Ma réplique à McGill

J’aimerais prendre le temps de répondre aux arguments proposés par Olivier Marcil, « vice-principal (sic), affaires externes de l’Université McGill », contre la thèse centrale de mon essai : McGill est sur-financée.

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Dans un premier temps, M. Marcil affirme vouloir « rétablir les faits » en affirmant que les universités québécoises sont financées en fonction de leur nombre d’étudiants. Je ne nie pas cette réalité ; cette réalité fait précisément partie du problème. Comme je l’expliquais moi-même à la journaliste ayant réalité l’entrevue avec moi, on pourrait imaginer un scénario où 100% des Québécois fréquenteraient 100% d’universités anglophones financées à 100% du budget. Selon cette vision étriquée, rien ne clocherait avec cette situation, même s’il n’y avait pas un seul cours en français au Québec !

C’est le gouvernement qui finance l’éducation ; cette ressource est donc collective. Et si elle est collective, elle doit servir les intérêts de la collectivité. Quel intérêt la collectivité québécoise trouve-t-elle dans le fait de financer à près de 30% les services universitaires d’une minorité anglophone historique formant moins de 6% de la population ?

Le texte tente de répondre à cette question en parlant d’un « impact économique » de 5,2 milliards de dollars pour McGill au Québec. À suivre sa logique, si on francisait l’institution, cet impact disparaîtrait. Or, il n’en est rien du tout. McGill pourrait continuer d’avoir la même clientèle, mais celle-ci serait simplement francisée. Si cette francisation entraînait une baisse de la clientèle – on pourrait imaginer que des Canadiens auraient moins d’intérêt à venir étudier dans une université francophone – ce serait une clientèle qui est de toute façon déjà subventionnée largement par l’État québécois.

M. Marcil affirme que les étudiants étrangers paient plus cher que les étudiants québécois. C’est vrai. Mais ils paient beaucoup moins que le coût de leur éducation. C’est donc dire que ce sont les Québécois qui, avec leurs impôts, financent l’éducation en anglais d’un étudiant étranger venant chez nous non pas pour participer à la culture québécoise, mais pour s’en éloigner. J’ai déjà traité de ce sujet dans un billet précédent :

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

Par ailleurs, si on veut dépenser un demi-milliard par année en espérant obtenir des retombées supérieures, c’est un calcul qui doit être fait non seulement en considérant l’impact économique (ce qui reste à démontrer, rappelons-le), mais également en considérant l’impact linguistique. Quel impact pour la nation québécoise d’avoir un surplus d’anglophones au Québec dans un contexte d’anglicisation rapide de Montréal ?

Un autre argument invoqué par M. Marcil est celui consistant à affirmer que la majorité des étudiants en médecine viennent du Québec. C’est vrai. Ce qu’il omet de dire, c’est que 45% des étudiants en médecine à McGill quittent le Québec après leurs études. On parle de 160 000$ par année pour former un médecin, mais quel retour sur son investissement pour l’État québécois ?

Le texte affirme également que le RUIS-McGill, qui couvre 63% du territoire québécois, offre des services en français, mais ce qu’il ne dit pas, c’est que la porte d’entrée des services hospitaliers surspécialisés, à Montréal, se fait dans une institution où le personnel administratif n’a pas d’obligation formelle de parler français, et que certains services aux patients ne sont pas offerts en français. Dans ce RUIS, les liens sont également beaucoup plus forts avec l’Ontario, dont le territoire jouxte le RUIS-McGill, qu’avec le reste du Québec. Cela facilite le passage des futurs médecins vers cette province ou vers les États-Unis.

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Je remercie M. Marcil d’avoir bien voulu répliquer à Apartheid universitaire, mais je suis déçu du manque de substance de ses commentaires. Il attaque ma thèse par le contour et se contente de dire, concernant son cœur, qu’elle serait « difficilement réalisable dans un contexte québécois ».

J’aimerais lui rappeler que la plupart des avancées sociales sont « difficilement réalisables » avant d’être réalisées. Qui aurait pu imaginer, en 1962, la Loi 101 de 1977? Qui aurait pu imaginer, en 1947, la Révolution tranquille du début des années 60 ? Qui aurait pu croire qu’il puisse être possible, au Québec, de construire une société moderne, et laïque, après des siècles où le clergé était omniprésent ?

La seule chose qui puisse rendre « difficilement réalisable » le financement équitable et proportionnel au poids démographique des institutions de notre minorité historique, c’est notre propre incapacité à concevoir qu’on puisse véritablement achever la Révolution tranquille en donnant l’air permettant de figer le béton, en s’attaquant, une fois pour toutes, aux privilèges d’universités anglaises se considérant comme le prolongement d’une majorité canadienne intégrant en anglais plutôt que comme un réseau québécois minoritaire s’adressant avant tout aux anglophones de souche.

Une Réponse

  1. Cette critique de votre thèse est dans le plus pur style des répliques du gouvernement Charest contre toute solution proposée pour améliorer les conditions de vie des québécois: des excuses remplies de sophismes et de détours, toutes pour banaliser ou minimiser, voire occulter, dans le cas présent, notre situation actuelle de peuple dominé par une minorité.

    Je pense que M. Marcil sait qu’il a du pain sur la planche s’il tient à vraiment critiquer avec des arguments solides votre travail. Bon courage à lui.

    Merci à vous !

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