St-Jérôme se fout des piétons !

Avec le printemps qui tente (péniblement) de pointer le bout de son nez, il est temps de faire le bilan d’un hiver catastrophique quant au déneigement dans la magnifique ville de St-Jérôme, où j’habite. Si vous pensez que le déneigement laisse à désirer à Montréal, Laval ou dans n’importe quelle autre ville de la rive-nord, vous n’avez rien vu tant que vous n’avez pas vu Saint-Jérôme. Il n’y a pas d’excuses : la ville a échoué à rendre des services même de base tant à ses piétons qu’à ses automobilistes.

La population est frustrée, avec raison. Malgré des articles dans les journaux, des blocages de rue en guise de protestation, malgré une polémique constante sur les réseaux sociaux et des plaintes multiples, rien n’y a fait : le déneigement à St-Jérôme a été pourri.

Voici quelques exemples (on aurait pu en ajouter des dizaines et des dizaines) de la « compétence » de la ville de St-Jérôme en matière de déneigement de ses trottoirs.

La photo ci-haut a été prise près de cinq jours après une chute de neige. Cinq jours ! Il s’agit d’un boulevard devant être déneigé selon la propre politique de déneigement de la ville. Où doivent marcher les piétons ? Dans la rue, avec les voitures, se tassant sur la glace vive et risquant de se faire éclabousser à chaque fois qu’une voiture passe.

Cette photo a encore une fois été prise plusieurs jours après une chute de neige. La chenillette passe sur le trottoir une fois, pendant la bordée de neige, et après la déneigeuse repousse la neige de la rue sur les trottoirs et la neige reste là, durcie, et le trottoir devient impraticable pour les piétons. On parle ici encore une fois d’un boulevard devant être déneigé, et en zone scolaire en plus. J’ai envoyé cette photo au maire Stéphane Maher en lui demandant s’il trouvait raisonnable que des enfants doivent se rendre à l’école dans ces conditions. Il n’a pas répondu.

Quand le trottoir était finalement « déneigé », on avait l’impression qu’il l’était par des employés sous l’influence de l’alcool ou de drogues. Remarquez sur l’image ci-haut qu’il s’agit du même endroit : le trottoir se trouve à moins d’un pied de la pancarte. Or, on a déneigé à environ quatre ou cinq pieds de celle-ci. Résultat ? On envoie les piétons vers le milieu de la rue et dès qu’une voiture veut se stationner, elle se stationne sur le trottoir et bloque le chemin. Bravo ! Notons également que l’espace « déneigé » est complètement glacé.

Même endroit, un peu plus tard. Avec la fonte des neiges, un trou d’eau d’environ six pouces de profond s’est créé. Quand un piéton passe à cet endroit, il se fait éclabousser. Et puisque le trottoir n’est pas déneigé, on envoie les piétons sur une pente en glace vive (l’eau qui éclabousse le jour y gèle la nuit) qui mène vers le trou d’eau. Moi, en tant que personne dans la force de l’âge, ai eu de la difficulté à passer ici ; imaginez-vous une personne à mobilité réduite ?

Une rue ordinaire, non déneigée, sur la glace vive, avec un trou d’eau pouvant atteindre 9 pouces de profondeur par endroit. Un petit passage dangereux de chaque côté pour les piétons. Rien à voir, circulez…

Quand le trottoir était « déneigé », sur ce boulevard, c’était pour révéler de la glace vive. Encore une fois, aucune chance pour le piéton de se rendre à destination en toute sécurité.

Sur la photo ci-haut, voyez-vous la personne par terre à côté de la porte ouverte ? C’est une dame de plus de soixante-dix ans, qui avait eu une opération à la hanche. Elle était incapable de rentrer son véhicule dans son entrée car la rue était trop glissante (de la glace vive, aucun abrasif, pas de sable, rien rien !) et elle est tombée en sortant de son auto pour demander de l’aide à une autre automobiliste. Connaissez-vous beaucoup de villes au Québec où les voitures restent prises sur la glace en pleine rue ? Pas moi.

J’aurais pu poster des dizaines d’autres photos de trottoirs sur la glace vive, de gens pris dans la neige parce que la déneigeuse n’est pas passée depuis six heures, de piétons dont on met la sécurité en danger en les forçant à marcher entre les voitures.

le mépris de la ville

J’ai fait mon devoir citoyen et je me suis plaint, comme de nombreux autres citoyens, selon ce que j’en sais. La réponse ? Rien. On se défile. On ferme le dossier, on dit que le déneigement a été fait ou qu’il le sera. On m’a même répondu, lorsque je me suis plaint qu’il était impossible de passer à l’endroit où le trottoir n’est pas déneigé et où il y a une pente en glace vive, qu’il y avait d’autres priorités. Lorsque j’ai rappelé quelques jours plus tard, on m’a dit qu’on avait rangé les équipements et qu’on n’allait pas les ressortir pour venir déneiger un trottoir.

Le message est clair : les piétons, à St-Jérôme, sont des citoyens de seconde classe. Le déneigement des rues est insuffisant, mais, clairement, c’est la priorité. Les piétons attendront. Les piétons, après tout, on peut s’en passer, non ?

un mauvais calcul

J’espère ne rien apprendre à personne en écrivant que St-Jérôme est une ville pauvre. Malgré tout, on débloque de l’argent pour des équipements coûteux au moment où les services de base ne sont même pas assurés. Cela semble découler d’une vieille mentalité où chaque citoyen devrait prendre sa voiture et se déplacer pour ensuite devenir actif.

Pourquoi ne pas plutôt intégrer la vie active au quotidien en permettant au citoyen de pouvoir se déplacer sécuritairement dans les rues pour y être actif ? Comment espère-t-on attirer de jeunes familles ou des professionnels si ces gens sont emprisonnés dans leur domicile cinq ou six mois par année ?

Les élus de St-Jérôme ont une vision à court terme de leur ville. Ils ne réalisent pas qu’une ville constitue bien davantage que des équipements ou des infrastructures. La qualité de vie constitue un facteur primordial donnant envie à des citoyens de s’y installer, d’y vivre, d’y demeurer longtemps et donc de continuer à y payer des taxes.

Ce mépris à l’égard des piétons lance un message très négatif qui ne contribuera sûrement pas à sortir la ville de son marasme. L’incapacité de la ville à respecter son propre plan de déneigement en dit aussi très long sur la compétence des responsables de cette ville.

Il serait peut-être temps d’y faire un bon ménage de printemps.