Archive for avril 2012

Apartheid universitaire : mettons fin au sur-financement
30 avril 2012

Il ne reste plus que quelques jours avant la sortie de mon livre. Voici une vidéo où je parle de quelques-uns des nombreux sujets traités dans cet essai, notamment :

1) Les institutions universitaires de la minorité de langue anglaise du Québec sont sur-financées par rapport à son poids démographique ;

2) Les étudiants étrangers ne paient pas le plein prix et on pourrait facilement aller chercher ces sommes avant de hausser les frais de scolarité ;

3) Le Québec constitue une anomalie : aucune nation sur cette planète, qu’elle soit souveraine ou dans un cadre fédératif, ne finance davantage les services à sa minorité que le Québec.

APARTHEID UNIVERSITAIRE, en vente dans toutes les bonnes librairies le 9 mai prochain.

Perdre sa session
27 avril 2012

Ce soir, j’ai réalisé quelque chose, d’abord en lisant les discussions sur la page Facebook de la manifestation, puis en y participant avec ma conjointe. J’ai réalisé que la réalité est peut-être à l’inverse de celle qu’on croit : ce sont peut-être les « verts » qui sont en train de perdre leur session et les « rouges » qui sont en train de la gagner.

Pendant qu’une minorité d’individus centrés sur leur nombril prend d’assaut les tribunaux pour faire valoir la primauté de son petit cul assis sur un banc d’école sur celle de l’ensemble des étudiants, ces derniers se livrent à une session intensive d’apprentissage dans la meilleure des écoles qui soit : la rue.

Mathématiques : Ils apprennent à calculer tous les détails de la hausse, des propositions bidons du gouvernement, du remboursement proportionnel au revenu, etc. Ils amènent ces arguments dans leurs assemblées et en discutent ouvertement.

Arts : Ils se dépassent dans des projets artistiques contre la grève. Ce soir, j’ai vu quantité d’idées originales, que ce soit un étendard à la romaine, un chapeau avec un gigantesque carré rouge, un arbre de Noël ; ce sont de véritables œuvres d’art.

Philosophie : Je lisais une discussion sur la page Facebook de la manifestation, où chaque commentaire était très long et qui portait sur la nécessité ou non d’une certaine forme de violence pour faire bouger le gouvernement. On parlait du bien commun, de la nécessité de bien faire les choses. On citait Marx, mais également d’autres philosophes. On argumentait très bien.

Droit : De nombreux manifestants ont appris à mieux connaître leurs droits, à comprendre ce qui constitue un attroupement illégal, à utiliser la loi pour atteindre leur but.

Histoire : Les étudiants étudient d’autres luttes similaires, tentent d’établir des stratégies, utilisent les échecs du passé (comme en 2005) pour se coordonner. Ils analysent les impacts de la non-violence, de la désobéissance civile, etc.

Et ainsi de suite.

Cette grève, loin de mettre une session en danger, la bonifie. Elle transforme une éducation aseptisée et théorique en modèle vivant ; elle sort la classe dans la rue et, à l’aide d’un discours cohérent, force les étudiants à pousser leur logique toujours plus loin.

Ce ne sont pas les étudiants ayant voté contre la grève ou ayant utilisé les tribunaux pour continuer à étudier qui mériteraient de réussir leur session. Ce sont ceux qui, depuis plus de soixante-dix jours, participent à un gigantesque événement démocratique qui devraient recevoir un diplôme.

Les renier, les empêcher de savourer ne serait-ce qu’une parcelle de victoire, continuer de les marginaliser et de les infantiliser comme le fait le gouvernement Charest, c’est toucher à l’obscurantisme et c’est refuser cet apport éducatif MAJEUR qui laissera des traces pour de nombreuses années à venir.

Je n’ai pas seulement réalisé quelque chose en manifestant aujourd’hui.

Non, j’ai été éduqué en manifestant aujourd’hui.

Je ne suis plus étudiant, mais je les remercie de contribuer à mon éducation et de lutter pour celle de mes enfants.

Illégal
25 avril 2012

« La manifestation est déclarée illégale » titrait pompeusement LaPresse.ca. Mais qu’est-ce que la légalité d’une manifestation ? À la base, le simple fait de bloquer une rue, ou même de s’attrouper, n’est-il pas illégal ? Si on applique la loi à la lettre, je suis sûr qu’on pourrait arrêter à peu près n’importe qui, que ce soit pour avoir craché par terre, traversé au feu rouge, bloqué la circulation… Pourquoi cette fois-ci est-elle différente ?

Source de l’image

À la base, une manifestation constitue un geste de défiance. C’est illégal par essence parce qu’on sort du cadre législatif pour entrer dans un pur rapport de force. D’un côté, le gouvernement ; de l’autre, la rue. D’un côté, la loi ; de l’autre, des milliers de manifestations. Alors oui, manifester, c’est faire la lutte à la légalité, c’est cesser d’être un individu pour devenir une collectivité.

Au sein d’une société normale, équilibrée, ce geste de défiance est assimilé, c’est-à-dire qu’il est toléré. On décide d’appliquer une vision élastique de ce qui constitue la légalité parce qu’on a compris que les conséquences d’un tel refus seraient pires que celles d’une entrave temporaire à la circulation. On a compris qu’on a davantage à perdre d’interdire une brève entorse à la légalité que d’appliquer la loi d’une manière plus stricte.

Ce qui se produit aujourd’hui constitue un changement important : de plus en plus rapidement et de plus en plus facilement déclare-t-on une manifestation illégale. Le message lancé est le suivant : on ne veut plus vous entendre, on ne veut plus vous tolérer. Sous prétexte de quelques « casseurs », on pénalise les milliers de citoyens qui font valoir le droit fondamental de toute démocratie : celui de manifester.

Ce geste de fermeture policière suit exactement le geste de fermeture de la ministre, qui a exclu la principale organisation étudiante gréviste de soi-disant négociations où, selon Martine Desjardins de la FEUQ, celle-ci n’a été présente qu’une heure sur quarante. Cette fermeture suit également une intensification de l’utilisation de l’appareil judiciaire par des sous-fifres du Parti Libéral qui considèrent que le fait de ne pas donner un cours serait un geste « illégal ».

La vraie question devrait être : veut-on vivre dans un monde légal ?

Sérieusement, veut-on de ce monde où tous les rapports sociaux se résument à la légalité ? Un monde d’avocailleux et de politichiens qui, plutôt que de gérer les excès propres à toute expression de la volonté collective, se font les serviteurs de l’ordre imposé par une élite individuelle et égoïste ?

J’ai toujours trouvé folklorique le slogan usé lancé dans les manifestations : « La police, au service des riches et des fascistes ! ». Les dernières semaines, et plus spécifiquement les derniers jours, me poussent à voir les choses différemment. L’intransigeance des forces de « l’ordre », l’intransigeance gouvernementale, l’intransigeance des gosses de riches mwa-mwa, tout ceci me laisse un arrière-goût d’une société qui ne me plaît pas du tout.

Légale ou pas, je préfère une manifestation violente, expression de l’exaspération et de la colère légitimes d’une génération méprisée et infantilisée par le gouvernement, à une société de loi et d’ordre où les seuls rapports sociaux sont la résultante des rapports de force individuels et où toute forme de liberté collective est écrasée sous le poids de désirs égoïstes propulsés par le rouleau-compresseur de la droite économique.

Le vide
22 avril 2012

On dit que la politique a horreur du vide. À toute idée doit finir par correspondre un parti, un mouvement, une action. Je regarde la pluralité des points de vue dans l’élection présidentielle française, et je vois un peuple qui occupe ses espaces vides, qui discute, qui oppose des idées novatrices. Rien à voir avec le Québec.

Source de l’image

Le Québec a la folie du centre. Signe d’un peuple historiquement tissé serré, nous avons peur de nous éloigner du consensus. Le résultat ? Nos partis politiques sont sans saveur, sans couleur, ils représentent tout et leur contraire à la fois.

S’il y a un vide à combler, en ce moment, c’est bien celui de la gauche économique et de la droite des valeurs, pour citer le leitmotiv d’Égalité et Réconciliation. En ce moment, les seuls partis de la gauche économique sont également à genoux devant les minorités et le multiculturalisme. Inversement, les partis de droite sont à genoux devant le patronat et le mondialisme.

Aucune force ne semble être en mesure d’émerger pour embrasser à la fois la cause nationale et celle des travailleurs. L’idée-même de cette union sacrée est au mieux ignorée, au pire ridiculisée. Cette nécessité d’une troisième voie entre un capitalisme sauvage transnational et une gauche économique ayant peur de s’enraciner dans l’identité de chaque peuple est de plus en plus urgente, mais le vide continue, continue, continue.

Avoir peur d’avoir peur

Je crois que cette peur de remplir le vide vient de cette incapacité historique que nous avons de confronter les dogmes qui nous affligent. Nous ne sommes pas capables de relever la tête franchement. Nous avons appris à exister sur la pointe des pieds, confondant notre mollesse à de la modération.

Combien de ces partis ni-oui-ni-non devrons-nous créer avant d’oser combler le vide ?

Prenons un parti marginal comme Option nationale, par exemple. Je connais plusieurs personnes qui fondaient de grands espoirs dans celui-ci. Dès le début, je les ai prévenus : ce parti ne changera rien. Il est composé d’anglomanes, sa plate-forme est floue et il n’assume pas pleinement la lutte nationale. Aujourd’hui, on apprend notamment que le candidat du parti dans Crémazie a déjà publié un texte en faveur d’une hausse (!) de l’immigration.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Parallèlement, je regarde un mouvement sectaire comme le RRQ. Celui-ci a organisé hier une activité avec un groupe innu intitulé « InnuPower », contre le Plan Nord. Un groupe de soi-disant résistants qui s’allie avec une organisation ne respectant même pas la langue nationale des Québécois, ça commence mal. Mais que dire de l’idéologie derrière tout ceci ? En reconnaissant la présence d’une nation innue au Québec, le RRQ ne participe-t-il pas à la marginalisation de la nation québécoise et à l’éventuelle partition du nord du Québec, une partition déjà bien commencée ?

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

On pourrait également parler de Québec Solidaire, qui se rapproche de plus en plus du NPD, et dont le chef a déjà affirmé être contre la Loi 101 au cégep. Un parti de la gauche économique mais qui a complètement embrassé le multiculturalisme et la fragmentation identitaire.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Je suis en attente. J’attends un mouvement, un parti résolument nationaliste, francophile, au service de la nation québécoise de Sherbrooke à Kuujjuaq, qui ne ferait pas le moindre compromis sur la langue nationale. J’attends un mouvement, un parti résolument de la gauche économique, au service des travailleurs et de leurs organisations syndicales, et qui refuserait tout compromis face au patronat.

J’attends toujours.

Parce que nous avons peur de nous assumer.

Tout est permis
20 avril 2012

« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

— John F. Kennedy

Le 20 avril 2012 restera gravé comme une date de rupture. Jusqu’à maintenant, nous avions un gouvernement insensible, mais nous pouvions croire qu’il démontrait un certain intérêt pour les revendications des étudiants. Aujourd’hui, Jean Charest a dépassé les bornes en faisant de l’humour noir sur leur dos. Il n’a plus la crédibilité pour gouverner. Il est indigne de sa fonction et, désormais, tout est permis pour le déloger de son piédestal et lutter contre la violence et le mépris de ses propos.

Quand le mépris remplace le dialogue, les bombes commencent à pleuvoir. Les choses ont toujours fonctionné ainsi. C’est la fin du dialogue entre les Patriotes et le gouverneur britannique qui a mené à la Révolte de 1837-38. C’est également la fin du dialogue entre le mouvement indépendantiste québécois et le gouvernement canadien qui a mené à Octobre 1970. Quand les oreilles se ferment, quand la personne en face de soi cesse d’être un interlocuteur valable, quand on n’attend même plus à voir une parcelle d’humanité dans son regard, tout est permis.

L’attitude du gouvernement Charest est celle d’un pyromane. Il se promène dans l’ombre et il fout le feu. Il envoie ses sbires, dans son parti ou chez Gesca, faire le sale travail et lui se félicite de voir l’édifice de nos idéaux brûler pour qu’il puisse enfin y envoyer ses pompiers. Montréal ressemble de plus en plus à chaque jour à une ville assiégée et il blague. Des étudiants se font matraquer ou gazer, et lui suggère de les envoyer dans le Nord pour leur « trouver un emploi ». Ce gouvernement ne représente plus la population.

Tout est permis.

Dire que tout devient permis, c’est réaliser une chose : ce gouvernement n’est plus légitime. Il a violé le contrat social qui unit la population québécoise à ses leaders. Il a violé cette tradition typique de chez nous consistant à ouvrir le dialogue pour trouver des compromis, à rejeter l’affrontement pour trouver des terrains d’entente, à écouter la rue lorsqu’elle se manifeste si clairement. Il a violé les principes fondateurs de notre démocratie, de notre vivre-ensemble, de nos valeurs. Il n’a plus la légitimité de nous représenter. Il est à l’origine d’une violence qui nous est étrangère parce que nous n’avions jamais été témoins d’un tel mépris.

Étudiants, cassez des vitres. Étudiants, prenez des pavés. Étudiants, détruisez ce qui doit être détruit si vous en avez le désir. Il n’y a plus de dialogue. Assiégez la ville si c’est là votre volonté. Aucune de vos manifestations ne peut surclasser la violence du mépris et de la répression de ce gouvernement.

Charest a choisi d’ignorer la rue. Si c’est d’un Printemps québécois dont il est question, celui-ci doit aller jusqu’au bout : jusqu’au renversement de ce gouvernement pourri.

Et puisque tous les ponts ont été coupés, puisque Jean Charest lui-même trouve le moyen de rigoler pendant qu’on assassine la démocratie étudiante, puisque celui-ci méprise jusqu’aux valeurs fondamentales des Québécois, désormais, tout est permis.

Tout est permis.

APARTHEID UNIVERSITAIRE en librairie le 9 mai 2012
13 avril 2012

La date est tombée : mon essai, APARTHEID UNIVERSITAIRE, sera en librairie le 9 mai prochain.

Si vous aimez l’intensité de mes textes sur ce blogue, vous allez adorer cet essai. Si vous appréciez la rigueur des statistiques que je propose, vous allez vous régaler de quantité de données précises. Si vous préférez l’aspect graphique, ce livre contient des dizaines de tableaux et de graphiques pertinents.

Cet essai, avant tout, constitue un puissant coup de poing à la face de plusieurs de nos croyances. C’est un livre que devrait posséder tout francophile et tout indépendantiste.

Si vous voulez participer à faire connaître l’enjeu du sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec (et le sous-financement des institutions dans la langue nationale, le corollaire), voici ce que vous pouvez faire :

1) Pré-commandez le livre chez votre libraire habituel. Les librairies commandent généralement un ou deux exemplaires d’un livre dont l’auteur est moins connu. Vous pouvez dès maintenant téléphoner et réserver votre copie du livre pour le 9 mai, augmentant les chances de commandes plus nombreuses et d’une meilleure visibilité pour la cause. En outre, vous serez parmi les premiers à posséder votre exemplaire.

2) Partagez l’information sur vos réseaux sociaux. Partagez cette page sur Facebook, invitez vos amis à acheter le livre, en version papier ou numérique. Joignez-vous à la page Facebook du livre !

3) Demandez que votre bibliothèque municipale ou scolaire se procure cet ouvrage.

4) Toute autre action susceptible de faire connaître le livre et de sensibiliser la population quant au sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec.

Merci beaucoup de votre appui. Je crois que cet essai est bon, et je crois que vous ne serez pas déçu de vous le procurer. Sans prétention, je crois qu’il serait juste de dire que je ne crois pas avoir lu un livre contenant une telle quantité et qualité de recherche pour moins cher.

Au plaisir de vous partager le fruit d’un an et demi de travail le 9 mai prochain ! 🙂

Fucking Quebeckers et moumouverainistes
12 avril 2012

Un fait divers peu banal : une dame se présente au cinéma Banque Scotia Parc et demande qu’on s’adresse à elle dans la langue nationale. Elle se fait répondre qu’elle est une « Fucking Quebecker » (Tabarnak de Québécoise). En sommes-nous vraiment rendus là ?

Le mépris dont peuvent faire preuve ces anglophones, qui vivent ici autour d’institutions d’éducation et de santé sur-financées, semble sans limite. On aurait peine à imaginer une situation semblable n’importe où sur cette planète. Seulement au Québec peut-on accepter que des gens nous insultent de cette manière en pleine face. Jamais un habitant de New York n’irait traiter une cliente de « Fucking American ». Jamais un habitant de Berling n’irait traiter une cliente de « Fucking Deutsch ». Jamais un habitant de Rome n’irait traiter une cliente de « Cazzo Italiano ». Jamais. Il y a un respect fondamental. Un respect de base qui signifie à tout le moins qu’on reconnaît habiter à un endroit et qu’on éprouve un certain sentiment d’appartenance à la communauté qui y vit.

Ce simple fait divers détruit allègrement les mythes propagés par une certaine classe de « moumouverainistes », qui considèrent les anglophones vivant au Québec comme des Québécois. Cet anglophone, lui, ne semblait pas se considérer comme tel : ce sont les Québécois qu’il a insultés, et à ses yeux – et aux miens – un Québécois parle français. Sentiment d’appartenance au Québec : moins mille !

Ces moumouverainistes ne comprennent et ne comprendront peut-être jamais qu’il n’y a rien à attendre de la plupart des anglophones. Ce n’est pas en reconnaissant la langue anglaise au Québec, en considérant qu’elle fait partie de notre identité, en la célébrant, qu’on contribue à se faire respecter. Cette manière de fonctionner qui est la nôtre depuis une vingtaine d’années n’a réussi qu’à nous rendre encore plus méprisables aux yeux d’anglophones ayant renoué avec leur vieux complexe de supériorité. On ne peut pas davantage célébrer l’apport de la langue anglaise au Québec qu’un enfant ne peut commémorer une inceste subie pendant toute sa jeunesse. L’anglais n’a été pour nous qu’une langue impériale qu’on nous impose de force depuis un quart de millénaire. Plus on la met sur un piédestal, moins les anglophones ressentent le besoin de nous respecter.

Il est temps d’arrêter de tendre l’autre joue. La dame en question a parlé avec le gérant, qui semblait « compréhensif » selon ses mots. N’exigeons plus la « compréhension ». N’exigeons plus le dialogue. N’exigeons plus des pinottes pendant qu’on arrache notre langue jusqu’au cœur de nos villes.

C’est une guerre linguistique. Il y a deux langues ; une est de trop. Il y a deux cultures ; une est de trop. On ne peut pas davantage faire coexister deux langues et deux cultures de manière équilibrée à long terme qu’on peut trouver le confort assis entre deux chaises. Le plurilinguisme sur un même territoire est et sera toujours temporaire parce que la langue la plus forte finit toujours par écraser la plus faible.

Les anglophones ont compris cela et ils travaillent à l’anglicisation de Montréal, quartier par quartier, hôpital par hôpital, université par université. Pendant qu’ils prennent racine chez nous et foulent de leurs pieds notre histoire et nos valeurs, ils nous regardent nous angliciser bêtement, imposant l’anglais intensif jusqu’à nos enfants, et ils ne peuvent que rire de cette race de ti-counes qui a l’outrecuidance d’exiger qu’on s’adresse à elle dans sa langue.

Le temps des petites tapes dans le dos et de la main tendue aux anglophones est révolu.

Nos moumouverainistes devraient arrêter de servir de paillassons sur lesquels s’essuie la minorité la plus choyée au monde et commencer à s’attaquer aux privilèges indus lui permettant de continuer à se foutre de notre gueule.

Au secours de la banque française
11 avril 2012

Certains anglomanes aiment affirmer qu’il est normal de faire une si grande place à l’anglais au Québec « parce que le Canada est bilingue ». Ce mantra est répété à satiété comme s’il s’agissait d’un fait indiscutable. J’ai beau tenter d’expliquer à ces personnes que seules certains services sont bilingues, et que la seule province bilingue est le Nouveau-Brunswick, cette fausse croyance demeure. La vérité, pourtant, c’est que le Québec est de loin la province la plus bilingue au sein d’un Canada largement unilingue anglais. Une simple visite à la banque permet de le démontrer.

Au Québec, les services bancaires sont largement anglicisés. Même dans les quartiers les plus francophones de Laval, par exemple, la banque TD offre des services entièrement bilingues, très souvent avec préséance de l’anglais. Comme le montre la vidéo ci-bas, la plupart des banques du centre-ville de Montréal violent allègrement la Loi 101 et se sont anglicisées. Même Desjardins, un ancien fleuron québécois, participe à cette anglomanie et il suffit de téléphoner à l’entreprise pour se faire servir abusivement du « For English Press 1 », comme si notre langue était de trop même chez nous. Les 414 000 membres de la minorité anglophone historique du Québec sont choyés.

À l’inverse, Desjardins n’offre pas de services en français en Ontario. Dans un mémo adressé à sa clientèle francophone, elle indiquait mettre fin à toute forme de communication en français. L’excuse donnée : sa filiale exerce ses activités exclusivement en Ontario. La minorité francophone historique d’Ontario, forte de ses 327 000 citoyens, devra parler anglais ou se priver de tout service.

D’un côté, 414 000 anglophones enracinés au Québec, y étant nés, et désireux d’obtenir des services dans leur langue. De l’autre, 327 000 francophones enracinés en Ontario, y étant nés, et désireux d’obtenir des services dans leur langue. D’un côté, des services en anglais mur à mur jusqu’au cœur des quartiers francophones, des sites web bilingues, des services téléphoniques bilingues, de l’affichage bilingue… De l’autre, rien du tout.

Cette situation n’est pas qu’anecdotique ; il s’agit d’une énième démonstration du caractère unilingue du Canada. Quand une entreprise ontarienne comme la TD s’installe au Québec, elle impose sa langue et offre une égalité totale de celle-ci avec la langue nationale des Québécois. Quand une entreprise québécoise comme Desjardins s’installe en Ontario, elle capitule devant l’anglais et laisse tomber ses clients francophones.

Le bilinguisme tue

Cette différence existe pour une raison fondamentale : d’un côté les francophones d’Ontario sont quasi unanimement bilingues et ont appris à utiliser l’anglais pour toutes les opérations quotidiennes ; de l’autre les anglophones du Québec sont beaucoup moins bilingues et ont appris à imposer leur langue partout.

Lionel Groulx affirmait :

Nous avons méprisé l’expérience universelle, oubliant que le bilinguisme généralisé, c’est d’ordinaire, à sa première phase, l’agonie d’une nationalité. On nous a entraînés à ces imprudences, au nom de la libération économique et de l’unité nationale. Cependant, je n’ai pas grand mérite à constater que le bilinguisme ne nous a pas empêchés de devenir plus que jamais les domestiques de la minorité dans notre province.

Le bilinguisme généralisé, c’est la mise en compétition de deux langues de force inégale. L’utilisation de deux langues étant redondante et inutile, la langue la plus forte finit TOUJOURS par l’emporter sur la langue la plus faible.

C’est pourquoi le bilinguisme en Ontario est inutile : le français a déjà perdu depuis des décennies toute prétention à constituer la langue dominante et inclusive de la province. Et c’est également pourquoi le bilinguisme au Québec est en progression : le statut de langue commune, nationale et officielle du français au Québec est de plus en plus attaqué de toutes parts.

En 2012, tout autant qu’en 1967 lors des États généraux sur le Canada français, une seule conclusion s’impose : le Québec, s’il veut assurer la survie de sa langue, doit devenir aussi unilingue français que le reste du Canada est unilingue anglais.

À nous d’agir, de boycotter les entreprises nous imposant l’anglais et de refuser tout bilinguisme autre que personnel et strictement volontaire sur notre territoire.

Le Canada n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un pays bilingue. Le bilinguisme a tué toutes les minorités francophones du Canada.

Ne commettons pas la même erreur au Québec.

Une oasis de mépris
8 avril 2012

Les faits divers représentent quelque chose de l’âme d’un peuple. Rarement peut-on mieux comprendre l’essence d’une collectivité qu’en observant sa réaction lors de faits divers n’ayant pas passé par le filtre juridique, médiatique ou politique. Ainsi en est-il de cette saga virtuelle Lassonde, assimilée à un combat David contre Goliath, où les Québécois ont massivement pris le parti du défavorisé et où la compagnie qu’ils ont choisi de protéger leur a répondu avec un crachat au visage.

Source de l’image

L’ironie est savoureuse. Les Québécois ont envahi par milliers la page Facebook Oasis de Lassonde pour se plaindre de l’attitude de la compagnie à l’égard d’une petite entreprise. Nous sommes ainsi : nous nous reconnaissons toujours dans le petit qui est écrasé par le gros. Lors d’une guerre, nous appuyons le défavorisé. Au hockey de même. Dans la cour d’école aussi. Nous aimons les perdants parce que, d’une certaine manière, nous y reconnaissons notre histoire d’un peuple conquis et abusé depuis longtemps.

L’ironie est celle-ci : non seulement l’entreprise à laquelle nombre de Québécois ont choisi de s’identifier possède une raison sociale en anglais, mais sa page Facebook était jusqu’alors entièrement en anglais et, comble de l’ironie sur une montagne d’ironie, l’entreprise a choisi de les remercier d’abord en anglais !

Imaginez l’affaire : une commerçante sauve des dizaines de milliers de dollars grâce au complexe d’infériorité des Québécois, qui s’identifient systématiquement aux défavorisés et qui inondent la page d’appuis, et elle les remercie en anglais d’abord, alors qu’il n’y avait pas un seul, et je dis bien UN SEUL, message de qui que ce soit incapable de parler la langue nationale sur sa page. Peut-on imaginer plus méprisant ?

Ce complexe d’infériorité nous sauve à de nombreuses reprises, car il nous permet de comprendre les injustices vécues par d’autres. Il nous permet de ressentir plus fortement l’empathie que d’autres peuples. Il nous a permis de nous mettre à la place des Irakiens, par exemple, en 2003. Nous comprenons ceux qui souffrent et nous ressentons une certaine sympathie parce que nous sommes un peuple conquis depuis un quart de millénaire.

Cependant, il faut tracer une ligne. Lassonde ne constitue pas une multinationale étrangère méprisante écrasant une pauvre petite compagnie de chez nous. On parle plutôt ici d’une entreprise québécoise faisant valoir ses droits légaux contre une compagnie n’ayant même pas la décence d’avoir une raison sociale francophone ou de communiquer avec la population dans la langue nationale. On est loin, très loin du méchant Goliath tentant d’écraser le bon David.

Se libérer collectivement, devenir un peuple mature et libéré de ses démons, cela implique d’être capable de ne plus systématiquement appuyer un camp ou un autre sans juger des valeurs en jeu. Ce n’est pas parce qu’un gros tente d’écraser un petit que le petit a forcément raison et le gros nécessairement tort. Ces réflexes qui sont les nôtres sont ceux d’un peuple qui a trop longtemps appris à plier le dos et à subir les volontés d’autrui. Quand on accepte de perpétuer cette manière de voir les choses, on accepte de perpétuer notre propre condition de colonisé.

Olivia’s Oasis n’est pas une compagnie québécoise. C’est la première chose à réaliser. Cette entreprise est peut-être enregistrée au Québec, ces propriétaires y vivent peut-être. Mais ce n’est pas une entreprise de chez nous. Elle ne représente pas nos valeurs. Son mépris de la langue nationale ne représente rien de nous. Elle est aussi étrangère au Québec que ne le serait un « Monsieur Patate » fonctionnant en français à Moscou.

Nous aimons défendre David contre Goliath. Ce que nous devons enfin réaliser, c’est que dès qu’il est question de langue, nous sommes systématiquement David. Dès qu’il est question de respecter notre langue nationale, même une binerie comme Olivia’s Oasis représente le prolongement d’une anglomanie irrespectueuse et méprisante, où on vit sur le territoire québécois sans jamais respecter les valeurs des Québécois. Cette entreprise sera toujours pour nous une entreprise étrangère.

Ce soir, une propriétaire se couchera avec le sourire grâce aux Québécois.

Et demain, elle continuera de leur cracher au visage en communiquant avec eux dans une autre langue que la langue nationale.

C’est aussi ça, le mépris et le racisme anti-québécois.

Tant que des entreprises comme Olivia’s Oasis pourront continuer à mépriser la langue nationale des Québécois, notre langue continuera de reculer.

Je suis étudiant
6 avril 2012

Il y avait les Noirs. Il y avait les Juifs. Il y avait les Homosexuels. Il y a maintenant les étudiants.

Je suis le nègre, je suis le radin, je suis la tapette, je suis l’étudiant.

Je bois de la sangria sur une terrasse. J’ai des gadgets électroniques. J’ai de coûteux manteaux. Je suis un puant sale. Je suis irresponsable socialement, je coûte cher à la société, je dois faire ma part, je dois souffrir.

On peut me tabasser. On peut me gazer. On peut m’arrêter. On peut me frapper. On peut me blâmer, me repousser, me rejeter, m’endetter.

On peut m’infantiliser. On peut me ridiculiser. On peut m’imposer des injonctions. On peut me considérer comme une menace. On peut me forcer, m’éloigner, me gérer, me caser.

Je vais dans le sud tous les hivers. J’ai des voitures de luxe. Je bois du champagne toute la nuit. Je mange du caviar au déjeuner. Je suis gâté, je suis subventionné, je suis allaité, je suis digéré.

Il y avait les Noirs. Il y avait les Juifs. Il y avait les Homosexuels. Il y a maintenant les étudiants.

Je veux une éducation pour tous, je veux une éducation de qualité, je veux une éducation de solidarité, je veux une meilleure société.

Je ne suis qu’un étudiant.

Tout ce que je dis, tout ce que je fais, tout ce qui existe en moi, tout est de trop.

Je ne suis qu’un étudiant.

Je suis de trop.

J’existe.

Je suis de trop.

Je suis étudiant.

On peut me souhaiter toute la misère du monde, toute la pauvreté imaginable, toute les difficultés possibles, toute la sainte-merde céleste tombée du ciel.

Je suis étudiant.

Je serai toujours de trop.

Au sein d’une société qui ne veut plus se remettre en question.