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Apartheid universitaire : mettons fin au sur-financement
30 avril 2012

Il ne reste plus que quelques jours avant la sortie de mon livre. Voici une vidéo où je parle de quelques-uns des nombreux sujets traités dans cet essai, notamment :

1) Les institutions universitaires de la minorité de langue anglaise du Québec sont sur-financées par rapport à son poids démographique ;

2) Les étudiants étrangers ne paient pas le plein prix et on pourrait facilement aller chercher ces sommes avant de hausser les frais de scolarité ;

3) Le Québec constitue une anomalie : aucune nation sur cette planète, qu’elle soit souveraine ou dans un cadre fédératif, ne finance davantage les services à sa minorité que le Québec.

APARTHEID UNIVERSITAIRE, en vente dans toutes les bonnes librairies le 9 mai prochain.

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APARTHEID UNIVERSITAIRE en librairie le 9 mai 2012
13 avril 2012

La date est tombée : mon essai, APARTHEID UNIVERSITAIRE, sera en librairie le 9 mai prochain.

Si vous aimez l’intensité de mes textes sur ce blogue, vous allez adorer cet essai. Si vous appréciez la rigueur des statistiques que je propose, vous allez vous régaler de quantité de données précises. Si vous préférez l’aspect graphique, ce livre contient des dizaines de tableaux et de graphiques pertinents.

Cet essai, avant tout, constitue un puissant coup de poing à la face de plusieurs de nos croyances. C’est un livre que devrait posséder tout francophile et tout indépendantiste.

Si vous voulez participer à faire connaître l’enjeu du sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec (et le sous-financement des institutions dans la langue nationale, le corollaire), voici ce que vous pouvez faire :

1) Pré-commandez le livre chez votre libraire habituel. Les librairies commandent généralement un ou deux exemplaires d’un livre dont l’auteur est moins connu. Vous pouvez dès maintenant téléphoner et réserver votre copie du livre pour le 9 mai, augmentant les chances de commandes plus nombreuses et d’une meilleure visibilité pour la cause. En outre, vous serez parmi les premiers à posséder votre exemplaire.

2) Partagez l’information sur vos réseaux sociaux. Partagez cette page sur Facebook, invitez vos amis à acheter le livre, en version papier ou numérique. Joignez-vous à la page Facebook du livre !

3) Demandez que votre bibliothèque municipale ou scolaire se procure cet ouvrage.

4) Toute autre action susceptible de faire connaître le livre et de sensibiliser la population quant au sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec.

Merci beaucoup de votre appui. Je crois que cet essai est bon, et je crois que vous ne serez pas déçu de vous le procurer. Sans prétention, je crois qu’il serait juste de dire que je ne crois pas avoir lu un livre contenant une telle quantité et qualité de recherche pour moins cher.

Au plaisir de vous partager le fruit d’un an et demi de travail le 9 mai prochain ! 🙂

Merci
8 décembre 2011

Ce projet a maintenant cinq ans. C’était en décembre 2006 que j’avais commencé à préparer mon premier blogue. Le nom n’est pas important; j’ai même perdu les textes. C’est en janvier suivant que j’ai commencé le blogue « Un homme en colère », sur la plateforme blogspot. Quelques mois plus tard, je créais uhec.net (UHEC = un homme en colère), qui connut pas mal de succès à une époque où les blogues avaient la cote; j’avais plusieurs collaborateurs, et ceci rendait le blogue très vivant. Un an plus tard, au printemps 2008, je déménageais à nouveau en créant le blogue « Le dernier québécois ». À l’automne, je créais « L’électron libre ». Puis, finalement, début 2009, « ledernierquebecois.wordpress.com ».

C’est l’heure du bilan.

Voici une série de questions-réponses. C’est plus simple, ou original, qu’un long texte narratif.

Question: Quel genre d’articles as-tu été le plus fier d’écrire?

Réponse: Sans aucun doute la série sur le sur-financement des institutions de langue anglaise. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à écrire un livre sur le sujet, qui sera éventuellement publié (je l’espère). J’ai aussi des textes faisant état de l’anglicisation de Montréal, de Laval, et faisant des liens entre les résultats des élections et la langue des locuteurs. En général, tous les textes qui impliquaient de la recherche statistique m’ont rendu très fier.

Q: Quel genre d’articles as-tu été le moins fier d’écrire?

R: Les histoires de règlements de compte avec le RRQ. Ça devait être fait, mais ce n’était pas glorieux. J’aurais aimé ne jamais avoir eu à m’abaisser à un mouvement de fond de ruelle comme celui-là. Ceci dit, il faut toujours terminer ce qui a été commencé. Le Réseau de résistance du Québecois (RRQ) est une organisation profondément nuisible pour le Québec. J’aurais simplement aimé ne pas avoir à l’écrire; j’aurais aimé croire que les Québécois étaient assez intelligents pour tourner le dos à des groupuscules qui toléreraient ou prôneraient, selon certains, l’intimidation, le harcèlement et servant strictement de faire-valoir à un gourou qui, dans sa Gaspésie, vit la grosse vie avec la vente d’une foule de babioles inutiles qui font croire à certains Québécois naïfs qu’ils aident la cause quand ils gaspillent en fait leur argent dans le trou noir sans fond de l’égo d’un groupe d’apparence proto-fasciste faisant davantage partie du problème que de la solution. Mon blogue a généralement été bien au-dessus de tout ce qu’a pu faire ce groupe sectaire depuis le début de son existence, ce qui, avouons-le, n’est pas difficile à battre. Il m’a suffi d’analyser les faits, de proposer des réflexions pertinentes, d’ouvrir les esprits, là où la bande de traîtres du RRQ n’a proposé que préjugés et vieux discours, s’appropriant au passage le travail et les réussites des autres.

Q: Ce sont des mots très durs. Peux-tu nuancer ton opinion?

R: Toute réussite est collective. Quand un groupe revendique en son nom les victoires collectives, il nuit à l’ensemble de la collectivité. En 2009, par exemple, Bourgeois s’était pété les bretelles comme quoi c’était grâce au RRQ que le prince Charles avait dû passer près des poubelles… Bullshit! J’y étais, et il y avait de nombreux groupes, dont la SSJB, dont le MPIQ, dont des membres et officiers du PQ et de simples citoyens, beaucoup de simples citoyens et d’autres encore, et la plus belle banderole était de la SSJB (à l’époque l’organisme n’était pas encore le prolongement de l’égo de Patrick Bourgeois). Le RRQ n’était qu’un des groupes, mais il s’est accaparé le mérite. Il a fait la même chose dans l’histoire de la reconstitution de la bataille des Plaines d’Abraham. Ce groupe sert son image et seulement son image. Il méprise les initiatives qui viennent d’autrui et s’invente sa propre mythologie. C’est typique des mouvements sectaires. Le RRQ n’est pas une organisation patriotiques, c’est une secte qui ne s’assume pas. La meilleure chose qui pourrait arriver au mouvement indépendantiste serait le démantèlement du RRQ. Ce serait une grande journée pour les Québécois, qui pourraient enfin militer dans des groupes honnêtes n’ayant pas besoin d’agir dans l’ombre pour faire progresser notre cause. NOTRE cause. Pas celle du RRQ.

Q: Pourquoi parler publiquement des actions nuisibles du RRQ et ne pas régler ça en privé?

R: Contre un mouvement qui vit dans l’ombre, il faut la lumière. Si je tentais de tout régler en privé, je serais comme eux. C’est PRÉCISÉMENT la magouille et les manœuvres cachées qui sont la cause du problème actuel. On n’arrive pas à se réinventer parce qu’il y a toujours des voyous tapis dans l’ombre à attendre le moment de brûler sur la place publique quiconque diverge de « LA » pensée orthodoxe. C’est le totalitarisme de la pensée avant celui des faits. Je ne peux même plus compter le nombre de militants indépendantistes crucifiés publiquement par Patrick Bourgeois sur sa page Facebook ou ailleurs (ce dont on m’a parlé en privé). Jamais sur les idées, toujours sur la personne. Je crois que c’est notre grosse différence: moi je critique les idées; lui il s’en prend à la nature des gens. C’est peut-être pour ça que son regroupement ressemble de plus en plus à une garderie d’adolescents prépubères; à cet âge on croit souvent que l’intimidation, c’est viril.

Q: Malgré cela, ton blogue t’a-t-il permis de vivre des expériences positives?

R: Plusieurs! Je suis passé à de nombreuses reprises à la télévision et à la radio, et j’ai pu travailler à la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) pendant un an. J’ai également pu faire mes preuves en rédigeant un mémoire de grande qualité pour Impératif français, le groupe pour lequel j’ai le plus de respect, à vrai dire. Et j’ai appris, dernièrement, à mieux comprendre la nature profonde du peuple québécois. Un grand peuple, mais un peuple qui vit tellement dans la peur et qui se sent si fragile qu’il en vient à tolérer l’intolérable. Ça s’applique notamment aux accommodements déraisonnables, et de même qu’à une certaine façon d’occuper la place publique par certains groupes.

Q: Pourquoi n’as-tu pas cessé de bloguer quand tu es entré à la SSJB?

R: À l’époque, je voyais la SSJB comme un tremplin. Faut dire: ça a été une diminution de salaire pour mois la SSJB, et ça a été très difficile de travailler dans un climat où j’avais souvent l’impression de courir après le travail et où les initiatives personnelles étaient rarement encouragées. C’est pour cette raison que j’ai gardé le blogue: j’espérais que ça me mène ailleurs. Je n’étais pas très heureux à la SSJB et plusieurs de ses administrateurs n’aimaient pas mon blogue, notamment Robert Comeau, parce que j’avais critiqué Le Devoir. C’est à ce moment aussi que j’ai eu mes premiers conflits avec le RRQ, parce qu’eux me voyaient comme le représentant de la SSJB et moi je désirais conserver mon indépendance et mon droit de dire que je pensais que leur mouvement était tout à fait merdique et nuisible, ce que je pense toujours (même si j’ai tenté de leur donner une chance, alors qu’ils ont volé mon argent… c’est une autre histoire). Tout ça pour dire qu’au moment de renouveler mon contrat avec la SSJB, je voulais juste garder le contact, faire peut-être 4-5 heures par semaine max., et que la SSJB cherchait plus quelqu’un à temps plein, et, bref, on s’est laissé d’un commun accord.

Q: Pourquoi avoir écrit un livre après avoir quitté la SSJB?

R: En quittant la SSJB, j’ai réalisé que le blogue était un médium qui ne me permettait pas de m’exprimer librement. J’ai donc décidé d’écrire mon livre à ce moment. J’ai eu un peu d’aide de la part de la SSJB, mais je leur ai fourni des données en échange. J’attends toujours d’être publié. J’ai des données exclusives.

Q: Pourquoi ce nouveau conflit avec le RRQ, dernièrement?

R: Le RRQ me reprochait souvent de ne pas être dans l’action. Ça me faisait un peu rire, considérant que je milite depuis l’âge de 16 ans et que j’étais dans des mouvements socialistes ou nationalistes avant même le cégep (j’ai même été candidat aux élections provinciales de 1998, sous la bannière du Parti de la démocratie socialiste, ancêtre de Québec Solidaire), mais toujours est-il que j’ai commencé à m’impliquer davantage, dernièrement, notamment en coorganisant une manifestation au mois d’octobre dernier. Carl Contant, chef de section du RRQ dans Lanaudière, a tout fait pour empêcher cette manifestation. Insultes, harcèlement, intimidation. Il a fallu se faire accompagner par la milice parce que des participants avaient peur du RRQ. Ensuite, on a averti le RRQ du comportement de Carl Contant, et le RRQ n’a pas sévi.

Q: Ce devait être très frustrant, non?

R: Oui, très frustrant. Normalement, une organisation crédible se doit de sévir contre un officier qui intimide des gens, encore plus si ce sont des gens qui ont la même opinion politique. Par la suite, Carl Contant est allé encore plus loin, en me diffamant, en menaçant des amis, et le RRQ n’a toujours pas agi. C’est à ce moment que j’ai appris qu’il y aurait déjà eu des menaces de « cassage de jambes » contre un ancien officier du RRQ qui a quitté le mouvement aujourd’hui. Je ne peux pas en dire davantage, mais je peux dire que ce mouvement a perdu toute crédibilité à mes yeux.

Q: Pourquoi t’en être pris à la SSJB?

R: Il y a environ trois semaines, Mario Beaulieu, président de la SSJB, m’appelait à minuit pour me dire de me méfier du RRQ. Ça faisait déjà plusieurs personnes qui me disaient qu’il avait peur lui-même du pouvoir du RRQ. Je ne les croyais pas. Mais lors de cette conversation j’ai expliqué ce qu’avait fait Contant, je lui ai donné le lien vers la vidéo où Contant menace un autre indépendantiste, je lui ai dit que c’était inacceptable. Bref, lorsque j’ai vu que Contant était responsable de la sécurité lors de la manifestation du Mouvement Montréal français, le premier décembre dernier, j’ai compris que ce n’était plus Mario Beaulieu qui était en charge de la SSJB. On dirait que c’est le RRQ qui contrôle le jeu maintenant. J’ai d’abord écrit à Beaulieu pour lui dire en privé ce que je pensais de son geste (surtout quelques jours après le suicide d’une jeune fille victime d’intimidation), mais il ne m’a pas répondu. C’est pourquoi j’ai publié l’histoire six jours plus tard, après avoir laissé beaucoup de temps à M. Beaulieu pour qu’il explique son geste.

Q: Crois-tu que le Mouvement Montréal français a perdu de la crédibilité dans cette histoire?

R: Un peu, oui. Il devient de plus en plus apparent que ce mouvement n’est qu’une façade et que les forces à l’œuvre derrière cette façade ont peut-être des objectifs nobles, mais elles ont des méthodes douteuses. Le fait de mettre un individu sous enquête policière pour menaces en charge de la sécurité (quel besoin de sécurité, au fait?) fait état d’une possible mainmise du RRQ sur le MMF et la SSJB. Le seul gagnant, dans cet histoire, est le RRQ. C’est typique des mouvements sectaires de devoir tirer les ficelles dans l’ombre. Il y a quelques personnes de quelques organisations reconsidérant leur appui à la SSJB qui m’ont demandé à voir la vidéo de Carl Contant. Ce fut fait. La vérité finit par être connue.

Q: Est-ce que le MMF peut s’amender?

R: Oui. Si la SSJB montre la porte au RRQ et dénonce publiquement les méthodes du RRQ. Gilles Duceppe, qui refusait de participer à tout événement où le RRQ pouvait se trouver, avait bien compris. La SSJB devrait s’en inspirer et refuser de participer, de financer ou d’appuyer toute initiative émanant de ce mouvement sectaire.

Q: Que répondrais-tu à ceux qui disent que tu cherches à diviser?

R: Je leur répondrais qu’ils n’ont rien compris. La force d’un mouvement ne vient pas de son unité forcée, coercitive, de gens qui marchent ensemble en se pinçant le nez. La force d’un mouvement vient de son appui populaire, et cet appui passe par un discours argumenté, cohérent, qui peut venir d’une multitude de partis ou de mouvements différents. Quand un mouvement comme le RRQ, par exemple, ou un individu comme Philippe Leclerc (l’anglomane/multiculturaliste d’Option nationale), décide ce qui doit constituer la vérité, et se permet de considérer comme extérieur au bien commun tout ce qui ne suit pas la ligne directrice, on obtient une marche forcée, précisément, qui est nuisible pour tous. Le RRQ – ou le PQ, en fait, ou la plupart des organisations en ce moment – est un mouvement non-organique, c’est-à-dire qu’il est incroyablement fragile. Il est aussi fragile qu’il a besoin de contrôler l’information. Québec Solidaire, au contraire, est un mouvement organique; le discours est très peu contrôlé et la base est plurielle. Je n’appuie pas davantage Québec Solidaire, mais je respecte tout de même un peu ce parti pour cette raison. En clair, la division ne vient pas du fait de se critiquer les uns les autres; la division vient de ceux qui veulent empêcher les critiques, qui considèrent le mouvement comme étant si fragile que toute critique risquerait de le détruire. Ce sont ces gens-là, le gros problème.

Q: Que répondrais-tu à ceux qui disent que tu es excessif?

R: Je suis excessif parce que je suis passionné. Je prends une idée, et je la pousse jusqu’à sa conséquence ultime. Les demi-mesures, pas pour moi. Je déteste ceux et celles qui croient à moitié. On croit ou on ne croit pas. J’ai cru alors je me suis donné à fond. Je ne crois plus alors j’arrête. C’est tout. Quand on est convaincu d’avoir raison, et quand on a des statistiques, des données, un argumentaire, des idées et tout un coffre à outils idéologique pour appuyer cette conviction, on fonce. Sinon, ce serait comme avoir une voiture sport de l’année et la laisser dans l’entrée. J’aime mieux foncer dans le tas parce que même si je ne me fais pas d’amis, au final ce sont mes idées qui triomphent. Peu de gens le savent, par exemple, mais c’est moi le premier qui a constaté l’anglicisation particulièrement rapide de Laval et qui a compilé ces données. Aujourd’hui, la cellule du RRQ prend l’essentiel de ce travail et se l’approprie; sauf que c’est correct. C’est comme ça. Les idées n’appartiennent à personne. Ce qui compte, ce n’est pas le véhicule. Ce qui compte, ce sont les idées. C’est ça que de nombreuses personnes ne comprennent pas. Pour vouloir être indépendant, il faut se questionner sur cette indépendance et faire le combat des IDÉES, pas celui de savoir si le véhicule doit être le Parti Québécois, Québec Solidaire ou Option nationale. Un mouvement qui tue les idées tue l’indépendance. Un mouvement qui se concentre uniquement sur le comment tue l’idée du pourquoi. Voilà d’ailleurs, en passant, une des raisons pour lesquelles je dis que le Parti Québécois et Option nationale se ressemblent beaucoup (trop).

Q: Tu crois que le RRQ tue l’idée d’indépendance?

R: Oui, exactement. Le RRQ est le pire ennemi de l’indépendance. En tuant les idées, en éliminant tous ceux qui ne pensent pas et ne font pas comme le voudrait la sainte-orthodoxie du bureau politique de l’organisation, on tue toute forme de remise en question, et donc de potentiel d’arrimage avec la population. En évacuant les idées, en ne faisant que petites stratégies sur petites stratégies (comme le putsch raté alors qu’on a tenté, il y a une ou deux semaines, de saborder le PQ-Laval pour le transférer vers Option nationale), on perd de vue les idées. On tue les idées. C’est typique des mouvements sectaires: on opère une forme de rupture avec le monde extérieur, non pas en s’isolant physiquement, mais en s’isolant intellectuellement. On part du principe qu’on a raison, mais le problème est que cette analyse se vérifie de moins en moins avec les faits. Qu’on me comprenne bien: je suis indépendantiste, je veux l’indépendance. Mais on est en 2011; on ne peut pas simplement parler du combat comme étant un combat contre les méchants fédéralistes, par exemple. Aujourd’hui, il faut se battre notamment contre le cartel bancaire et contre les organisations transnationales. Le RRQ tente bien, maladroitement, de rejoindre la population sur d’autres thèmes (notamment la corruption), mais ça n’a rien à voir, en réalité, avec l’indépendance. C’est une idée secondaire, un greffon sur un tronc malade parce qu’isolé intellectuellement depuis trop longtemps. Quand je pense au RRQ, je pense à une maison fermée. J’aurais envie d’entrer et d’ouvrir toutes les fenêtres.

Q: Que penses-tu de Patrick Bourgeois?

R: Le chanteur des B.B.? Bof.

Q: Hahaha. Tu sais ce que je veux dire.

R: Hey c’est mon entrevue alors je déconne si je veux! 😛 Je pense que Patrick Bourgeois constitue la pire nuisance du mouvement indépendantiste depuis des décennies. C’est un chevalier de l’ombre; il fait faire ses basses actions par ses sous-fifres, pendant qu’il vit grâce à quoi au fond… aux t-shirts du RRQ vendus 60$? Cet individu n’a jamais rien fait pour la cause; il détruit la cause. Il a créé un mouvement rigide, hiérarchique, sectaire, qui contrôle tout de la tête jusqu’à la base (et non l’inverse, comme ce serait le cas dans un mouvement sain) et qui décourage toute pensée divergeant de celle du « cheuf ». Son RRQ constitue un rassemblement d’individus dysfonctionnels à qui on fait croire qu’ils aident la cause indépendantiste parce qu’ils achètent une guenille à 35$ ou qu’ils boivent de la bière entre gros bras une fois par semaine. Le RRQ n’a jamais rien fait pour l’indépendance. Même quand il fait des actions, il met toujours sont logo avant son message. Le message du RRQ, c’est: RRQ.

Q: Pourquoi ne pas simplement ignorer le RRQ?

R: Ses membres sont partout! J’avais réussi à les ignorer tant bien que mal, mais c’est rendu difficile. Ils vivent pour les médias. Ils n’agissent que s’il n’y a des médias. Ce sont des vampires médiatiques. En ce moment, c’est assez bénin, mais un tel mouvement sectaire, s’il n’est pas arrêté, pourrait causer beaucoup de dommages à long terme.

Q: Est-ce que tu fermes ton blogue?

R: Oui. Non.

Q: ?

R: Je prends une pause. Je déménage.

Q: Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le RRQ?

R: Pas du tout! J’avais annoncé mon désir d’arrêter il y a six mois, soit bien avant les plus récents conflits. Disons simplement que le RRQ a contribué à réduire mon désir de militantisme au minimum. Je suis juste… ben tanné. Je ne vois plus l’intérêt de continuer. Ça fait cinq ans; j’ai fait le tour. Tout recommence. C’est toujours la même chose: Montréal s’anglicise, les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres, le PQ est dans la merde. Y a rien qui a changé en cinq ans. Y a rien qui va changer. Les Québécois veulent disparaître. C’est ce que je crois maintenant. Se battre contre une montagne, quand on regarde à sa gauche et qu’on voit des ados attardés du RRQ et à sa droite une population à genoux. Non merci.

Q: Tu parles beaucoup du RRQ, pourtant, pour quelqu’un qui veut les ignorer et qui dit que ce sont des incapables.

R: Oui, je sais. Le RRQ représente, à mes yeux, l’essence de ce qui ne fonctionne pas. Je pourrais inclure d’autres groupes. Il y a trop de gens qui pensent que des partis mollassons comme le PQ et radicaux comme le RRQ constituent deux extrêmes. En fait, ce sont deux faces d’une même médaille, soit celle des magouilles, des manœuvres cachées et de la peur des débats publics. Le PQ de Pauline Marois ressemble beaucoup au RRQ de Patrick Bourgeois; c’est d’ailleurs typique des organisations dirigées d’en haut. Le fait que je parle du RRQ exprime, à mes yeux, un problème plus fondamental, soit, comme je l’ai dit plus haut, la peur séculaire du peuple québécois de ne pas être à la hauteur, et cette crainte irrationnelle de croire que de faire les débats en public de ou se critiquer constructivement pourrait mener à notre affaiblissement. Marois, Bourgeois, ont la même peur, au fond: perdre leur petit piédestal. Toute critique contre leurs organisations respectives est une critique du chef. Toute dissidence est éliminée. Je parle du RRQ parce que je connais mieux le RRQ que le PQ. J’ai reçu des dizaines (bon, ok, neuf ou dix personnes différentes) de courriels ou de messages au cours des dernières semaines me donnant de l’information à propos d’actions nuisibles de la part du RRQ (je garde ces informations comme un « Joker » si jamais le RRQ s’en prenait à moi). La tentative de détourner le PQ-Laval vers Option nationale ne constitue que la pointe de l’iceberg. L’idée, en bout de ligne, c’est que ces actions cachées nuisent à tout le monde. Si on veut embarquer la population, il faut ne pas avoir peur des débats publics et avancer à masque découvert. Sinon, tout est perdu.

Q: Crois-tu que le français va survivre?

R: Je le crois de moins en moins. Je crois de plus en plus que tout est fini. La population a accepté de disparaître. Les années soixante, c’était un dernier regain de vie dans une cause perdue. C’est trop d’énergie à dépenser, trop difficile. Je vais continuer à parler uniquement français sur le territoire du Québec, mais je vais le faire à titre personnel. Je me réserve le droit d’avoir un regain d’énergie, mais je crois que l’heure n’est plus à l’action. Il faut redevenir semeurs. Et, croyez-moi, la récolte est très très lointaine.

Q: Tu es défaitiste.

R: Oui. J’entrevois de gros changements économiques au cours de la prochaine décennie, ce qui conduira à une « simplification rapide » (effondrement) de la plupart des structures héritées de la Révolution tranquille. La Loi 101, déjà, n’existe plus qu’en façade. Les gens n’y croient plus. Ils ont baissé les bras. Et quand ils voient des voyous se proclamer patriotes, ils décrochent encore davantage.

Q: Te considères-tu comme un militant?

R: Non. Ce fut ma grosse erreur. Peut-être ma pire erreur. J’ai déjà milité, mais je ne suis pas un militant. Un militant, c’est quelqu’un qui se définit par son action. Un militant, c’est quelqu’un qui accepte de se laisser endoctriner par sa cause. Non. On peut militer, mais on n’est pas un militant. Quand on devient un militant, on est déjà sclérosé, on a déjà cessé de penser. Quand on est un militant, on ne remet plus rien en question et on fait l’inacceptable pour « la cause ». Moi, je suis un penseur. Quand la SSJB est venue me chercher, elle a cru que j’étais un militant. Je suis un militant dans la même mesure où Victor Lévy-Beaulieu peut être un militant (bien que celui-ci ait beaucoup plus de talent que moi). J’ai milité, mais sans cesser d’être un individu à part entière. Et ça, pour certains, c’est très dangereux.

Q: Combien de textes as-tu publiés?

R: 973, avec celui-ci. J’aurais bien aimé me rendre à 1000… Mais qu’est-ce que cela aurait changé?

Q: Combien de personnes ont visité ton blogue, en moyenne?

R: En 2007-2008, environ 400 personnes uniques par jour. En 2009, environ 600-700, avec des pointes à plus de 2000. En 2010-2011, environ 400 personnes.

* * *

Merci à ceux qui m’ont suivi depuis ces cinq dernières années. Je me suis fait beaucoup d’ennemis, mais quelques amis aussi. Et j’aime mieux être apprécié de quelques personnes qui en valent la peine que d’une masse d’imbéciles qui se pensent patriotes parce qu’ils vont harceler des maires francophones sur la rive-nord ou qui gaspillent leur argent pour payer le train de vie du cheuf ou un avion à 1000$ avec une banderole.

Le blogue est né, il a vécu, et il est temps de tourner la page.

Oh, je vais sûrement écrire encore. Je vais d’abord déménager mes textes ailleurs, au cours des prochains mois (mon abonnement se termine en février, je crois, et je n’ai plus les moyens de me réabonner). Je vais les laisser car il y a une foule d’informations utiles dans ceux-ci, notamment des statistiques et des résumés. Ensuite, je vais peut-être écrire, ou peut-être pas. Qui sait.

La leçon de base est qu’écrire constitue une œuvre de communication. On écrit quand on a quelque chose à dire. Il y en a qui en font un métier; on peut penser à un larbin comme Bock-Côté qui se fait le porte-parole de Péladeau et qui est bien récompensé (et rémunéré) malgré son absence totale de talent. Je ne voudrais pas devenir comme ça. On peut dire que je suis présomptueux, mais je trouve que j’ai trop de talent pour terminer comme un Bock-Côté, un Éric Duhaime, un Richard Martineau et autres cruches qui polluent la place publique. Ces gens sont les représentants du patronat. Ce sont des idiots utiles interchangeables. Ils n’ont rien à dire, ils n’ont pas de talent, et ils sont simplement récompensés parce qu’ils sont dociles. Non, ça ne m’intéresse pas.

Je crois que le vrai pouvoir se trouve dans les livres. On peut se servir de baudruches comme Bock-Côté ou Duhaime pour passer un message de propagande de droite très rapide et sans consistance, mais le livre, lui, travaille sur le fond des choses. Il nourrit une terre souvent stérile et il prépare la relève. En étant moins dans l’immédiat, dans la rétroactivité souveraine, il peut prendre le temps d’établir un discours cohérent, complexe, violent. On ne s’y perd pas en guerres de ci ou de ça comme sur un blogue. On ne se laisse pas affecter par le bruit de fond que constitue le quotidien.

L’idée, c’est de s’expatrier sans s’expatrier. Pas besoin de fuir comme un Sylvain Racine, par exemple, qui a fuit vers la Suède et qui se pense Grand Patriote parce qu’il pond un ou deux textes ordinaires sur Vigile une fois de temps en temps. Non, ça c’est la lâcheté.

Le livre, c’est l’expatriation imaginée, c’est le réel enraciné ici, mais qui s’ouvre au vrai en élargissant ses horizons, loin du babillage ambiant.

Donc, merci à ceux qui m’ont lu toutes ces années. Vous me relirez peut-être à un autre moment. Mais je n’ai plus d’énergie à perdre dans des guerres stériles.

La colère est piètre conseillère et la colère ne m’aide pas à réaliser ce que je veux réaliser. Je sais que ce texte lui-même comporte son lot de colère, mais j’ai tenté de l’exprimer le plus rationnellement possible, malgré la haine que je ressens pour certain mouvement. C’est mon baroud d’honneur, et je l’assume pleinement. C’est ma dernière bière avant la cure, ma dernière virée avant le mariage, choisissez l’image qui vous plaît. Je dis ce qu’il en est, et je passe à autre chose. Et si quelqu’un croit que j’invente quoi que ce soit, grand bien lui fasse.

J’ai dit la vérité, je me sens bien maintenant. Je passe à autre chose.

Avec ce blogue. Dans ma vie.

La page est tournée.

Ce n’est même pas un « au revoir ».

Simplement: à plus tard.

Quand, peut-être, j’aurai de nouveau la foi.

Pause
5 juin 2011

Je ne vous conterai pas de blagues: je n’ai plus l’énergie ou le temps, en ce moment, d’écrire sur ce blogue. Depuis que j’ai commencé à bloguer à la fin 2006, c’est la première fois que ça m’arrive. Je ne peux même pas donner l’excuse d’avoir d’autres projets. La vérité, c’est que si j’ai déjà eu d’autres projets, ceux-ci ne m’ont jamais empêché d’écrire sur ce blogue. Même quand on me laissait savoir qu’une occasion X ou un emploi Y l’exigeait, j’ai continué d’écrire et j’ai simplement mordu plus fort encore.

En ce moment, pourtant, je ne peux pas. Outre le fait que je travaille d’une manière très intellectuelle ces temps-ci, l’autre vérité, c’est que je ne sais plus quoi écrire. Faire autre chose, peut-être en aurais-je l’énergie, mais à quoi bon? Ça fait quoi, plus de 940 billets que j’écris, et pas toujours des billets à l’eau-de-rose. J’ai parlé de tout. Et de rien. Et mon dernier billet sur les ti-counes résume peut-être mieux que quoi que ce soit d’autre ma pensée actuelle sur la politique québécoise.

Dit autrement, et plus platement: pourquoi passer des heures à écrire, des semaines à argumenter, des mois à s’informer et à propager la raison, les statistiques, la science, des idées de progression humaine et de gestion collective de notre environnement si plus personne ne lit, si les décisions politiques se prennent sous le coup de l’émotion, si les cliques et le carriérisme ont remplacé l’ouverture et les joutes verbales.

À quoi bon écrire quand ceux qui vous lisent ont voté pour des individus ne parlant même pas leur langue, ne s’étant même pas présenté dans leur comté et n’ayant même pas fait campagne?

À quoi bon? À ce point, je pourrais prouver que la Terre est ronde qu’on continuerait de la dire plate.

Obscurantisme.

Alors, je prends une pause. Non, je ne quitte pas définitivement. Je déteste les gens qui quittent et qui reviennent ensuite, ayant empoché tous les remerciements d’usage comme autant de félicitations jetables et usées. Je prends une pause, ça laisse une ouverture.

Un jour, une semaine, un mois, une année, dix ans. Qui sait?

Plus de 940 billets d’écrit, et au fond ça donne quoi?

Harper est majoritaire, le seul parti indépendantiste à Ottawa a été virtuellement rayé de la carte, le Parti Québécois fait la promotion du bilinguisme généralisé à l’école, on va imposer l’anglais aux enfants québécois du primaire pendant qu’on refuse d’imposer le français aux anglophones vivant chez nous, on baisse les impôts des entreprises, on coupe nos services, on lit Écho Vedettes.

Tiens, c’est ça que je vais faire moi aussi.

Le monde part en chiotte, mais on va s’intéresser à la vie secrète du Sperminator.

C’est ainsi que meurent les grandes nations.

À bientôt.
(J’espère)

Louis P.

Pourquoi j’ai décidé de joindre le RRQ
3 décembre 2010

Un jour, il y avait un peuple qui avait peur, qui n’existait que sur la pointe des pieds. Un peuple dont on niait l’existence depuis des siècles et qu’on aurait aimer éliminer. Un peuple dont on diluait l’identité dans un grande fourre-tout canadien n’ayant comme finalité que de détruire sa spécificité.

Un jour, pourtant, ce peuple a changé. Il s’est pris en main, il s’est affirmé, il s’est libéré de ses chaînes. Il a réussi à jeter les bases d’une existence francophone à long terme en Amérique du Nord. Même s’il craint encore de se libérer intégralement, il est aujourd’hui reconnu par ses semblables peut-être pas encore comme on regarde un égal, mais il a à tout le moins obtenu le respect.

Ce peuple a changé.

Et si un peuple peut changer, tout le monde peut changer.

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Je n’ai jamais aimé les mouvements trop organisés. Je n’aime pas qu’on me dise comment penser ou agir. J’aime rester libre de mes idées.

Je me souviens, entre 1996 et 1998, j’étais à la fois membre du Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve et de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Montréal-Métropolitain. J’étais vraiment jeune, même pas majeur, mais je portais en moi déjà les germes des deux causes qui sont miennes: la libération nationale du Québec – qui s’est transformée en un désir encore plus fort et précis de sauvegarder avant tout notre langue – et une société économiquement plus juste où les pauvres ne seraient pas laissés de côté.

Or, il m’est arrivé deux anecdotes assez intéressantes. À peu près au même moment, en plus, ce qui augmente l’ironie de la chose.

D’un côté, avec le MLNQ, nous avions eu une réunion dans un café rue Saint-Denis si ma mémoire est bonne. Et je me souviens d’individus tenant un discours résolument de droite m’ayant fait sentir absolument pas à ma place. J’avais parlé de mon militantisme à l’ADDS avec le résultat qu’on a méprisé celui-ci, qualifiant cette cause de « défense des B.S. » ou autres quolibets. Je suis peut-être retourné une ou deux fois dans des activités, notamment lorsqu’on a « attaqué » des partitionnistes dans l’ouest de l’île, mais je n’étais plus bien avec ce groupe.

De l’autre côté, j’avais une réunion à l’ADDS près du Stade Olympique. Et lorsque j’ai dit que je militais également pour le MLNQ, je me suis fait sortir du local en me faisant crier des noms comme quoi j’étais facho, raciste, etc. Nul besoin de dire que si j’ai gardé ma carte de membre encore un moment, je ne l’ai pas renouvelée.

Ces deux expériences ont fait monter en moi le désir d’allier ces deux causes qui me sont chères et m’ont incité à me poser les questions suivantes: comment libérer le Québec si ses plus pauvres ne le sont pas, et comment intéresser ceux-ci à la cause nationale s’ils sont laissés de côté?

Aussi, elles m’ont fait comprendre que je ne serais jamais heureux dans un mouvement désirant embrigader ses membres.

* * *

L’automne dernier, je travaillais à la SSJB. Mario Beaulieu était venu me chercher pour mes talents d’écriture. Qu’ai-je fait pour la Société? Rien de très révolutionnaire: des discours, des communiqués, de la recherche, etc. La SSJB est une grande organisation et Mario Beaulieu savait comment gérer son équipe.

D’une manière fortuite, à un certain moment, j’ai entendu des anecdotes. Diverses anecdotes. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais certaines personnes que je croyais reliées au RRQ avaient eu des problèmes avec la SSJB et ne pouvaient même pas s’y pointer. Incidemment, j’ai eu un conflit sur Facebook avec une de ces personnes, ce qui a engendré des conséquences plutôt désastreuses en ce sens que le conflit s’est transformé d’une affaire entre un individu X et la SSJB en une guerre ouverte entre moi et Patrick Bourgeois, dirigeant principal de l’organisation. Comment cela a-t-il été possible, je ne le sais même pas encore clairement aujourd’hui. Je dirais que j’ai écrit un texte qui a été mal écrit, que des gens l’ont mal compris, que j’ai tenté maladroitement de me justifier, que je me suis emporté, que j’ai le sang chaud, que je m’y suis pris un peu au sérieux, etc. Bref, la grosse merde. Et le fait que j’avais critiqué certaines méthodes du RRQ, notamment celle de ne pas porter plainte à la police quand on agressait un de ses membres, n’a sûrement pas aidé.

Malgré le conflit qui était devenu davantage un conflit d’égo entre moi et Patrick Bourgeois qu’entre moi et le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), j’ai eu, au cours de la dernière année, un respect croissant pour ce qu’a fait notamment Les Éditions du Québécois, avec son livre dénonçant le génocide culturel des francophones du Canada, ou avec sa réédition de Jules-Paul Tardivel, un homme qui aurait avantage à être mieux connu, même s’il voulait tout autant la protection du français en Amérique que l’établissement d’une théocratie.

J’aurais eu plusieurs occasions de régler le conflit avec Patrick Bourgeois. René Boulanger me l’avait même offert une fois, et j’ai eu la chance de travailler avec lui dans une relation extrêmement positive alors que j’ai préparé les textes qui ont été lus lors du spectacle du 11 avril dernier. Mais le fruit n’était pas mûr.

Pas encore.

Pourquoi l’est-il aujourd’hui? Simplement parce que le respect croissant que j’ai pour les activités du réseau a dépassé l’orgueil de conflits qui n’ont pas leur raison d’être. Autrement dit: je réalise que c’était con. Et je le fais en tant que simple citoyen, ne travaillant plus pour la SSJB – j’avais choisi d’y réduire drastiquement mes heures pour des raisons personnelles et Mario m’avait rendu les choses plus faciles en me proposant de m’offrir des contrats ponctuels à la place.

C’était con. C’était foutrement con.

Ce qui était con, ce n’était pas seulement ce conflit entre moi et Patrick Bourgeois, ou entre moi et le RRQ en général (ce qui s’est transposé en conflit avec au moins un autre membre du réseau), mais plutôt l’idée qu’il puisse y avoir quelque chose d’assez important pour me faire oublier que le RRQ représente la plus grande partie de mes croyances.

Je cherchais à comprendre pourquoi autant de gens ressentaient le besoin d’afficher ces trois lettres, jusqu’à en faire des vidéos où celles-ci prenaient presque la plus grande partie de l’image, mais j’ai également compris que tout est une question de symbole et que ce symbole que représente le RRQ en est un d’espoir pour une partie croissante de la population.

En clair, ces conflits étaient stupides parce qu’au niveau de la communauté de pensée, j’étais d’accord avec 95% de ce que proposait le RRQ. Et de plus en plus, au fur et à mesure que je constatais la pusillanimité de certains membres influents d’autres organisations – la petitesse de deux historiens ayant refusé que je m’en prenne à la mollesse intrinsèque du Devoir et ayant réclamé ma tête à la SSJB pour ne nommer qu’eux – et que mes recherches pour l’écriture d’un livre sur la langue française me faisaient comprendre la nécessité d’adopter des gestes de cassure – des gestes radicaux – pour sauver notre langue, je réalisais qu’il n’y avait pas « un » RRQ, mais « des » RRQ, c’est-à-dire que le réseau permet une certaine liberté de pensée en son sein et qu’il n’impose pas de mot d’ordre précis – du moins c’est mon impression alors que j’écris ce texte.

Je ne suis pas un militant au sens classique du terme. Je suis un auteur, un écrivain, un blogueur, un recherchiste, un ce-que-vous-voulez-qui-tape-sur-un-clavier. J’ai de la gueule, je dérange. Mais j’ai choisi de me joindre au RRQ également parce que ce mouvement dérange. Parce qu’on aimerait le faire taire. Parce qu’on en a peur. Parce qu’il représente la frange la plus radicale de la société et que l’indépendance – quoi qu’on en dise – constitue un geste de rupture impliquant une bonne dose de radicalisme.

Si je rejoins le RRQ aujourd’hui, ce n’est pas pour y changer quoi que ce soit, ni pour militer activement dans ses instances. C’est avant tout un vote d’appui, un coup de pouce signifiant que si je ne suis pas d’accord avec tout ce que font tous les membres du réseau, j’approuve la direction du mouvement et je considère que celui-ci, dirigé par Patrick Bourgeois, avec l’aide de René Boulanger et l’appui intellectuel de Pierre-Luc Bégin, est le mouvement le plus en mesure de faire avancer la cause des résistants.

Car contrairement au MLNQ de 1996-97, qui constituait un mouvement me semblant davantage d’arrière-garde et moins orienté vers le futur, le RRQ est à la fine pointe de la recherche de moyens permettant aux peuples en situation minoritaire d’assurer la survie de leur langue et de leur identité.

Face au rouleau-compresseur d’une anglomanie rampante qu’on veut nous faire passer pour une ouverture, viendra peut-être le jour où ce seront d’autres peuples qui se tourneront vers le Québec à la recherche de façons de sauver leur langue et de protéger ce qu’ils sont. Cette résistance, cette construction d’un nouveau monde pluriel où les peuples aspirent à survivre, elle se fait grâce à des mouvements comme le RRQ et c’est avec fierté que je choisis d’ajouter ma voix aux milliers de Québécois qui ont déjà compris qu’il y a un seul destin qui attend un peuple qui se couche: la disparition.

Nous sommes en guerre. Si nous ne nous battons pas, nous disparaîtrons.

L’heure n’est plus aux divisions.

En attendant le livre
5 octobre 2010

Il ne s’agit ni d’une pause ni d’un rangement définitif du clavier. C’est l’histoire d’un changement. L’histoire d’une évolution, d’une nouvelle façon de m’exprimer. Si ça se trouve, ça ne fera pas long feu. Mais qui sait. Ça faisait déjà quelques fois que j’en parlais, mais je suis de plus en plus sérieux avec mon projet: je travaille sur un livre et j’ai donc moins de temps à consacrer à ce blogue.

En tant que tel, je fais sensiblement la même chose qu’avant, à l’exception que je retiens volontairement les statistiques que je compile, les liens que je fais, les idées que je propose. Je les garde, égoïstement, avec l’idée de les offrir d’une seule traite, dans un format me permettant de pouvoir aller un peu plus au fond des choses.

Je ne sais pas encore quelle forme définitive cela prendra. J’hésite entre le libre-parler et le « dans ta face » de mon blogue ou l’approche plus factuelle que j’ai pu expérimenter pendant l’année passée à la SSJB ou dans les mémoires que j’ai écrit pour le MMF ou Impératif français. Peut-être y intégrerai-je un peu des deux, quoi que cela devra être bien fait. Le ton devrait ressembler, dans l’idéal, à celui que j’ai adopté lors de la présentation du 23 septembre dernier, à l’Assemblée nationale. Voici d’ailleurs un extrait pour ceux qui n’avaient pas réussi à ouvrir le fichier dans un précédent billet.

En attendant, je recherche, j’accumule, je découvre. J’ai déjà des données que je suis probablement le seul à avoir. Et des idées originales, également. Je ne peux en dire davantage. Qui vivra verra. Ou peut-être pas. Allez savoir.

J’ai découvert plusieurs choses dernièrement:

  1. Mon départ de la SSJB et du MMF (que j’ai choisi, en vérité, afin de garder mon indépendance) pourrait constituer une bonne chose, car j’étais intellectuellement vidé après chaque semaine, tandis que je suis en mesure d’accomplir beaucoup plus de travail personnel en ce moment;
  2. J’ai trop perdu de temps sur Facebook en luttes stériles et en chicanes inutiles. Chaque heure gaspillée pour essayer de convaincre un cabochon de changer d’idée est une heure que j’aurais pu investir pour convaincre mille personnes d’une meilleure manière;
  3. La réputation est quelque chose qui a une certaine importance.  Je me suis tellement foutu des qu’en-dira-t-on que j’ai nui de manière durable à ma réputation auprès d’une certaine clientèle du web.  Je crois que je garderai certaines de mes réflexions pour moi à l’avenir, ou plutôt que je prendrai le temps de mieux choisir mes luttes et de canaliser mes critiques (je n’arrêterai pas de dénoncer l’immobilisme péquiste pour autant, soyez-en sûr);
  4. Le blogue peut être un excellent outil d’auto-promotion, mais il ne peut pas constituer une fin en soi, à moins de se satisfaire d’une situation où il faut perpétuellement condenser son message sans jamais prendre le temps de bien s’expliquer;
  5. Le blogue est temporaire, le livre reste.  Et peu importe la forme du livre du futur (j’ai la conviction que le format papier vit ses dernières heures), un livre est complet par lui-même alors que le blogue ne peut l’être que par le travail acharné de lecteurs persévérants cherchant à relier un ensemble de textes en apparence disparates.  Autrement dit: si je meurs en bloguant, rien ne reste, mais si je meurs après avoir écrit un livre, celui-ci me survit.  Et je survis donc à travers ce livre.  Je façonne une œuvre complète, je finis le casse-tête plutôt que de m’être contenté de numéroter les pièces.

Je ne me suis fixé aucun échéancier précis.   J’aimerais cependant avoir fini la recherche quelque part cet hiver ou au début du printemps, et avoir fini l’écriture vers l’été prochain.  C’est ambitieux, considérant que je ne dispose que de quelques heures par semaine, mais ce n’est pas impossible.   On verra.

En attendant, je reviendrai sûrement écrire ponctuellement sur ce blogue, que ce soit pour dénoncer l’anglomanie de nos élites, la francophobie de nos ennemis ou la situation absolument catastrophique de l’intégration au français dans la région de Montréal (tiens, j’aurais pu écrire un texte sur ces jeunes d’une école secondaire francophone de Laval ayant été au palais de justice pour dénoncer un chauffard ayant tué une de leurs camarades et ayant apporté des affiches unilingues anglaises…).   Vous pourrez juger de la progression du livre selon la fréquence de mes interventions ici.

En attendant, le combat pour le français continue.  Différemment, mais il continue.

« Tant qu’un peuple n’est envahi que dans son territoire, il n’est que vaincu; mais s’il se laisse envahir dans sa langue, il est fini. »
– Louis de Bonald

Pourquoi écrire
2 août 2010

Un jour, quelqu’un me demanda:

– Louis, pourquoi écris-tu?
– Parce que je ne sais pas chanter, que je lui répondis.
– Mais tu pourrais peindre de magnifiques tableaux, dessiner des paysages, créer de la beauté à l’état pur!
– La beauté me fait chier. C’est faux, c’est éphémère. Montre-moi un citron sur un tableau et je te montrerai un fruit du citronnier déjà mort, pourrissant, puant une existence qui aurait pu être beaucoup plus utile.

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– Mais tu pourrais faire de la musique, jouer de la guitare, devenir Mozart si tu le voulais, qu’il rajoutait ce con.
– Non, pas de Mozart, pas de Beethoven, pas de Led Zeppelin. De la musique, que veux-tu que je joue? Des mélodies médiocres invoquant des sentiments usés?
– Tu aurais pu devenir politicien, avec ton talent!
– Du talent? Je hais les politiciens. Met-les dans une chambre que je sorte mon Zyklon B. Le talent, que je lui répondis, ce n’est pas de savoir qui manipuler, quelle lettre ouverte écrire au Devoir, avec qui coucher, quand dire oui ou non. Ça, ce n’est pas du talent, c’est de la prostitution. C’est sucer le pouvoir jusqu’à ce qu’il vienne dans ta face et te consacre grand politicien parce que tu as assez joui dans la position du missionnaire pour te faire offrir le rôle le plus plate de ta vie. Montre-moi un aspirant politicien et je te montrerai un carriériste n’aspirant qu’à se perdre dans un grand tout sécurisant lui enlevant la possibilité de penser.
– Arrête, franchement, avec ta gueule, tu aurais pu devenir tout un animateur de radio, un véritable Gilles Proulx des ondes!
– Gilles Quoi? Ce type qui vomit son déjeuner au quotidien dans le micro? Tu veux rire que je lui demandai? Tu me vois en train de lancer des lignes ouvertes et de faire semblant que les commentaires de Monsieur Bétail de Saint-Georges m’intéressent?
– Tu es de mauvaise foi. Tu pourrais faire de grandes choses.
– Grandes, que je lui demandai. De « grandes choses »? Je vais te dire ce qui est grand mon ami. Ce qui est grand, ce n’est pas de réussir à peindre comme Monet, à faire de la musique comme Rachmaninov, à devenir un politicien de merde comme n’importe lequel que tu vois à la télévision quand tu as l’estomac assez solide pour l’ouvrir, à faire de la radio et à polluer les ondes que les pauvres gens doivent subir en plus de leur triste sort. Non, ce ne sont pas de grandes choses. Ce sont de petites choses, des choses qu’on fait quand on ne se réalise pas. La seule chose qui soit grande, c’est de faire ce qui vous sort des tripes dès que vous avez un moment de libre.

Écrire, c’est tout. Écrire avant de mourir. Vivre un peu mieux, un peu plus, rêver avant de partir. Un Québécois, un seul, avec son clavier, ses mots, et une réalité qui se crée, des idées qui défilent, des faits qui s’incrustent, des positions qui se prennent, des changements qui s’opèrent.

La plume est plus puissante que l’épée, qu’on disait. Non. Elle n’est pas plus puissante. Elle est ailleurs. Une autre réalité. L’épée vit dans le realpolitik, dans les petits jeux partisans, dans les gamiques de chambres d’hôtel des jeunes carriéristes. La plume, elle, se meut au-dessus de cette basse-cour. Elle forme les réalités, elle décrit le monde, elle change les gens, elle façonne les idées. Elle donne de la substance à des images en deux dimensions qui se meuvent sur le papier et qui se croient vivantes parce qu’une main étrangère a créé une histoire originale. La plume est tout; elle crée l’épée ET son objectif à atteindre. Ce n’est pas de la puissance dont il est question, mais de la vie elle-même. Les gens n’existent que parce qu’ils ont conçu ce dont leur monde est constitué et cette constitution s’écrit avec des mots.

Alors, qu’on ne vienne pas me demander pourquoi j’écris. Je crée du réel, c’est tout. Le réel d’un Québécois, un seul, dans l’histoire d’un peuple en voie de disparition et qui tente de garder la tête haute face à la cruauté d’une Histoire qui aimerait mieux nous voir disparaître.

Un seul homme, peut-être. Un contre cent, un contre mille, un contre un million, qu’est-ce que ça vaut quand on sait que la réalité qu’on exprime ne peut être plus authentique et que la vérité de la plume ne peut même pas être égratignée par les centaines de haut-cris de ceux qui subissent la réalité?

Nous mourons la tête baissée. Baisée, notre histoire ne vaut plus que l’énergie que nous y mettons à la défendre. Certains chantent, d’autres peignent, d’autres font de la radio, mais tous, sans exception, oeuvrons pour le même but: celui de s’assurer que ce peuple qui est le nôtre et cette réalité qui nous a engendrés continuera à exister au futur et que la vie qui nous habite ne sera jamais assez vide pour croire que le bonheur s’achète ou se vend.

Sinon, mieux vaut mourir immédiatement. Puisque rien ne resterait de nous.

Pause estivale
21 juin 2010

Je prends une pause du blogue pour quelque temps. J’ignore combien de temps. J’ai d’autres projets dans des casseroles bouillonnantes sur le rond du poêle de mon imagination et je ne trouve pas la moindre inspiration pour écrire des textes de qualité présentement. J’aime mieux ne rien écrire que de me rabattre sur une écriture rapide, médiocre, simple lien avec vous, lecteurs, qui méritez mieux qu’une façade artificielle de pensée décharnée. Je planche présentement sur un projet de roman (après quinze ans à y penser et cinq ans à y rêver) et je fais le choix de ne pas trop m’éparpiller.

Ce n’est pas un adieu, ni même un au revoir. Une simple pause, salutaire. De toute façon, l’été, la politique tourne au ralenti, et je ne crois pas que quelques semaines plus tranquilles changeront grand chose dans le contexte de la disparition du peuple québécois, de sa langue, de sa culture, de ses valeurs, de son histoire, de ses villes, de ses campagnes, de son identité, de son essence. Nous continuerons de nous effacer devant le rouleau-compresseur anglomane et multiculturel un peu plus tard cet automne. Nous serons toujours aussi à genoux devant tout ce qui vient d’ailleurs et méprise nos valeurs, nous serons toujours aussi veules, mollassons et il sera toujours tout autant temps plus tard de constater notre manque de courage collectif afin de prendre des décisions courageuses assurant la survie de nos idéaux.

Je souhaite un bon début d’été à tous mes lecteurs, et à bientôt!

Louis P.

Pelleter la neige vers l'avant
19 avril 2010

« Wouaaaaaaaaaaaaaaah! Wouaaaaaaaaaaaaaaaah! » Les cris étaient stridents et dérangeaient la quiétude habituelle de l’épicerie. Sorte de mélange acide entre une sirène atomique et les pleurs d’un enfant qu’on égorge, les sons venaient par vagues successives et inondaient de douleur et de consternation la foule bigarrée des clients habituels hébétés assistant à ce triste spectacle. « Lâchez-moi, lâchez-moi! Wouaaaaaaaaaaaaah, vous me faites mal » gueulait la petite dame d’une cinquantaine d’années tout en se débattant comme un diable tombé dans l’eau bénite.

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Au bout de quelques minutes de ce manège, et alors qu’elle commençait à essayer de frapper les employés qui la retenaient, le gérant a pris les choses en main et l’a plaqué contre un des comptoirs. Et moi, comme tous les autres, je regardais, avide, avare même, l’homme et les deux femmes tenter de retenir celle qui avait été prise à voler. Étant arrivé au milieu de la scène, je m’attendais à ce que d’autres que moi se soient offerts pour aider, mais il semblerait qu’à Tétreaultville, c’est le chacun pour soi qui compte. Je m’offris donc pour donner un coup de main, ou plutôt un coup de bras et de bedaine, étant relativement costaud, et je passai ainsi les dix minutes suivantes à retenir une femme sur un comptoir d’épicerie, à l’empêcher de bouger et de se faire mal. Le gérant, lui, était coupé au visage et saignait; la dame lui avait arraché un morceau du front avec ses oncles. J’espérais qu’elle n’avait pas le SIDA. J’espérais que la police arriverait rapidement. J’espérais que j’arriverais à la raisonner, et que ma voix la plus douce possible pourrait la convaincre de se tenir tranquille et d’arrêter de se débattre.

Ce fut non seulement un soulagement de voir la police arriver, mais également un sentiment du devoir accompli. « Appelle un transport » a dit le policier à son collègue. « Appelez Louis-H. Lafontaine a répondu la femme ». Moi, simple citoyen, j’avais aidé, gratuitement et sans rien demander en retour, la loi à s’appliquer. J’avais aidé des employées moins fortes que moi, j’avais contribué à restaurer la paix, j’avais donné mes coordonnées à la police en m’offrant comme témoin et j’étais reparti, le torse bombé, vers d’autres aventures moins épiques. À une semaine de mon départ vers Laval, j’avais finalement eu maille à partir avec la clientèle de Louis-Hippolyte Lafontaine et moi, Louis P., j’étais venu, j’avais vu et j’avais vaincu.

Un autre portrait

Pourtant, loin de l’héroïsme d’avoir contribué à maîtriser une femme ayant manifestement besoin de soins psychiatriques plus appropriés, une pensée s’est imposée à moi: « Comment se fait-il que cette femme soit dans la rue? » Elle était malade, vraiment. Et je dis cela parce que je n’aime pas le mot « folle ». Je la tenais, je lui parlais, et elle criait; une heure après, j’ai encore des acouphènes tellement elle a hurlé. Cette femme n’aurait pas dû être dans la rue. Qu’elle subisse des traitements à Louis-H. Lafontaine est un bon pas, mais on n’aurait sûrement pas dû la laisser sortir, même pour la journée.

Or, pourquoi tant de personnes ayant besoin de soins sont-elles ainsi envoyées dans la rue? À cause de ce que j’aurais envie d’appeler le « grand pelletage en avant » qui consiste à sauver de l’argent en renvoyant le monde des hôpitaux.  Et qu’importe où serait ce « ailleurs »: viens te faire soigner une fois par semaine, et organise-toi le reste du temps!  Dit autrement, on appelle cela désinstitutionnalisation. C’est ce genre de politique, mise de l’avant par des gouvernements souvent plus désireux de sauver de l’argent face à des gens qu’on préfère oublier, qui ont fait passer le nombre de lits, Louis-H. Lafontaine, de plus de 6000 en 1960 à près de 650 quatre décennies plus tard.

Dans les faits, je me demande si le jeu en vaut la chandelle. Imaginons, un instant. Imaginons que la femme ait été sidatique, et que le gérant du IGA Hochelaga soit maintenant séropositif. Combien est-ce que ça coûterait pour le traiter? Et si, en se débattant, elle m’avait crevé un oeil; qui aurait payé pour s’occuper de moi ensuite? Et combien coûtera la procédure d’arrestation, la mise en accusation, le passage devant le juge? Quel est ce coût, dites-moi?

Le pelletage en avant, c’est cette folie consistant à croire qu’on puisse économiser de l’argent en « coupant dans le gras » sans même s’intéresser à ce que ce gras signifie. Souvent, le « gras », c’est ce qui permet de sauver de l’argent plus tard. Le « gras », c’est un accident de moins, une agression de moins, une incarcération de moins, une visite à l’hôpital de moins. Croyez-vous que le gérant du IGA, lorsqu’il se couchera ce soir, n’aimerait pas avoir ce gras supplémentaire, alors qu’il se questionnera quant à savoir si la femme était sidatique?

Que ce soit avec la désinstitutionnalisation, avec la taxe-Charest sur la santé de 200$ ou avec le ticket-modérateur, on assiste au même pelletage vers l’avant. On gratte les fonds de tiroir sans considération pour les conséquences de ces gestes. On économise maintenant, mais on se fout de savoir si cette économie se traduira par des gens plus malades plus tard et qui coûteront encore plus cher à soigner. On ne veut pas savoir si des individus mourront faute de soin, si des commerces perdront de l’argent à cause de crises de folie ou du coeur qui auraient pu être traitées plus tôt. On ne veut rien savoir: on prend la neige, et on la lance vers l’avant. Que les prochaines générations vivent avec les conséquences!

Je ne suis qu’un simple citoyen, j’ai fait mon devoir, mais je n’aurais pas dû avoir à le faire. Cette femme n’avait pas sa place dans la rue, et si rien de grave ne s’est produit, c’est peut-être un hasard, mais quelqu’un, quelque part, subit peut-être les conséquences d’un tel pelletage vers l’avant et, sans même qu’on le sache, constitue ce gras que l’on coupe et élimine si dédaigneusement.

Décès de Michel Chartand: un canyon dans nos vies
13 avril 2010

Le décès de Michel Chartrand ne constitue pas seulement la fin d’une époque; c’est tout un monde qui s’écroule avec lui. Un monde de luttes, de rapports de force, de gains arrachés à coups de grèves et de batailles héroïques, d’amour fraternel entre des travailleurs partageant la même condition sociale et ayant la conviction que c’est de leur union que jaillira de meilleures conditions pour tous. Le départ de Chartrand ne signe pas seulement la fin de la vie d’un homme, mais peut-être aussi celle d’une certaine trempe d’hommes, ce ceux qui sont incorruptibles, qui ne se prostituent pas pour une parcelle de pouvoir et qui ne laissent jamais la realpolitik ou les petits calculs partisans assombrir la lumière de leurs idéaux.

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Seulement quelques personnes ont changé ma vie et ma conception de la politique; Michel Chartrand fut l’une d’elle. Les Misérables, de Hugo, m’ont appris la valeur réelle d’une société où les hommes ne sont que des outils au service d’une économie capitaliste sans contrôle. Germinal, de Zola, m’a expliqué la valeur réelle de la révolte. Olivar Asselin m’a animé de sa fureur de franc-tireur qui ne renie jamais ses idéaux. Et Chartrand, finalement m’a illuminé avec la pureté de ses convictions et ses actions vaillantes – comme en 1949, à Asbestos, quand il a lancé « arrête de shaker, tu vas me manquer, crisse » à un policier qui le tenait dans sa mire de fusil – m’a convaincu de la nécessité de ne jamais édulcorer ses valeurs, de ne jamais baisser la tête quand on est convaincu de faire le bien et de le faire conformément à ses tripes. Il m’a aussi appris la valeur d’une saine colère, bien canalisée.

Chatrand, je l’ai rencontré deux fois, mais j’avais déjà lu sur lui, fait des travaux scolaires sur sa vie, et je connaissais et admirais ses combats.

La première fois où nos chemins se sont croisés, c’était en 2000, à la librairie Garneau, rue Fleury, où je travaillais alors. Il était venu à une séance de signature d’autographes, pour la parution d’un nouveau tome de sa biographie, et, à peine entré dans le magasin, il m’avait déclaré, d’une voix tonitruante, alors que je l’accueillais: « Êtes-vous syndiqués icitte? » J’avais envie de lui dire « chuuuuut », de lui demander de ne pas me nuire, de ne pas risquer ainsi mon gagne-pain. Puis, je me suis rappelé qui j’avais en face de moi, ses combats, son courage, ses profondes valeurs chrétiennes. Non, ce n’était pas à Chartrand de parler moins fort, mais peut-être à moi de le faire un peu plus. Ce n’était pas à lui de se conformer à mon statut de gagne-petit, mais à moi de relever la tête et d’exiger davantage. Telle était la force de cet homme!

La seconde fois, c’était lors d’une cérémonie funèbre, en 2001, alors qu’on se souvenait de Jacques Larue-Langlois, un de mes collègues à L’aut’journal, où j’écrivais alors. Je discutais politique, je ne me souviens plus avec qui, et Chartrand, s’étant retrouvé devant le jeune homme d’à peine vingt-un ans que j’étais alors, m’avait dit quelque chose du genre: « C’est bien intéressant ce que tu dis, jeune homme, mais que fais-tu concrètement pour changer les choses? » Et moi, je lui avais répondu, du tac au tac: « Monsieur Chartrand, j’étais candidat aux dernières élections provinciales et j’essaie de changer le monde à chacun de mes textes dans L’aut’journal. » Manifestement surpris, il s’était repris: « C’est bien ça, mon gars, c’est bien, continue! » C’était aussi ça, Chartrand, un homme qui sait reconnaître la valeur de l’action et qui, s’il se désespérait de voir que les jeunes d’aujourd’hui semblaient moins impliqués qu’auparavant, ne se résignait pas pour autant à espérer le changement.

Je voulais qu’on l’invite au rassemblement Québec vs. Cour suprême: la loi 101, notre seule voix! de dimanche dernier. Je m’étais dit, naïvement: ce serait peut-être une de ses dernières apparitions publiques, peut-être aimerait-il lancer un cri du coeur à la nouvelle génération. J’ignorais qu’il était à ce point malade; il est mort le lendemain de l’événement. Peut-être – et permettez-moi d’être candide – avons-nous pris le relai de son combat, peut-être a-t-il été, jusque dans ses dernières heures, fier de voir qu’après plusieurs décennies de morosité, une nouvelle génération tente de se lever, qu’elle désire se battre pour la langue, cet autre combat qui fut le sien, et qui lui valut l’opprobre des forcées armées alors qu’il avait refusé, en son jeune temps, de remplir un formulaire unilingue anglais. « Si on n’a pas le courage de prendre les moyens nécessaires pour sauver la langue française, il faut avoir le courage de dire aux générations qui s’en viennent qu’on s’en va vers une assimilation nécessaire à brève échéance », avait-il déclamé, en 1971.

Ce n’est pas un trou qui s’ouvre derrière nos dos avec le décès de Michel Chartrand; c’est un cratère. Un canyon qui se creuse de plus en plus rapidement sous nos pieds au fur à et mesure que nos géants nous quittent. Nous ne pouvons nous retourner sans risquer de tomber; il nous faut aller de l’avant et nous servir de l’expérience absolument fascinante d’une vie d’intégrité, de courage, de valeurs chrétiennes et sociales d’un homme qui, s’il était grand, nous est apparu comme un géant parce que nous étions petits ou courbés.

Repose en paix, Michel Chartrand. Tu as changé ma vie; tu as changé nos vies. Merci. Et oublie pas de syndiquer les travailleurs du paradis!


« Tout le monde devrait faire de la politique. En démocratie, c’est un devoir. Assumer des responsabilités à son niveau; voir à ce que le monde s’épanouisse. On est nés pour le bonheur, quel que soit notre handicap physique ou mental, quels que soient nos parents ou nos gênes. Et pour le bonheur, il faut un minimum: manger, se faire soigner, s’éduquer. Pis travailler. On s’épanouit par le travail! » -Michel Chartrand