Et si on limitait le « droit » au divorce ?

Texte publié dans Le Harfang.

Comment savoir quand une société est prisonnière d’un paradigme ? Elle l’est lorsqu’elle refuse, même face à l’intransigeance des faits, de considérer une manière différente de faire les choses.

 

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Le divorce, par exemple. Nous « fêtons » le cinquantième anniversaire de son boom. Suite à sa légalisation par le gouvernement Trudeau (père) en juillet 1968, s’est opérée une véritable course à la séparation. L’indice de divortialité est rapidement passé de 9 pour 100 mariages, en 1969, à 14 en 1970, 36 en 1975, 41 en 1982 et il oscille entre 50 et 54 depuis 1995. Pour donner une idée de la révolution opérée, il est intéressant de noter qu’il y a eu, dans le district judiciaire de Montréal, 253 divorces entre 1795 et 1879, contre 11 030 entre juillet 1968 et septembre 1970 !

Jour après jour, on parle du haut taux de suicide québécois, de la faible natalité, du problème des valeurs, de l’indiscipline des enfants à l’école, des maladies mentales, de la confusion identitaire, de l’anxiété, etc. Ces problèmes ne sont pas apparus comme par magie. Même si ces troubles sont complexes, a-t-on encore le droit de faire les liens qui doivent être faits et de considérer froidement les faits ?

En effet, la destruction de la famille et le fréquent passage à la monoparentalité sont à la base d’une augmentation du suicide chez ceux ayant vécu cette situation étant enfants. On remarque également une hausse marquée des risques de problèmes psychiatriques ou reliés à l’alcool et aux drogues. Ces enfants sont également plus agressifs, plus soumis ou moins assertifs que les enfants étant élevés par leurs deux parents. Ils ont aussi des résultats scolaires plus faibles et fréquentent l’école moins longtemps. Rien de très joyeux !

Mais chut, c’est un secret.

En effet, il est périlleux de tenir un tel discours de nos jours. Car, voyez-vous, s’attaquer au « droit » de divorcer, c’est s’attaquer aux sacro-saints « droits » de la femme. Considérant que la plupart des études démontrent qu’entre 70% et 90% des ruptures sont initiées par des femmes, le fait de revenir à la valeur première de l’engagement du mariage (« jusqu’à ce que la mort nous sépare ») heurterait de plein fouet nos chères amies féministes, toujours prêtes à défendre des droits, mais plus rarement des responsabilités.

Et quelles responsabilités sont plus importantes que celles impliquant les enfants du couple se séparant ? Pensons-y : connaissez-vous beaucoup de contrats où celui qui le viole s’en tire sans conséquences, reçoit des subventions gouvernementales et où les victimes de ce bris — les enfants — n’ont aucun recours ?

La gauche féministe rétorque qu’on peut  limiter les dégâts avec une garde partagée et des ressources (car que peut faire la gauche, à part lancer à tout-vent l’argent des contribuables dans des ressources ?), mais peut-être serait-il temps de ne plus limiter, mais plutôt empêcher ?

Le génial Jordan Peterson écrit, dans son formidable livre 12 règles pour une vie :

« Était-ce vraiment une bonne idée, par exemple, de libéraliser à ce point le divorce dans les années 1960 ? Je ne suis pas sûr que ce soit l’avis des enfants dont l’existence a été déstabilisée par la liberté hypothétique que cela était censé amener. Derrière les murs si sagement érigés par nos ancêtres sont tapies l’horreur et la terreur. Nous les abattons à nos risques et périls. Inconsciemment, nous patinons sur la fine couche de glace d’un lac gelé où, dans les eaux glaciales, des monstres indescriptibles attendent notre moindre faux pas ».

Pendant des milliers d’années, et après d’autres milliers d’années d’essais et d’erreurs, nos ancêtres ont découvert qu’une façon optimale de faire fonctionner la société consiste à… * roulement de tambours *… assurer la présence du père et de la mère, ensemble, au sein d’une cellule familiale stable et durable. L’assaut féministe contre la forteresse de l’institution du mariage a peut-être temporairement réussi, mais qui peut, sans rire, affirmer que nous sommes, collectivement, plus heureux qu’il y a plus de cinquante ans ? Qui peut dire, sans sourciller, que nos enfants s’épanouissent tout aussi bien, que la courroie des valeurs de nos ancêtres à nos descendants se transmet tout aussi normalement ? Que la famille se porte bien au Québec ?

Le yin et le yang

Eckhart Tolle, écrivain et conférencier canadien dans le domaine de la spiritualité, affirmait récemment qu’un des gros problèmes dans le monde, actuellement, consiste en une trop grande préséance du yin sur le yang. Le yin, associé au féminin, représente notamment l’inconnu, le chaos ; le yang, masculin, est relié au connu, à l’ordre.

Depuis la révolution féministe, notre société, dans son ensemble, se désintègre. Le chaos a gagné ; tout ce qui était stable a été déstabilisé. La matrice nous avale. Même nos mots sont devenus interdits. La guerre masculine, globale, rationnelle, basée sur des idéaux, a été remplacée par une vengeance aveugle féminine, où le mariage est devenu un outil de prise de possession par la femme de l’homme, un outil d’asservissement et d’accaparement des ressources masculines par la femme. C’est un lieu de bataille où les enfants représentent des dommages collatéraux, des victimes à qui on refuse même le droit d’exprimer la cause de leurs malheurs.

Si un enfant devait, par exemple, blâmer sa mère d’avoir fait éclater sa famille, ne lui offrirait-on pas simplement des services psychologiques — généralement octroyés par une femme — et ayant comme finalité de rappeler à l’enfant la nécessité de respecter le « choix » de sa mère ? Ce choix (yin), qui constitue souvent, selon le psychologue Yvon Dallaire, une incapacité de la femme à s’adapter au quotidien après la lune de miel, devrait-il avoir préséance sur le devoir (yang) de respecter l’intégrité familiale permettant d’assurer le meilleur développement possible des enfants ?

Cette préséance du yin a transformé notre société d’un lieu où on reconnaissait certaines responsabilités et certaines limites à un lieu où tout est permis, où le chaos intérieur qui rôde en chacun de nous peut librement se transformer en destruction. Le devoir, loin d’être célébré comme le sain rempart des désirs éparpillés, est devenu un mot honni, car limitant l’hédonisme ambiant et empêchant la réalisation de tous les fantasmes. Dieu, dans son église, devant qui chaque marié devait s’agenouiller et se soumettre, est devenu un cadre kitsch où on consomme une illusion qui peut éclater à tout moment et tout emporter avec elle. La cérémonie du mariage sonne faux parce que le mariage est devenu faux ; le contrat éternel devant Dieu et les hommes a été rendu caduc et temporaire par un État s’étant substitué à la présence divine, aux valeurs diamétralement opposées à celles qui ont été les nôtres depuis des milliers d’années et qui ont servi de base à la civilisation et au peuple dont nous sommes les tributaires.

A-t-on le droit, en tant que nation, de tolérer cette désintégration, avec tout le malheur et les coûts sociaux qu’elle entraîne ? Combien d’enfants et de familles ont ainsi été sacrifiés au nom d’un idéal égoïste de liberté individuelle ? Ne serait-il pas temps de réintroduire un peu d’ordre et de responsabilité dans ce chaos, et de mettre des limites au « droit » au divorce ?

Les enfants du futur nous remercieront.