Archive for mars 2012

Les mwa mwa
5 mars 2012

Vous savez de qui je parle ? Ces mwa mwa sont partout. Ils sont facilement reconnaissables par leur incapacité à commencer une phrase autrement que par « moi, je » ou parfois, pour varier, par un « je » auquel suit impérativement un « mon » ou un « ma » quelques mots plus loin. Ces mwa mwa se considèrent souvent comme les hérauts de la sacro-sainte liberté individuelle, une liberté qu’ils confondent malheureusement avec la simple transposition de leur comportement enfantin dans leur vie adulte. Ce n’est pas la liberté qu’ils prônent, mais l’égoïsme.

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Pensez à Arielle Grenier, par exemple. Dimanche de la semaine dernière, à Tout le monde en parle, cette égérie de la liberté individuelle de faire suer l’univers entier parce que « moi j’ai mes cours » a donné du mwa mwa à l’ensemble de la population québécoise pendant dix-huit longues minutes. Voici quelques extraits très édifiants :

« Il n’y a personne au monde, et cette personne n’est pas encore née, qui va m’empêcher de me présenter à mes cours. »

« Même si je ne mesure pas encore 5 pieds 3, je vais traverser [les lignes de piquetage]. »

« Vous dites que c’est 55 000 [étudiants pour la grève], c’est faux, j’aimerais que vous dites (sic) moins un, premièrement pour moi. »

« Moi j’ai absolument rien contre le fait que les gens vont manifester, mais moi, ce que j’aimerais, c’est pouvoir aller à mes cours. »

« Vous brimez ma liberté intellectuelle d’avoir accès à mon droit à l’éducation. »

Pour une génération n’ayant pas été élevée sous le dogme du mwa mwa, de telles paroles ne peuvent que porter au mépris. La réaction de Paul Piché et Emmanuel Bilodeau, vers 15:45 de cette vidéo, dit tout, alors que ceux-ci rient à la face de la créature mwa mwa.

Il fut une époque, en effet, où on jugeait mal l’égoïsme. Une époque où le parent prenait son enfant par les épaules et lui disait: « Arrête de te regarder le nombril ». Une époque où on pratiquait l’empathie, où on enseignait des valeurs susceptibles de renforcer la cohésion sociale. Une époque où on rejetait les mwa mwa.

La nouvelle génération a été éduquée différemment. Si on peut s’amuser de voir Piché et Bilodeau rire de l’égocentrisme presque caricatural d’Arielle Grenier, on rit moins en pensant qu’il y a peut-être là un choc générationnel qui risque de tourner à l’avantage de la jeune sur ses aînés. On rit également moins quand on prend connaissance d’une foule de prises de position semblables par notre jeunesse d’aujourd’hui, comme cet exemple dont j’ai déjà parlé à la fin de ce billet, et où l’auteur justifie son appui à l’anglicisation des HEC en affirmant que le mwa mwa a fait des choix et que le mwa mwa a le droit de faire ces choix.

Les mwa mwa sont partout. Si rien n’est fait, le temps se chargera de les faire triompher.

Notre échec

Cette génération mwa mwa constitue le symbole de notre échec collectif. Après des décennies d’une éducation nationale valorisant les enjeux collectifs, dispensée à l’école ou à la maison, on en est venu à considérer la liberté individuelle comme étant supérieure à la liberté collective. Alors que notre force provenait de cette recherche d’un équilibre entre les dérives du collectivisme (URSS, Chine, etc.) et les dérives de l’individualisme (États-Unis, tiers-monde, etc.), nous nous donnons désormais tout entier au second dogme.

Peut-on en vouloir à cette génération de ne savoir parler qu’au « je », quand ses parents n’ont eu de cesse de privilégier leur bien-être individuel sur le bien-être collectif, de prôner le « pas dans ma cour » et de mettre sur un piédestal tout ce qui enrichissait l’individu, quand bien même ce serait au détriment de la collectivité ?

L’enfant observe. L’enfant apprend.

La différence, pourtant, est fondamentale : la génération précédente, ayant été élevée avec un bon fond collectiviste, ne serait-ce que par son héritage catholique, a été en mesure de s’imposer des limites, de ne pas entièrement renier des concepts comme la liberté collective ou le bien commun.

Les mwa mwa, aujourd’hui, n’ont jamais joui de ce legs. Toutes les Arielle Grenier de ce monde font partie d’une génération ayant grandi après le dernier référendum, pendant la bulle NASDAQ, pendant la bulle immobilière, pendant qu’on coupait les impôts, pendant qu’on réintroduisait le péage, pendant qu’on imposait des frais en santé, pendant qu’on privatisait ceci, privatisait cela, pendant qu’on faisait de l’utilisateur-payeur la nouvelle religion gouvernementale.

Pour les mwa mwa, le monde se résume à des individus déconnectés, désolidarisés, vaquant à leurs occupations dans un monde dangereux, dans un monde aussi égoïste que cruel, et l’idée-même que pourrait exister une amélioration collective de la situation leur paraît aussi étrange qu’invraisemblable.

Nous avons construit une belle société, ensemble. Les merveilles dont le Québec moderne s’est prouvé capable n’ont été possibles que parce que nous avons placé un intérêt supérieur au-dessus de nos petites personnes. Cela n’a été possible que parce que nous avons été en mesure de passer outre les mwa mwa et de favoriser le sort collectif plutôt que de flatter l’individualité de chacun.

Mais nous avons échoué. Misérablement. Nous avons échoué parce que nous n’avons pas été en mesure d’inculquer l’amour du bien collectif à la génération suivante. Nous reposant, pleins et satisfaits, trônant sur nos acquis, nous avons laissé la base qui nous soutenait s’affaiblir progressivement et c’est ainsi qu’une génération entière a grandi non pas en comprenant de quelle manière nous avons lutté contre l’individualisme pour obtenir ce que nous avons, mais en haïssant tout ce qui pourrait les lier à nous.

Nous avons créé nous-mêmes les monstres d’égoïsme que sont les Arielle Grenier de ce monde.

Il n’y a qu’une seule façon de lutter efficacement contre cette génération mwa mwa.

Réaffirmer le NOUS.

Face à leur « moi, je veux », imposer notre « nous voulons ».

Face à leur liberté individuelle, imposer notre liberté collective.

Face à leur Moyen-Âge, imposer nos Lumières.

Un racisme ordinaire
4 mars 2012

À l’origine d’une manifestation hostile au français de la part de suprématistes anglophones ontariens, la fille du maire, qui ne peut se faire engager à l’hôpital parce qu’elle ne maîtrise pas le français. Plutôt que de simplement l’inciter à apprendre la langue de 28% de ses concitoyens, on en a fait une bataille rangée contre le bilinguisme et la « discrimination » (sic) faite aux anglophones unilingues. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur !

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Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des ces anglophones. Plutôt que de reconnaître qu’une grande partie de la population parle français et d’accepter de s’ouvrir à cette réalité en offrant des services à cette minorité, on organise une manifestation, on veut couper les subventions à l’hôpital, on prend d’assaut l’hôtel de ville pour éliminer les droits des francophones.

Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé certaines données comparant Cornwall, la ville de Montréal et la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.

Proportion des populations de langue maternelle anglaise et française, et taux de bilinguisme de celles-ci, Cornwall et Montréal, 2006
Cornwall Montréal (ville)* Montréal (RMR)
Langue maternelle anglaise 65% 13% 12%
Langue maternelle française 28% 53% 65%
Taux de bilinguisme des anglophones 27% 70%
Taux de bilinguisme des francophones 92% 48%
Source : Statistique Canada

*Je n’ai pas trouvé les données sur le taux de bilinguisme de chaque communauté linguistique dans la ville de Montréal ; celles-ci devraient être semblables à celles de la RMR, avec un bilinguisme probablement légèrement supérieur pour les francophones.

Qu’est-ce que nous apprend le tableau ci-haut ? Il nous apprend ceci : la minorité francophone de Cornwall est plus de deux fois plus importante que la minorité anglophone à la fois de Montréal et de la RMR de Montréal. Un peu moins d’un citoyen de Cornwall sur trois a le français comme langue maternelle. Malgré cela, seulement un anglophone sur quatre est bilingue. À l’inverse, dans la RMR de Montréal, seulement un citoyen sur sept a l’anglais comme langue maternelle, mais un francophone sur deux est bilingue.

Voyez-vous la différence ?

En clair, la majorité anglophone de Cornwall ne veut rien savoir du français. Elle n’a aucun intérêt à apprendre la langue d’un tiers de ses concitoyens. Et pourtant, alors que Cornwall n’offre presque aucun service en français – sinon ceux de son hôpital et quelques services municipaux – pour son 28% de population francophone, Montréal a bilinguisé l’ensemble de ses services et on demande le bilinguisme a n’importe quel commis de dépanneur, tout ceci pour une minorité de 12% de la population.

C’est le deux poids, deux mesures.

Cette manifestation des anglophones contre le bilinguisme ne devrait-elle pas nous forcer à nous questionner sur notre propre attitude ? Pourquoi nous, Québécois, devrions-nous servir notre minorité de 12% de la population en anglais quand des francophones, comme nous, sont systématiquement dénigrés même s’ils forment 28% de la population ? Pourquoi nous, Québécois, barbouillons-nous systématiquement d’anglais nos institutions, nos villes, nos commerces, pendant que les anglophones d’à côté méprisent les droits de leur minorité francophone ?

On aurait tort de croire qu’il s’agit bêtement d’un fait divers. Nous sommes plutôt témoins de l’expression de la fermeture et du racisme ordinaire qui anime la majorité anglophone canadienne. Cette majorité qui, de tout temps, a tout fait pour éradiquer le français, que ce soit au moyen de lois interdisant son apprentissage à l’école, de lois anti-bilinguisme ou de jeux de coulisse éliminant le pouvoir d’attraction de notre langue.

Alors que le français ne constitue pas la moindre menace pour la langue anglaise en Ontario, on veut quand même le réduire à une peau de chagrin, l’éliminer en douceur. Ici, au Québec, alors que notre langue recule, que le tout-anglais s’impose de plus en plus, on anglicise jusqu’à nos enfants de sixième année et on refuse de faire du français la langue normale et commune de notre nation.

Retour aux origines

Il serait bon de revenir à nos origines. Nous sommes devenus des Québécois, laissant tomber notre nationalité canadienne-française, parce que nous avons compris que la seule façon de survivre face au racisme canadien était de devenir majoritaires sur un territoire pour faire du français la seule langue normale de fonctionnement, comme l’anglais l’était partout ailleurs dans le pays.

Pendant plusieurs décennies, un équilibre précaire s’est établi, alors que les attaques répétées contre le français en-dehors du Québec ont été contre-balancées par l’affirmation de plus en plus forte du français en tant que seule langue commune et nationale des Québécois.

Aujourd’hui, cet équilibre n’existe plus. Les attaques contre les francophones hors-Québec sont devenues tellement quotidiennes et normales que ceux-ci ont de la difficulté à maintenir des services minimaux. Parallèlement, le Québec s’anglicise tellement rapidement qu’il devient possible de vivre une vie entière en anglais chez nous.

Voilà pourquoi je remercie ces manifestants racistes. Je les remercie chaleureusement. Leur haine et leur mépris des francophones contribue à nous rappeler ce que nous avons à attendre du Canada et ce qui arrive au bilinguisme dès que la langue minoritaire devient assez faible pour qu’on passe outre celle-ci.

Je leur dis également merci parce qu’ils nous rappellent que le combat pour assurer la primauté de notre langue au Québec est juste, et que si le 28% de francophones de Cornwall n’a droit qu’à des pinottes en matière de services, il serait grand temps pour nous de réviser à la baisse ceux de notre 12% d’anglophones de la région de Montréal.

Tiens, on pourrait commencer par mettre la hache dans McGill et Concordia, qui se partagent 42% du financement universitaire de la RMR, pour une population anglophone de 12% et une population anglophone historique (née au Québec) de moins de 9%.

Ah, mais non… Nous aurions tous les anglophones et anglomanes de service sur notre dos à crier à la discrimination. Comprenez bien : quand on élimine les services en français de la minorité francophone canadienne, c’est bien. Quand on veut mettre fin au sur-financement des services en anglais de la minorité anglophone québécoise, c’est mal.

Il serait peut-être temps de relever la tête, ne croyez-vous pas ?

Le racisme ordinaire, ça commence également dans nos têtes, à croire que l’anglais nous est obligatoire pendant que le français ne l’est pas pour nos voisins canadiens.

HEC : Intégration ou capitulation ?
3 mars 2012

« Ces étudiants-là n’échappent pas complètement au français. Ils vont à la cafétéria manger du pâté chinois et non du Chinese pâté. Ils sont confrontés au français, puisqu’ils baignent dans un environnement en français ».

Kathleen Grant, directrice des communications HEC Montréal, parlant du nouveau programme unilingue anglais des HEC.

kathleen.grant@hec.ca

La lettre ouverte de Michel Patry, directeur des HEC, en réponse à la polémique autour de l’anglicisation de ce qui fut jadis une grande université francophone, et en complément de cette incroyable ânerie proférée par Kathleen Grant, est sublime. J’aimerais trouver un meilleur mot, mais je dois me contenter de celui-ci. En quelques paragraphes bâclés, il ressasse l’ensemble des préjugés qui gangrènent actuellement notre société et limite sa capacité à assurer non seulement le futur de sa langue, mais également de son éducation en tant que bien collectif.

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Premier préjugé : « l’ouverture » à la mondialisation.

Sa lettre étant intitulée « S’ouvrir à la mondialisation », cette préconception est centrale : l’auteur considère que c’est la langue anglaise qui permet de « s’ouvrir sur la mondialisation ». Le problème avec cette vision est qu’elle est extrêmement myope sur le le long terme. D’un côté elle part du principe que la « mondialisation » constitue une fin en soi et que ce processus serait souhaitable. D’un autre, elle sous-entend que cette « mondialisation » serait durable. Et finalement, que cette « mondialisation » ne devrait se faire qu’en anglais.

Or, tous ces arguments ne sont que des opinions. La mondialisation peut être souhaitable ou non ; il y a là matière à débats. Cette mondialisation se vit-elle en anglais ? Oui, en partie dans le cas des affaires, dans une certaine partie du monde. Dans une autre partie, elle se fait en russe, en mandarin, en japonais. Et partout, sauf exception, la langue anglaise perd de son lustre en tant que lingua franca, un peu au même moment où son dollar perd son statut de valeur refuge.

Donc, si on part du principe que la mondialisation est quelque chose de souhaitable – ce qui reste à démontrer, comme je l’ai écrit, et nous en reparlerons à une autre occasion – l’anglicisation des HEC contribue à favoriser la formation de futurs étudiants adaptés au monde d’hier. Des individus qui arriveront sur le travail à un moment où c’est le mandarin qui sera en demande et où une armée d’anglicisés se battra pour un nombre de postes réduits. On est loin d’une « relève québécoise [qui] mérite une excellente formation qui la prépare à affronter une concurrence de plus en plus mondialisée ».

Deuxième préjugé : la mission des HEC.

Tout au long de son texte, M. Patry propose un argumentaire selon lequel il serait normal que les HEC favorisent la compétitivité avec le reste du monde. Il propose donc cette anglicisation comme une manière d’y arriver. Cela pose un problème fondamental : en quoi le fait d’angliciser notre jeunesse contribuerait-il à nous donner, collectivement, un avantage sur le reste de la planète ?

Qu’on me comprenne bien : ce qui fait notre spécificité, ce qui constitue notre avantage, c’est PRÉCISÉMENT le fait que nous parlions français. Cela FORCE les entreprises désireuses de s’établir au Québec à s’assurer une maîtrise de notre langue. Ce n’est pas en parlant anglais que nous serions plus « compétitifs ». Nous serions simplement plus faibles car nous perdrions une partie de nous-mêmes, de ce qui fait notre originalité, notre spécificité.

Individuellement, un étudiant qui apprend l’anglais pourrait quitter pour les États-Unis, y gagner beaucoup d’argent, et grand bien lui fasse. Cela nous ramène cependant à la mission d’une université financée par l’État. Celle-ci ne doit pas avoir comme objectif l’enrichissement individuel et le bien-être d’individus qui peuvent ensuite quitter le Québec et s’enrichir ailleurs ; elle doit valoriser l’enrichissement collectif des Québécois en respectant nos valeurs profondes.

En anglicisant nos jeunes, nous n’enrichissons pas le Québec. Nous ne le rendons pas plus compétitif. Nous contribuons seulement à saper le fondement de notre aménagement linguistique et à affaiblir notre capacité à vivre chez nous selon nos valeurs. Nous ne sommes pas compétitifs ; nous sommes à genoux.

Troisième préjugé : l’intégration.

La pire des conneries proposées par M. Patry est celle-ci :

HEC Montréal se fait aussi un devoir d’offrir aux différentes communautés linguistiques, d’ici et d’ailleurs, des cheminements facilitant l’intégration d’étudiants dont le français n’est pas la langue maternelle. Nous observons que plusieurs étudiants étrangers souhaitent connaître le Québec, et même s’y installer. Si nous ne mettons pas en place les structures d’accueil facilitant leurs études et leur intégration, un établissement comme le nôtre les perdra […].

Suivez-moi bien, parce que c’est incroyablement loufoque. M. Patry suggère que nous renforcerions le français et l’intégration des immigrants en leur facilitant l’accès à l’anglais. Nous ferions venir des gens de l’autre bout du monde, nous leur enfoncerions de l’anglais dans la gorge du matin au soir, ceux-ci pourraient ensuite se faire servir en anglais un peu partout au centre-ville (merci à la bilinguisation forcée de notre jeunesse), et cela renforcerait leur intégration.

M. Patry nous prend pour des idiots.

En terme de connerie, c’est à peine un iota moins pire que Kathleen Grant, directrice des communications HEC Montréal, qui avait affirmé que les étudiants étrangers s’intégreraient parce qu’ils commanderaient du pâté chinois à la cafétéria et non pas du « chinese paté ».

Désolé de faire éclater ses fantasmes, mais ce n’est pas davantage en parlant anglais qu’on s’intègre à la langue française que c’est en larguant des bombes sur un pays qu’on y fait la paix. Les études – toutes les études – ont démontré que c’est le travail qui est le principal vecteur d’intégration. Et les études ont également démontré que la langue de la scolarité influe directement sur la langue du travail. Ce n’est pas en achetant du pâté chinois plutôt que du « chinese pâté » qu’on s’intègre, n’en déplaise aux bouffons qui dirigent ce trou noir de l’intelligence dont le statut d’université devrait faire honte à quiconque a ne serait-ce que des connaissances de base sur le processus d’intégration des immigrants.

En clair, on ne participe pas à l’intégration des immigrants en les éduquant, à nos frais, en anglais. On participe plutôt à leur exclusion, on encourage leur replis sur soi et on nuit à leur capacité et à leur désir à apprendre la langue des Québécois. On leur lance le message suivant : « Jusqu’au cœur des institutions québécoises, c’est l’anglais qui vous ouvre les portes ». Croyez-vous sérieusement qu’on va intégrer un immigrant de cette manière ? Cet argument de M. Patry est indigne de sa fonction.

« Sucer debout, c’est ça se tenir drette »

C’est le groupe Loco Locass qui chantait : « Sucer debout, c’est ça se tenir drette ». Bien qu’il parlait du Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party et de ses liens incestueux avec le monde des affaires, on pourrait appliquer cet adage aux HEC.

D’une institution dont le premier président Canadien-français fut Esdras Minville, un économiste n’ayant de cesse de dénoncer l’anglomanie de ses pairs et désireux de faire des HEC le fer de lance de l’affirmation nationale des Québécois en matière d’économie, les HEC sont devenus l’équivalent des Business schools anglo-saxonnes privées, formant avant-tout des individus et oublieuse de son rôle social.

L’éducation constitue un bien collectif. La preuve est son large financement par l’État, qui espère recevoir des retombées via une population plus éduquée, des salaires plus élevés, des citoyens moins susceptibles d’avoir affaire avec le système judiciaire.

Quand les HEC s’anglicisent, ils favorisent avant tout le rejet des valeurs de la collectivité et l’ouverture d’horizons permettant à ses étudiants d’aller enrichir le pays voisin. Après avoir investi des centaines de milliers de dollars dans un étudiant, l’État le voit quitter pour les États-Unis (ou ailleurs) et y payer des impôts. C’est aussi cela, le risque de l’anglicisation.

Les HEC agissent comme une entreprise privée, mais ils sont payés avec l’argent de nos impôts. Il y a là une incompatibilité totale.

L’institution doit choisir. Ou bien elle est une université québécoise et elle participe au développement collectif des Québécois dans la langue des Québécois, ou bien elle est une université privée anglicisant le monde entier chez nous et participant à notre recul collectif au nom de ses intérêts mercantiles.

Si l’université ne peut trancher, le gouvernement devrait le faire.

À supposer qu’on ait un gouvernement, évidemment, car dès qu’il est question de protection de nos intérêts collectifs, il est bien silencieux…

* * *

Je vous invite également à lire ce texte, qui en dit davantage sur l’auteur et la génération qu’il représente que sur ses idées. Si ce n’était de l’anglomanie de La Presse, un tel texte n’aurait évidemment pas été publié.

Voici ma réponse :

JE suis dans la trentaine,
J’ai choisi les HEC,
JE n’y suis pas allé avec l’intention,
ME trouver un emploi,
JE suis né,
J’aime MA langue,
J’y élève MA famille,
J’apprends,
JE peux,
JE suis dans la jeune trentaine…

Et de quelle nom JE parle-t-il au nom de NOUS ?

Quelle génération, quand même, que celle de tous ces petits égocentriques centrés sur leur nombril et qui prétendent parler au nom des autres.

Qu’ils continuent à prôner notre anglicisation.

Dans NOTRE histoire, les colonisés comme ceux-là ne sont que du vent.

À leur mort, puisque de toute leur vie ils n’ont parlé qu’au JE et ont négligé le NOUS, rien ne leur survit.

* * *

Un texte qu’il faut lire : Le chiard et le Chinese pâté.

[directrice des communications HEC Montréa