le risque sismique maintes fois répété on n’ait jamais imposé des normes de construction plus sévères? Ces interrogations sont autant de sources de contaminations. Mieux vaut regarder les cadavres et faire du pipole.

« Ici Richard Latendresse, à Haïti. Je me trouve présentement dans une rue de Port-au-Prince. Regardez derrière moi: il y a des dizaines de corps en décomposition; l’odeur est pestilentielle, et personne, je dis bien personne, ne s’arrête pour tenter de s’occuper de cette situation ». Homme dans la fleur de l’âge, fraîchement débarqué, il aurait simplement à lancer son micro, à prendre une pelle et à aider la population à lutter contre les épidémies en recouvrant les cadavres de terre. Meuh non! « Plusieurs craignent une catastrophe humanitaire et des épidémies. » Le vautour se régale, il se goinfre d’une misère humaine qu’il pourrait pourtant contribuer à réduire.

Et les autres, le cul bien au chaud dans leurs bureaux montréalais, sont-ils mieux? Ils se découvrent une émotion, de grandes envolées lyriques, de longues phrases poignantes de douleur et d’espoir. Ils implorent Dieu, le diable ou les deux. Ils parlent du courage des Haïtiens de la même façon qu’on vanterait les mérites d’un participant à une émission de télé-réalité. « Cette semaine, Maxime a été très courageux d’interpréter la chanson de Mika; très touchant comme performance. Revenez-nous après la pause, nous compterons les milliers de morts en Haïti. » Ils se font une carrière sur la douleur des Haïtiens et l’image d’une femme cherchant ses fils ou d’un homme ayant perdu sa femme ne sont qu’autant de cartes postales de souffrance pré-mâchée qu’on insère dans un bouillon de sentiments faciles.

Les vautours s’attaquent à digérer ce qui nous serait autrement indigeste. Ils plongent leurs longs becs dans la misère humaine et s’en servent goulûment pour prospérer. Ils transforment une information trop complexe, trop intense, trop difficile à concevoir, en fragments de petites histoires glauques ou pathétiques, en pizzas pochettes de la douleur emballée pour conserver toute sa saveur. Ils s’approprient l’essentiel de nos passions, les pré-digèrent, et nous les renvoient dans un long éditorial ou un topo larmoyant où le journaliste se met lui-même à l’avant-scène.

Tout cela, pour qui? Pour nous. Ce sont les éboueurs des ondes, les vidangeurs de la misère humaine, les vautours domestiqués de nos consciences qui nous convainquent de donner un petit dix piastres pour libérer nos esprits et continuer, par la suite, à voter pour des gouvernements qui, de par leurs actions de déstabilisation d’Haïti au cours des dernières décennies, ont contribué à créer cette catastrophe.

Tout s’achète, tout se paie. La déresponsabilisation, et, surtout, la misère humaine.

Les vautours ont faim. Il faut les nourrir.

Le Devoir: 100 ans de mollesse
10 janvier 2010

Véritable festival de la flagornerie ces jours-ci alors qu’on célèbre le centenaire du journal Le Devoir. Le Devoir il est beau, Le Devoir il est grand, Le Devoir il est fin, longue vie au Devoir, merci au Devoir, bravo Le Devoir. Un tel concert d’éloges ne peut que camoufler le profond vide idéologique entourant le quotidien et son extrême pusillanimité face à la moindre prise de position critique. Cent ans après que Henri Bourassa ait viré Olivar Asselin, fondateur de la Ligue Nationaliste, éditeur du très combatif hebdomadaire Le Nationaliste et meilleur journaliste de son époque, pour créer un quotidien plus modéré et servile face au pouvoir en place, Le Devoir constitue toujours le journal d’une élite ramollie portant sa feuille tiède bien en vue comme les femmes de la haute société exposent leur sac à main Louis Vuitton.

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« C’est le seul journal indépendant à Montréal » entend-on parfois dire. Oui, c’est vrai. Mais encore faut-il faire quelque chose de son indépendance. À quoi sert-il au jeune adulte de quitter le domicile familial si c’est pour adopter sensiblement les mêmes règlements, les mêmes valeurs, les mêmes règles que ses parents? L’indépendance doit permettre à des idées, des valeurs, des convictions différentes de s’exprimer; elle doit s’octroyer l’expression d’une pensée différente, d’une idéologie unique ayant ses racines dans le passé et tendant ses branches vers le futur. Et Le Devoir a échoué lamentablement en s’enfermant dans une pseudo-objectivité l’éloignant définitivement de ce qu’il devait défendre à l’origine: les intérêts du peuple québécois. Le journal est devenu élitiste et a transformé la cause nationaliste en lubie d’intellectuels sclérosés longeant les murs des sous-sols de l’UQÀM.

Qu’elle est loin l’époque du journal Le Nationaliste, de Olivar Asselin, créé en 1904 et auquel Bourassa avait cessé de participer parce qu’il ne voulait pas entacher sa réputation en appuyant les idées contestataires du journal!

À l’époque, les étudiants se mettaient à une quinzaine autour d’une seule copie pour lire et discuter des textes d’Asselin. Ce dernier se promenait de procès en diffamation en procès en libelle, se servant de chaque présence au tribunal pour asséner des coups aux élites corrompues. Il a même été en prison pour avoir giflé publiquement Louis-Alexandre Taschereau, futur premier ministre! Jules Fournier, qui le remplaçait alors au Nationaliste, y a été jeté lui aussi pour avoir pris la défense d’Asselin avec beaucoup de passion. Asselin, qui a renoncé à son propre journal pour aider Bourassa à se faire élire au Québec, et ce dernier qui l’a laissé tomber par la suite. C’est ainsi que fut créé Le Devoir. On se rappellera que Bourassa a lui-même quitté son journal en 1932 à cause d’une polémique l’opposant à Lionel Groulx et à d’autres nationalistes qui refusaient les positions de Bourassa en faveur d’un Canada uni et du bilinguisme.

Cent ans plus tard, c’est le même esprit peureux, servile, d’un nationalisme propret et javellisé qui émane des bureaux de la rue Bleury. Face à une Presse qui, à la suite d’une histoire où elle servait d’organe officiel de propagande tantôt du Parti Libéral, tantôt du Parti Conservateur, n’hésite pas à afficher clairement son fédéralisme et son appui au multiculturalisme, Le Devoir se contente de parler d’indépendance du bout des lèvres, d’identité entre les lignes, de défense du français tant qu’on n’importune pas les anglophones en leur imposant la loi 101 au Cégep; Le Devoir est un journal nationaliste en autant que son nationalisme n’implique pas de prise de position nationaliste. On porte le nom comme autant de faux bijoux qu’on expose pour s’offrir un statut social que seule la pratique peut permettre.

Il serait peut-être temps pour Le Devoir d’entrer dans le nouveau siècle. Le nationalisme, après des décennies où il a contribué à l’émancipation des Québécois et où même les plus fédéralistes d’entre nous l’appuyait (Claude Ryan a déjà été directeur du journal), est redevenu une position contestataire. Quand Henri Bourassa a créé son journal, l’ennemi était canadien; aujourd’hui, il faut réinventer le discours nationaliste pour le rendre plus combatif et en synchrone avec une nouvelle réalité qui demande de trouver des moyens d’assurer la pérennité des valeurs et de l’identité du peuple québécois dans un contexte de mondialisation où même des États souverains ont de la difficulté à protéger leur identité. Le nationalisme doit de nouveau en être un de combat, acide, ironique, caustique, permettant de trouver des façons d’assurer la diversité humaine en protégeant les cultures minoritaires comme celle du Québec.

Il y a de la place pour un journal indépendant d’idées à Montréal. Ces idées doivent cependant être porteuses d’un discours cohérent et d’une idéologie redonnant pleinement le rôle de quatrième pouvoir au journalisme et ne le cantonnant pas dans celui de petit caniche se tenant lui-même en laisse et ne faisant peur à personne. Si vraiment Le Devoir est attaché à son passé nationaliste, il serait temps pour lui de reprendre l’initiative et de ne pas avoir peur d’affirmer des positions osées, nécessaires, que ce soit sur l’immigration, la langue française ou le multiculturalisme en général.

Dans un contexte de mutation profonde du monde journalistique où le format papier est appelé à disparaître, ce ne sont plus ceux qui disposent des moyens de production, pour paraphraser Marx, qui sont appelés à dominer le monde des idées, mais plutôt ceux qui ont, effectivement, des idées. Les blogues ne sont que la pointe de l’iceberg d’un phénomène condamnant les journaux ayant peur de prendre position et refusant leur rôle de chien-de-garde des intérêts des gens à une disparition aussi inévitable que le moteur à essence a remplacé les chevaux.

Si Le Devoir espère un jour célébrer son bicentenaire, il ferait bien de laisser tomber sa prétendue objectivité pour embrasser de nouveau un nationalisme de combat faisant du Québec le fer de lance de l’affirmation identitaire de tous les peuples de la Terre pour la survie de la diversité humaine.

De Hérouxville à Ottawa: La Presse se ridiculise
15 novembre 2009

Ainsi donc, La Presse, par la bouche de son éditorialiste en chef, considère que le guide canadien pour les immigrants constituerait un « bon travail ». « L’ouverture et la générosité du Canada excluent les pratiques culturelles barbares qui tolèrent la violence conjugale, les meurtres d’honneur, la mutilation sexuelle des femmes ou d’autres actes de violence fondée sur le sexe », affirme le manuel. André Pratte se félicite que le guide « rappelle en termes clairs que les valeurs fondamentales de la majorité doivent avoir le dessus ». Un peu plus et on sabre le champagne en l’honneur du gouvernement, ce grand protecteur des « valeurs canadiennes ».

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Pourtant, il y a moins de trois ans, Pratte et sa clique d’éditorialistes obtus pourfendaient les normes de Hérouxville, qui affirmaient grosso modo les mêmes choses. Des normes, qui rappelaient aux immigrants l’égalité des sexes, l’interdiction d’exciser ou de lapider les femmes, qui avaient véritablement lancé le débat sur les accommodements raisonnables.

Malgré les ressemblances entre les deux guides, André Pratte a considéré Hérouxville comme l’envers du Québec qu’on aime, c’est-à-dire « inquiet, frileux et mal informé ». Alain Dubuc, éditorialiste tellement détesté à Montréal qu’il a dû s’exiler à Québec, a aussi offert une collaboration spéciale à La Propagandiste de la rue Saint-Jacques: « Hérouxville, c’est très clairement une manifestation de racisme ordinaire, où se sont exprimés les deux ingrédients de base qui nourrissent l’intolérance: la peur et l’ignorance ». Patrick Lagacé, lui, parlait de « puantes normes de vie ». Pierre Foglia palabrait sur les morrons (sic) de Hérouxville. ((FOGLIA, Pierre, La Presse, Nouvelles générales, mardi, 30 janvier 2007, p. A5, La ruelle de Chateaubriand )) Yves Boisvert, guère mieux, parodiait ces normes en parlant de talibans avec des cailloux pleins leurs valises et n’ayant comme seul but de lapider les femmes. La Presse était déchaînée: Hérouxville et ses normes de vie, c’était l’ennemi à abattre.

Or, personne ne s’y lève aujourd’hui pour parler des méchants talibans avec leurs valises pleins de couteaux servant à exciser les femmes, pour dénoncer les « morrons » d’Ottawa, le guide « puant » sur les immigrants, de la peur et de l’ignorance du gouvernement canadien ou du pays « inquiet, frileux et mal informé » qui impose ce guide. Non, non. Quand ça vient du Québec, quand ce sont des Québécois qui veulent imposer leurs valeurs aux immigrants afin de créer un meilleur vivre-ensemble, on parle de racisme et de xénophobie. Quand c’est Ottawa qui fait la même chose, on félicite le gouvernement pour ce « bon travail ». Deux poids, deux mesures.

En fait, cela rejoint les propos de Jean-François Lisée sur son blogue: on peut insulter un immigrant ou un fils d’immigrant québécois en lui reprochant de ne PAS voter de manière ethnique – c’est-à-dire d’appuyer les fédéralistes ou ceux qui négligent la protection du français – mais on ne peut surtout pas lui faire de reproches s’il décide de voter de manière ethnique. Bref, il est possible pour Christine St-Pierre d’invectiver Pierre Curzi en lui rappelant son origine ethnique sans que personne ne réagisse, mais on ne peut pas souligner le fait statistiquement vérifiable que le référendum de 1995 a été perdu largement à cause du vote monolithique des anglophones et d’immigrants qu’on n’a pas réussi à intégrer. On part du principe que le souverainiste est un raciste potentiel qui doit se disculper, alors que le fédéraliste serait orné d’une auréole de bonne volonté que ne pourrait même pas troubler de véritables propos racistes.

On m’objectera peut-être que les normes de Hérouxville faisaient figure de règlement alors que le guide canadien ne constitue qu’une recommandation de lecture. Qu’on me dire, alors, que constitue la valeur d’une « recommandation » si personne n’est tenue de la respecter? En d’autres mots: on peut vanter un « bon travail » jusqu’à Pâques comme le fait André Pratte, mais si ce guide n’a pas de valeur coercitive, à quoi sert-il véritablement? Hérouxville a eu le courage de ses convictions: les recommandations ont fait force de loi. Peut-être maladroitement, mais avec la volonté d’imposer ce qui constitue, à nos yeux, la meilleure façon de vivre dans le respect des valeurs qui nous rassemblent et qui assurent un minimum de cohésion sociale.

Quand la catin de la rue Saint-Jacques décide, volontairement, de féliciter l’approche d’Ottawa immédiatement après avoir dénoncé celle de Hérouxville, elle nous affirme donc deux choses. D’abord qu’elle considère que ce sont seulement des fédéralistes qui sont aptes à parler de normes de vie pour les immigrants. Ensuite, qu’on peut bien en parler autant qu’on en veut, en autant que ce ne soient que des paroles vaines sans conséquences pour ceux qui ne les respectent pas. Bref, on félicite le vent de faire tourner le moulin et on se fout de savoir ce que celui-ci produit d’utile en retour. La roue tourne, et peu importe dans quel but!

On en dira ce qu’on en veut, mais le problème des accommodements raisonnables n’est pas réglé. Le gouvernement Charest a caché la poussière sous le tapis en espérant que d’autres se chargeraient de la dissimuler sous le canapé. Ne soyons pas dupes: La Presse et le gouvernement du Canada possèdent la même croyance, c’est-à-dire celle que les francophones ne constituent qu’une ethnie parmi d’autres et qu’en tant que tel ils ne sont pas dignes de se questionner sur la place des immigrants dans la société. C’est à la majorité, aux vrais habitants de ce pays, les anglophones, qu’il appartient de décider pour nous.  Et ce guide, qui n’indique nulle part que les immigrants doivent envoyer leurs enfants à l’école française au Québec, même si la Chambre des Communes a reconnu ce droit, n’en est que l’expression la plus fétide.

Est-ce qu’au moins La Presse aurait l’honnêteté de cesser de se qualifier de « grand quotidien français d’Amérique » pour enfin épouser entièrement entièrement ses idéaux et finalement publier ses âneries dans la langue de Shakeaspeare, la seule qui resterait si on appliquait ses recettes identitaires?

Non à (toutes) les taxes TV
14 octobre 2009

Si vous êtes comme moi et que vous écoutez le moindrement la télévision câblée, vous avez sûrement vu cette nouvelle campagne publicitaire intitulé « Non à la taxe TV ». Un jeune fendant genre « je suis dynamique et je vous emmerde » interroge de soi-disant badauds et leur demande ce qu’ils pensent de la nouvelle « taxe TV » devant leur faire payer 10$ de plus par mois pour financer des réseaux généralistes « faisant 400 millions de profits ». Demandé de cette façon, on imagine les réponses: une succession d’indignation et de haut-le-coeur pour cette infâme taxe.

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Pour ma part, ça me laisse plutôt de glace. Oui, je m’oppose à une telle taxe, car je crois que ce n’est pas aux plus pauvres de payer pour la télévision. Dix dollars par mois, c’est une journée de nourriture pour le travailleur au salaire minimum ou c’est du petit change pour le plus favorisé. On devrait financer adéquatement les télévisions publiques à même nos impôts, pour s’assurer que ce ne soient pas les plus pauvres qui écopent. La plus grande télévision du monde, la BBC, est presque intégralement financée par l’État britannique, grâce aux impôts.

Non, ce qui me dérange dans cette campagne, c’est l’impression d’être utilisé. Ce sentiment que d’une réunion de fin d’après-midi où on engloutissait des beignets en s’abreuvant de café soit née l’idée d’une campagne publicitaire m’interpellant – moi – pour me demander de sauver les fesses de Bell, Bell Aliant, Cogeco, EastLink, Telus et Rogers. L’idée que je ne suis qu’un vulgaire pion dans une stratégie marketing d’entreprises privées visant à s’opposer aux visées d’un organisme public (le CRTC) appliquant les volontés de nos élus. Cette sensation que je suis un idiot trop stupide pour comprendre quels sont leurs intérêts.

Oh, le slogan est gagnant: « Non à la taxe TV ». Court, percutant, facile à retenir, définit le débat selon les objectifs. Probablement un yuppie d’une firme de communication qui a trouvé ça. Et l’argument de poids, ces 400 millions de dollars de bénéfice d’exploitation; ça ne viendrait probablement pas à l’idée du citoyen lambda que nous payons nous aussi pour les télévisions câblées. Que nous avons financé, de nos poches, cette campagne.

En effet, ils sont nombreux ceux qui s’opposent aux taxes et aux impôts. Mais pensent-ils sérieusement que les compagnies privées, comme les télédiffuseurs, ne se financent pas sur notre dos? Quand vous payez 40$ par mois pour votre cellulaire, pensez-vous sérieusement que c’est le véritable coût qu’on vous charge? Il en coûte peut-être 5$ à Rogers ou Telus pour vous offrir votre téléphone. Le reste, ça va dans leur poche. C’est un impôt, une taxe.

Bien sûr, on me répondra qu’au moins on a le choix. Vraiment? C’est pareil partout. À l’épicerie, dans un magasin de vêtements, pour acheter une voiture, partout. L’impôt que vous ne payez pas à l’État, vous le payez au détaillant. C’est son profit. Et c’est cet argent qu’il gaspille ensuite dans des campagnes publicitaires pour vous convaincre de faire ceci ou cela ou d’acheter ceci plutôt que cela. Des milliards de dollars pour de la publicité, pour ces milliers de messages qu’on vous lance quotidiennement, ces centaines de milliers de spots publicitaires que vous avez subi depuis votre naissance. Remplacez tous ces messages par un seul, et vous avez une société hybride entre 1984 de George Orwell et Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. La terreur et le bonheur… imposés.

Non à la taxe TV. Évidemment, non à la taxe TV. Non à la taxe cellulaire aussi. Et non à la taxe de l’épicerie. Non à tous ces prix qu’on majore pour payer les profits d’entreprises privées qui vont ensuite gaspiller ces ressources dans une bureaucratie lourde et inutile ne cherchant qu’à faire encore davantage de profits. À nous taxer davantage, à nous faire payer encore plus cher ce qui ne leur coûte presque rien.

Un jour, un homme eut la brillante idée de mélanger du sucre, de la caféine et de l’eau, et sa compagnie vaut aujourd’hui des milliards de dollars en bourse. Ce qui ne coûte que quelques cents à produire se vend parfois un dollar ou davantage. Le reste – la balance – c’est une taxe cachée, celle du profit, celle des investissements.

Alors, non à la taxe TV. Non à toutes les taxes TV. Celle que veut nous imposer le CRTC, mais aussi – et surtout – celles des milliers de publicitaires qui affichent leurs sempiternelles conneries humaines à notre face et qui financent ainsi allègrement des télédiffuseurs privés dont le seul objectif semble être le profit.

La bureaucratie mentale
2 octobre 2009

Une pleine page dans le Journal de Montréal pour la chronique de Richard Martineau de la semaine dernière. Ça, c’est du sérieux. Et pourquoi? Pour pouvoir publier l’organigramme du Ministère de la Santé qu’il avait déniché sur un site d’extrême-droite en août dernier. Après avoir énuméré la litanie des différents départements, la conclusion tombe, comme ce couperet émoussé qu’il brandit depuis des années: trop de bureaucratie! Superposant l’augmentation des coûts de la santé à cette bureaucratie – sans tenir compte ni de l’augmentation dramatique du coût des médicaments ou du salaire des médecins – il sous-entend que « la bureaucratie » est responsable des maux du système de santé et qu’il faudrait la réduire.

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En fait, ce que l’organigramme du Ministère de la Santé démontre, ce n’est pas une trop grande bureaucratie, mais plutôt une bureaucratie typique des structures complexes, comme on en voit dans le privé. À titre d’exemple, une partie de l’organigramme de Power Corporation (voir ci-dessous). En le comparant à celui du Ministère de la Santé, on constate facilement que la bureaucratie ne constitue pas l’apanage du public. Même au privé, cette réalité prime: il n’y a trop de bureaucratie que dans la mesure où la tâche à accomplir n’est plus utile. Dit autrement : on ne peut pas simplement montrer une liste de départements et dire qu’il y en a trop; il faut plutôt les juger un par un, ce que se refuse à faire Martineau.

Or, quand on y regarde de plus près, on constate que même une compagnie comme Power Corporation, avec son chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de milliards de dollars, possède une large bureaucratie. Tout un ensemble complexe de compagnies, de réseaux, de sous-divisions irriguent l’entreprise comme des milliers de canaux dans le sol. A-t-on besoin d’un chef section des arts au journal Le Droit? Ou d’un service décès et remerciements à La Presse? D’un directeur branche pigments et papiers chez Imerys? D’une section Global Gaz & GNL chez Suez? De cinq filiales différentes chez Great-West Lifeco? Power Corporation juge que oui.

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Pourtant, Power Corporation n’a pas à subir les « méchants étatistes » qui empêchent le gouvernement de « faire le ménage ». Si une entreprise privée de la taille de Power Corporation, avec un bénéfice net supérieur au milliard de dollar, possède une telle structure bureaucratique, pourquoi nos grands idéologues du tout-privé, ceux-là mêmes qui aimeraient gérer l’État comme si c’était une vulgaire PME – ne s’interrogent-ils pas sur les bienfaits d’une bureaucratie efficace au lieu de réclamer d’éternelles coupures?

Au sein du Ministère de la Santé, a-t-on besoin d’une unité des maladies infectieuses? D’une direction de la prévention des maladies chroniques et des traumatismes? D’un service des toxicomanies et des dépendances? D’une direction de lutte contre le cancer? D’une direction des professionnels de la santé? D’un secrétariat à l’accès aux services en langue anglaise et aux communautés culturelles? D’un service des relations d’affaires? Je ne sais pas. J’y ferais peut-être du ménage, mais qui suis-je pour décider de couper ceci ou cela? Pourquoi devrait-on « faire du ménage » (lire : mettre du monde à la porte et les pousser dans la précarité) dans une structure en tout point semblable à celle de n’importe quelle autre organisation complexe, qu’il s’agisse d’un autre ministère ou d’une compagnie privée?

Ce que refusent de considérer les hérauts d’une certaine droite, comme Martineau, c’est leur incompétence à juger de la question. Ou plutôt : leur manque d’information. Tous les départements, que ce soit chez Power Corporation ou au Ministère de la santé, existent pour une raison particulière. Personne ne s’est levé un matin en se disant : « Ah, tiens, comment pourrais-je gaspiller l’argent de mes patrons en créant des structures inutiles? » Au privé, les patrons sont redevables aux actionnaires. Ici, le ministre, qui prend les décisions, doit les justifier devant les électeurs.

Le polémiste de Quebecor ne peut donc pas se contenter de dresser une longue liste de différents services et dire qu’il y en a trop sans même prendre la peine de se questionner sur leur utilité. Agir de cette manière, c’est tromper délibérément la population en lui présentant ces branches bureaucratiques comme des rameaux à sectionner plutôt que ce pour quoi elles existent réellement: servir les citoyens.

Ainsi, le service contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang ne constitue pas un simple outil bureaucratique supplémentaire : c’est peut-être grâce à lui que votre fils ou votre fille seront sensibilisés aux relations sexuelles non protégées, que vous obtiendrez un traitement contre une infection, que votre voisin obtiendra du support dans sa lutte contre le VIH. On ne gaspille peut-être pas notre argent en investissant dans la direction de la biovigilance, un service qui s’occupe de la sécurité dans le domaine du sang et des transplantations et qui informe les professionnels et la population sur les plus récents dangers dans ce domaine. Idem pour la direction de la santé mentale : n’a-t-elle pas contribué à faire tomber les préjugés sur la dépression que vous avez eu il y a quelques années ou sur ce beau-frère ou cette cousine qui souffre de schizophrénie?

La bureaucratie, c’est bien davantage que des échelons supplémentaires et des gens payés à faire on-ne-sait-trop-quoi. C’est ce qui permet à une structure complexe de fonctionner. Montrer un organigramme de cette complexité pour la dénoncer revient à regarder Montréal du haut des airs et à se plaindre du cafouillis de rues et de voitures tout en oubliant qu’au-delà du bitume et des véhicules coexistent un million de citoyens ayant pour objectif de se réaliser.

Martineau, avec ses raccourcis rapides et sa propension à penser qu’il est apte à juger de tout et de rien sans le moindre argument crédible, contribue à l’édification d’une forme de bureaucratie mentale adaptée à ses préjugés. Enfermées dans les départements cognitifs de nos préjugés, isolées les unes des autres, nos pensées étouffent et se meurent faute d’avoir pu prospérer en confrontant celles des autres. Ce n’est pas un débat que lance Martineau, mais une véritable ode aux préjugés.

Et si on prenait la peine de juger de la pertinence du « département Martineau » dans l’empire Quebecor, si on se posait vraiment la question à savoir de quelle sorte de valeur ajoutée le chroniqueur peut se montrer capable, croyez-vous qu’il ne serait pas le premier à faire partie du grand ménage?