Fucking Quebeckers et moumouverainistes

Un fait divers peu banal : une dame se présente au cinéma Banque Scotia Parc et demande qu’on s’adresse à elle dans la langue nationale. Elle se fait répondre qu’elle est une « Fucking Quebecker » (Tabarnak de Québécoise). En sommes-nous vraiment rendus là ?

Le mépris dont peuvent faire preuve ces anglophones, qui vivent ici autour d’institutions d’éducation et de santé sur-financées, semble sans limite. On aurait peine à imaginer une situation semblable n’importe où sur cette planète. Seulement au Québec peut-on accepter que des gens nous insultent de cette manière en pleine face. Jamais un habitant de New York n’irait traiter une cliente de « Fucking American ». Jamais un habitant de Berling n’irait traiter une cliente de « Fucking Deutsch ». Jamais un habitant de Rome n’irait traiter une cliente de « Cazzo Italiano ». Jamais. Il y a un respect fondamental. Un respect de base qui signifie à tout le moins qu’on reconnaît habiter à un endroit et qu’on éprouve un certain sentiment d’appartenance à la communauté qui y vit.

Ce simple fait divers détruit allègrement les mythes propagés par une certaine classe de « moumouverainistes », qui considèrent les anglophones vivant au Québec comme des Québécois. Cet anglophone, lui, ne semblait pas se considérer comme tel : ce sont les Québécois qu’il a insultés, et à ses yeux – et aux miens – un Québécois parle français. Sentiment d’appartenance au Québec : moins mille !

Ces moumouverainistes ne comprennent et ne comprendront peut-être jamais qu’il n’y a rien à attendre de la plupart des anglophones. Ce n’est pas en reconnaissant la langue anglaise au Québec, en considérant qu’elle fait partie de notre identité, en la célébrant, qu’on contribue à se faire respecter. Cette manière de fonctionner qui est la nôtre depuis une vingtaine d’années n’a réussi qu’à nous rendre encore plus méprisables aux yeux d’anglophones ayant renoué avec leur vieux complexe de supériorité. On ne peut pas davantage célébrer l’apport de la langue anglaise au Québec qu’un enfant ne peut commémorer une inceste subie pendant toute sa jeunesse. L’anglais n’a été pour nous qu’une langue impériale qu’on nous impose de force depuis un quart de millénaire. Plus on la met sur un piédestal, moins les anglophones ressentent le besoin de nous respecter.

Il est temps d’arrêter de tendre l’autre joue. La dame en question a parlé avec le gérant, qui semblait « compréhensif » selon ses mots. N’exigeons plus la « compréhension ». N’exigeons plus le dialogue. N’exigeons plus des pinottes pendant qu’on arrache notre langue jusqu’au cœur de nos villes.

C’est une guerre linguistique. Il y a deux langues ; une est de trop. Il y a deux cultures ; une est de trop. On ne peut pas davantage faire coexister deux langues et deux cultures de manière équilibrée à long terme qu’on peut trouver le confort assis entre deux chaises. Le plurilinguisme sur un même territoire est et sera toujours temporaire parce que la langue la plus forte finit toujours par écraser la plus faible.

Les anglophones ont compris cela et ils travaillent à l’anglicisation de Montréal, quartier par quartier, hôpital par hôpital, université par université. Pendant qu’ils prennent racine chez nous et foulent de leurs pieds notre histoire et nos valeurs, ils nous regardent nous angliciser bêtement, imposant l’anglais intensif jusqu’à nos enfants, et ils ne peuvent que rire de cette race de ti-counes qui a l’outrecuidance d’exiger qu’on s’adresse à elle dans sa langue.

Le temps des petites tapes dans le dos et de la main tendue aux anglophones est révolu.

Nos moumouverainistes devraient arrêter de servir de paillassons sur lesquels s’essuie la minorité la plus choyée au monde et commencer à s’attaquer aux privilèges indus lui permettant de continuer à se foutre de notre gueule.

3 Réponses

  1. Incroyable

  2. Une chance que ce n’était pas moi le client de ce cinéma.

  3. Ça c’est un incident digne d’être dénoncé comme une affaire linguistique. On est d’accord sur celle-là. (ça s’en est une, la poursuite de Lassonde contre Olivia’s Oasis, non).

    On est aussi d’accord sur le  »Fuckin’ Quebeckers » et ces anglos qui ne sont Québécois que lorsque c’est politiquement avantageux pour eux, par exemple, quand c’est pour dénoncer le discours soi-disant non-inclusif du PQ, alors qu’ils prennent bien soin de s’exclure eux-mêmes au quotidien.

    Ceci dit, le fait de faire une généralisation d’un fait divers et de diaboliser tous les anglophones, a quelque chose de drôle et de trouvlant. Ça me rappelle le sixième point du lien que M. Pelletier nous a partagé: Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

    Mais on est d’accord pour dire qu’à terme, on doit se doter d’un pays dont la seule langue officielle est le français et se donner les outils pour la faire respecter, sans que nos lois linguistiques -qui n’ont rien de plus radicales que celles de n’importe quel autre pays ayant fait le choix d’une langue officielle- puissent être charcutées par des tribunaux où les dés sont pipés !

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