Archive for the ‘Intégration et langue française’ Category

Fièrement né pour un petit pain
23 octobre 2012

S’il y avait une seule expression qui pouvait résumer l’ampleur de l’anglomanie et du déni de soi qui sévit dans la sphère publique depuis quelques années, ce serait celle-ci. La peur, viscérale, atavique, d’être « né pour un petit pain » teinte le discours de tous ceux qui s’opposent à toute mesure susceptible de mettre un terme au recul de notre langue nationale.

Que ce soit pour s’opposer à la francisation de nos institutions publiques d’éducation supérieure, de nos garderies subventionnées, ou autres, les ennemis du français tiennent toujours sensiblement le même discours : « L’anglais ouvre les portes de l’international et c’est la clef de la réussite. » Invariablement, quand on pousse ces gens dans leurs derniers retranchements en leur rappelant leur responsabilité historique face à leur patrie, ils lèvent les yeux vers le ciel par dépit et rappellent qu’ils ne sont pas « nés pour un petit pain ». Bref, ils veulent faire du cash, du gros cash.

Pourtant, qu’y a-t-il de mal à être « né pour un petit pain » ? Le petit pain, c’est celui du boulanger. C’est celui de l’artisan qui se lève de bonne heure le matin et qui pétrit la pâte de ses mains. C’est celui qui achète son grain chez le fermier voisin. C’est celui qui connaît le nom de ses clients. Celui qui vit une vie honnête, ni riche, ni pauvre, mais pleine. Une vie enracinée.

On dit parfois d’un homme qu’il a besoin à la fois de racines et d’ailes. Depuis des décennies, on s’applique à détruire ces racines. On a d’abord tué Dieu et déserté Ses magnifiques églises, Ses cathédrales qui faisaient notre fierté et qui nous distinguaient sur ce continent. Puis, quand Dieu fut mort et enterré, on a tué notre histoire, nos héros, ces grands découvreurs, ces grands bâtisseurs de notre pays. Enfin, on s’est appliqué à détruire ce qui restait de notre langue. On se suicide d’une manière tellement systématique qu’il est devenu controversé simplement de considérer qu’il y a un « nous » et un « eux ». Ce qui était normal dans l’histoire humaine depuis des millénaires devient aujourd’hui superflu. Nous ne sommes plus que des humains déracinés, cherchant à accumuler des richesses factices en attendant que nos enfants nous placent dans des centres de vieux où nous mourrons dans l’indifférence la plus totale.

Or, nous ne survivrons pas à tout l’argent accumulé du monde. Quand on met la réussite individuelle sur un piédestal, quand on considère comme normal de se faire violence en s’imposant une langue étrangère et de vivre une vie n’ayant comme finalité que d’être en compétition avec un Asiatique de l’autre bout du monde, on vit une vie vide et destinée à l’échec. L’argent, plutôt que de constituer un OUTIL permettant d’acheter des biens permettant de vivre une vie digne, devient l’objectif. Et cet objectif est mortel.

À l’inverse, si on s’enracine, si on vit dans le local, si on refuse cette mondialisation déjà en phase terminale (le pic pétrolier achèvera de la détruire), si on est « né pour un petit pain », on peut atteindre quelque chose que tout l’argent salement gagné du monde ne pourra jamais obtenir : le sens. À défaut d’avoir l’accumulation de capital d’une vie passée à courir et à se lamenter sur le manque de temps, on obtient la seule vraie liberté : celle d’avoir vécu avec honnêteté, mais, surtout, d’avoir vécu en homme libre, un homme auquel on n’a pu rien imposer qu’il n’ait pas lui-même choisi.

Lanza del Vasto, un disciple de Gandhi, disait :

« Pour que le travail même, et non le paiement seul profite à l’homme, il faut que ce soit un travail humain, un travail où l’homme entier soit engagé : son corps, son cœur, son intellect, son goût.

L’artisan qui façonne un objet, le polit, le décore, le vend, l’approprie aux désirs de celui à qui il le destine, accomplit un travail humain. Le paysan, qui donne vie aux champs et fait prospérer le bétail par une œuvre accordée aux saisons, mène à bien une tâche d’homme libre.

Tandis que l’ouvrier enchaîné au travail à la chaîne, qui de seconde en seconde répète le même geste à la vitesse dictée par la machine, s’émiette en un travail sans but pour lui, sans fin, sans goût ni sens. Le temps qu’il y passe est temps perdu, vendu ; il vend non son œuvre, mais le temps de sa vie. Il vend ce qu’un homme libre ne vend pas : sa vie. C’est un esclave. »

L’ouvrier de del Vasto n’est pas seulement enchaîné à une machine physique, mais c’est également le travailleur intellectuel moderne, qui produit des biens en série pour quelqu’un d’autre. Quelle différence, en fin de compte, entre le travailleur plaçant les mêmes pièces de métal sur les mêmes socles pendant huit heures, et celui qui travaille dans une langue étrangère à faire le même travail abrutissant avec sa tête ?

Être « né pour un petit pain », c’est rejeter les mirages de l’enrichissement personnel et de l’abrutissement au service d’autrui comme finalité. C’est faire de sa vie non pas un témoignage de la vacuité de celle-ci, mais plutôt une célébration de son caractère éternel, alors que la vie riche et pleine de sens, enracinée, est féconde de milliers d’autres pendant que celle, mondialisée et anglicisée, ne peut rien produire d’autre qu’un désert où plus rien ne poussera.

Être « né pour un petit pain », c’est affirmer à la face du monde, de ses tyrans et de ceux qui croient que tout s’achète, qu’il y a certaines choses qui ne se vendent pas, qu’ils y a ici des hommes et des femmes qui valent davantage que tout ce qu’ils ont à offrir. C’est planter un drapeau et déclarer à l’humanité qu’ici vit un peuple libre, sur une terre libre, que ce peuple vit dans sa langue, selon ses valeurs, et que ces conditions ne sont pas monnayables ou négociables.

Je suis né pour un petit pain et j’en suis fier.

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La vraie résistance
5 octobre 2012

Cet après-midi, je discutais sur Facebook avec un soi-disant résistant. Appelons-le : « Monsieur X ». Je lui demandais quelles étaient ses réalisations permettant qu’on le qualifie de résistant. En clair, il me disait qu’il établissait des liens avec des gens à l’international pour créer un réseau permettant de promouvoir la résistance, notamment par des actions d’éclats. Bref, un faiseux.

Il ne publie pas de textes, ne favorise pas le développement d’un argumentaire, ne tente pas de faire cheminer l’idée nationale et résiliente jusqu’à son terme. Non, non. Ça, c’est un petit combat pour lui. Le vrai combat est « international » (prononcer à l’anglaise). Rien à foutre des batailles contre les anglo-suprématistes de chez nous. Rien à foutre de notre lutte pour en finir avec l’ethnocide contre les francophones en Amérique du Nord. Non, non. Rien à foutre de la défense de notre langue nationale. La résistance doit être « big ». « Oh yeah ! »

Était-ce Einstein qui disait : « La folie consiste à répéter les mêmes choses et à espérer un résultat différent » ? Disons-le franchement : les actions de gens comme ce « Monsieur X » (et ils sont légions) tiennent davantage de la folie que de la résistance. Contre un mondialisme anglicisant, nomade, déracinant, s’appuyant sur l’anonymat d’élites cachées, nous étouffant sous quantité d’informations inutiles et de relations vides, prônant la suprématie du paraître sur l’être, que proposent ces faiseux ? Ils proposent d’utiliser l’anglais, de se délocaliser, de valoriser l’anonymat, de « faire des liens », de faire des coups d’éclat pour les caméras, etc. La maison est en feu et ils veulent qu’on y jette de l’essence.

Ces soi-disant résistants forment la seconde face de la même médaille du mondialisme. Ce sont des résistants autorisés, voire valorisés, car ils ne remettent pas en cause l’ordre réel du monde et ils encouragent, au contraire, une forme de résilience dans le système débile actuel.

Tout comme l’eau éteint le feu, la vraie résistance doit s’opposer aux vices du monde actuel. Contre l’hégémonie de l’anglais, elle doit proposer la valorisation de la langue nationale. Contre le nomadisme, elle doit proposer l’enracinement. Contre l’anonymat, elle doit se présenter à visage découvert. Contre la surdose d’information, elle doit viser la qualité. Contre l’image, elle doit proposer l’être. Contre le multiculturalisme, le cosmopolitisme et le communautarisme, elle doit proposer une plus grande cohérence nationale. Contre le mondial, elle doit proposer le local.

Aussi et surtout : elle doit en finir avec le culte de la transgression. Héritage soixante-huitard malheureux, la fausse-résistance d’aujourd’hui ne peut concevoir son action sans l’action directe de transgression. Elle a l’impression que de violer la loi, de porter des symboles (« Anonymous », « V comme Vendetta », etc.), d’organiser des actions « dans la rue » lui confère une supériorité à la fois sur un système perçu comme statique et sur une masse informe de citoyens abrutis. Elle ne réalise pas qu’elle est elle-même abrutie.

La vraie résistance, aujourd’hui, s’enracine. Ce sont des citoyens qui recommencent à lire leurs classiques québécois. Ce sont des citoyens qui refusent de parler une autre langue que la leur. Ce sont des citoyens qui cultivent un bout de terre, qui nourrissent nos campagnes. Ce sont des citoyens qui redécouvrent notre religion. Ce sont des citoyens qui n’ont pas de coups d’éclats à proposer, pas de liens mondialistes à tisser, mais une véritable résilience, locale, à bâtir.

Nous en avons trop vu de ces parvenus mondialistes, des Céline Dion de la résistance qu’on n’apprécie que parce qu’ils se sont fait voir ailleurs.

Ce dont nous avons besoin, aujourd’hui, ce sont de vrais Québécois refusant de jouer ce jeu. Des Québécois qui choisissent une petite parcelle de notre territoire et qui disent : « Ceci est chez moi. Qui veut ce territoire devra me passer sur le corps ». Nous n’avons pas besoin de héros anonymes tissant d’obscurs liens dans des pays lointains ; nous avons besoin de millions de résistants prêts à refuser tout compromis quant à leurs valeurs.

Le futur appartient au local. Quand bien même les capitalistes mondialistes et les faiseux qui leur sont autant d’idiots utiles tentent de virer le monde à l’envers, l’avenir appartiendra toujours à ceux qui se sont enracinés et qui sont prêts à se battre pour ce petit bout d’univers qu’ils ont appelé « chez moi ».

Le Québec : à genoux devant l’anglais
1 octobre 2012

Dans une lettre publiée dans Le Devoir le 21 septembre dernier, Stephen Jarislowsky pourfendait l’aménagement linguistique du Québec en affirmant que nous étions en train de devenir un « État-ermite » n’étant pas en phase avec ce qui se fait ailleurs. Ces propos relèvent davantage de préjugés que de faits.

D’abord, M. Jarislowsky affirme que la Suisse a quatre langues, mais ce qu’il oublie de signaler, c’est que chaque canton a sa propre langue : il y a quatre cantons unilingues français, quatorze cantons unilingues allemands et un canton unilingue italien. Ainsi, et même si la grande majorité des Suisses ont l’allemand comme langue maternelle, il n’y a pour ainsi dire aucun service public en allemand dans le canton de Vaud ou de Neuchâtel, par exemple.

En fait, et contrairement aux propos de M. Jarislowsky, le Québec ne constitue pas une exception à cause de son aménagement linguistique assurant la préséance de sa langue nationale, mais il constitue plutôt une anomalie parce qu’il est une des rares nations, indépendante ou dans un cadre fédératif, à financer davantage les services de sa minorité que ceux dans la langue nationale. Comme je le démontre dans mon livre « Apartheid universitaire » (Louise Courteau éditrice, 2012), les universités de langue anglaise du Québec reçoivent 29% du financement pour une minorité anglophone historique de moins de 6% de la population. Une telle situation est inédite sur la planète ; partout ailleurs on vise l’intégration à la langue majoritaire.

Les propos de M. Jarislowsky relèvent d’une vieille vision anglocentriste du monde selon laquelle il n’y a pas de salut en-dehors de l’apprentissage de la langue anglaise. Ce n’est rien de nouveau ; on tenait le même discours jusqu’aux années 1960. Selon cette vision du monde, l’Angleterre d’abord, puis les États-Unis maintenant, forment le centre du monde, et il convient d’apprendre leur langue pour atteindre une forme de réussite individuelle, peu importe les conséquences pour la communauté.

Dans un premier temps, cette vision fait abstraction de la différence entre l’apprentissage d’une langue nationale (comme le prône le Parti Québécois) et l’apprentissage d’une langue étrangère, qui doit être utilisée en-dehors de nos frontières. Dans un second temps, elle ne reconnaît pas les changements globaux qui sont en train de se produire et qui sont en train de remettre en question l’hégémonie américaine sur le monde, alors même que de nombreux pays asiatiques délaissent le dollar américain au profit de leurs monnaies nationales et font du mandarin la langue principale de leurs échanges. Le Québec, dans cette situation, fait bien de renforcer son aménagement linguistique et de s’éloigner de l’hégémonie de l’anglais.

Quant au recul du français, il ne constitue pas un mythe, contrairement aux propos de M. Jarislowsky, mais une réalité démontrable et quantifiable. La seule chose qui nous sépare de l’assimilation est notre aménagement linguistique. Celui-ci, loin de faire de nous un « État-ermite », est plus faible que celui de la plupart des autres nations. À nous de cesser d’avoir peur et d’avoir le courage de faire face à ceux propagent des préjugés sans fondement.

L’incroyable racisme de la minorité la plus choyée au monde (image)
5 septembre 2012

« Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise. »

— Lord Durham

« C’est à notre existence même qu’on en veut et nous serons d’autant plus attaqués que nous serons plus dignes de vivre. »

— Olivar Asselin

« Ici, plutôt que de diminuer en s’élevant dans la hiérarchie – signe d’une intégration vers la langue commune – les services à la minorité s’élargissent et intègrent à eux une partie de la population de la langue majoritaire. Cette situation, selon notre analyse et au mieux de notre connaissance, est quasi-unique au monde. Nulle part ailleurs ne trouve-t-on une juridiction nationale détenant le pouvoir dans le domaine de l’éducation et utilisant ce pouvoir pour favoriser l’intégration dans une langue minoritaire. Le socio-linguiste Jacques Leclerc n’hésite pas à affirmer que d’une manière globale, mais également en relation aux services scolaires qu’ils reçoivent, « cette communauté jouit d’une situation sociale tout à fait exceptionnelle pour une minorité » (Leclerc, 2010). »

Apartheid universitaire, Éditions Louise Courteau, 2012.

Un attentat à la hauteur du racisme canadien-anglais
5 septembre 2012

On n’a pas cessé de parler de la radicalisation des médias anglophones canadiens, qu’ils soient hors-Québec ou à Montréal. On comparait le Parti québécois au Front national français, on le qualifiait de xénophobe, on ouvrait toutes les tribunes aux plus exaltés parmi les exaltés, crachant leur haine d’un Parti québécois associé au Troisième Reich. On pleurait sur le sort des pauvres anglophones opprimés qui — SCANDALE ! — devraient apprendre la langue des Québécois avant d’obtenir la citoyenneté québécoise.

Même un parti comme Québec solidaire a participé à ce festival de la Piñata-PQ en accusant le parti d’être du « nationalisme ethnique ». On a démonisé un parti avec des propositions certes courageuses sur la langue, mais très timides en comparaison de ce qui se fait ailleurs dans le monde.

Et après, on s’étonne qu’un déséquilibré mental prenne une arme et commette un attentat contre Pauline Marois en criant : « Les anglais se réveillent ! » ?

Bien sûr, on dira simplement : « Il était fou ». C’est simple. Ça nous rassure.

« J’espère qu’elle se fera tirer ».

Mais la vraie question est : « Pourquoi ce fou agit-il maintenant, si ce n’est parce qu’on l’a suffisamment excité ? »

« J’espère que quand Pauline se fera tuer, tu la suivras. Stupides Québécois ».

À lire les médias de langue anglaise du Canada, depuis un mois, on en arrivait presque à l’impression que délivrer le Québec du Parti québécois était un impératif moral. On a excité le racisme des anglophones d’ici jusqu’à le rendre acceptable. Et après l’attentat, les messages de nombreux anglos qu’on pouvait lire sur la page Facebook du Parti Québécois, loin d’être de sympathie et de respect, ressemblaient plutôt à des appels à la haine du genre : « J’espère qu’elle se fera tirer ». (Kelsey Kazant)

C’est ce vieux fond de racisme qui est à la base de cet attentat politique. Oui, l’homme était sans doute déséquilibré, mais le résultat est qu’un homme est mort, qu’il est mort pour des raisons politiques, et que les médias de langue anglaise ont contribué à cette mort.

« Pourrions-nous nous débarrasser des francophones ? C’est tout ce que je veux. »

Non, désolé, ce n’est pas aux Québécois à se regarder dans le miroir ce soir.

« Il est possible qu'une quantité injuste de Québec-bashing a pu conduire cet homme à commettre ce geste dégoûtant. »

« Il est possible qu’une quantité injuste de Québec-bashing a pu conduire cet homme à commettre ce geste dégoûtant. »

Ce soir, ce sont les anglophones qui font face à leur propre racisme, à leur ingratitude, à leur incapacité à reconnaître que le Québec est (trop) généreux avec eux, allant jusqu’à tolérer ce qui serait inacceptable partout ailleurs sur cette planète.

« Jour 1. Pas morte. Nous avons encore beaucoup de journées pour la tuer ».

« Jour 1. Pas morte. Nous avons encore beaucoup de journées pour la tuer ».

Nous ne forçons personne à vivre ici. S’ils ne sont pas heureux, ils peuvent aller n’importe où ailleurs sur cette planète.

« Je donne un mois à cette salope avant que quelqu'un qui vise mieux fasse ce qui doit être fait ».

« Je donne un mois à cette salope avant que quelqu’un qui vise mieux fasse ce qui doit être fait ».

Le seul problème : il est peu probable qu’ils trouvent un peuple aussi mou que nous, allant jusqu’à surfinancer leurs institutions et acceptant de se laisser mépriser jour après jour après jour après jour après jour…

« Parle anglais ou meurs. »

« Parle anglais ou meurs. »

Québec solidaire : à genoux !
2 septembre 2012

Le thème de la campagne électorale de Québec solidaire est : « Debout ». Debout face aux entreprises qui ne paient pas leur juste part des impôts, debout pour une plus grande répartition de la richesse, debout pour une plus grande intervention de l’État dans l’économie. Or, comment peut-on affirmer être « debout » quand on fait campagne, dans plusieurs circonscriptions, en anglais ?

Dans St-Henri-Ste-Anne, où moins de 18% de la population a l’anglais comme langue maternelle, on fait la distribution de tracts unilingues anglais. Vous avez bien lu : le parti qui affirme être debout, et qui incite ses militants à mettre une photo d’eux sur les réseaux sociaux avec le mot « debout » en blanc sur orange, tombe dans le clientélisme dès qu’il est question de notre langue nationale. Ce parti soi-disant champion du mieux-vivre et de la cohésion sociale encourage le repli sur soi des anglophones en refusant de s’adresser à eux dans la langue nationale.

Québec solidaire ne pourra jamais aspirer à gouverner le Québec tant que le parti n’aura pas résolu cette contradiction majeure. On ne peut pas à la fois prôner l’intervention de l’État en matière économique et le laisser-aller en matière identitaire et linguistique. On ne peut pas lutter contre les dérives du libre-marché quand il est question de nos ressources naturelles et ne rien faire quand il est question de notre langue. On ne peut pas affirmer à la fois qu’il est légitime de mieux encadrer les mieux-nantis et illégitime de le faire pour ceux qui vivent ici mais qui refusent de s’intégrer à nous. Il y a là une incohérence qui mérite d’être soulignée.

Nous avons de nombreux défis auxquels faire face. Oui, il faut mieux redistribuer la richesse, mieux utiliser l’État pour gérer nos ressources, encourager une plus grande égalité économique entre nos citoyens. Mais nous avons également la responsabilité de poursuivre notre combat séculaire pour la survie du français et la valorisation de notre identité.

Québec solidaire, en refusant le libre-marché économique pour mieux embrasser le libre-marché identitaire, contribue dans les faits à sacraliser le droit de l’individu au détriment de celui de la collectivité et nuit ainsi à ses propres conceptions sociales visant à promouvoir une plus grande cohésion.

Être debout, c’est bien davantage que de se battre pour une économie plus solidaire. Être debout, c’est aussi lutter pour une cohésion sociale, identitaire et linguistique, pour une nation en lutte depuis un quart de millénaire et qui a le désir de continuer à exister, ici, en Amérique du Nord, en français.

La religion Option nationale
11 août 2012

S’il y a un seul trait des Québécois qui traverse les âges, c’est celui de notre propension à attendre un sauveur. Peuple abandonné par la France dès la fondation de ses premières villes, puis attaqué par les Anglais, nous guettons l’arrivée du chef. Et quand celui-ci se pointe, on l’idolâtre immédiatement non pas parce que ses idées sont nécessairement bonnes, mais plutôt en sa qualité de réceptacle de notre espoir. Ainsi en est-il de Jean-Martin Aussant et d’Option nationale.

Source de l’image

Il est devenu impossible pour tout nationaliste de critiquer les positions d’Option nationale. Tania Longpré, par exemple, a écrit un texte dénonçant le multiculturalisme du parti. Pendant des jours, elle a été harcelée sur sa page Facebook par des gens lui disant qu’elle n’avait pas compris, qu’Option nationale n’était pas multiculturaliste, que le parti était réellement nationaliste, etc. Bref, un réflexe de défense automatique de la part de croyants alors qu’on attaque leur sauveur.

Pourtant, l’analyse de Tania Longpré est juste. J’en ai moi-même parlé à plusieurs reprises, obtenant le même genre de réaction hostile et disproportionnée. Le message de la part des adeptes d’Option nationale est clair : notre parti est le sauveur et gare à ceux qui osent le critiquer ! Ce qui écope : les faits. Mme. Longpré, moi et d’autres avons simplement souligné des faits : ce parti ne s’engage pas, dans ses actions, à la défense de la langue nationale des Québécois. Il a adopté un multiculturalisme nuisible pour la cohésion sociale et qui encourage le repli sur soi de « communautés » linguistiques ou culturelles.

Ainsi, quand Jean-Martin Aussant fait une vidéo promotionnelle en anglais, quel message lance-t-il aux anglophones vivant ici, sinon qu’ils peuvent continuer à ignorer la langue commune ? Idem quand il fait une vidéo en espagnol. Idem quand il souligne un fête autochtone dans la langue des autochtones. Sur ce point, on peut dire que la position d’Option nationale se rapproche dangereusement de celle du PLQ, qui vient d’établir un gouvernement régional de la Baie James, pavant la voie à une forme de partition du Québec.

La vision des partisans d’Option nationale est viciée dès le départ parce qu’elle est multiculturaliste. Avant d’être des nationalistes, ce sont des partisans de l’idéologie communautariste, où existent des « communautés » devant être défendues et pour lesquelles l’État doit s’adapter. Typique d’une vision anti-nationaliste, ceux-ci conçoivent le Québec non pas comme un tout vivant et inclusif ayant la légitimité d’occuper pleinement son territoire, mais comme un pourvoyeur de services linguistiques ou culturels qu’on adapte pour telle ou telle communauté.

Il serait difficile de faire comprendre aux partisans d’Option nationale que leur parti est encore moins nationaliste que le Parti Québécois (un parti mou s’il en est un). Nous ne sommes plus dans une discussion rationnelle : les partisans ont DÉCIDÉ qu’Option nationale était le sauveur attendu et dans un tel phénomène politico-religieux, les arguments n’ont que peu de poids.

La seule chose que les vrais nationalistes peuvent faire, en attendant, c’est rappeler les faits. Un jour, peut-être, une véritable alternative nationaliste se présentera : un Front national, un mouvement Égalité et Réconciliation, une alternative de lutte contre le capitalisme mondialiste et qui respecte les fondements de la nation québécoise, dont la langue française est un incontournable…

Les universités anglos : malades d’étudiants étrangers
4 mai 2012

N.B. Ce texte, non publié jusqu’à aujourd’hui, m’a été soumis par Michel Moisan, professeur de physique à l’Université de Montréal. Le sujet est tout à fait connexe à l’apartheid universitaire que je dénonce dans mon essai. En rouge, quelques passages qui me semblent particulièrement pertinents.


Les étudiants étrangers et leur financement par l’État québécois

Les étudiants universitaires en grève se posent, avec raison, la question du bon usage du budget de l’État fait par nos universités. La présence des étudiants étrangers dans le système universitaire est un aspect méritant d’être examiné de ce point de vue.

Les coûts du système universitaire de premier cycle sont principalement à la charge du gouvernement du Québec, en d’autres mots c’est le contribuable québécois qui doit en assurer l’essentiel du financement. Il est possible de distinguer deux groupes d’étudiants étrangers que nous sommes justifiés d’accueillir dans nos universités (nous allons nous en tenir aux études de niveau baccalauréat (premier cycle), excluant donc les Études de maîtrise et de Ph. D. dans ce qui suit).

  • Ceux-ci proviennent de pays en émergence ou en voie de développement. Les recevoir dans nos universités constitue une contribution québécoise à l’aide internationale, encore faudrait-il toutefois que le niveau de ce financement soit en conformité avec les priorités du budget du Québec.
  • Ceux-ci proviennent de pays développés et il y a une perspective d’échange, de réciprocité. C’est le cas des ententes universitaires avec la France, mais pas (ou très peu) avec les États-Unis. On peut se poser la même question pour les provinces canadiennes. Le fait est qu’en 1996, le Ministère de l’Éducation du Québec avait imposé aux étudiants canadiens inscrits dans les universités québécoises, à défaut de réciprocité, des frais de scolarité qui correspondaient à la moyenne des frais de scolarité des provinces canadiennes. Dans ce qui suit, le terme étudiant étranger désigne à la fois les Canadiens hors-Québec et les Internationaux.

Considérer le financement global des divers ministères et non pas seulement celui du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS)

Dans l’examen des coûts de formation de ces étudiants, il y a lieu de prendre en compte toutes les contributions gouvernementales québécoises, non seulement celles du MELS mais aussi celles des autres ministères comme, dans l’exemple qui suit, du Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS).

Pour aborder cet aspect, considérons le coût de la formation des étudiants en médecine (il faut quatre ans pour obtenir le titre de MD avec une année préparatoire selon la formation antérieure, notamment pour les Cégépiens). Si l’on s’en tient au seul financement de l’enseignement universitaire (enveloppe budgétaire du MELS), les étudiants canadiens hors-Québec en médecine paient environ 9 000 $/an et leurs confrères internationaux (notamment Américains) environ 24 000 $/an. Mais ce poste ne comprend pas le financement par le MSSS, portant à environ 300 000 $ le coût global estimé pour le cours de MD (document UdeM). Puisque 47,6 % de la cohorte MD de McGill (par rapport à 2,1 % pour celle de l’UdeM) ne vont pas exercer au Québec et ne jamais y payer d’impôts, c’est du financement à perte. En excluant les étudiants du Nouveau Brunswick à qui la Faculté de médecine de l’UdeM réserve chaque année trois places sur demande du Gouvernement, la perte pour le contribuable québécois, par étudiant canadien hors-Québec diplômé, est d’environ 260 000 $ alors qu’elle est d’au minimum 175 000 $ pour les Internationaux.

Certes, McGill est une université reconnue en médecine, mais est-ce judicieux que nous contribuions à financer un aussi grand nombre d’étudiants canadiens hors-Québec et de « pauvres » étudiants américains? Surtout, ne prive-t-on pas ainsi le Québec de médecins dont on déplore, dans les journaux, qu’ils ne sont pas assez nombreux ? Qui plus est, la forte présence d’étudiants non québécois fait en sorte que la formation dispensée ne tient pas suffisamment compte des besoins populationnels exprimés par le MSSS, par exemple au cours des années passées, pour une formation accrue en médecine familiale. Il semble en effet mieux indiqué pour McGill de préparer des médecins spécialistes, ce qui est plus prestigieux pour sa « réputation internationale » on en conviendra.

Partage des programmes entre universités

Si un programme doit son existence à la présence majoritaire d’étudiants non québécois, n’y aurait-il pas lieu d’établir ce programme dans une seule université (francophone ou anglophone, suivant le cas). Plusieurs programmes de McGill et Concordia devraient être examinés sous cet angle puisque ce sont ces universités qui reçoivent le plus d’étudiants internationaux et canadiens hors-Québec. Considérons, à cet effet, le taux de rétention au Québec des diplômés de McGill en Médecine dentaire, qui se situe entre 45 et 50% (pourcentage tenant compte d’un éventuel stage de formation en dehors du Québec, après leur diplomation, avant leur inscription à l’Ordre des dentistes) : on peut s’interroger sur l’opportunité de former des dentistes à McGill (29 étudiants inscrits/an et 85 à l’UdeM). Pourquoi ne pas en faire un seul programme, regroupé à l’UdeM pour ce qui est de l’enseignement magistral qui, comme il se donne en français, augmenterait le taux de rétention des diplômés puisque ceux-ci pourraient plus facilement obtenir le permis d’exercer au Québec de l’Office Québécois de la Langue Française (OQLF). Le chevauchement de programmes conduit à des coûts encourus à perte, sans qu’il le sache, par le contribuable québécois.

Le cas de Bishop university

Cette université de premier cycle comptait, il y a quelque temps, une majorité d’étudiants Canadiens hors-Québec. Il a déjà été suggéré dans le passé de fermer cet établissement pour mettre fin à une perte financière, sans contrepartie, pour le contribuable québécois. Notons d’ailleurs que son Principal s’est octroyé (à même les impôts des Québécois) salaire et avantages (315 225 $ pour veiller sur 2200 étudiants) dépassant ceux du Recteur de l’université de Sherbrooke (282 700 $ pour 37 000 étudiants): n’importe quoi pourrait-on dire.

Revenus en provenance des droits de scolarité, frais afférents et frais administratifs

Au début, la différence entre les droits de scolarité perçus par l’université pour les étudiants non québécois par rapport à ceux des étudiants résidants du Québec revenait intégralement au MELS. Ce n’est plus le cas maintenant alors qu’une partie importante de cette différence est intégrée au budget de chaque université. Ainsi, à McGill le montant moyen annuel encaissé par étudiant équivalent-plein temps (comprenant une partie de droits de scolarité plus les frais afférents et administratifs) est de 6 916 $ alors qu’à l’UdeM, il n’est que de 2 791 $ (chiffres 2011 : l’UdeM reçoit, en premier lieu, comme étudiants internationaux des Français dont les frais de scolarité sont les mêmes que ceux des étudiants québécois). Ceci donne un avantage budgétaire net à McGill sur l’UdeM d’environ 87 millions $/an (pour 8 500 étudiants en moins à McGill!).

Par ailleurs, comme nous venons de le voir, plusieurs de ces étudiants non québécois vont quitter le Québec avec leur diplôme, sans contribuer ultérieurement par leurs impôts au financement (comme tous les Québécois) du système universitaire. Autrement dit, McGill profite du système actuel de droits de scolarité à titre personnel et laisse le contribuable québécois acquitter les pertes en impôts.

Conclusion

L’examen de l’aspect budgétaire de la formation universitaire au premier cycle fait apparaître des distorsions importantes dans les revenus encaissés par les universités en moyenne par étudiant et dans la rétention au Québec des diplômés les plus coûteux en termes de formation.

En effet, McGill retire des revenus par étudiant dépassant largement ceux de l’UdeM et engrange cette différence dans son budget de fonctionnement. Par ailleurs, bon nombre d’étudiants non québécois dont la formation est coûteuse vont quitter le Québec sans jamais participer, par les impôts, au financement du système qui les a formés. Les universités anglophones (qui accaparent plus de 25% du financement global au Québec) sont particulièrement visées car elles reçoivent, davantage que les universités francophones, des étudiants internationaux (payant le tarif international à la différence des Français) et canadiens hors-Québec.

Pour mettre fin à l’accueil disproportionné de non-Québécois, par exemple, en Médecine et Médecine dentaire et tenir davantage compte des besoins du Québec, McGill devrait dispenser la moitié de son enseignement de médecine en français. Que penser, en même temps, des étudiants québécois francophones qui n’ont peut-être pas pu concourir à égalité (c’est-à-dire en se reportant à la cote R des Cégeps) avec des étudiants étrangers. Ainsi, à McGill les Américains ont des sièges « autorisés » en Médecine par le MSSS (pourquoi ?) et il ne semble pas y avoir de limitations à l’inscription des étudiants Canadiens non résidants du Québec. Ceux-ci contribueraient ultérieurement, dit-on, au fonds de dotation de McGill (affirmation faite sous toute réserve) !

Enfin, compte tenu du taux très élevé d’étudiants étrangers (25% de son contingent, les Canadiens hors-Québec étant en sus de ce pourcentage), le fait que des étudiants québécois n’entrent pas dans le système universitaire craignant un endettement excessif ne saurait être une véritable préoccupation de la Principale de McGill : quoiqu’elle en dise, son université fera toujours le plein d’étudiants, qui plus est des étudiants « qui rapportent ».

Michel Moisan, professeur de Physique, Université de Montréal

Sources : Pierre Dubuc, Le Devoir, 6 avril 2012.– Patrick Sabourin : un médecin pour le prix de deux, Action Nationale, décembre 2006.– Rapports annuels des établissements, MELS, Assemblée nationale, novembre 2011. — Mémoire UdeM à la Commission parlementaire sur la qualité, l’accessibilité et le financement des universités, février 2004. États financiers des universités Concordia, McGill et Montréal.

Ma réplique à McGill
3 mai 2012

J’aimerais prendre le temps de répondre aux arguments proposés par Olivier Marcil, « vice-principal (sic), affaires externes de l’Université McGill », contre la thèse centrale de mon essai : McGill est sur-financée.

Source de l’image

Dans un premier temps, M. Marcil affirme vouloir « rétablir les faits » en affirmant que les universités québécoises sont financées en fonction de leur nombre d’étudiants. Je ne nie pas cette réalité ; cette réalité fait précisément partie du problème. Comme je l’expliquais moi-même à la journaliste ayant réalité l’entrevue avec moi, on pourrait imaginer un scénario où 100% des Québécois fréquenteraient 100% d’universités anglophones financées à 100% du budget. Selon cette vision étriquée, rien ne clocherait avec cette situation, même s’il n’y avait pas un seul cours en français au Québec !

C’est le gouvernement qui finance l’éducation ; cette ressource est donc collective. Et si elle est collective, elle doit servir les intérêts de la collectivité. Quel intérêt la collectivité québécoise trouve-t-elle dans le fait de financer à près de 30% les services universitaires d’une minorité anglophone historique formant moins de 6% de la population ?

Le texte tente de répondre à cette question en parlant d’un « impact économique » de 5,2 milliards de dollars pour McGill au Québec. À suivre sa logique, si on francisait l’institution, cet impact disparaîtrait. Or, il n’en est rien du tout. McGill pourrait continuer d’avoir la même clientèle, mais celle-ci serait simplement francisée. Si cette francisation entraînait une baisse de la clientèle – on pourrait imaginer que des Canadiens auraient moins d’intérêt à venir étudier dans une université francophone – ce serait une clientèle qui est de toute façon déjà subventionnée largement par l’État québécois.

M. Marcil affirme que les étudiants étrangers paient plus cher que les étudiants québécois. C’est vrai. Mais ils paient beaucoup moins que le coût de leur éducation. C’est donc dire que ce sont les Québécois qui, avec leurs impôts, financent l’éducation en anglais d’un étudiant étranger venant chez nous non pas pour participer à la culture québécoise, mais pour s’en éloigner. J’ai déjà traité de ce sujet dans un billet précédent :

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

Par ailleurs, si on veut dépenser un demi-milliard par année en espérant obtenir des retombées supérieures, c’est un calcul qui doit être fait non seulement en considérant l’impact économique (ce qui reste à démontrer, rappelons-le), mais également en considérant l’impact linguistique. Quel impact pour la nation québécoise d’avoir un surplus d’anglophones au Québec dans un contexte d’anglicisation rapide de Montréal ?

Un autre argument invoqué par M. Marcil est celui consistant à affirmer que la majorité des étudiants en médecine viennent du Québec. C’est vrai. Ce qu’il omet de dire, c’est que 45% des étudiants en médecine à McGill quittent le Québec après leurs études. On parle de 160 000$ par année pour former un médecin, mais quel retour sur son investissement pour l’État québécois ?

Le texte affirme également que le RUIS-McGill, qui couvre 63% du territoire québécois, offre des services en français, mais ce qu’il ne dit pas, c’est que la porte d’entrée des services hospitaliers surspécialisés, à Montréal, se fait dans une institution où le personnel administratif n’a pas d’obligation formelle de parler français, et que certains services aux patients ne sont pas offerts en français. Dans ce RUIS, les liens sont également beaucoup plus forts avec l’Ontario, dont le territoire jouxte le RUIS-McGill, qu’avec le reste du Québec. Cela facilite le passage des futurs médecins vers cette province ou vers les États-Unis.

* * *

Je remercie M. Marcil d’avoir bien voulu répliquer à Apartheid universitaire, mais je suis déçu du manque de substance de ses commentaires. Il attaque ma thèse par le contour et se contente de dire, concernant son cœur, qu’elle serait « difficilement réalisable dans un contexte québécois ».

J’aimerais lui rappeler que la plupart des avancées sociales sont « difficilement réalisables » avant d’être réalisées. Qui aurait pu imaginer, en 1962, la Loi 101 de 1977? Qui aurait pu imaginer, en 1947, la Révolution tranquille du début des années 60 ? Qui aurait pu croire qu’il puisse être possible, au Québec, de construire une société moderne, et laïque, après des siècles où le clergé était omniprésent ?

La seule chose qui puisse rendre « difficilement réalisable » le financement équitable et proportionnel au poids démographique des institutions de notre minorité historique, c’est notre propre incapacité à concevoir qu’on puisse véritablement achever la Révolution tranquille en donnant l’air permettant de figer le béton, en s’attaquant, une fois pour toutes, aux privilèges d’universités anglaises se considérant comme le prolongement d’une majorité canadienne intégrant en anglais plutôt que comme un réseau québécois minoritaire s’adressant avant tout aux anglophones de souche.

Apartheid universitaire : la solution lettonne
2 mai 2012

C’est fait ! Apartheid universitaire est en librairie depuis ce matin ! Pour souligner sa sortie, le quotidien Métro a publié une entrevue sur le sujet où je parle de la nécessité de financer les institutions universitaires de langue anglaise au pro rata de la minorité anglophone historique.

J’affirme :

Si on finançait de manière équitable les universités au Québec, il faudrait franciser les Universités Bishop, McGill et la moitié de Concordia. Ça vous donne une idée de l’ampleur du surfinancement.

Je maintiens cette affirmation, mais j’aimerais suggérer une autre solution, telle qu’elle est exprimée dans la conclusion de mon essai : il est possible pour les anglophones de conserver leurs institutions actuelles, mais d’y donner davantage de cours en français. Comment ? En s’inspirant de la Lettonie.

La Lettonie : le Québec en accéléré

La situation en Lettonie ressemble beaucoup à celle du Québec, mais à une vitesse supérieure. Le pays a été conquis par l’URSS et entre la première moitié du vingtième siècle et l’indépendance de 1991, la proportion de russophones est passée de 18% à 42%. Pendant l’occupation soviétique, la langue de l’administration était le russe, ce qui a contribué à augmenter drastiquement l’attrait de cette langue.

Après l’indépendance, la Lettonie a constaté un problème fondamental : elle était au prise avec deux réseaux scolaires parallèles : un russe, particulièrement puissant dans la capitale, Riga, où près de 40% de la population parlait cette langue, et un autre en letton. Problème : comment assurer la primauté du letton dans un contexte où il est possible pour quelqu’un de vivre toute sa vie en russe, dans un système scolaire séparé, et appuyé dans ses perspectives par la proximité d’une Russie voisine ultra-puissante ?

La solution lettonne est géniale. Plutôt que d’attaquer le réseau russe de front, on a décidé d’augmenter progressivement la proportion des cours à être donnés en letton. Grâce à cette politique des petits pas, on a atteint une situation où, en ce moment, près de 60% des cours donnés dans les écoles russes sont donnés en letton, avec seulement 40% dans la langue minoritaire. Ainsi, en faisant du letton une langue obligatoire dans des domaines dépassant de beaucoup la simple linguistique, on a forcé les russophones à s’ouvrir à la réalité nationale et à accepter leur statut minoritaire.

Cette politique a permis de faire remonter significativement la proportion de locuteurs lettons et de diminuer celle des russes, augmentant la vigueur de la langue nationale et permettant une meilleure cohésion sociale, redonnant au letton son véritable statut de langue officielle, commune et nationale du pays. Une organisation comme l’OSCE a d’ailleurs félicité la Lettonie pour sa politique dite du « 60/40 », soulignant qu’elle respectait les droits de sa minorité d’une manière supérieure à ce qui se faisait dans de nombreux autres pays européens.

Une idée pour le Québec

Ce que je suggère dans Apartheid universitaire, c’est de s’inspirer de cette manière de faire les choses en l’adaptant à la réalité québécoise. Si on n’a pas le courage de prendre de front le réseau de langue anglaise afin de le franciser, on peut le forcer à donner un nombre suffisant de cours en français pour qu’existe une correspondance entre le poids démographique de la minorité anglophone historique et le financement non pas seulement des institutions, mais des cours donnés en anglais.

Concrètement, je propose la règle du « 60/40 » au cégep et du « 80/20 » à l’université. Puisque dans le premier cas la minorité anglophone historique reçoit 13,7% du financement pour ses cégeps, on pourrait simplement forcer ceux-ci à donner 60% de leurs cours en français, ramenant le financement à 6,4%; beaucoup plus près de 5,6% que constitue la minorité anglophone historique. De la même manière, le 29,3% du financement des universités de langue anglaise serait ramené à 5,9%; à un cheveu de l’équilibre parfait.

Cette méthode a l’avantage de ne pas brusquer la minorité de langue anglaise. On lui permet de conserver ses institutions, de continuer à les administrer, de continuer à y publier en anglais si c’est son choix. Mais on force celles-ci à respecter le caractère français du Québec et à faire des gens qui les fréquentent non pas des bilingues à peu près fonctionnels, mais des citoyens capables de bien s’intégrer en français, d’y travailler, d’y vivre, bref, de participer à un vivre-ensemble permettant d’embrasser l’idée que la véritable langue commune, au Québec, est le français. Accessoirement, on aurait l’occasion de faire comprendre aux étudiants étrangers, du Canada ou d’ailleurs, que le français est non négociable au Québec.

Un essai important

Qu’on me pardonne de faire de l’auto-promotion, mais je crois pouvoir affirmer que mon essai est important. Peut-être pas parce qu’il est le plus facile à saisir (certains chapitres sont complexes), mais parce qu’il est incroyablement bien documenté et parce qu’il offre la possibilité de comparer notre situation à ce qui se fait ailleurs dans le monde.

Je vous invite à vous procurer Apartheid universitaire et à découvrir de quelle façon le Québec constitue une anomalie mondiale, non seulement parce qu’il surfinance les services de sa minorité et met en danger jusqu’à l’existence de sa langue commune, mais parce qu’il a tous les outils pour mettre fin à cette injustice et qu’il continue de fermer les yeux.

Cet essai, c’est le coffre à outils idéologique rempli d’objets incisifs à lancer au visage de ceux qui aimeraient renier la réalité la plus douloureuse qui soit : nous ne sommes pas encore maîtres chez nous.