Non à l’entente !

N.B. À l’origine, ce texte s’intitulait : « Oui à l’entente ! ». J’ai été moi aussi pris dans l’enthousiasme de voir un règlement du conflit permettant un retour en classe et une annulation de la hausse. Léo Bureau-Blouin, leader de la FECQ, a lui-même cru en cette possibilité en conférence de presse après la signature.

Les informations sorties aujourd’hui à l’effet que le gouvernement aurait modifié en catimini le texte pour le faire signer à des leaders étudiants debout depuis plus de 30 heures sont troublantes. Et le fait que les économies ne puissent compenser que les frais afférents et nullement le reste de la hausse l’est tout autant.

Pour toutes ces raisons, je modifie mon interprétation et je m’oppose à cette entente, fruit d’une manipulation des leaders étudiants.

Je laisse le texte ci-dessous à titre purement informatif. Je pourrais le renommer : « Comment manipuler à la fois les leaders étudiants et votre humble serviteur ».

Ou comment confondre des pinottes avec une offre raisonnable.


L’entente entre le gouvernement et les associations étudiantes n’est pas parfaite. Comme dans toute négociation, elle est le fruit de compromis et de zones d’ombres permettant à chaque partie d’interpréter celle-ci comme une victoire auprès de ses propres partisans.

Dans le cas actuel, par exemple, le gouvernement peut annoncer que la hausse est maintenue et les leaders étudiants peuvent affirmer que c’est plutôt le gel qui l’est, puisque la hausse sera compensée par une baisse équivalente aux sommes qui doivent être obtenues par un exercice de rationalisation des universités opéré par un Comité provisoire.

Bien sûr, c’est un pari. Léo Bureau-Blouin, de la FECQ, l’a d’ailleurs annoncé à au moins deux reprises en conférence de presse. Les étudiants font le pari qu’ils seront capables d’aller chercher les sommes nécessaires au maintien du gel dans les universités. Ce pari, bien que risqué, peut être gagné.

Évidemment, la composition du Conseil provisoire laisse les étudiants et les syndicats minoritaires, avec 8 sièges sur 19. Cela n’est pas si grave : quatre des représentants sont nommés directement par la ministre. En d’autres mots : si on change le gouvernement, on peut obtenir quatre sièges supplémentaires à tout le moins moins hostiles aux étudiants. La lutte se transporte donc sur le terrain politique.

Pragmatisme 101

Il y a un temps pour être idéaliste, et il y a un temps pour être pragmatique. Oui, la gratuité scolaire totale du primaire au doctorat doit être notre but à viser. Il s’agit cependant d’un but à long terme. En ce moment, on obtient un gel garanti pour la prochaine session, probable pour la session suivante, et possible pour les années subséquentes. C’est déjà beaucoup.

N’oublions pas, cependant, que des sessions sont en jeu. Oui, il faut prioriser le futur de notre éducation à long terme, mais de persister dans le conflit actuel ne peut pas permettre de garantir de nouveaux acquis alors que le coût, pour chaque étudiant perdant sa session, serait plus que tangible.

Les étudiants ont de nouveaux outils pour continuer la bataille. Celle-ci change de terrain, mais elle se poursuit. Il y a un temps pour la rue, il y a un temps pour le Conseil provisoire, il y a un temps pour les élections. S’obstiner dans une voie sans issue ne permettra pas d’obtenir le moindre gain alors que les étudiants ont déjà gagné avec cette entente.

Utilisons les moyens à notre disposition, et si jamais ça ne fonctionne pas, la rue sera toujours là au printemps prochain.

Sauf qu’entre-temps, on aura permis de sauver la session des étudiants et on aura pris le risque d’annuler complètement la hausse pour ceux-ci. En d’autres mots : on peut difficilement perdre !

Les étudiants ont été une source de profond respect et d’inspiration pour les Québécois depuis des mois. On a découvert de nouveaux leaders étudiants inspirants. Il faut leur faire confiance, et il faut accepter cette entente afin de leur permettre de démontrer que les sommes gaspillées dans les universités peuvent compenser la hausse.

En ce qui me concerne, la grève est terminée. Cette entente doit être acceptée. Si une frange plus radicale la refusait, elle se peinturerait dans le coin et ferait reculer le mouvement.

Allons de l’avant.