Coderre le petit maire

La décision du maire de Montréal de demander une dérogation à la Loi 101 pour accueillir des réfugiés syriens dans les écoles réservées à notre minorité de langue anglaise constitue une telle aberration qu’on se demande si le maire n’a pas trop respiré d’effluves nauséabonds lors de sa visite du collecteur défectueux. On sait que le monsieur est un fédéraliste convaincu, mais il y a des limites à ne pas franchir.

La Charte de la langue française constitue la pierre angulaire du Québec moderne et le rempart contre l’assimilation des francophones en Amérique du Nord. Doit-on encore parler de son importance ? La Commission Laurendeau-Dunton a démontré, pendant les années soixante, que la population active masculine francophone arrivait au douzième rang des revenus parmi tous les autres groupes ethniques, devançant seulement les Italiens et les Amérindiens. En 1972-73, près de 90% des enfants d’immigrants fréquentaient l’école anglaise. Trente ans plus tard, ils n’étaient plus que 8%. Ce changement, c’est la Loi 101, et spécifiquement l’article obligeant les immigrants à fréquenter l’école dans la langue commune, qui l’a permis.

Donc, Coderre veut qu’on suspende la seule loi qui permet aux Québécois d’espérer protéger leur langue commune. Tout ça pour pouvoir accueillir davantage de Syriens. Notons ici l’absurdité de la logique : beaucoup de gens se questionnent déjà sur notre capacité d’intégrer un si grand nombre de réfugiés (alors que nous recevons, proportionnellement à notre population, plus d’immigrants que la plupart des pays industrialisés) et le monsieur Coderre veut nous enlever notre principal atout : l’intégration en français. Le seul résultat qui peut être espéré d’une telle absurdité consiste en une augmentation encore plus problématique des poches de non-intégration dans la région de Montréal, ces quartiers où le français a une vitalité aussi faible que le pendjabi ou l’arabe.

Coderre se justifie en expliquant que les écoles de langue anglaise ont des places disponibles. Mais à qui sont réservées ces places ? Selon la Charte de la langue française, elles sont réservées à la minorité de langue anglaise, les anglos de souche. Pas aux immigrants. En d’autres mots : si ces écoles ont un surplus de places disponibles, pourquoi ne pas simplement transférer les ressources vers le réseau dans la langue nationale ? Le problème, c’est qu’on touche ici aux privilèges de la minorité de langue anglaise, des privilèges politiques qu’ils ne voudront jamais abandonner. Et c’est donc le Québec français qui écope.

Comme je le démontrais dans mon livre Apartheid Universitaire (Éditions Louise Courteau, 2012), le réseau d’éducation de langue anglaise, au Québec, est systématiquement surfinancé par rapport au poids démographique des anglophones de souche. Le problème est beaucoup plus criant au cégep et à l’université, où le 6% d’anglophones de souche se partagent respectivement 14% et 29% du financement total, mais il s’agit là d’une conséquence de toutes les dérogations et affaiblissements qui ont été imposés au fil des ans. La Charte de la langue française est constamment dépecée et ce sont des fédéralistes comme Coderre qui y participent.

Nous faire respecter dans notre maison

Vous souvenez-vous de la chanson « Chez nous » de Daniel Boucher ? Dans celle-ci, l’artiste fait du Québec une maison. Il affirme vouloir accueillir des gens de partout, de toutes couleurs, mais qu’il ne veut pas se gêner de dire qu’il aime sa maison, et qu’il aime ses valeurs et que c’est « d’même de que ça s’passe ». N’est-ce pas représentatif de ce que nous voulons vraiment, nous, les Québécois ? Accueillir des gens d’ailleurs, d’accord, mais n’ont-ils pas ensuite le devoir de nous respecter, de s’intégrer, d’apprendre notre langue, de respecter nos valeurs ?

Nous sommes plusieurs à être opposés à la venue de ces réfugiés syriens, mais là n’est pas l’enjeu principal. La question consiste plutôt à se demander de quelle manière on peut espérer que ces gens nous respectent si nous modifions nos lois fondamentales pour les accueillir. Pour revenir à l’analogie de la maison : ouvririez-vous toutes grandes vos portes à des gens qui y marchent avec leurs bottes sales ? À des gens qui fument si vous êtes non-fumeur ? À des gens qui décident de défoncer le mur de votre salon parce qu’ils ont besoin de cet espace ?

Non, évidemment.

Le Québec est notre maison. Nous sommes ouverts, accueillants, mais il y a un nombre limite de visiteurs qui peuvent y être accueillis et ceux-ci doivent respecter des règles fondamentales. Une de ces règles, c’est que l’éducation des immigrants doit se faire en français. On ne force personne à venir ici, mais s’ils viennent, ce sont les règles. Entrez chez nous, mais enlevez vos bottes.

Coderre, en demandant qu’on déroge à notre loi fondamentale, ne fait pas preuve d’ouverture ou d’accueil à l’égard de ces Syriens. Il atteste plutôt sa fermeture et sa complète déconnexion d’avec les valeurs québécoises. Il démontre encore une fois que son attachement au Canada – un pays de langue anglaise peinturluré grossièrement d’un bilinguisme de façade – dépasse de loin celui du Québec et que s’il a à choisir entre déplaire à des anglophones en francisant certaines de leurs écoles ou aux Québécois en violant la loi, il choisira de violer la loi n’importe quand.

Le maire de Montréal a le devoir historique de protéger notre langue commune. En se mettant au service de la minorité la plus choyée au monde et en œuvrant à contourner la loi pour remplir leurs écoles, il prouve qu’il n’a pas l’étoffe d’un maire et qu’il n’est pas à sa place à ce poste. La question qui tue : les Québécois seront-ils encore suffisamment nombreux à Montréal aux prochaines élections pour avoir l’influence suffisante pour le remplacer ?