Le vide

On dit que la politique a horreur du vide. À toute idée doit finir par correspondre un parti, un mouvement, une action. Je regarde la pluralité des points de vue dans l’élection présidentielle française, et je vois un peuple qui occupe ses espaces vides, qui discute, qui oppose des idées novatrices. Rien à voir avec le Québec.

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Le Québec a la folie du centre. Signe d’un peuple historiquement tissé serré, nous avons peur de nous éloigner du consensus. Le résultat ? Nos partis politiques sont sans saveur, sans couleur, ils représentent tout et leur contraire à la fois.

S’il y a un vide à combler, en ce moment, c’est bien celui de la gauche économique et de la droite des valeurs, pour citer le leitmotiv d’Égalité et Réconciliation. En ce moment, les seuls partis de la gauche économique sont également à genoux devant les minorités et le multiculturalisme. Inversement, les partis de droite sont à genoux devant le patronat et le mondialisme.

Aucune force ne semble être en mesure d’émerger pour embrasser à la fois la cause nationale et celle des travailleurs. L’idée-même de cette union sacrée est au mieux ignorée, au pire ridiculisée. Cette nécessité d’une troisième voie entre un capitalisme sauvage transnational et une gauche économique ayant peur de s’enraciner dans l’identité de chaque peuple est de plus en plus urgente, mais le vide continue, continue, continue.

Avoir peur d’avoir peur

Je crois que cette peur de remplir le vide vient de cette incapacité historique que nous avons de confronter les dogmes qui nous affligent. Nous ne sommes pas capables de relever la tête franchement. Nous avons appris à exister sur la pointe des pieds, confondant notre mollesse à de la modération.

Combien de ces partis ni-oui-ni-non devrons-nous créer avant d’oser combler le vide ?

Prenons un parti marginal comme Option nationale, par exemple. Je connais plusieurs personnes qui fondaient de grands espoirs dans celui-ci. Dès le début, je les ai prévenus : ce parti ne changera rien. Il est composé d’anglomanes, sa plate-forme est floue et il n’assume pas pleinement la lutte nationale. Aujourd’hui, on apprend notamment que le candidat du parti dans Crémazie a déjà publié un texte en faveur d’une hausse (!) de l’immigration.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Parallèlement, je regarde un mouvement sectaire comme le RRQ. Celui-ci a organisé hier une activité avec un groupe innu intitulé « InnuPower », contre le Plan Nord. Un groupe de soi-disant résistants qui s’allie avec une organisation ne respectant même pas la langue nationale des Québécois, ça commence mal. Mais que dire de l’idéologie derrière tout ceci ? En reconnaissant la présence d’une nation innue au Québec, le RRQ ne participe-t-il pas à la marginalisation de la nation québécoise et à l’éventuelle partition du nord du Québec, une partition déjà bien commencée ?

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

On pourrait également parler de Québec Solidaire, qui se rapproche de plus en plus du NPD, et dont le chef a déjà affirmé être contre la Loi 101 au cégep. Un parti de la gauche économique mais qui a complètement embrassé le multiculturalisme et la fragmentation identitaire.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Je suis en attente. J’attends un mouvement, un parti résolument nationaliste, francophile, au service de la nation québécoise de Sherbrooke à Kuujjuaq, qui ne ferait pas le moindre compromis sur la langue nationale. J’attends un mouvement, un parti résolument de la gauche économique, au service des travailleurs et de leurs organisations syndicales, et qui refuserait tout compromis face au patronat.

J’attends toujours.

Parce que nous avons peur de nous assumer.

5 Réponses

  1. Je suis d’accord avec l’entièreté de votre texte, Monsieur Louis Préfontaine. Quant au parti dont vous attendez la naissance, je crois que vous devriez en être l’instigateur et le chef.

  2. Merci, c’est bien gentil ! Qui sait ce dont le futur sera fait… Mais on a tellement cassé de sucre sur mon dos. L’idée est d’être intègre sans se marginaliser. Je suis convaincu qu’un mouvement comme je le souhaite irait facilement chercher 10% et plus des votes.

    Le problème, comme j’en ai déjà parlé ici, c’est qu’à mon avis il faut recommencer à semer avant toute chose, parce qu’on a perdu au moins une génération éduquée aux préceptes de la droite économique et de la gauche identitaire. Une génération qui ne peut même plus concevoir l’économie sans le libre-échange et qui a finit par intérioriser la supériorité des droits individuels sur les droits collectifs.

    Ce débat de fond doit être fait, mais peu de gens osent le faire. Il y a trop de mouvements pragmatiques au Québec, trop de charrues qui labourent le même champ usé. Il faut un peu de jachère, il faut un peu de décomposition, une rotation, il faut engraisser le sol un peu. On ne peut pas espérer continuer sur l’élan des années 70 ; il faut tout rebâtir.

    C’est d’ailleurs précisément ce que je reproche à la plupart des organisations actuelles : elles ne se réinventent pas. Elles peuvent remettre une partie de nos dogmes en question, mais jamais la totalité. Autant j’admire QS de remettre en question le dogme néolibéral d’un point de vue économique, autant ce parti est englué dans ses contradictions multiculturalistes d’une glorification de l’atomisation sociale. Autant je peux avoir un minimum de respect pour certains points de vue d’ON ou du RRQ, autant ces groupuscules sont eux aussi englués dans d’autres dogmes, les empêchant d’être réellement nationalistes et crédibles en tant qu’alternative au marasme actuel.

    Il faut tout rebâtir. Il faut chercher non plus à gagner, à battre son adversaire, à pointer son drapeau noir ou bleu bien haut en espérant atteindre des objectifs politiques. Il faut avant toute chose chercher à se donner un sens dans un monde qui semble ne plus en avoir. Il faut oser assumer nos valeurs jusqu’au bout.

    Par exemple, si je dis que la liberté collective doit primer sur la liberté individuelle, je le pense, et je dois l’assumer. C’est la base. C’est ce concept même qui permet la Loi 101. Et c’est ce concept qui peut nous permettre de renforcer notre aménagement linguistique, de prendre la pleine possession de notre territoire, mais également de nous attaquer aux cartels, aux oligopoles, à la classe patronale qui se croit au-dessus de nous tous. C’est un principe civilisationnel qui a contribué à nous sortir du Moyen-Âge et qui, s’il n’est pas suivi, nous fera y retourner rapidement.

    Il faut recommencer à penser de manière cohérente.

    On nous interdit de plus en plus cette pensée.

    Dernièrement, j’ai appris que quelqu’un pour qui j’avais du respect me traitait de « fasciste » dès que j’avais le dos tourné. Jamais en pleine face, car il ne pourrait évidemment pas étayer ses accusations. Après tout, je suis l’antithèse du fasciste, moi qui est syndicaliste, démocrate et opposé au racialisme. Mais cette insulte, c’est aussi une manière d’enfermer la pensée, d’éviter de se questionner. On voit quelqu’un discuter d’identité, on le traite de fasciste. Au fond, quelle est la différence avec le Noir qu’on traitait de nègre il y a un demi-siècle ? Aujourd’hui, parler d’identité, parler du NOUS, parler de la nécessité de se battre pour une liberté collective, c’est être devenu le nègre de quelqu’un d’autre. C’est cesser d’exister en tant qu’interlocuteur rationnel et cohérent.

    Voilà pourquoi j’aurais tendance à croire qu’il faut d’abord réhabiliter la pensée. Il faut réapprendre à ouvrir TOUTES les portes. Regarder TOUTES les options. Ne pas hésiter à choisir le protectionnisme économique si besoin est. Ne pas hésiter à renforcer notre aménagement linguistique. Ne pas hésiter à brimer certaines libertés individuelles pour le bien de tous.

    Est-ce que cela peut se faire dans le contexte d’un parti ? Peut-être.

    Mais peut-être également devrions-nous prendre le bâton du pèlerin et passer le message là où nous le pouvons, sous le radar, sans se faire imposer le carcan de médias appartenant au patronat et inféodés aux dogmes actuels…

    On verra…

  3. Il me semble que c’est ce que je me tue à dire, mais de trop nombreuses façons différentes peut-être. Même si vous savez ma préférence pour une formation indépendantiste, encore occultée, j’espère y trouver une plus grande ouverture à un certain moment. Qui sait ?

    Il y a aussi notre système électoral politique qui est à revoir, car il permet à un Parti politique, clairement minoritaire par le nombre de votes obtenus, peu importe le taux de participation, d’être à la tête d’un gouvernement qui occulte ensuite l’opinion du peuple, se permettant les pires frasques à ses dépends après avoir «pris le pouvoir».

    Tout ça est d’un ridicule qui va à l’encontre du «simple bon sens», si on veut simplement exister, le bon sens que vous nous expliquez dans votre présent billet: «Le vide».

  4. Notez aussi que je dois vous donner raison en ce qui concerne notre mollesse que nous, moi inclus, considérons souvent comme une ouverture à l’étranger. Ce qui, en soi, est un des effets nocif de l’assimilation lente depuis la fin des années 1960, mais devenue accélérée depuis le début des années 2000.

  5. Monsieur Préfontaine

    Vous visez juste avec votre texte qui arrive à point, pour moi, puisque je constate bien depuis quelque temps que nous sommes dans un cul-de-sac politique au Québec. Je sens tellement ce vide politique que je suis porté à faire une fuite par en avant en clamant tout fort que nous devons faire la révolution au Québec.

    Il est clair qu’avec la bourgeoisie capitaliste de droite qui mène, actuellement, nos vieux partis politiques (PQ inclus) et qu’avec Québec Solidaire qui n’en a que pour le multiculturalisme « canadian » et les accommodements raisonnables en diluant, en plus, notre identité nationale; il est donc clair que nous devons sortir de ce clivage politique avec la création d’un nouveau parti politique québécois très nationaliste dont les valeurs seraient axées sur le syndicalisme comme vous le dites si bien, à la fin de votre texte, sans aucun compromis possible avec les forces de droite. Actuellement, ce système politique mène carrément à l’abstention du vote.

    André Gignac 23/4/12

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