Archive for the ‘Économie’ Category

Un marché brisé
30 décembre 2011

Normalement, dans une économie capitaliste, le marché est ce lieu quasi-divin de découverte de la valeur des choses. Vendeurs et acheteurs proposent leurs prix et c’est l’équilibre entre la capacité  à sacrifier des marges de profit pour l’un et à sacrifier son pouvoir d’achat pour l’autre qui détermine le prix. Ce système séculaire est brisé. FUBAR, comme disent les zulus.

La faillite de la maison de courtage MF Global ne constitue pas un événement fortuit. MF Global constitue le pinacle, le parachèvement d’un système complètement malade où les fonds des clients sont hypothéqués, ré-hypothéqués et re-ré-hypothéqués parfois jusqu’à l’infini. Le principe est aussi simple que ridicule: c’est un peu comme si je vivais dans la maison du beau-frère et que je la ré-hypothéquais auprès de plusieurs banques différentes, que j’empocherais tout  cet argent et qu’en cas de défaut de remboursement c’est le beau-frère qui perdrait sa maison. Fou comme ça.

C’est ce qui s’est passé: de nombreux clients ont perdu leur or et leur argent, car celui-ci, nullement en sécurité, avait été ré-hypothéqué à plusieurs reprises. Lorsque le système de Ponzi s’est écroulé, leurs possessions ont été volées légalement lorsqu’elles ont été remises aux banques qui avaient prêtées à MF Global.

La balle d’argent

Cela va encore plus loin quand on apprend que MF Global aurait déposé plusieurs centaines de millions de dollars chez JP Morgan. JP Morgan, comme plusieurs le savent, constitue la main cachée du marché, la maison-mère (avec Goldman Sachs) du cartel bancaire. Morgan est notamment en charge des plus grandes ventes à découvert sur l’argent-métal au COMEX.

Or, voilà qu’il y avait des indication selon lesquelles l’argent-métal n’était plus disponible au COMEX. En clair: des personnes ont acheté de l’argent-métal au COMEX et ont un reçu en papier, mais il n’y a plus de métal derrière pour l’appuyer; JP Morgan le vend à découvert. Il suffirait qu’un nombre suffisant de personnes prennent possession de l’argent-métal physique pour que le système s’effondre.

En poussant MF Global à l’effondrement, JP Morgan peut mettre la main sur les valeurs hypothéquées, dont BEAUCOUP d’argent-métal, permettant de pr0téger ses valeurs à découvert.

La fin de toute confiance

Les implications de tout ceci sont simples: on ne peut plus avoir confiance dans le marché – on ne peut plus croire que des valeurs sur un écran d’ordinateur ou des reçus en papier ont la moindre valeur – et on ne peut plus croire au juste prix dans les métaux précieux, pour ne nommer que ceux-ci.

Si on ajoute à cela le fait qu’il y a près d’une once d’argent ou d’or physique pour chaque centaine d’onces de contats en papier, la seule conclusion est qu’il faudrait être stupide pour même considérer transiger sur ces marchés.

La fin de partie approche. L’expérience moderne de monnaie fiduciaire, initiée à Jekyll Island en 1910 avec l’élaboration de la FED et concrétisée en 1971 avec la fin définitive de l’étalon-or, ont fait long feu. Les banques, principales bénéficiaires de ce système où ils contrôlent la principale valeur d’échange et de calcul de la richesse, font TOUT ce qu’elles peuvent pour empêcher l’inévitable: le retour d’une monnaie honnête en or et en argent, comme cela fut le cas pour des millénaires.

Alors qu’auparavant elles opéraient principalement dans l’ombre, elles n’hésitent plus aujourd’hui à voler jusqu’à l’argent dans le compte des citoyens pour assurer leur objectif de suppression du prix des métaux précieux et la continuation d’un jeu dans lequel elles seules peuvent gagner.

Le même genre de suppression a eu lieu dans les années soixante et il a échoué. Celle-ci échouera encore. Ils peuvent faire s’effondrer le prix PAPIER de l’argent de 50$ à 5$ s’ils le veulent, la déconnexion entre leur ersatz de valeur et la valeur réelle n’en sera que plus grande.

Plus que jamais, le marché est brisé. La seule façon de se protéger: échanger ses jetons et sortir du casino.

Quand tout sera consumé, une seule monnaie n’aura pas brûlé: l’or et l’argent.

Quand le PQ s'attaque à la social-démocratie
26 février 2010

Il y a de ces nouvelles qui se glissent bien dans un entrefilet, entre deux faits divers: le Parti Québécois (PQ) veut tourner le dos à l’État-providence. Rien de nouveau, en fait, quand on lit le programme du parti, qui semble plus à l’écoute des besoins des entreprises et des mieux-nantis que de la population en général. Ce qui frappe, par contre, c’est le misérable synchronisme et la terrible candeur d’un parti qui, face aux affronts répétés d’une droite qui entend se servir de la crise des finances publiques pour mieux dépecer notre État, ouvre toutes grandes les portes de la bergerie aux prédateurs.

Source de l’image

Ainsi, deux jours après la sortie de Cupide Bouchard et de ses amis aumôniers de la misère sur l’éducation et au lendemain de la publication du troisième fascicule des « experts » payés par le gouvernement pour promouvoir et justifier l’idéologie néolibérale, le Parti Québécois aurait pu et aurait dû jouer son rôle d’opposition et proposer une approche différente, plus humaine, moins à droite. À l’image de Québec Solidaire, qui a proposé ses propres solutions pour améliorer les finances de l’État, le Parti Québécois aurait eu la chance de se distancer de ses soi-disant adversaires libéraux et de s’établir comme une alternative crédible. Occasion manquée.

En fait, les péquistes semblent englués dans leur conception méprisante pour les citoyens de l’alternance du pouvoir. Dans les officines du parti, on se dit qu’après trois mandats, il sera naturel que le PQ se fasse réélire en 2012. Il suffit donc de ne pas trop faire de vagues, de suivre le courant, de ne pas s’aliéner les grands argentiers ou les éditorialistes de La Presse. Le pouvoir pour le pouvoir. On se place sous l’arbre, on laisse le fruit mûrir, et on attend qu’il nous tombe dans les mains. Et tant pis pour les citoyens qui espèrent du changement. Qu’on se le tienne pour dit: le PQ désire le pouvoir; pas question de l’utiliser pour changer les choses! En matière économique, Parti Québécois et Parti Libéral du Québec, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Enlevez le concept de souveraineté – à propos de laquelle le PQ n’a rien fait depuis une décennie – et vous avez deux clones à l’Assemblée nationale.

Or, avant de s’arrimer aux positions conservatrices, de rejeter l’État-providence et de s’aliéner définitivement ce qui reste des reliquats de son aile-gauche, ne faudrait-il pas se questionner, au-delà du désir de prendre le pouvoir, sur les conséquences d’une telle mesure? Ce n’est pas rien tout de même: ce que le PQ vient de nous dire, c’est qu’il rejetait les progrès de la Révolution tranquille et qu’il adoptait le dogme du moins d’État, cette stratégie pour « affamer la bête », dixit Josée Legault.

Pourtant, l’État-providence, loin d’être la tare dénoncée par nombre d’idéologues de droite, fonctionne. Malgré ses défauts, il s’agit encore de la manière la plus équilibrée, entre les extrêmes du communisme et du capitalisme sans garde-fous, de gérer une société humaine. Avant les années 60 et la Révolution Tranquille, le Québec était, sous Duplessis, l’endroit le plus réfractaire à celle-ci. Le « cheuf » détestait tout ce qui représentait la moindre intervention de l’État dans l’économie. Résultat? Le Québec constituait une des sociétés les moins avancées d’Amérique du Nord avec une économie à la solde d’entreprises étrangères, et une population largement paupérisée. Le politicologue Yves Vaillancourt explique:

La timidité de l’interventionnisme de l’État québécois à la veille de la Révolution tranquille signifiait un énorme coût social pour la majorité de la population qui demeurait en quelque sorte à découvert par rapport au risque de la maladie, du chômage, de l’insuffisance des revenus de travail. Il faut le dire avec clarté: sur une base comparative avec les autres provinces canadiennes, notamment la Saskatchewan, où l’État provincial assumait davantage ses responsabilités sociales, le système de services sociaux et de santé qui prévalait au Québec était carrément artisanal. Bien sûr, pendant ce temps-là, les compagnies privées d’assurance-maladie, auxquelles les Québécois versaient $ 50 millions de primes en 1955, faisaient de bonnes affaires. Mais pour les deux tiers de la population québécoise qui n’étaient pas assurés, la maladie était une catastrophe et, accepter de se faire soigner et hospitaliser, c’était s’endetter pour des années, comme devait le rappeler Jean Lesage dans son premier Discours sur le budget en 1961.

Concrètement, le Parti Québécois, en rejetant l’État-providence, juge que cette situation pré-Révolution Tranquille était préférable à la situation actuelle. On aura beau appeler cela une « redéfinition de la social-démocratie » jusqu’à l’Apocalypse, on parle bel et bien d’un état de fait où l’État, en se retirant, laisse les citoyens seuls face aux compagnies privées et aux aléas du destin.

Par ailleurs, si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?

Une société constitue une chaîne entre les humains et on mesure la force de cette chaîne à la force de ses maillons les plus faibles. Nous avons mesuré ce qui arrivait à des pays qui, comme l’Islande en ce moment ou l’Argentine il y a une décennie, ont tourné le dos à l’État et ont décidé de laisser les acteurs privés s’offrir un buffet « tout ce que vous pouvez manger »: la crise financière. En désirant accélérer le processus de désengagement de l’État que nous subissons depuis déjà plusieurs décennies, ce n’est pas seulement la santé et la sécurité des citoyens de la classe moyenne et des moins-nantis qu’on met en jeu, mais également la santé financière de l’État. Un État déjà affecté par plusieurs décennies de gouvernements de droite pour qui tous les prétextes sont bons pour s’attaquer à l’État-providence.

Les ressources existent. Les moyens de s’enrichir aussi. Il faut en avoir la volonté. Selon Statistiques Canada, dans les années 50 les contribuables versaient 50,8% des revenus d’impôts de l’État, les Compagnies 49,2%. En 1993: les contribuables versaient 88,6% de ces revenus et les Compagnies, 11,4%. La colère des citoyens de se sentir surtaxés est légitime. Ce n’est pourtant pas une raison pour se débarrasser de services qui contribuent à notre richesse collective, mais peut-être plutôt pour s’interroger sur la nécessité d’adhérer à un système de valeurs faisant des entreprises privés et des individus les principales locomotives de notre développement quand nous jouissons d’un État autrement plus efficace et adapté à cette tâche.

Les forces s’attaquant à notre État sont fortes, vives et organisées dans des think-tanks ayant leurs entrées au gouvernement et des journaux à la solde d’entreprises comme Power Corporation et Quebecor, qui ont des intérêts directs dans le marchandisage de nos services publics. Force est de constater qu’elles ont aussi accès au Parti Québécois et que ce parti, qui pouvait autrefois prétendre représenter l’ensemble de la société, n’en représente aujourd’hui que la faction la plus riche. Et encore, seulement si cela lui permet de se faire élire. Le pouvoir pour le pouvoir, c’est bien tout ce qui compte au PQ, n’est-ce pas?

Il serait peut-être temps pour tous ceux qui se croient sociaux-démocrates et indépendantistes, dans ce parti, qu’ils réalisent que le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis quinze ans et qu’il s’affaire à détruire ce qui constituait notre plus grande richesse: notre social-démocratie.

Suis-je le seul à rêver d’un vaste parti de centre-gauche s’intéressant à la fois aux enjeux identitaires, au désir de survie de la nation québécoise et qui fait la promotion d’une plus juste redistribution de la richesse?

La crise est-elle la résultante d’une économie pyramidale?
21 décembre 2008

Alors que de plus en plus d’analystes parlent de la présente crise économique comme étant la pire depuis celle des années 1930, je me questionne : si le système économique était stable et bien contrôlé, pourrions-nous vivre un tel effondrement boursier entraînant nos sociétés dans une profonde récession? De plus en plus, j’ai l’impression que le système économique actuel constitue une grosse pyramide de style Ponzi, du nom de Charles Ponzi, l’inventeur de l’arnaque.

Le principe de son escroquerie est incroyablement simple : on promet des intérêts faramineux à de nouveaux investisseurs et on utilise leur argent pour remplir les mêmes promesses aux anciens rentiers. Par exemple, on demande à quelqu’un d’investir 1000$ et on lui promet 2000$ en un court laps de temps. Les 1000$ investis servent à payer les intérêts à ceux qui étaient présents avant lui et le succès de cet investissement incite ces derniers à réinvestir leur argent de même qu’à convaincre d’autres investisseurs de se joindre au schème pyramidal, perpétuant le cycle. La chaîne fonctionne tant et aussi longtemps que de nouveaux investisseurs affluent, mais lorsqu’elle se brise tout le monde perd son argent puisque celui-ci n’a jamais véritablement entièrement existé.

Une des pyramides les plus dévastatrices vola en éclat en 1997 en Albanie, entraînant des milliers de morts dans sa chute. La particularité de ce schème, dirigé par Ion Stoica, était qu’il était endossé par les élites politiques et que près des deux-tiers des Albanais y ont participé, entraînant une faillite de près de 1,2 milliards $ (sur une population totale de 3 millions!) lorsque la bulle éclata.

Évidemment, on ne peut comparer la brutalité de cet effondrement à celui qui secoue actuellement notre économie. La descente aux enfers d’un véritable schème Ponzi s’avère beaucoup plus brutale que pratiquement toute autre forme de faillite.

Cependant, s’il est impossible de comparer l’intensité des deux effondrements, on peut très bien affirmer sans se tromper que la crise des prêts hypothécaires à risque, et dans une moindre mesure toute forme de bulle financière inhérente au capitalisme sauvage, constitue une forme adoucie de schème Ponzi.

À la base, la bulle immobilière provenait d’un réel besoin : se loger et investir en se logeant, ayant la conviction que la résidence allait prendre (un peu) de valeur. Après l’éclatement de la bulle techno au tournant des années 2000, c’était une idée sensée. Sauf que tout a dérapé : la conviction que l’investissement était un aspect secondaire du besoin d’être logé s’est transformée en certitude que l’argent investi se transformerait automatiquement en profit. Me suivez-vous? On a offert à des gens sans le sou (ou presque) la possibilité d’acheter des maisons puisque le prix de celles-ci allait forcément monter (garantissant l’argent prêté en cas de défaut de paiement), alimenté par une forte demande… provenant justement de gens qui achetaient des maisons en croyant faire un investissement sans risque.

Ne s’agit-il pas là d’un schème Ponzi socialement accepté et encouragé? Les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas à des gens qui n’en ont pas sous le seul calcul que le marché de l’immobilier est en hausse constante depuis 1945 et qu’il continuera de l’être. Un peu à l’image de la pyramide de Stoica, dont toute la base reposait sur l’idée qu’il y aurait toujours davantage de poissons à hameçonner, plus il y a de gens qui participent à l’embolie plus le système prospère et engraisse. Sauf que rien n’est éternel.

Forcément, tout comme le nombre d’Albanais à embrigader était limité, le nombre d’acheteurs de maisons l’est également. Les baby-boomers ont lancé cette ère de consommation, mais quand ceux-ci prennent leur retraite et la plupart ont leur maison, il arrive un moment où la démographie à la baisse prend toute son importance et où il y a trop de maisons sur le marché, causant une diminution du prix et l’incapacité pour les banques de revendre à la hausse les résidences des mauvais payeurs, entraînant ce cercle vicieux menant à l’éclatement de la bulle. Ce n’est donc pas un hasard si le nombre de saisies de maisons était en hausse de 79% aux États-Unis en 2007 par rapport à 2006, atteignant 1,3 million!

Personne de sensé ne remet en question le fait que le capitalisme de marché a démontré sa supériorité sur les autres systèmes, malgré ses imperfections. Ceci dit, comme tout chien fougueux qui ne demande qu’à courir dans tous les sens, celui-ci doit être tenu bien en laisse, modéré, ses énergies canalisées, et il me semble qu’il serait plus avisé d’éviter les bulles et les schémas quasi-pyramidaux plutôt que d’y contribuer comme nos gouvernements l’ont fait en déréglementant et en privatisant.

Avant que nos vies ne deviennent des pyramides sur lesquelles des puissants bâtissent leurs fortunes, ne serait-il pas temps de s’opposer et de réclamer un rôle accru de l’État pour tempérer ce marché qui se croit omnipotent?

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

jeu-de-miroirs

Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?

Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Et ce n’est qu’un début
12 octobre 2008

Derby démolitionJe me souviens du début de l’année 2000. J’avais un blogue avant même que le terme soit inventé. Je vais être honnête: « blogue » est un bien grand mot pour décrire ce média très web 1.0 hard où le html devait être modifié à chaque texte publié et où les visiteurs ne pouvaient pas laisser de commentaires. Toujours est-il qu’il y a huit ans je bloguais déjà, et début 2000, quand la bulle techno a éclaté, j’y avais trouvé des similitudes avec la crise de 1929, puis, plus tard, avec celle de 1920-1921, précédant le gigantesque boom de la fin des années 20, qui lui-même engendra le terrible krach de 1929…

En fait, que s’est-il passé pendant le marché baissier du début des années 2000? Il y a surtout eu un transfert de richesse, et non sa destruction. L’argent investi dans les technos a tout simplement été transféré vers l’immobilier et son corollaire, les banques, à l’origine du fantastique boom immobilier qui a pris fin avec un terrible fracas l’an dernier avec la crise du crédit à risque, les subprimes.

Les subprimes, ce sont des prêts à très haut risque consentis à des acheteurs parfois inconnus du système bancaire. Pourquoi leur prêtait-on l’argent? Simple: parce que la propriété achetée servait de garantie et que le marché immobilier montait depuis 1945. En clair, même si l’hypothèque sur une propriété ne pouvait être payée, la banque avait toujours la possibilité de reprendre possession de cette dernière et de faire un juteux profit en la revendant à la hausse. Tout ce cercle vicieux constituait en fait une formidable fuite vers l’avant se basant sur l’espoir – vain – que la bulle immobilière ne se dégonflerait jamais. Mais le propre des bulles est d’éclater. Et ce n’est peut-être qu’un début.

En effet, si les subprimes valent 855 milliards $, il existe une autre catégorie de prêts, appelé les Alt-A (Alternative A-paper), d’une valeur de plus de 1000 milliards $. Ces prêts sont consentis à des acheteurs qui ont soumis une demande incomplète ou qui ont un niveau d’endettement supérieur à ceux généralement acceptés par l’industrie. D’après une étude de la Mortgage Asset Research Institute, la quasi-totalité de ces prêts sont consentis à des emprunteurs dont la moitié exagèrent leurs revenus de plus de 50%! ((Frédéric Lordon, « Le jour où Wall Street est devenue socialiste, Le Monde diplomatique, Octobre 2008, pp.4-5))

Ainsi, dès lors que la crise financière se répand dans l’économie et entraîne le moindre ralentissement, le risque d’un véritable tsunami de défauts de paiement doit être sérieusement considéré. La plupart des emprunteurs des Alt-A doivent gérer un budget extrêmement serré, voire déficitaire, et nombre de ceux-ci font maintenant face, outre la perte de valeur de leur propriété, à des pertes d’emplois ou autres conséquences de la crise. Ils se retrouveront eux aussi en défaut de paiement, accentuant la gravité de la dépression.

Habituellement, les États-Unis s’étaient sortis des précédentes récessions grâce au crédit facile; le niveau actuel record d’endettement n’offre pas cette chance cette fois-ci. Conséquemment, les dirigeants en sont rendus à improviser, à renier leurs propres dogmes de la toute-puissance du libre-marché en nationalisation l’assureur AIG, par exemple, dont l’État étatsunien possède aujourd’hui 79,9% du capital…

Pensons-y un peu: le pays héraut du néolibéralisme, voulant l’imposer à toute la planète et mettant toute sa foi dans le libre-marché vient de socialiser non seulement des banques, mais même une compagnie d’assurance privée! Que Hugo Chavez aille se rhabiller! C’est dire le sérieux de la situation. Gérard Duménil et Dominique Lévy explique bien les enjeux dans leur texte publié dans le dernier numéro de la revue Manière de Voir:

On peut donc entrevoir une sortie masquée et limitée des règles néolibérales sous forme d’exceptions au coup par coup. […] Ce genre de néo-libéralisme « bricolé » incarne bien l’étrange destin d’une puissance hégémonique dont la domination à long terme est en jeu. ((Gérard Duménil & Dominique Lévy, « Une trajectoire financière insoutenable», Manière de Voir, Octobre-Novembre 2008))

En vérité, la situation est tellement grave qu’aucun représentant gouvernemental n’osera l’affirmer comme tel. Ce sont les fondements même des systèmes financier et économique qui s’effondrent. Nous assistons à nouveau à l’échec du libéralisme économique, qui avait causé la crise de 1929 et la dépression subséquente. De fins idéologues ont voulu nous faire avaler une version édulcorée, mais la vérité nous frappe encore une fois en pleine face: le capitalisme doit être régulé par l’État, sinon il s’auto-détruit et nous emporte avec lui dans son vortex de chaos.

On a beaucoup blâmé l’État-providence depuis vingt-cinq ans, mais manifestement ce système se révèle de loin supérieur au laisser-faire économique qui a causé la merde actuelle.

Ceci dit, je suis certain que nos propagandistes de l’Institut Économique de Montréal, eux qui se font un devoir de promouvoir les déréglementations à la source des problèmes actuels, sauront se recycler et se faire entendre dans des médias en mal d’analystes. Ça ne manque pas de souffle, non? On participe à la création d’une crise et ensuite on s’en met plein les poches en l’analysant.

Comme quoi y aura toujours des métiers d’avenir pour ceux qui n’ont pas conscience de leurs propres contradictions.

Sauf que pendant ce temps, c’est à nous de subir les conséquences de ces folies… Et ça ne fait que commencer!

Les temps sont durs
10 octobre 2008

Cette toute petite phrase, lâchée inopinément par cette dame d’un certain âge, comme un secret qu’on a assez remué pour finalement le partager: « les temps sont durs ». Combien d’années se sont-elles écoulées depuis la dernière fois où elle a lancé ce trente sous de la misère dans la fontaine de tous les espoirs déçus? L’expression l’attendait silencieusement au fond du bas de laine qu’elle a peut-être redécouvert, craintive de la suite des choses.

« Les temps sont durs ». Ont-ils seulement déjà été autre chose? Les temps mous, liquide, gazeux ou avachis, ça n’existe pas. Les temps sont toujours durs car la seule fois où nous nous attardons à les qualifier, cette période à la durée indéterminée qui soudainement fait sens se dévoile toujours impitoyable, cruelle, et on-ne-peut plus dure.

Quand tout va bien, on ne parle pas des « temps ». L’argent circule, la bourse monte. Des travailleurs perdent leur emploi, d’autres voient leurs conditions de vie se dégrader, mais les temps ne sont pas durs pour eux; ce sont des victimes collatérales d’un nouvel état de fait qu’on annonce définitif. Étrange comme les puissants, une fois au pouvoir, annoncent pompeusement la fin de l’Histoire. La productivité, la concurrence, la sous-traitance, les privatisations; vous vous appauvrissez mais vous n’avez pas droit au réconfort que procure la sensation de vivre des « temps durs ». On vous laisse déprimer sur votre condition de chômeur ou d’assisté et on vous qualifie de relique d’un passé socialisant qu’on aimerait voir aplati sous le rouleau-compresseur du laisser-faire économique.

Ah oui, on y a cru au libre-marché! On s’est lancé corps (violentés) et âmes (mutilées) dans le grand bazar capitaliste néo-définitif. Et maintenant que tout s’écroule, que ces apprentis-sorciers qui ont joué nos vies à la roulette russe du profit perpétuel, que nous reste-t-il?

Nous sommes coupables, nous tous, qui avons cru plus à propos de nous attaquer au travailleur syndiqué, au pauvre, à l’assisté social, à son voisin, à ses amis, à sa famille pendant que nous laissions des corporations s’enrichir jusqu’aux limites de l’imaginaire. Nous avons écouté leurs discours réclamant moins d’État, clamant haut et fort que le marché pouvait s’auto-réguler, que nous devions simplement laisser la loi de l’offre et de la demande tout réguler.

Et ils ont eu tort, aujourd’hui comme en 1929, et nous en payons le prix. Et c’était notre faiblesse de les appuyer, de les écouter, et même de penser que le bien-être collectif pouvait passer par la réduction du niveau de vie de centaines de milliers d’entre nous. Nous avons été durs envers notre prochain; faut-il se surprendre que les temps le soient à notre égard?

Aujourd’hui, nous contemplons notre égoïsme et notre individualisme dans un miroir qui soudainement, dans la violente lumière des conséquences des déréglementations et de politiques économiques de droite, a cessé de nous embellir. Nous nous retrouvons nus, dépouillés de nos artifices, attendant le jugement d’un système économique déficient que nous avons adoré jusqu’à perdre ce qui nous était le plus cher: nos vies.

Ce qu’il reste de ce qu’elles devaient être.

Avant.