La Presse en guerre contre les étudiants

L’avantage de toute crise, c’est qu’elle force quiconque veut y participer à laisser tomber son masque. Lorsqu’un débat est aussi tranché que celui opposant les étudiants au gouvernement, on a tendance à laisser tomber les nuances et à mettre tout son poids dans une direction ou une autre.

Dans le cas d’un média, néanmoins, on s’attendrait à un minimum de respect pour l’intelligence des lecteurs. À La Presse, propriété de Gesca (Power Corporation), dont la direction est reliée de près au PLQ, on a laissé tomber toute prétention à l’objectivité. Ce journal qui fut un jour intéressant et honnête, est devenu tout aussi malhonnête que le gouvernement dont il liche les souliers.

Aujourd’hui, 1er mai, par exemple, Alain Dubuc, qu’on a rapatrié du journal Le Soleil pour ajouter du poids aux textes anti-étudiants d’André Pratte, qualifiait les offres de la FECQ et de la FEUQ de « braquage » et les accusait de ne pas mettre d’eau dans leur vin et de constituer des « enfants-rois ». Aucun mot sur le caractère honnête des propositions, aucun commentaire sur le fait que c’est le gouvernement qui s’entête en refusant toute négociation sur la hausse, aucune remarque sur le fait que des étudiants qui sacrifient leur session et leur temps pour le bien d’autrui sont l’anti-thèse d’enfants-rois. Non, à La Presse, on suit la ligne gouvernementale : les étudiants sont intransigeants.

Hier, 30 avril, André Pratte écrivait un texte surréaliste où il accusait les étudiants de former une « tyrannie de la minorité » et où il incluait dans ses calculs l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Jean-François Lisée a bien démoli l’argumentaire de Pratte en soulignant que l’électorat du PLQ est tout aussi minoritaire, ce qui n’enlève pas la légitimité du gouvernement. Malgré tout, La Presse suivait la ligne gouvernementale : les étudiants grévistes sont minoritaires.

Hier encore, 30 avril, Alain Dubuc se commettait dans un éditorial où il proclamait que la fermeté du gouvernement constituait une démonstration de démocratie. Encore une fois, la ligne gouvernementale : nous ne céderons pas.

Et ça continue :

  • 27 avril – Pratte affirme que la hausse est légitime et que le gouvernement ne doit pas céder.
  • 27 avril – Dubuc justifie la position gouvernementale d’exclure la CLASSE.
  • 26 avril – Mario Roy soutient que la FECQ et la FEUQ doivent se dissocier de la CLASSE.
  • 21 avril – Pratte : si le gouvernement cède, on ouvrira la porte à tous les radicaux.
  • 17 avril – Pratte : tous ceux qui accusent le gouvernement de favoriser la violence sont complices de celle-ci.
  • 13 avril – Pratte : le gouvernement ne doit pas céder face à la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (sic).
  • 13 avril – Dubuc : la hausse est juste, le gouvernement n’a pas à céder sur quoi que ce soit.

Et ça continue, et ça continue.

Les éditorialistes de La Presse sont en guerre. À une certaine époque, le combat des journalistes était celui du quatrième pouvoir, celui qui critiquait le gouvernement, qui le dénonçait, qui représentait les forces mouvantes d’une société. La Presse, en ce début de vingt-unième siècle est devenu le laquais du gouvernement Charest. Son porte-parole. Son organe officiel. Le petit chien-chien qui va chercher les pantoufles quand il fait trop froid pour sortir du lit.

Ce n’est pas pour rien que Gesca ne veut pas publier les états financiers de La Presse et des autres médias du réseau, malgré les demandes incessantes d’un Yves Michaud, par exemple. C’est simplement parce que le but de ce journal n’est pas de faire un profit, n’est pas d’informer, n’est pas d’être rentable.

Le seul but de La Presse, c’est la manipulation de l’opinion publique, et les pertes encourues dans cette opération sont largement compensées par la présence d’un gouvernement au service de ses propriétaires.

Si vous achetez La Presse, si vous lisez La Presse, si vous considérez que ce journal jouit de la moindre crédibilité, non seulement nuisez-vous à la lutte des étudiants, mais vous contribuez également à l’affaiblissement de notre démocratie et à la vente de feu de nos institutions.



Ce texte venait à peine d’être écrit qu’André Pratte remettait ça en accusant les étudiants d’avoir du culot de proposer une contre-offre et qu’il s’agissait de « pelleter les nuages ». Que ce soit clair : si vous achetez La Presse, vous encouragez cette propagande.

9 Réponses

  1. Lamentable pantin au service des envahisseurs et pilleurs

  2. Vous voulez que nous nous fions au grand Journal de Montréal à sa place? Je ne suis pas contre ce que vous avancez mais ça en fait partie des damages collatéraux d’un expression libre n’est-ce pas?

  3. martineau et samson du journal de montréal ne deversent que de la bile depuis le début.partis pris ou obligés!!!!!

  4. Martineau, Marcotte, Duhaime, Facal et tous les autres du Journal de Montréal qui répandent leur bave sur les étudiants et essaient de nous faire avaler leur mouvement Liberté QUébec…c’est quoi ? de l’information ? Pourquoi toujours démoniser La Presse ? Vous oubliez sans doute tous les chroniqueurs de La Presse qui se sont prononcés en faveur de la grève étudiant…

  5. @Martine Ferron et andregoyette : Le Journal de Montréal n’est pas mieux. Mais dans son cas, on sait depuis longtemps qu’il n’y a pas d’objectivité. La Presse, par contre, donne un statut particulier à ses éditorialistes (contrairement au JdM, qui a des chroniqueurs interchangeables). À mon avis on peut bien davantage blâmer un journaliste de profession comme Pratte ou Dubuc qu’un idéologue comme Duhaime ou un politicien comme Facal.

  6. Que ce soit clair, le JdeM n’est pas mieux.

    Soyez juste critique au lieu de prendre les opinons toutes déjà faites de La Presse (et des autres) !!!

  7. N’oubliez pas qu’il existe toujours un journal indépendant au Québec… qui s’appelle Le Devoir, pouvant faire contrepoids au Journal de Montréal de Quebecor et La Presse de Power Corporation

  8. Ce n’est pas Le Devoir qui a sorti la non-nouvelle comme quoi la CLASSE n’aurait jamais eu le mandat de négocier ?

    Bien sûr, Le Devoir est moins pire que les deux autres. Mais moins pire veut-il dire qu’il est bien ?

    http://ledernierquebecois.com/2010/01/10/le-devoir-100-ans-de-mollesse

    Un seul mot pourrait tout résumer : fade.

    On aimerait avoir un journal qui se fait l’écho de la rue, qui prend le parti de l’opprimé contre l’oppresseur. Un journal au service des Québécois, un journal contre le pouvoir en place. Bref, Le Devoir… en 1910 !

    Ceci dit, ce journal est quand même moins pire que les deux autres.

  9. Lol…Parce-qu’on pense pas comme vous autres on fait parti de la « tyrannie ». Beau texte propagandiste dépassant même ce que vous tentez de dénoncer. Quand on voit des banderolles bourrées de fautes on comprend que l’éducation a manqué sa cible et on assume puisque vous ne savez pas écrire que vous n’avez d’avantage appris à réfléchir.

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