Archive for the ‘Intégration et langue française’ Category

L’accouplement des ignares
16 février 2012

« Les élèves ne se préoccupaient guère de problèmes nationaux; en fait, ils ne savaient pas qu’il en existait. Ils n’étaient chez eux que dans la partie anglaise de Montréal; par suite de ce que tout le monde leur disait, leur patrie n’était pas le Canada mais l’Empire britannique. »

-Hugh McLennan, parlant de l’attitude des anglophones montréalais de la première moitié du vingtième siècle.

Dans un pays normalement constitué, les extrémistes restent en marge de la société, largement ignorés par une population ayant confiance dans ce qu’elle est et n’ayant pas besoin de participer aux divagations d’êtres intrinsèquement perturbés.

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Dans la nôtre, cependant, on donne un micro à un Stéphane Gendron, qui affirme « qu’à force de focuser (sic) sur l’insécurité linguistique, le Québec s’est appauvri et l’Ontario – qui a dit oui à l’immigration et à la diversité – a fini par nous doubler au passage ». Dans la nôtre, des dizaines de Québécois participent à un blogue raciste et haineux intitulé No Dogs or Anglophones et qui parle de la soi-disant discrimination des anglophones, un concept qui devrait faire rire n’importe quelle personne le moindrement politisée.

Au-delà de notre « insécurité linguistique » nous faisant accepter des discours complètements débiles comme s’ils étaient crédibles, c’est bien parce que nous sommes souvent ignorants de notre propre réalité d’un peuple colonisé que nous tolérons de telles choses. Les anglophones du Québec sont la minorité jouissant des meilleurs privilèges AU MONDE, mais nous l’ignorons parce que les anglophones, repliés sur eux-mêmes et centrés sur leurs petits problèmes, ont fixé le débat sur leurs droits plutôt que sur les nôtres.

L’ignorance au service des anglomanes

Si notre ignorance constitue l’arme des anglomanes, c’est donc dire que la connaissance en constitue l’antidote. S’il faut dénoncer chaque mensonge, faisons-le.

Dans le cas de Gendron, il reprend à son compte un vieil argument des anglophones selon lesquels ce serait la Loi 101 qui serait responsable du déclin du Québec. N’importe quel historien, pourtant, soulignerait à juste titre que le déclin du Québec en tant que première puissance du Canada a eu lieu au cours de la première moitié du vingtième siècle, au même moment où l’est américain perdait son influence au profit des zones plus à l’ouest. C’était à un moment où l’anglais était partout et où les Québécois étaient très dociles et anglicisés que Montréal a perdu son statut de métropole du pays au profit de Toronto. C’était également bien avant la Révolution tranquille que l’Ontario est devenue le véritable moteur du Canada. Affirmer qu’il y a un lien entre la Loi 101 et le déclin du Québec constitue un mensonge éhonté. En fait, on pourrait même affirmer le contraire : la Loi 101 a forcé des entreprises à s’établir au Québec pour recruter des employés francophones comprenant le marché québécois.

De la même manière, quand le raciste tenant la page No Dogs or Anglophones cite Jefferson en suggérant de désobéir à une Loi 101 qui serait profondément injuste, il ne fait qu’honorer la mémoire de ses ancêtres, ces vieux bourgeois de Westmount à l’univers intellectuel s’arrêtant à peu près où commençait l’est de Montréal. S’il avait le moindrement d’éducation ou de connaissances sur le monde, il saurait que la grande majorité des pays et des nations de ce monde ont des lois linguistiques et que la Loi 101 est relativement faible en comparaison de celles-ci. S’il n’était pas à ce point reclus dans ce fantasme du pauvre opprimé anglophone, ne disposant que de 98% de l’Amérique du Nord – le pauvre ! – il pourrait parler de la loi Toubon en France, qui garantit la présence de la langue française, il pourrait parler de l’anglais obligatoire dans le système électoral américain, il pourrait parler de l’absence totale de services en allemand dans de nombreux cantons suisses, du système scolaire slovaque qui n’offre pas le moindre service universitaire à sa minorité linguistique deux fois supérieure proportionnellement aux anglophones du Québec, il pourrait parler de l’État associé d’Åland, qui appartient à la Finlande mais où tout se fait en suédois, il pourrait parler de la Belgique, il pourrait parler des Îles Féroé… Mais non ! Trop compliqué, trop loin ! Mieux vaut se plaindre le ventre plein, assis sur des institutions anglaises croulant sous les subventions et se plaindre des méchants Québécois qui demandent – NOM DE DIEU DE NOM DE DIEU – d’avoir le droit d’exister.

L’écho que trouve les paroles débiles et profondément aliénantes des extrémistes anglomanes au sein d’une partie de la population québécoise témoigne de notre échec à rendre la Révolution tranquille permanente. Nous avons obtenu des droits, mais plutôt que d’en assurer la pérennité par une éducation nationale faisant état des réalités linguistiques dans le monde, nous avons légiféré en croyant que tout était réglé. Au même moment, on déracinait l’éducation nationale, préférant former de parfaits petits affairistes égoïstes plutôt que des citoyens ouverts sur la réalité de la pluralité du monde et sur la nécessité de protéger cette pluralité en défendant notre langue menacée.

Pendant les années soixante et soixante-dix, nous avons récolté les fruits de décennies, voire de siècles de combats pour notre survie. Plutôt que de continuer la lutte, de l’achever, nous avons préféré déraciner nous-mêmes la plante qui a mis si long à pousser dans un sol aride. Et nous observons, l’air béat, quelques ignares d’en face, accouplés aux ignares de chez nous, tenter d’engendrer une race de super-ignares aussi désespérément abrutie qu’eux.

S’il y a bien une seule loi que nous avons besoin non pas d’affaiblir mais de renforcer, c’est bien la Loi 101. S’il fallait seulement boucher ses trous et la rendre égale à ce qui se fait ailleurs dans le monde, nous n’aurions alors d’autre choix que de mettre fin au sur-financement des institutions de langue anglaise. Nous pourrions enfin mettre un terme à cette fantastique farce que constitue le 29% du financement universitaire pour des services à une minorité historique formant 5,6% de la population.

Il nous faudrait également aller plus loin et reconnaître que l’égalité législative avec ce qui se fait ailleurs sur cette planète est insuffisante ; elle ne correspond pas à l’ampleur de la menace qui pèse sur nous.

Il nous faudrait alors agir comme de nombreux peuples et de nombreuses nations, indépendants ou non, et mettre un terme au financement de services dans une langue étrangère. La collectivité québécoise devrait enfin fonctionner dans la langue des Québécois de la même manière que les collectivités autour du monde fonctionnent dans leurs langues respectives.

Le seul prérequis : une révolution. Pas dans la rue, mais dans nos têtes. Commencer par réapprendre ce que nous avons oublié à trop écouter les les extrémistes anglophones ou les lavettes identitaires comme Gendron : nous avons le droit d’exister et nous avons le droit de prendre les mesures nécessaires pour assurer cette existence.

Ce n’est pas gagné.

Andalou
29 janvier 2012

« Parler plusieurs langues, c’est une richesse ».

Combien de fois entend-on cette ritournelle ? La nouvelle génération, celle qui fut éduquée avec le dogme du tout-puissant bilinguisme, a fini par intérioriser cette croyance. De jeunes indépendantistes, de jeunes francophiles, définissent désormais le combat linguistique québécois d’une manière totalement schizophrénique, alors qu’eux, faisant partie de la gentille élite, auraient droit de goûter à l’incroyable « richesse » de l’anglais pendant que le reste de la population devrait soit s’en passer, soit s’en accommoder en adoptant la même pensée maladive selon laquelle on pourrait à la fois parler une langue et refuser de s’en servir sur notre territoire.

Osons le dire tout de go : parler plusieurs langues ne constitue PAS une richesse en soi.

L’idée de base justifiant l’idée d’une supériorité du multilinguisme sur l’unilinguisme vient du fait qu’on compare une situation – le fait d’être multilingue – avec une non-situation – le fait de ne pas l’être. C’est le même raisonnement fautif qui conduit à affirmer que le bilinguisme serait bon pour les enfants car ceux qui le sont se développeraient davantage que les autres. Ce que ce raisonnement ne dit pas – ou ne veut pas dire – c’est que les enfants qui apprennent les sciences, les mathématiques, les échecs, ou autres, deviennent encore plus intelligents que ceux qui se contentent d’être bilingues. Ce n’est pas le dédoublement des langues, ou leur multiplicité qui constitue une richesse, mais bien l’apprentissage lui-même.

En clair, en quoi le fait de savoir dire « Jean joue avec son ballon » dans huit langues constituerait-il une richesse si on est incapable d’approfondir la pensée dans sa propre langue ? Il a été démontré que les personnes bilingues ont généralement un vocabulaire plus limité dans chaque langue ; il y a des exceptions, mais il s’agit néanmoins d’une vérité relativement facile à comprendre pour qui peut observer des échanges de « franglais » dans les rues de Montréal.

Cette croyance dans la supériorité du nombre sur la qualité est typique de notre époque. Nous vivons à une période de l’Histoire littéralement noyée dans l’abondance. Nous sommes entourés de signaux, d’informations, d’idées. La question qui se pose avec le plus d’acuité est celle de la qualité de ces signaux, de ces informations, de ces idées. Autrement dit : il ne s’agit pas de dire qui a pu fréquenter le plus de pages web différentes, qui a regardé le plus d’émissions de télévision, qui a lu le plus de pages dans un journal ; l’important consiste à donner un sens à toutes ces informations.

Ainsi, quand on affirme que le seul fait de superposer une langue anglaise à une langue française, par exemple, constituerait une richesse, on agit de la même manière que si on affirmait qu’écouter telle chaîne de télévision en plus de telle autre constituerait un avantage. Par exemple, si j’affirmais être une personne intellectuellement réalisée parce que j’ai écouté des Infos-Pubs toute la journée, ne rirait-on pas ? Et si je répondais : « J’ai écouté huit Infos-Pubs, alors je me suis beaucoup éduqué ! » ? On répondrait que ce n’est pas la quantité qui compte, mais plutôt la qualité.

Idem pour la langue. Rien ne sert de savoir dire les mêmes mots, les mêmes phrases approximatives, le même langage dénaturé et facile, dans huit langues, si je ne peux même pas regarder mon amour dans les yeux et, plutôt qu’y voir des « yeux bruns qui sont grands », m’y mirer dans un regard andalou, mystique et subjuguant.

Non, parler plusieurs langues ne constitue pas une richesse. Dans une société d’abondance et de nivellement par le bas, la richesse vient par la recherche du sens, la précision des idées, l’approfondissement d’une langue pleine et riche par elle-même et qu’il convient de développer jusqu’à en faire un outil permettant non pas d’exprimer la banalité à la moitié de l’humanité, mais de créer un sens pour une partie plus réduite, mais plus significative.

Le français: indispensable
17 décembre 2011

L’entraîneur du Canadien de Montréal, Jacques Martin, est congédié et remplacé par son adjoint, Randy Cunneyworth, un unilingue anglophone. Déjà, on tente de défendre ce choix en affirmant que l’important est de gagner et que le fait qu’il soit incapable de parler la langue nationale ne serait pas important s’il gagne. En clair, on dit ceci: si tu fais bien ton travail – et le fait de gagner pour un entraîneur constitue la preuve de ce bon travail – tu n’as pas besoin de parler la langue des sauvages. Voyons jusqu’où peut mener cette logique trompeuse.

Le chauffeur d’autobus de la STM. Son travail est de conduire un autobus. S’il le conduit bien, pourquoi parlerait-il français?

La caissière chez Wal-Mart. Son travail est de scanner les étiquettes de prix et de recevoir l’argent des clients. Si elle le fait bien, pourquoi parlerait-elle français?

Le politicien. Son travail est de voter les lois. S’il le fait bien, pourquoi parlerait-il français?

Le policier. Son travail est de faire appliquer la loi. S’il le fait bien, pourquoi parlerait-il français?

Le comptable. Son travail est de compter des chiffres et de compiler des données financières. S’il est bon pour faire cela, pourquoi parlerait-il français?

La banque. Sa raison d’être est d’accueillir les dépôts des clients. Si elle s’acquitte très bien de cette tâche, pourquoi aurait-elle besoin de communiquer en français?

Et ainsi de suite.

Si on juge de la compétence de quelqu’un par les résultats très sectorisés de son travail, personne n’a besoin de parler français. Si la compétence se limite à faire son travail en vase clos, loin de la vraie vie, le français peut bien disparaître dans l’indifférence générale.

Or, la compétence peut être autre chose. Peut-être que la banque a également comme mission de bien communiquer avec ses clients. Idem pour le comptable. Peut-être que le policier doit être en mesure de comprendre ce que dit la population s’adressant dans la langue nationale. Peut-être que le politicien doit pouvoir écouter ses citoyens. Peut-être que la caissière chez Wal-Mart doit pouvoir dire quelques formules de politesse et répondre à des questions simples dans la langue nationale. Idem pour le chauffeur d’autobus.

Et peut-être que l’entraîneur du Canadien de Montréal ne doit pas seulement gagner, mais il doit pouvoir expliquer ses choix aux dizaines de milliers de Québécois qui achètent des billets et qui paient son salaire.

Non, gagner n’est pas suffisant.

Au Québec, comme aux États-Unis, en France, en Australie, en Russie et partout sur la planète, il faut pouvoir parler la langue nationale.

Ce respect minimal est compris partout sur la planète.

Mais pas ici.

Faut dire: on est tellement fin et accommodant ici.

« Excuse-moi de respirer. Je vais retenir mon souffle. »

L'Arcade de feu, ce groupe étranger
3 août 2010

Arcade Fire ceci, Arcade Fire cela. Ces jours-ci, pas moyen de ne pas entendre parler de ce groupe de musique anglo-canadien. Les critiques de leur nouvel album, « The Suburbs », sont dithyrambiques. On les acclame, on les idolâtre. Et on se les approprie. Parce qu’ils sont bons, parce que leur musique est inventive, mélodique, excellente, on tente d’en faire ce qu’ils ne sont pas: un groupe québécois.

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« Je suis fier d’être Québécois quand j’écoute un groupe d’ambassadeurs de notre culture comme Arcade Fire » me disait un contact sur Facebook. Et moi de lui répondre que je suis fier d’aller manger de la nourriture indienne sur la rue Saint-Denis, mais que ça ne me fait pas croire pour autant que le poulet au curry qu’on y sert est typiquement québécois. Arcade Fire, c’est un groupe apatride qui habite dans notre ville francophone mais qui a fait le choix de ne jamais réellement s’y intégrer. Ce n’est pas un groupe québécois et encore moins un ambassadeur de notre culture.

Régine Chassagne, originaire d’Haïti et ayant grandi sur la rive-sud de Montréal, a fait le choix d’étudier en anglais. « Je voulais apprendre l’anglais. J’aime me fixer des défis » qu’elle affirmait. (( Le Soir, mercredi, 28 juillet 2010, p. 30, Les banlieues au pouvoir avec Arcade Fire, Propos recueillis par; THIERRY COLJON, à Montréal )) On ignore quels objectifs elle espérait atteindre, mais le résultat est d’une inouïe tristesse: sur trois albums d’Arcade Fire, une seule chanson porte un titre français. Une sur trente-sept. « J’aurais très bien pu m’en aller du côté français, mais le hasard en a voulu autrement » qu’elle ajoute. (( La Presse, Arts et spectacles, samedi, 23 avril 2005, p. ARTS SPECTACLES, The Arcade Fire, Les plus illustres inconnus de Montréal, Petrowski, Nathalie )) Quand on a besoin du hasard pour avoir envie de chanter dans sa propre langue et de refléter sa propre culture, c’est dire à quel point celle-ci est faible.

Et ses copains, font-ils mieux? Pas du tout. Win Butler, le mari de Chassagne, est originaire du Texas et est venu profiter d’une éducation anglophone à bas prix en s’inscrivant à McGill au tournant du millénaire. Près d’une décennie plus tard, il s’adressait principalement en anglais aux spectateurs venus voir Arcade Fire au Festival d’été de Québec. Il a bien disséminé par-ci par-là quelques mots dans la langue des sauvages comme un empereur s’abaissant devant ses sujets, mais Chassagne a dû traduire pour lui lorsqu’il a demandé aux gens d’envoyer des dons à Haïti.

Français, langue seconde, même au coeur de Québec.

Et Richard Reed Perry, lui? Originaire d’Ottawa, il était présent lors du célèbre « love-in » à la veille du référendum sur la souveraineté, en 1995. Sarah Neufeld; elle vient de Vancouver. Tim Kingsbury, de Guelph, en Ontario. Jeremy Gara, d’Ottawa lui aussi. Et le frère de Butler, Will, également du Texas. Et tous sont venus à Montréal non pas pour y parler français, mais simplement parce que c’était « cool ». Un groupe québécois, vous dites?

Évidemment, on pourra m’objecter, avec raison, qu’on ne définit pas l’appartenance à la nation québécoise par l’origine d’un individu. « Je ne veux pas savoir d’où quelqu’un vient, mais où il va » disait Falardeau. Reste que de savoir que la quasi-totalité des membres d’Arcade Fire viennent d’en-dehors du Québec, qu’au moins un de ceux-ci s’est clairement identifié contre la nation québécoise en 1995 et qu’ils ont, pour plusieurs, de la difficulté à parler un bon français tout en enregistrant des albums pratiquement unilingues anglais, voilà qui donne une indication de la direction qu’a choisi le groupe et de l’absence de sentiment d’appartenance à la nation québécoise. Arcade Fire ne vient pas d’ici et ne donne pas l’impression de vouloir aller dans la même direction que nous. Un groupe québécois, vous dites?

« Oh, mais ils habitent Montréal, sur le territoire du Québec, alors ils sont Québécois » qu’on m’objecte aussi. Légalement, oui. Mais légalement, le nouvel arrivant qui vient d’obtenir sa citoyenneté canadienne, qui ne parle pas un seul mot de notre langue et qui croit que René Lévesque est le boulevard où il doit aller chercher son passeport, celui-là aussi est Québécois. Appartient-il pour autant à la nation québécoise? Pire: a-t-il seulement conscience de l’existence d’une telle nation?

Deux visions différentes de la nationalité

Ce dont il est question, ici, c’est de l’affrontement entre deux visions de la citoyenneté. La citoyenneté multiculturelle à la canadienne, qui constitue un fourre-tout insondable où les ghettos ethniques ne sont pas seulement acceptés, mais souvent valorisés, et la citoyenneté intégrante québécoise, qui souhaite créer une nation cohérente où l’ensemble de la population possède une langue commune et s’identifie à des symboles communs. D’un côté, on te considère comme Canadien parce que tu habites ici et on se fout de savoir si ta femme est voilée de la tête au pied, si tu fomentes une révolution islamique dans ton sous-sol ou si tu méprises l’ensemble de ta société d’accueil; les valeurs communes n’existent que très peu. D’un autre côté, on désire t’intégrer à la société québécoise et te permettre de t’épanouir tout en respectant les valeurs traditionnelles du Québec. Ce sont là deux visions irréconciliables.

Or, quand même des souverainistes affirment qu’ils sont fiers d’un groupe comme Arcade Fire, un groupe ne chantant ni ne parlant ni ne représentant la langue française, quand ils affirment que ce groupe représentent leur réalité, ils nagent dans une mer de contradiction. On ne peut pas vouloir à la fois l’indépendance du Québec – et donc respecter la spécificité d’une nation ayant des valeurs communes – et encenser les produits d’un multiculturalisme allant jusqu’à nier l’existence de l’importance d’une telle langue et de telles valeurs. On ne peut pas affirmer à la fois qu’Arcade Fire nous représente parce que ses membres habitent ici et en même temps vouloir se séparer du Canada parce qu’il existerait quelque chose de plus important que l’ensemble des individus désolidarisés habitant au Québec. On ne peut pas s’enorgueillir de la réussite individuelle de n’importe quel groupe d’individus vivant dans un ghetto et se réclamer d’une nation luttant pour sa survie et utilisant l’indépendance comme un moyen d’y arriver. On doit choisir.

Arcade Fire est un groupe fascinant. De la musique extrêmement inventive. Des individus originaux qui ont su toucher les gens. Mais il ne s’agit pas d’un groupe québécois et il ne représente pas davantage le Québec que Michael Jackson, les Black Eyed Peas, Metallica, Madonna, ou n’importe quel autre produit d’une culture anglophone omniprésente, envahissante, étrangère à la spécificité québécoise et qui prospère dans le ghetto de l’université McGill, l’institution universitaire la plus sur-financée du Québec.

Arcade Fire habite ici, mais ce n’est toujours qu’une plante exotique dans un pot oublié au milieu de la forêt laurentienne.

C’est ici, mais ça ne représente rien de nous.

Ou si peu.

Loi 103: la dictature de l'arbitraire
7 juin 2010

Le retour des écoles-passerelles, permettant aux parents plus fortunés de contourner la Loi 101 afin d’envoyer leurs enfants au réseau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la société québécoise, personne ne peut en douter. Désormais – merci au gouvernement libéral de Jean Charest – l’argent permet de s’acheter des places à l’école publique anglaise après seulement trois ans dans des écoles privées non-subventionnées. Le gouvernement s’en défend en disant qu’il y aura d’autres facteurs permettant de juger du « parcours authentique » d’un élève, mais c’est précisément cette justification au cas par cas qui risque de nous entraîner vers les pires excès et consacrer le pire des reculs: celui de l’application d’une loi unique et impartiale pour tous.

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En effet, à partir du moment où la loi ne s’applique plus d’une manière claire et univoque à chaque citoyen, à partir du moment où une foule de facteurs particuliers permettent d’établir une règle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des excès. On a déjà vu le gouvernement libéral se servir des garderies privées ou de l’industrie de la construction pour se financer, mais il serait désormais possible d’imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter différemment et se faire offrir une voie rapide (« fast track » pour la prochaine génération de Québécois) vers l’école anglaise. Le principe est relativement simple: la ministre de l’éducation, qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. À partir du moment où une loi s’applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favorisé.

Or, c’est précisément le problème avec le gouvernement actuel. Plutôt que d’instaurer des règles claires et des garde-fous qui s’appliquent à tous les citoyens, on préfère saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-là afin de satisfaire les uns et les autres. Plutôt que de réaffirmer la laïcité de l’État et la primauté du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire à quelques écoles juives. Plutôt que de déclencher une commission d’enquête publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions ciblées. Plutôt que de réellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme indépendant d’attribuer les permis, on permet à un ministre de s’attribuer ce pouvoir et de décider, en dernier recours, qui aura la chance de s’occuper de nos enfants. Plutôt que de réaffirmer le caractère français du Québec, d’appliquer la Loi 101 aux écoles non-subventionnées ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui gérera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l’appareil gouvernemental.

Le courage

Le courage, dans un État comme le nôtre, ce n’est pas de voter des lois « respectueuses des individus » comme l’affirmait bêtement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une société est formée d’autre chose que d’une somme de personnes désolidarisées et individualisées, vivant les unes et les autres repliées sur elles-mêmes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s’épanouir, c’est précisément l’existence d’une société où les lois sont impartiales et où les règles sont claires et s’appliquent d’une manière identique à chacun. Lorsque je brûle un feu de circulation, je m’attends à ce que le policier me donne une contravention, pas à ce qu’il me mette à nu et commence à me fouiller. De la même manière, j’exige que mon voisin reçoive la même pénalité; ce sont ces règles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui empêchent que l’arbitraire et le « cas par cas » nuisent à la cohésion sociale.

Le courage, c’est de définir les valeurs collectives qui nous animent et d’adopter des lois qui permettent de protéger celles-ci. C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ce courage, c’est de réaffirmer que l’attachement du Québec à sa langue et à sa culture françaises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent précéder l’action. Ce courage, c’est de voter les lois qui permettent à nos valeurs communes de persister et qui réaffirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Québec doit être le français et qu’il ne saurait être question pour l’État de faciliter d’une quelque façon que ce soit l’apprentissage d’une langue qui mine ce consensus.

Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c’est le retour vers le « bill » 22, qui précédait la Loi 101 et qui décidait de l’attribution de places dans les écoles anglophones en fonction de tests de compétence en langue anglaise. Cette loi 103, c’est aussi un énième pas en arrière vers le « bill » 63, qui conférait le libre-choix dans l’apprentissage des langues à l’école et qui permettait de financer notre propre disparition avec l’argent de nos impôts. Cette loi 103 consacre également la suite du recul de notre démocratie et du retour insidieux à cette vieille façon de faire de la politique où le courage était remplacé par le patronage et où l’impartialité de la loi s’écrasait devant la toute puissance d’un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.

La loi 104, qui empêchait les écoles-passerelles et qui réaffirmait la nécessité de soumettre tous les citoyens à la Loi 101, n’était pas parfaite. On pourrait même dire qu’elle était aussi timide que le gouvernement péquiste qui l’a adoptée. Cependant, elle était nécessaire et elle a réussi à stabiliser la croissance continuelle de la clientèle des écoles anglaises depuis le début des années 1990. Le gouvernement libéral actuel fait honte à son vote de 2002, alors qu’il l’avait appuyée, et il ajoute l’insulte d’avoir non seulement été incapable de la protéger, mais d’avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET démocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.

En attendant d’avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honnêtes qui sauront faire entrer le Québec dans le vingt-unième siècle en mettant fin au financement d’un réseau anglophone public parallèle au réseau francophone national, en attendant que le Québec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu’un seul réseau éducationnel dans la langue de la majorité, en attendant d’avoir autres choses que de veules opportunistes et carriéristes à l’Assemblée nationale, on peut tout de même se contenter des quelques grains de bon sens échappées de la loi 103 et qui nous donneront à picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation affûte sa hache et prépare la scène finale de notre présence française en Amérique.

Au moins, lors de notre disparition finale, il n’y aura pas d’arbitraire.

Ce sera aussi systématique que le gaélique en Irlande ou le français en Ontario.

Gérard Deltell, l'ADQ et notre disparition
6 juin 2010

Colonisé. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Alors que le français recule au Québec, qu’il devient de plus en plus difficile de travailler ou de fonctionner dans la langue commune à Montréal et dans ses banlieues, que de plus en plus de commerces et d’institutions se bilinguisent et violent la Loi 101, que propose le chef de l’ADQ, Gérard Deltell? Il veut intensifier l’apprentissage de l’anglais et bilinguiser la jeunesse québécoise.

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« Il faut que ce soit bilingue. Il faut que nos enfants soient bilingues. Il faut qu’on ait une génération bilingue au Québec. On ne peut plus se permettre d’attendre. Il faut le faire là » a affirmé l’ancien journaliste de TQS catapulté à la tête du parti moribond. On aurait envie de lui demander: pourquoi une telle urgence, pourquoi un tel culte du bilinguisme? Aurait-on perdu une guerre, aurait-on été soumis à un quelconque envahisseur au cours des dernières années qui nécessiterait de la part de nos enfants l’apprentissage d’une langue étrangère?

Le bilinguisme, pourtant, dans un contexte minoritaire, c’est la mort. Dans toute l’histoire de l’humanité, dites-moi, connaissez-vous un seul peuple qui, minoritaire, est devenu entièrement bilingue avec la langue majoritaire sans perdre sa propre langue? Moi, je connais le gaélique qui est disparu d’Irlande quand les Irlandais sont devenus bilingues avec la langue anglaise, et je connais le français qui est mort en Ontario avec le culte du bilinguisme qui a sournoisement détruit les reliquats d’une présence française à l’ouest de la rivière des Outaouais. C’est cela le bilinguisme: la mort de la langue faible. Car le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, c’est bel et bien un état transitoire d’une langue vers une autre.

Ce culte du bilinguisme nous affaiblit. Il nous convainc de la nécessité d’apprendre une langue étrangère pour travailler chez nous, mais il nous occulte cette vérité que la langue étrangère ne devrait pas nous permettre le travail, mais que le travail devrait se faire dans notre langue commune. Autrement dit: alors que nos parents et grands-parents se sont battus pour que nous puissions atteindre les plus hauts échelons en français, nous nous prostituons, seuls dans notre individualité, dans une langue qui n’est pas la nôtre et nous oublions notre devoir historique d’action collective pour la protection de cet héritage linguistique.

Imposer l’anglais – ou toute autre langue étrangère – à nos enfants, c’est capituler devant un monde unidimensionnel, un monde qui refuse la pluralité des langues et des peuples. C’est aussi utiliser notre force collective – l’État – pour détruire notre cohésion sociale et encourager ce qui nous nuit déjà, c’est-à-dire l’anglicisation qui fait reculer notre langue à Montréal et dans sa région immédiate. C’est cautionner un état des choses où on demande de plus en plus la connaissance de langues étrangères pour des emplois qui ne le nécessitent pas vraiment et où la langue étrangère est placée sur un piédestal. On préfère bilinguiser chaque Québécois plutôt que d’exiger la francisation de chaque emploi. Lâcheté.

La proposition de l’ADQ est non seulement stupide, mais elle va à l’encontre des solutions qui devraient être mises en place par tout gouvernement sensibilisé aux dangers linguistiques. Plutôt que d’accroître la présence de l’anglais chez notre jeunesse, il faudrait plutôt la réduire et éliminer les cours d’anglais au primaire et au secondaire. Il faudrait rétablir la valorisation d’un bon orthographe français et de la connaissance la plus parfaite possible de notre langue. Plutôt que d’apprendre à nos jeunes à jouer de plusieurs instruments de musique, il faudrait leur apprendre à en maîtriser réellement un seul, quitte à ce que ceux-ci choisissent de s’initier à un autre dans leurs temps libres. Ce n’est pas à l’État québécois à financer des mesures qui nuisent à la cohésion sociale et qui font de l’anglais la seule et réelle langue commune de notre territoire. Le faire équivaudrait à un suicide collectif rapide et à une anglicisation conduisant directement à notre disparition.

Que l’ADQ cherche à tout prix à se faire remarquer, on le comprend. L’ancien parti de Mario Dumont survit littéralement sur le respirateur artificiel. Cependant, il ne faudrait pas oublier que derrière cet appel désespéré se cache toutes les fausses sirènes du bilinguisme qui aliénient notre peuple. S’il faut le répéter, qu’on le fasse: l’État doit être au service de la collectivité et cette collectivité qui désire survivre entend le faire en français. Conséquemment, l’État ne doit pas, sous aucun prétexte, se substituer à la volonté parentale et enseigner une langue étrangère à nos enfants. Si un parent désire que son enfant parle anglais, mandarin ou russe, qu’il lui paie un cours privé après les heures de classes: l’école doit favoriser la cohésion sociale et cette cohésion passe par le français.

Si nous reculons, si nous écoutons les vieilles démagogies adéquistes débilitantes, ce n’est pas seulement notre capacité à survivre en tant que peuple francophone qui écoperait, mais également notre compétence à décider nous-mêmes de notre propre survivance et notre faculté à intégrer les nouveaux arrivants en français, dans notre langue, la seule qui nous soit commune et qui doit être enseignée dans nos écoles.

L’autre choix porte un nom: disparition.

Les « vertus » de l'immigration
16 mai 2010

Quand le Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, a fait le constat selon lequel on ne tient pas compte de la capacité d’accueil du Québec en matière d’immigration, ce n’est pas seulement le gouvernement libéral qu’il a blâmé. C’est l’ensemble d’une élite politique vendue aux soi-disant vertus d’une augmentation de l’immigration qui est visée.

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En effet, peu importe le milieu, il est de bon ton au Québec d’avoir un préjugé pro-immigration, même si le nombre ne peut être justifié. Comme je l’écrivais ici, nous recevons, per capita, plus d’immigrants que l’Angleterre, la Suède, la République Tchèque, la Corée du Sud, la Norvège, les Pays-Bas, les États-Unis, l’Italie, la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, la France, la Hongrie, la Finlande, la Turquie, la Slovaquie, le Portugal, la Pologne, le Japon et le Mexique! Nous constituons une fragile minorité francophone dans un océan anglophone, nous ne jouissons même pas du statut de pays souverain permettant de mieux protéger notre langue et notre culture, mais nous recevons plus d’immigrants proportionnellement que tous ces pays.

Pour la député péquiste Louise Beaudoin, pourtant, les problèmes exprimés par Renaud Lachance n’auraient rien à avoir avec le volume. Non, non. Sélection bâclée, inadaptée, manque d’arrimage avec le milieu du travail, etc. Bref, pendant que notre petite province culturellement menacée reçoit plus de nouveaux arrivants que la plupart des pays industrialisés, les problèmes d’intégration seraient la résultante de simples décisions politiques et administratives. En clair, le message est celui-ci: nous, Québécois, serions plus intelligents que la plupart des pays développés et pourrions accueillir encore davantage d’immigrants si le gouvernement « faisait son travail ». Plus prétentieux que ça, tu meurs.

Absence de grille d’évaluation

En fait, et contrairement aux divagations péquistes ou libérales, le constat le plus important du Vérificateur général était celui d’une absence de grille d’évaluation quant à la capacité réelle d’intégration du Québec. Car, n’en déplaise à Mme. Beaudoin, notre capacité d’intégration n’est pas illimitée. Dès qu’on parle de quantifier cette capacité, il est automatiquement question du volume de l’immigration.

Or, ce sujet est terriblement tabou. En 2008, lors d’une élection partielle, l’ADQ s’est fait traitée de tous les noms pour avoir osé proposer un gel de l’immigration et des politiques natalistes. Xénophobie, lépenisme, racisme, les quolibets ne manquèrent pas. Au Québec, il est interdit de discuter d’immigration. Compris?

Alors que des pays souverains s’occupent de leur identité, prennent la peine de se questionner sur leur capacité d’intégration, nous, petit peuple dont la langue est en constante régression, n’aurions pas droit à la même chance. Que des élites fédéralistes ou canadiennes nous privent de cette capacité, voilà qui fait du sens, mais dès lors qu’un large consensus contre toute remise en question du nombre d’immigrants se met en place et que des soi-disant indépendantistes reprennent ce discours, il y a lieu d’être inquiet.

On nous dit: « il ne faut pas parler de volume, car chaque immigrant constitue une richesse ». Je ne suis pas contre, mais je ne suis pas pour non plus. J’aimerais qu’on en discute. J’aimerais qu’on me dise pourquoi, si notre richesse collective dépendait seulement de l’addition éparpillée de dizaines de milliers de personnes à chaque année, l’Inde, par exemple, avec son milliard d’habitants, a un niveau de vie inférieur à celui du Québec. J’aimerais qu’on m’explique pourquoi le simple fait d’amener des gens ici, sans savoir si nous avons la capacité de leur offrir une pleine participation – économique, culturelle, linguistique – à notre société, constituerait une richesse. Je voudrais qu’on me montre pourquoi le simple fait de rajouter du poids sur une branche d’arbre qui est déjà en train de craquer permettrait d’en améliorer la force et la santé. Et surtout, il faudrait qu’on me propose un plan pour faire face aux coûts de l’immigration qui, pour un pays comme la France, peuvent atteindre près de 24 milliards d’Euros par année! (( Le Point, no. 1757, France, jeudi, 18 mai 2006, p. 54, Immigration: Un coût de 24 milliards d’euros, Christophe Deloire et Saïd Mahrane ))

On nous dit encore: « nous ne faisons pas assez d’enfants ». Mais que veut dire « assez »? Combien est ce « assez »? Certains diront que ce « assez » constitue le seuil de renouvellement de notre population. J’aurais envie de leur dire qu’ils prennent le problème par le mauvais côté: il ne faut pas se demander combien d’immigrants on doit accueillir pour suppléer au faible taux de natalité québécois, mais plutôt comment on peut encourager la croissance de ce taux de natalité. Il ne suffit pas d’accueillir des immigrants pour compenser notre faible taux de natalité, pas plus que les travailleurs mexicains saisonniers sont une solution au manque de désir des Québécois pour des travaux des champs mal payés; dans un cas comme dans l’autre, on ne fait que mettre la lumière sur des problèmes beaucoup plus fondamentaux qu’il incomberait de régler en premier. Ce poids qu’on fait porter sur les épaules de l’immigrant – celui de nous sauver – ne peut que nous encourager à ne pas faire ce qui devrait être fait pour nous sauver nous-mêmes, c’est-à-dire définir réalistement nos idéaux et travailler pour les atteindre.

Et ceux qui auront envie de se joindre à ces idéaux – démocratie, langue française, laïcité, égalité entre les sexes, etc. – seront les bienvenus.

Quand on place l’immigration sur un piédestal et qu’on refuse de discuter de la nécessité de la diminuer à des niveaux plus raisonnables, pour une province non-souveraine, afin d’atteindre des niveaux permettant d’assurer une meilleure intégration des immigrants à nos valeurs fondamentales, on manque à son devoir citoyen de travailler à l’amélioration de la société et on fait passer l’idéologie devant les faits.

Et tant que nos élites continueront de promouvoir une augmentation du volume de l’immigration sans aucun respect pour notre capacité d’intégration, ces valeurs fondamentales seront bafouées.

Ce que nous dit ce rapport du Vérificateur général, en fait, c’est qu’il y a urgence d’un profond questionnement sur la question de l’immigration. À partir du moment où on suit ses recommandations quant à l’établissement d’une grille d’évaluation, il devient nécessaire d’exiger un volume d’immigration comme fonction du respect des valeurs fondamentales. Et si cela passe par une réduction du nombre d’immigrants et par l’imposition d’un contrat d’intégration, cela se ferait pour le bien de toute la collectivité.

Pour ceux qui ont bâti ce pays, et pour ceux qui se joignent à nous et travaillent à la pérennité des idéaux qui ont permis sa construction.

Toute position contraire porte un même nom: reddition devant nos responsabilités historiques d’intégration, d’ouverture et de respect de nos valeurs communes.

Faut-il boycotter le Festival d'été de Québec?
3 mai 2010

L’anglomanie croissante du Festival d’été de Québec, qui a saupoudré une programmation anglophone d’une pincée de Vigneault et d’une soirée franco-québécoise comme on ajoute du sucre à n’importe quel plat indigeste, démontre à quel point cette organisation n’a rien à foutre de notre langue et de notre culture. Neuf mois après avoir versé des larmes de crocodile sur le déménagement des Francofolies de Montréal, on offre désormais aux citoyens un ramassis de tout ce qui se fait en anglais et on lance le message aux touristes qu’à Québec, c’est dans la langue de Shakespeare que ça se passe.

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Iron Maiden, Black Eyed Peas, Billy Talent, Rammstein, Dream Theater, Great Lake Swimmers, Roger Hodgson, Arcade Fire, Bedouin Soundclash et John Butler Trio (qui se produiront, en anglais, au Parc de la Francophonie, haha!) seront présents. Québec, disiez-vous? On croirait plutôt qu’il s’agit du festival d’une quelconque ville canadienne ou américaine. Au touriste anglophone qui vient ici et qui – déjà – se fait (trop) largement servir dans sa langue, on lui sert en plus sa propre musique. Que lui restera-t-il, ensuite, de son passage à Québec lorsqu’il retournera chez lui? Une carte postale aux sonorités anglaises et à la musique de fond anglaise. C’est cela le message que lance un tel festival, avec seulement huit spectacles en français sur onze jours de festival et trois scènes.

Bien sûr, les bien-pensants de la Vieille Capitale – et ils sont nombreux – rétorqueront, bien à l’abri dans leur ville ne subissant pas l’anglicisation accélérée vécue par la région métropolitaine, qu’il faudrait « s’ouvrir sur le monde » et célébrer la « diversité ».

Or, comment peut-on parler d’ouverture sur le monde quand on ne choisit qu’une seule langue pour la vivre? Comment parler de diversité quand la plupart des spectacles auront lieu dans une même langue, selon des sonorités semblables et une culture musicale commune? La diversité, c’est nous. La survie du français au Québec et notre capacité à nous créer et à appuyer une culture riche et vivante assurent notre présence dans le temps et notre contribution à l’enrichissement et à la diversité culturelle mondiale.

Présenter des groupes étrangers ou d’autres ayant fait le choix de renier leurs origines ou la culture de la société qui les accueille (c’est le cas de Arcade Fire), personne n’est contre, si cela se fait d’une manière modérée, un peu comme on accompagnerait un met local, dans un pays du Sud, avec un peu de ketchup Heinz. Mais lorsque les hamburgers remplacent le poisson exotique, lorsque les frites se substituent aux légumes du pays, ce n’est plus un met offrant une quelconque diversité qu’on se met sous la dent, mais la même bouillie graisseuse que n’importe où ailleurs sur la planète anglo-saxonne. On réduit la diversité, simplement, et on fait le choix – un choix qu’on offre désormais au touriste venant à Québec cet été – de rejeter à son tour notre propre culture.

Think big

Évidemment, organiser un festival plus respectueux du caractère francophone du Québec nécessiterait d’en réduire l’ampleur. Il y aurait probablement moins de personnes à chaque spectacle, moins de touristes, mais vaut-il mieux habiter la grosse baraque du voisin ou posséder sa propre maison plus modeste, mais plus chaleureuse?

De même, l’an dernier, le coût du laisser-passer du festival était de 35$; cette année c’est plus de 50$. Avec un festival à hauteur d’homme, il y a fort à parier que le prix serait moindre, et on pourrait probablement s’offrir davantage de spectacles gratuits.

Le problème, malheureusement, c’est cette mentalité du « think big » qui s’est emparée des organisateurs. Plus gros, toujours plus gros. Et qu’importe si on y perd son identité au passage. Qu’importe si le festival, qui devrait constituer l’image de marque de la ville, ne nous représente plus le moins du monde. Qu’importe si un tel événement pourrait aider des artistes d’ici à se faire connaître et à performer; il faut être gros, toujours plus gros.

Et à ceux qui s’offusquent, on agite la liasse de billets verts que les touristes viennent dépenser pendant le festival. Comme si l’argent constituait l’argument suprême. Comme si un festival n’était qu’un simple outil financier servant à prostituer une ville en entier pour avoir le loisir d’accueillir de gros Américains venant écouter Black Eyed Peas un soir avant de repartir le lendemain matin en rotant leur McDonald ou leur Burger King. Comme si c’était cela, la vie culturelle. Comme si la ville de Québec ne constituait qu’une entreprise devant avant tout faire des profits.

Dites-moi, combien vaut la mort du français en Amérique du Nord?

On me dira: ce n’est qu’un festival, tout comme on m’a dit, précédemment, ce n’est que le slogan d’une école, ce n’est que la ville de Laval, ce n’est qu’Alain Dubuc, ce n’est qu’un hôpital, ce n’est qu’un retard scolaire, ce n’est qu’une circulaire en anglais de The Brick, ce ne sont que de petites erreurs de l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours en anglais à l’UQAM, ce n’est qu’un théâtre, ce n’est qu’un groupe Facebook bilingue, ce n’est qu’une Saint-Jean bilingue, ce ne sont que des clients ordinaires, ce n’est que de la musique au Centre Bell, ce n’est que Pascale Picard

Et un jour, insidieusement, on dira: ce n’est que le peuple québécois.

Sur le bord du précipice linguistique, ce n’est pas la longueur du pas vers le vide qui compte, mais la distance qui nous y sépare. Ce festival anglomane constitue simplement le millimètre supplémentaire nous rapprochant de l’abîme et contribuant à faire du Québec une prochaine Louisiane.

Que ceux qui sont encore fiers d’être des Québécois se lèvent et boycottent ce festival.

AJOUT: Vous pouvez écouter mon entrevue au FM 93 (ça commence vers 8 minutes).

Laval: l'invasion anglophone
12 avril 2010

On parle beaucoup de l’anglicisation de Montréal, mais on oublie généralement de parler de celle, beaucoup plus spectaculaire, qui affecte la ville de Laval,  la troisième ville du Québec avec ses 365 000 habitants. Si j’avais déjà calculé sommairement l’anglicisation de cette ville de banlieue, y découvrant une tendance aussi rapide qu’inquiétante, une analyse plus rigoureuse des données expose une situation encore plus catastrophique.

Observez le tableau ci-bas.

Portrait de l’anglicisation fulgurante de la ville de Laval

Quartiers et ville Croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise (2001-2006) Croissance des locuteurs de langue d’usage française (2001-2006) IVL français 2006 IVL anglais 2006
Auteuil 118.00% 5.49% 1.06 2.27
Chomedey -4.23% -4.81% 1.13 1.87
Duvernay 75.30% -1.20% 1.08 2.37
Fabreville 108.94% -5.41% 1.06 1.34
Îles-Laval 304.84% -12.78% 1.01 1.22
Laval-des-Rapides 18.65% -8.25% 1.09 1.55
Laval-Ouest 48.61% 4.95% 1.05 1.25
Laval-sur-le-lac 22.49% -7.63% 1.02 1.66
Pont-Viau 53.03% -10.22% 1.07 1.06
Sainte-Dorothée 108.06% 7.64% 1.07 1.82
Saint-François 121.64% -4.87% 1.09 1.17
Sainte-Rose 197.72% 6.48% 1.06 1.42
Saint-Vincent-de-Paul 71.83% -4.82% 1.07 1.73
Vimont 37.69% -11.74% 1.09 2.27
Laval 36.41% -3.36% 1.08 1.80

Les deux premières colonnes comparent la croissance des locuteurs de langue anglaise et française entre les recensements de 2001 et 2006. On parle ici d’une distance temporelle de cinq ans, et les résultats sont ahurissants: plusieurs quartiers ont vu leur population de langue d’usage anglaise littéralement exploser. À l’échelle de la ville de Laval, on parle d’une hausse de 36,4% d’anglophones en cinq ans! Pendant ce temps, la population francophone a baissé de 3,4%. À cette vitesse, combien faudrait-il d’années avant que les anglophones deviennent majoritaires?

Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le pouvoir d’attraction d’une langue en divisant les locuteurs de langue d’usage par ceux de langue maternelle (le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement; au-dessus, on observe un gain, en-dessous, une assimilation), la situation n’est guère meilleure: avec 1,80, l’IVL anglophone de Laval surpasse celui de la plupart des principales villes canadiennes. C’est donc dire qu’un anglophone a davantage de chance de transmettre sa langue anglaise à ses descendants à Laval qu’à Toronto, Vancouver ou Ottawa. Dans certains quartiers, comme Auteuil, Duvernay et Vimont, l’IVL atteint des niveaux quasi-stratosphériques, difficilement imaginables pour un peuple qui n’est pas en situation d’invasion. En fait, l’IVL du français étant de 1,08, c’est donc dire que le niveau d’attrait de l’anglais à Laval est dix fois supérieur à celui du français!

Méthodologie

Ces données des recensements de Statistique Canada pour les années 2001 et 2006 proviennent de la ville de Laval. J’ai additionné les réponses uniques aux réponses multiples n’impliquant qu’une seule des deux langues et j’ai calculé les résultats faisant état de langues multiples impliquant à la fois le français et l’anglais au pro-rata de l’influence de chacune de ces deux langues dans le quartier en question.  Vous pouvez consulter les données brutes ici.

Et si on agissait?

Pendant qu’on discute de notre loi 101 et de la nécessité pour le gouvernement actuel de la renforcer, les anglophones passent à l’attaque. Ils exigent de plus en plus l’anglais et il suffit de se promener au Carrefour Laval ou dans n’importe quel quartier central de la ville pour être témoin du recul de notre langue commune. Je ne compte plus les anecdotes personnelles ou celles d’amis ou connaissances ayant eu de la difficulté à se faire servir en français à Laval; et je ne parle même pas ici du nombre croissant d’entreprises exigeant le bilinguisme à l’embauche.

Après le Mouvement Montréal français, le Mouvement Montérégie français et le Mouvement Laurentides français, faudra-t-il à nouveau nous organiser et créer un Mouvement Laval français? Dans quel sorte de pays vivons-nous pour avoir à nous organiser entre citoyens pour exiger le droit de faire une chose aussi normale que de se parler dans la langue commune et nationale? Imaginerait-on des mouvements de défense du français en France, de l’allemand en Allemagne ou du russe en Russie?

Au lendemain du formidable spectacle pour la loi 101, les mots de Lord Durham résonnent encore dans ma tête:

Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise.

Et si on changeait l’histoire? Et si on en finissait avec ce génocide culturel?

Pour le moment, je ne peux que vous inviter à joindre le groupe Facebook de l’Association Laval français, mais qui sait ce dont l’union de Québécois fiers de leur langue et fatigués d’avoir à se prosterner devant une langue étrangère peut donner?

Rue par rue, quartier par quartier, reprenons la ville de Laval.

Nous n’avons pas le choix.

L'épouvantail Bouchard
17 février 2010

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

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Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.

En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.

De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!

Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes « man »? ».

Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.

Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.