Les hypocrites du climat

La Conférence de Paris sur le climat, qui encombre les principaux médias pendant deux semaines, constitue l’apothéose de la malhonnêteté écologique actuelle. Des dizaines de milliers de personnes consommeront des centaines de milliers de litres d’énergies fossiles pour demander aux autres – oui, toujours aux autres – de réduire leur empreinte écologique.

Ils ont des slogans ambitieux et des stratégies médiatiques originales, mais cela suffit-il à contrebalancer l’extrême incohérence de leur discours ? On peut lire certains soi-disant écologiques québécois qui justifient cette aberration en affirmant qu’il n’est pas grave de brûler autant de pétrole pour aller jusqu’à Paris si c’est pour forcer les gouvernements à « faire quelque chose » pour nous sortir du pétrole.

Ces gens, comme beaucoup trop de gens en général, attendent toujours que quelqu’un, quelque part, fasse les choix à leur place. Plutôt que de prendre l’initiative de réduire eux-mêmes leur dépendance au pétrole, ils demandent au gouvernement de l’imposer. Plutôt que de sortir leur vélo pour aller au travail, ils réclament qu’on taxe les voitures. Plutôt que de cultiver leur propre lopin de terre, ils exigent des efforts des agriculteurs. Plutôt que de réduire eux-mêmes leur rythme de vie, ils demandent qu’on l’impose aux autres.

Tout cela n’est pas sans rappeler l’ancien vice-président étatsunien Al Gore, qui s’est fait un nom en prêchant la lutte aux changements climatiques, mais qui s’achetait ensuite une villa de dix mille pieds carrés avec neuf salles de bain, six foyers et des fontaines extérieures électriques…

Les gens ne sont pas dupes et ils rejettent cette hypocrisie.

Ce qui manque dans le mouvement écologiste, en ce moment, ce ne sont pas des projets, de l’argent, des taxes, des engagements gouvernementaux ou de super-vedettes qui se font voir la face partout avant de prendre l’avion et de rentrer chez eux en VUS. Ce qui manque, ce sont des femmes et des hommes qui, comme le disait Gandhi, sont le changement qu’ils veulent voir dans le monde. Des personnes qui, par leurs actions, en inspirent d’autres.

Les vrais écologistes

Les vrais écologistes ne sont pas ceux qui montent dans un avion rempli de 50 000 litres de kérosène pour aller palabrer à Paris à propos de ce que devraient faire les autres. Les vrais écologistes sont ceux qui vivent le changement. Je pense notamment aux Jardins de la Grelinette, une ferme de moins d’un hectare à Saint-Armand, en Montégérie, qui fait vivre toute une famille et dont les légumes, biologiques, sont distribués localement. Je pense à Déménagement Myette, une entreprise montréalaise offrant des déménagements en vélo pendant l’été. Je pense à tous ceux qui font le choix du transport en commun, qui possèdent des véhicules moins énergivores, qui baissent le thermostat d’un cran, qui isolent leur maison, qui font pousser un potager. Je pense à ceux qui vivent dans des mini-maisons et qui y sont confortables. Je pense à ceux qui font le choix de vivre sans électricité

Au final, nous n’aurons pas le choix de réduire notre rythme de vie. Notre richesse actuelle, alors qu’un chômeur contemporain vit mieux qu’un roi du moyen-âge, résulte de l’exploitation effrénée des énergies fossiles. Puisque le pic pétrolier est déjà derrière nous et que l’énergie per capita continuera de diminuer dans un futur prévisible, ces changements seront inévitables. Ceux qui ont fait le choix de vivre avec moins sont des précurseurs, et des inspirations autrement plus efficaces que ces vieux politiciens séniles à Paris.

Si on espère adoucir le déclin et ainsi limiter l’impact sur le climat, ce ne sont pas de discussions stériles à des sommets mondiaux dont nous avons besoin. Des cabotins y bavardent depuis des décennies et ils continueraient de discuter bien après qu’il n’y aurait plus ni pétrole ni contribuables pour payer leurs voyages. Il suffit plutôt d’encourager ces personnes qui ont déjà décidé de faire les changements nécessaires et de s’inspirer de leurs réussites (ou de leurs échecs) afin de bâtir le monde de demain.

L’ère des grandes solutions gouvernementales ou planétaires est terminée. Vivement le retour au local et aux gens qui pratiquent ce qu’ils prêchent au quotidien !